Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EL SALVADOR

Après la mort des commandants Marcial et Ana Maria

· Inprecor n° 150, 23 mai 1983 · p. 17-18 · 1 442 mots

El Salvador Nicaragua

Après la mort des commandants vé, la participation d'un dirigeant et de des résultats de la politique américaine au

'ORGANE du Front sandiniste de libération nationale

L (ESL.N), Barricada, a publié le 21 avril dernier un em

/muniqué du ministère nicaraguayen de l'Intérieur (MINT)

exposant les circonstances de la mort récente de deux des principaux dirigeants de l'organisation révolutionnaire salvadorienne, les Forces populaires de libération (FPL) Farabundo Marti, l'une des cinq composantes du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN).

Le document précise que les responsables de l'assassinat, le 6 avril dernier à Managua, de Melida Anaya Montes, la commandante Ana Maria, dirigeante des FPL, sont de nationalité salvadorienne, membres à différents niveaux des FPL, et qu'ils ont été arrêtés. Il s'agit de Rogello A. Bazzaglia Recinos,

« auteur intellectuel et organisateur de l'acte criminel », de

Walter Ernesto Elias, de Andres Vasquez Molina et de Julio A.

Soza Orellana, « auteurs matériels de l'assassinat », de Alejandro Romero Romero et de Maria Argueta Hernandez, « complices qui facilitèrent l'entrée du groupe homicide dans la

Vincent KERMEL

C'est après avoir été informé par les responsables nicaraguayens de la véritable identité des assassins de la commandante

Ana Maria, que Salvador Cayetano Carpio, « abattu et consterné devant les preuves irréfutables de l'activité ennemie réalisée au travers d'un homme qui avait sa confiance, et culminant par l'assassinat de la camarade Anaya Montes (...) prit la tragique décision de se donner la mort le mardi 12 avril ». Dès le lendemain, le commandant Marcial était enterré en privé, en présence des dirigeants sandinistes

Daniel Ortega et Tomas Borge. Mais pour permettre à la direction des FPL d'informer leur organisation de la disparition de leur principal dirigeant, cette nouvelle ne sera rendue publique que plusieurs jours apres cette date.

Avant de devenir la commandante

Ana Maria, Melida Anaya Montes fut l'une des fondatrices de l'Association nationale des enseignants d'El Salvador

(ANDES-21 juin), qui organisa dans le passé de nombreuses luttes revendicatives.

Elle participa aussi à la fondation du Bloc populaire révolutionnaire (BPR), front de masse des FPL, qui constituera ensuite

• une composante du Front démocratique

(FDR). Membre révolutionnaire de la direction des FPL, la commandante Ana

Maria prit part aux combats armés contre les troupes de la dictature dans différentes régions du pays, avant de devenir responsable en second des FPL. C'est en cette qualité qu'elle participa en diverses occasions, à l'extérieur du pays, à des activités de propagande au sein de délégations du FMLN-FDR. Quant à Salvador

Cayetano Carpio, il était le fondateur et principal dirigeant des FPL.

Marcial et Ana Maria

Le ments nord-américaine (CIA) ». La mort des deux principaux dirigeants des FPL constitue un coup sévère pour cette organisation. Elle représente aussi un facteur d'affaiblissement de toute la direction du FMLN à un moment important de la lutte révolutionnaire du peuple salvadorien. Cela aurait été déjà vrai si les deux responsables des FPL étaient morts au combat. Mais, à l'impact objectif de leur disparition brutale s'ajoute le terrible coup au moral des combattants que représentent les circonstances de leurs morts.

En ce sens, quel que soit le degré de manipulation possible des assassins d'Ana Maria par les agences impérialistes, et meme si aucun lien réel ne pouvait être prou-

EL SALVADOR la maison de la camarade commandante Ana Maria ».

communiqué ajoute que « l'auteur intellectuel et le principal responsable de l'assassinat, (qui) utilisait le pseudonyme de Marcelo, est membre du Commandement central des

Forces populaires de libération (FPL) d'El Salvador, où il as sume des responsabilités très proches du camarade Salvador

Cayetano Carpio, commandant Marcial, premier responsable de cette organisation révolutionnaire ». Marcelo, « se prévalant de la responsabilité qu'il était parvenu à occuper dans l'organisation des FPL et de la confiance que lui faisait le camarade

Salvador Cayetano Carpio, profita de l'absence de celui-ci pour semer la méfiance politique parmi quelques membres de base des FPL à l'égard de la camarade Melida Anaya Montes ». Ce sont ces membres « qui furent manipulés pour exécuter le crime ». Le document du ministère de l'Intérieur du Nicaragua définit aussi cet assassinat comme « le résultat d'une activité ennemie, caractéristique de l'Agence centrale de renseigne-

Jeune combattante du FMLN salvadorien. (DR)

militants des FPL à l'assassinat d'une de leurs dirigeantes est une victoire objective pour le combat de l'impérialisme, qui vise à affaiblir les forces révolutionnaires qui luttent contre la dictature au Salvador.

