Déclaration du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale du 25 auril 1983.
LUnis de Reagan ne connat plus de imites, le but avoue 'ESCALADE de la militarisation engagée par les Etats-
/ est de rompre définitivement « l'équilibre de la terreur » à l'avantage de l'impérialisme. Les coûts sont astronomiques : la réalisation des projets déjà annoncés implique un doublement des crédits militaires d'ici l'an 2 000.
Les offres de négociation, qu'il s'agisse de « l'option zéro » à l'automne dernier (cf. Inprecor numéro 141 du 17 janvier 1973) ou de la proposition d'un « plan intérimaire » faite le 30 mars 1983, ne sont que des écrans de fumée destinés à désorienter et démobiliser le mouvement antiguerre. En pratique, ce « plan intérimaire » ne propose rien d'autre que de laisser intact le potentiel nucléaire l'OTAN, tout en faisant pression pour une réduction de l'arsenal soviétique.
Ces manœuvres de diversion ont fait long feu. Depuis la grande manifestation antiguerre qui a rassemblé 300 000 personnes à Bonn en 1982, la mobilisation ne cesse de s'amplifier. En 1982, plus de trois millions de manifestants ont défilé, en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. Les initiatives de Pâques 1983, notamment en Allemagne et en Grande-Bretagne, ont été de nouveaux succès spectaculaires.
En Allemagne fédérale, 750 000 personnes ont participé à dix-huit rassemblements régionaux, dont les plus importants ont eu heu a Hambourg, a Franctort, a Berlin, a Cologne, à Dortmund, à Nuremberg, devant les bases américaines ou les casernes de la Bundeswehr (forces armées de la RFA).
En Grande-Bretagne, le projet d'installation de 160 missiles de croisière a donné un nouveau souffle à la Campagne pour le désarmement nucléaire (CND). Les femmes du CND ont relancé l'action contre les menaces de guerre en bloquant la base de Greenham Common, à une centaine de kilomètres de Londres, qui doit accueillir 96 missiles. Le ler avril, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont formé une véritable chaîne humaine reliant Greenham Common aux autres bases d'Almerston et de Brughfield.
La dynamique objective et la tonalité de ces mouvements va dans le sens de l'exigence d'un désarmement unilatéral de l'impérialisme. En Grande-Bretagne, le CND, tout comme les syndicats et le Parti travailliste, se prononcent pour un désarmement unilatéral du pays. En Allemagne, les « Verts », qui viennent d'entrer au Parlement, préconisent « la démilitarisa-
Ronald Reagan a déjà entre les mains un stock d'armes nucléaires dont la puissance meurtrière représente près d'un million d'Hiroshima. Et il continue : de 1980 à 1983, le budget militaire américain a augmenté de 12% par an, en termes réels, passant de 142 à 257 milliards de dollars (soit plus de 1 780 milliards de francs). Cette folle course au massacre met à nu la réalité de l'impérialisme, dissimulée derrière les hypocrites discours sur les droits de l'homme.
Cette réalité, c'est l'escalade de la militarisation et de l'armement nucléaire. C'est la mobilisation générale des ressources économiques, des cerveaux et des technologies au service d'une entreprise de destruction. La bombe à neutrons incarne à elle seule l'esprit du capitalisme
Non à la militarisation,
des Etats-Unis
Get en Italie. pour l'automne. Internationale présents à Berlin. pourrissant, qui s'ingénie à détruire les personnes en protégeant les biens : preuve que le droit de propriété finit toujours, dans ce système, par prendre le pas sur les véritables droits de l'homme.
Cette réalité, ce sont non seulement les Hiroshima potentiels stockés dans les silos, les sous-marins ou les bombardiers nucléaires, ce sont aussi les Hiroshima silencieux de la misère et de la faim provoqués par le pillage des pays coloniaux et semi-coloniaux : 40 000 enfants meurent chaque jour dans ces pays, la plupart de malnutrition.
Cette réalité, ce sont les programmes d'austérité, qui frappent de plus en plus durement les travailleurs des pays capitalistes eux-mêmes, alors que leurs gouvernements engagent des dépenses croissan-
EDITORIAL
N
CRUISE
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MISSILES
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Manifestation contre les missiles de croisière en Grande-Bretagne (DR)
tion de l'Allemagne fédérale, même si elle doit être unilatérale ».
