Inprecor 1974–2004

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IRAN

La répression du Toudeh marque une nouvelle étape de l'évolution du régime

· Inprecor n° 150, 23 mai 1983 · p. 22-24 · 3 609 mots

Iran URSS et Russie Golfe et Irak

La répression contre le Toudeh marque une nouvelle étape de l'évolution du régime

IRAN

EVANT l'imam Khomeyni, le guide de la révolution et le fondateur de la République islamique, je vais essayer aujourd'hui de demander pardon. Et honteusement, face à lui, expliquer les infractions de notre parti durant quatre années d'activité en République islamique ».

C'est ainsi qu'ont commencé les « aveux » télévisés de

Noureddine Kianouri, secrétaire général du Parti communiste iranien, le parti Toudeh. Et celui-ci poursuivait : « Nous n'avons pas pu nous libérer de notre dépendance à l'égard de l'étranger et nos activités politiques sont devenues des activités d'espionnage et de trahison contre la République islamique. »

Au cours de cette séance « d'autocritique et d'aveux »,

Noureddine Kianouri a expliqué que le Toudeh « envoyait des rapports politiques et militaires à l'URSS et que son parti avait tenté d'infiltrer les sphères de l'Etat iranien (1) ».

Il n'est pas nécessaire d'épiloguer longtemps sur la valeur intrinsèque de tels « aveux ». Dans l'Humanité, le quotidien du

Parti communiste français, la direction extérieure du Toudeh les expliquait par l'usage de drogues et de stupéfiants, ou par

Michel ROVERE

C'est le 6 février dernier qu'une première rafle a touché les cercles dirigeants du PC iranien. Trente membres dirigeants étaient arrêtés pour « espionnage au profit de l'URSS ». Parmi eux, outre Kianouri, figuraient des dirigeants comme Mohamad

Ali chargé des finances du parti, Abou Torah

Bagherzadeh, Chaltouki, Zolghard, Harzi, ainsi qu'Ehsan Tabari, membre du Bureau politique, philosophe et historien internationalement connu, surnommé camarades « l'Encyclopédie ».

Le fondateur de l'Union des écrivains iraniens, Behazine, dirigeant du fantomatique Parti de l'union démocratique (une organisation satellite du Toudeh) compte aussi parmi les personnalités arrêtées.

Selon nos informations, la vague de répression frappe également l'organisation des Fedayin « majoritaires » aksariat, une scission de l'organisation des Fedayin du peuple, qui s'était rapprochée du parti

Toudeh depuis deux ans sur la base d'une analyse commune du caractère « anti-impérialiste » du régime de l'ayatollah Khomeyni.

Lors de cette première vague de répression, où certains dirigeants du Toudeh avaient échappé à l'arrestation, les pasdaran (gardiens de la Révolution)

avaient pris leurs femmes ou leurs familles en otage, selon une procédure qui, là encore, a été inaugurée par le régime contre les groupes d'extrême gauche ou les Moudjahidin du peuple.

Trois jours après les « aveux » télévisés du secrétaire général du Toudeh, le procureur général Tabrizi annonçait la tion. » (Le Monde, dissolution officielle du parti Toudeh (3). Dans la foulée, dix-huit diplomates soviétiques en poste à Téhéran ou dans les consulats de province étaient expulsés.

Les militants du Parti communiste iranien étaient alors officiellement invités à aller se faire enregistrer auprès des autorités islamiques, « munis de deux photocopies de leur carte d'identité et de deux photos, pour y remplir des formulaires (4) », sous peine des châtiments les

Une semaine après, une nouvelle vague de répression aboutissait à l'arrestation d'un millier de militants et de sympathisants du Toudeh dans l'ensemble du pays. Le pire est à craindre sur le sort qui attend l'ensemble des militants arrêtés, les aveux télévisés n'étant souvent que le prélude à des parodies de jugement, suivies immédiatement d'exécutions

UNE VICTOIRE DE L'AILE « HODJATIEH » La répression qui s'abat sur le Toul'évolution droitière du régime de la République islamique. Elle rend compte des modifications intervenues dans les luttes d'influence entre les diverses fractions du régime à propos de la politique économique et sociale mise en œuvre dans le pays, ou à propos de la politique étrangère de Téhéran.

