Liberté pour Jozef Pinior Juriste de 27 ans et ancien employé de la Banque nationale de Pologne, Jozef Pinior avait été élu président de la commission d'entreprise de Solidarité de cette Banque et, plus tard, membre du présidium de la direction régionale.
Après Wladyslaw Frasyniuk et Piotr Bednarz, arrêtés respectivement en août et en novembre derniers, Jozef Pinior était devenu à son tour président du Comité régional de grève (RKS) de Basse-Silésie et membre de la TKK (Commission provisoire de coordination de Solidarité), au sein de laquelle il repré sentait sa région jusqu'à sa récente arrestation.
Tout comme ses deux prédécesseurs, il s'est montré un ferme défenseur de la ligne concevant avant tout le développement du mouvement clandestin comme celui d'un syndicat fortement ancré dans les usines et accordant un rôle central à la classe ouvrière dans la perspective d'une grève générale qui pose le problème du renversement de la dictature militaire. Il déclarait notamment ceci : « Préparer de façon adéquate les entreprises et les quartiers en vue de la grève générale est la tâche essentielle d'une société en voie d'auto-organisation. La réussite de la grève, c'est-à-dire le retour à la voie du dialogue et du compromis, dépendra de notre degré d'auto-organisation et de notre détermination. »
L'importance qu'il accordait à la question de l'auto-organisation s'illustrait notamment dans son souci de voir la masse des travailleurs participer aux tâches quotidiennes du syndicat. « A mon avis, les actions moins spectaculaires mais qui impliquent la participation du plus grand nombre, sont les plus importantes. (...) Nous préférons que les commissions d'entreprise aient leurs propres journaux, même s'ils doivent être techniquement mauvais. Car, de cette façon, les militants des entreprises doivent les faire eux-mêmes ; ils ne reçoivent pas un produit fini, mais doivent faire preuve d'imagination, d'esprit de décision. »
Grâce à cette compréhension de la démocratie syndicale et de la bataille à mener, la relève est assurée en Basse-Silésie. Solidarité vient de perdre un dirigeant d'une valeur exceptionnelle, mais son successeur était déjà désigné, et, surtout, Pinior laisse un capital précieux à ceux qui poursuivent la lutte : une ligne d'action syndicale et une orientation stratégique qui arment le mouvement dans son combat contre le pouvoir bureaucratique.