De nouvelles mobilisations sont prévues tout au long de l'année, et jusqu'aux élections européennes du printemps
1984. Des conférences sur le désarmement auront lieu en mai en Suède et en septembre au Danemark. Une manifestation contre le déploiement des missiles est également prévue le 19 juin en France, ainsi qu'une marche pour la Paix en août aux
Etats-Unis, et des manifestations à l'automne dans la plupart des pays européens. Des initiatives de référendums populaires sur les crédits militaires ou les missiles sont en cours en Suisse
Lors du congrès du Parti communiste italien, Enrico Berlinguer a fait publiquement la proposition d'une manifestation internationale contre les missiles le 23 octobre à Genève. Une initiative à l'échelle européenne est en effet à l'ordre du jour
Toutes ces questions pourront être débattues à l'occasion de la Convention organisée du 9 au 14 mai à Berlin-Ouest par la Fondation Bertrand Russel pour la Paix, et par le Mouvement pour le désarmement nucléaire en Europe (END).
Nous publions ci-dessous un appel du Secrétariat unifié
(SU) de la IVe Internationale qui servira de base à la déclaration commune des camarades de différentes sections de la IVe tes d'armement. En France, le gouvernement, composé de ministres socialistes et communistes, prépare la mise au point de la bombe à neutrons et vient d'engager, pour cinq un programme militaire ans, de 120 milliards de dollars (840 milliards de francs), au moment même où il s'attaque à l'indexation des salaires, au système de sécurité sociale et à l'emploi. Le mot d'ordre « Des emplois, pas de bombes ! », qui s'est propagé dans les grandes mobilisations anti-nucléaires, illustre et condense le lien nécessaire entre la lutte contre la course aux armements et la lutte contre les politiques d'austérité capitalistes.
Cette réalité, enfin et surtout, ce n'est pas seulement la menace d'apocalypse nucléaire, c'est aussi la guerre
engagée dès à présent par l'impérialisme contre les luttes de libération des peuples opprimés. Aujourd'hui les Etats-Unis et la CIA sont directement impliqués dans l'agression armée perpétrée contre le Nicaragua révolutionnaire et dans le soutien aux dictatures du Guatemala et du Salvador. Le régime salvadorien s'est déjà rendu coupable de 50 000 assassinats en trois ans, soit l'équivalent d'un demi million de morts pour des populations comme celles de la France, de l'Allemagne ou de l'Angleterre ... Au-delà du Salvador, du Nicaragua et de Grenade aussi menacée, c'est la révolution cubaine qui se trouve dans la ligne de mire de l'impérialisme yankee. Au Moyen-Orient, c'est grâce à l'assistance matérielle et politique américaine que le dirigeant israélien Menahem Begin a pu lancer son invasion du Liban et sa tentative d'anéantissement de la résistance palestinienne.
Le tapage mené autour des propositions de Ronald Reagan ou de Margaret Thatcher, le grand jeu diplomatique autour des négociations de Genève sur la limitation des armées nucléaires, ne peuvent étouffer le bruit de ces interventions et de ces guerres en cours.
LA VÉRITABLE RACINE
DE LA COURSE AUX ARMEMENTS
A la racine de la course aux armements il y a donc, d'abord, la crise économique du système capitaliste et le maintien de l'ordre impérialiste face aux luttes des travailleurs et aux explosions inévitables des peuples opprimés acculés au désespoir. L'argument, souvent avancé, de la prétendue supériorité militaire soviétique, et la menace qu'elle ferait peser sur le monde qui se proclame « libre », ne sont que des prétextes servant à l'escalade militariste.
De l'aveu même de certains experts américains, il ressort que :
-les Etats-Unis disposent toujours d'un nombre de têtes nucléaires supérieur à celui de l'Union soviétique ;
- l'écrasante majorité des missiles soviétiques sont basés à terre et sont donc susceptibles d'être détuits par les missiles américains, alors que les trois-quarts de la nucléaire stratégique sont constitués d'armes anti-cités, transportées par des sous-marins et des bombardiers inaccessibles aux SS-20 soviétiques, de plus, les missiles de croisière américains importante des défenses soviétiques ;
- la différence, en pourcentage, du produit intérieur brut entre les dépenses d'armement des Etats-Unis et de l'URSS, souvent utilisée comme argument par les impérialistes, n'a pas de sens. Si les dépenses américaines déclarées sont de 7% et les dépenses soviétiques estimées d'environ 15%, le produit intérieur américain est le double du produit intérieur soviétique. En valeur absolue, les dépenses militaires impérialistes restent done supérieures à l'effort d'armement de l'URSS. Cet effort pèse lourdement sur l'Union soviétique, au point de contribuer à accroître ses problèmes économiques et alimentai-. res. D'ailleurs, les statistiques de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), estimaient, en 1980, que l'OTAN était responsable de 43 % des dépenses contre 26 % pour le Pacte de Varsovie.