Cela met en évidence, de façon tragique, la réalité des menaces américaines en la matière. Ainsi, dès avril 1982, lors d'une réunion secrète du Conseil national de sécurité, des responsables militaires et civils américains et des représentants de la CIA s'étaient proposés de

« multiplier les efforts pour exacerber les luttes fractionnelles dans l'extrême gauche » au Salvador. Le compte-rendu de cette rencontre notait aussi au nombre

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Salvador « l'accroissement des frictions entre les groupes de la guérilla et leurs partisans » (voir Inprecor, numero 149, 9 mai 1983). La presse bourgeoise internationale ne manque d'ailleurs pas de présenter aujourd'hui la disparition d'Ana Maria et de Marcial comme le produit de telles frictions. Ainsi, le New York Times entendre que gouvernements nicaraguayen et cubain, sentant la pression sur la révolution sandiniste, ont estimé que le groupe de Cayetano Carpio était un obstacle aux négociations pour résoudre le problème dans la région et ont décidé d'éliminer cet obs-

- puisque ce sont les services nicaraguayens eux-mêmes qui ont mené jusqu'à son terme l'enquête concernant l'assassinat d'Ana Maria - s'inscrit évidemment et de manière parfaite dans la tactique de division impérialiste. Elle est d'ailleurs surtout destinée à discréditer les directions cubaine aux yeux des travailleurs et des peuples qui appuyent leur

Toutefois, au-delà même des manœuvres impérialistes pour tirer profit de la disparition de ces deux dirigeants, il n'en reste pas moins que c'est de l'intérieur même des FPL qu'a été organisé l'assassinat d'Ana Maria. Le communiqué des FPL, que nous publions ci-après, précise en effet que le principal organisateur du crime, Marcelo, alors membre de la direcorganisation, entendait « assouvir un ressentiment et résoudre des divergences idéologiques et politiques avec Ana Maria ».

Sans que l'on sache à ce jour la teneur exacte de ces « divergences », il faut remarquer que les points en discussion au sein des FPL et dans le FMLN être multiples compte tenu de la complexité et du caractère exceptionnel du processus révolutionnaire salvadorien. Cette tions (géographiques, politiques, sociales et internationales) qui posent des problèmes stratégiques et tactiques nombreux et compliqués. Le contexte guérilla dans un pays très urbanisé, sans protecteur, le soutien puissant dont bénéficie la dictature de la gouvernement américain, d'autres particularités encore, concourent à singulariser l'expérience salvadorienne, y compris dans une certaine mesure par rapport aux conditions de la victoire sande juillet 1979. Depuis lors, le contexte politique international, marqué à la fois par l'avancée de la révolution nicaraguayenne et l'agressivité toujours plus grande de la contre-offensive impérialiste, a changé. Les problèmes relatifs à l'unification des rangs du camp révolutionnaire et populaire contre la dietature se posent aussi de manière différente : l'origine des organisations FMLN est plus ancienne que ne l'était celle des tendances au sein du FSLN nicaraguayen qui s'unirent à la veille de l'insurrection, les particularités idéologiques et d'implantation de ces organisations plongent aussi leurs racines dans les dures luttes des années 1970.

Les conditions d'une lutte armée dictature sanglante soutenue par l'impérialisme dans un petit pays comme le Salvador ne sont pas particulièrement favorables au maintien et à l'approfondissement d'une vie démocratique dans les organisations en lutte. Elles rendent indispensable, dans une certaine mesure, un fonctionnement interne discipline rigoureuse, moins pour tout ce qui concerne les actions de type militaire (préparation, conception et réalisation d'actions armées antidictatoriales). Des discussions qui, dans ce contexte, aborderaient des problêmes relatifs aux modalités et au rythme d'actions armées, ne pourraient être débattues au grand jour. D'autre part, sur des questions aussi délicates que celles des conditions de relance d'une activité militaire généralisée de la guérilla, liée au problème de réorganisation du front de lutte urbain et celle des initiatives diplomatiques à prendre pour répondre aux manœuvres impérialistes visant à régionaliser le conflit et les négociations à ce sujet, personne ne peut prétendre, de l'extérieur des forces combattantes salvadoriennes, avancer des réponses peremptoires. même, personne ne peut, non plus, réclamer une absolue publicité des discussions internes du FMLN et des différentes organisations qui le composent sur tous ces thèmes, compte tenu justement des conditions de lutte antidictatoriale.

On ne peut néanmoins qu'approuver la formule donnée par Salvador Cayetano Carpio, pour caractériser la lutte idéologique au sein du camp révolutionnaire et populaire. Celle-ci est extraite d'un livre récent, dont nous publions ci-après quel-

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