L'impérialisme demeure le principal fauteur de guerre et la première menace pour la paix. SOLIDARITÉ AVEC LE MOUVEMENT
PACIFISTE D'EUROPE DE L'EST
De son côté, la politique militaire de la bureaucratie au pouvoir en URSS et dans les pays de l'Est possède une dimension réactionnaire, qui s'inscrit dans le prolongement de sa politique intérieure et
- une politique internationale basée non sur l'internationalisme militant, sur la solidarité entre les travailleurs et les peuples du monde entier, mais sur les pactes et accords de coexistence ou de partage du monde avec l'impérialisme ;
politique intérieure fondée non sur la mobilisation démocratique des mais sur la négation de leurs droits politiques, syndicaux ou naux les plus élémentaires, comme l'ont illustré les interventions soviétiques en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968, et le coup de force de Jaruselski contre les travailleurs polonais en 1981.
C'est pourquoi nous sommes solidaires des courants qui se sont manifestés contre la course aux armements en Allemagne de l'Est, et dans d'autres pays de l'Est de façon plus limitée. Le développement de tels courants constituerait un énorme encouragement pour le mouvement antiguerre en Europe occidentale et porterait à l'impérialisme un coup mille fois plus dur que quelques fusées soviétiques de plus. En exigeant un contrôle public et démocratique sur la politique Etats en Europe de l'Est prendrait inévitablement une portée antibureaucratique.
SEULE LA MOBILISATION
PEUT FAIRE RECULER LES FAUTEURS DE GUERRE La lutte contre la course à la guerre est l'affaire de tous et de toutes, des travailleurs en butte à l'austérité et au chômage, des femmes en butte à l'exploitation et à l'oppression, des jeunes voués au chômage et à l'embrigadement militaire. C'est une affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux mains des diplomates ou réglée entre gouvernants dans le secret de négociations au sommet. Seule la mobilisation peut faire reculer les fauteurs de
En 1982 et au printemps 1983, des millions de travailleurs, de femmes, de jeunes se sont mobilisés à travers l'Eurodéploiement des missiles, comme en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, en Italie, au Danemark ; pour le rejet de l'OTAN ou le démantèlement de ses bases, comme en Espagne, en Grèce, etc.
L'accord le plus large et le plus unitaire peut se réaliser en Europe occidentale contre le déploiement des missiles nucléaires prévu pour la fin de cette
- De Comiso (en Sicile) à Greenham Common (en Grande-Bretagne), non au déploiement des missiles Pershing et
- Dehors les bases de l'OTAN ! Dé mantèlement des bases avancées américaines en Europe ! A bas la dictature qui fait de la Turquie une forteresse à la solde de l'impérialisme dans la région !
- Non aux forces de frappe nucléaires française et britannique, qui font pleinement partie du dispositif militaire impérialiste !
— Pour une Europe dénucléarisée, de la Pologne au Portugal, de la Sicile à la
- Réduction massive des budgets militaires, nationalisation complète et reconversion des industries d'armement: des emplois, pas de bombes !
- Soutien aux droits démocratiques des soldats embrigadés par l'armée bourgeoise et des travailleurs victimes des lois d'exception sur l'embauche et la syndicalisation dans les industries d'armement !
- Halte à l'intervention impérialiste en Amérique centrale !
DÉSARMEMENT UNILATÉRAL La menace de guerre nucléaire fait peser sur l'humanité un danger sans précédent. Ni les protestations ni la perpétuation de l'équilibre de la terreur ne constituent une garantie contre le déclenchement d'une telle guerre.
Aussi longtemps que les gouvernements impérialistes auront entre les mains leurs instruments meurtriers, le péril nucléaire subsistera.
La seule chance d'empêcher la guerre, c'est de désarmer les fauteurs de guerre en jetant bas le capitalisme dans ses propres citadelles. C'est la tâche et le devoir des travailleurs au sein même de
La IVe Internationale et ses sections sont parties prenantes de la bataille engagée contre le militarisme et l'austérité. Dans toute l'Europe, une voix unie doit s'élever pour dire non au déploiement des missiles et aux dépenses militaires, pour dire non aux effets de la crise (chômage, réduction des salaires et des dépenses sociales, agitation raciste des forces droite). A chaque occasion importante, cette voix doit se faire entendre. Dès l'automne prochain, la mobilisation qui s'est développée dans différents pays devrait franchir un nouveau pas dans sa coordination, en prenant rendez-vous pour une grande manifestation européenne.
Les sections européennes de la IVe Internationale contribueront de toutes leurs forces, à ce combat.
Secrétariat unifié (SU) de la IVe INTERNATIONALE, 25 avril 1983.