L'ampleur de la répression contre le Toudeh a été un enjeu de la lutte entre les diverses cliques existant au sein du régime islamique. Pour schématiser, on peut distinguer grandes tendances. Celle dite du « clergé militant » ou des partiles terribles pressions morales, voire physiques, auxquelles sont soumis les accusés (2). On rapporte qu'une ancienne collaboratrice de Bani Sadr, l'ex-président de la République, limogé en

1981, n'a « avoué » qu'aprés qu'on ait commencé à fusiller en sa présence, pour la faire céder, un groupe de jeunes prisonnières sympathisantes des Moudjahidin du peuple. Il faut toutefois signaler qu'à l'époque, lorsqu'il s'agissait des amis de Bani

Sadr ou d'un aventurier comme Sadegh Ghobdzadeh, les communistes iraniens avaient bruyamment applaudi et utilisé à leurs fins politiques propres ces remakes made in Teheran des farces judiciaires des procès de Moscou ou de Prague.

Aujourd'hui, ce sont un millier de membres du Toudeh qui ont été arrêtés. Et le chef des Gardiens de la révolution,

Mohsen Rezai, déclarait récemment à propos de la possible exécution de certains d'entre eux : « Nous ne sommes pas pressés de les exécuter, ils ont encore beaucoup à confesser. Mais par leurs confessions, ils ont signé l'ordre de leur propre exécu-

12 mai 1983).

sans de « la ligne de l'Imam » (du nom que s'étaient donnés les étudiants qui avaient occupé l'ambassade américaine en novembre 1979 à Téhéran). Elle s'oppose à la tendance connue sous le nom d'hodjatieh, qui comprend les représentants les plus traditionnels, les plus intégristes du clergé, qui s'appuyent sur le

Bazar enrichi par la révolution et sur certains technocratiques influents dans courants les ministères de l'Industrie, du Commerce extérieur ou du Travail.

Le premier courant, soucieux de la dégradation de l'image sociale du régime, du rétrécissement de sa base sociale du fait de la prolongation de la guerre avec l'Irak et des effets de la répression, était partisan d'un certain nombre mesures économiques et sociales susceptibles de préserver l'image populiste du régime et de s'assurer, dans certaines couches plébéiennes, un appui fondé souvent sur la redistribution des prébendes de l'Etat à travers le réseau de la Fondation des déshérités et d'autres comités. Il avait

1. Le Monde, 3 mai 1983.

2. La déclaration du comité central du

Toudeh, publiée dans l'Humanité du

3 mai

1983, précise que les « aveux » de Kianouri ont été extorqués par des « tortures physiques et psychologiques » pratiquées par « les ennemis de l'indépendance, de la liberté et de la justice sociale », qui se vengent sous l'égide de l'« impérialisme américain » de « la principale force luttant pour l'indépendance et la liberté du pays que constitue le parti Toudeh d'Iran ».

3. L'imam Khomeyni devait s'en féliciter en ces termes : « Dieu, nous te remercions de tes faveurs. Nos jeunes soldats anonymes ont arrêté les dirigeants du parti Toudeh, qui avaient des activités hypocrites pour renverser l'islam.

Ce miracle n'a eu lieu qu'avec l'aide d'Allah. »

(Le Monde, 6 mai 1983).

4. Le Monde, 6 mai 1983.

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restation de Noureddine Kianouri. Nous publions ci-dessous les réponses qu'il de décision du pays. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas distinguer nos cette distinction met en application, qu'il le veuille ou non, la politique d'équiposés à la révolution et l'islam révolutionaire. Avec ce dernier, nous avons des ment et surtout des convergences essentielles sur les problèmes concernant re est possible et peut durer de nombreuses années. Il est possible d'arriver à un accord sur un programme minimum, précisément sur les principes formulés par la Constitution islamique. Il est vrai que celle-ci comporte bien des faiblesses et abrogation. Nos adversaires, les religieux intégristes, les partisans d'une politique de droite et ceux qu'on appelle les hodjatieh (groupe de pression parlemenqu'elle n'est pas conforme à l'islam, alors qu'elle a été élaborée par une asseminsisté pour que le commerce extérieur soit nationalisé, pour qu'une nouvelle redistribution des terres ait lieu campagnes, et pour que dans les villes les biens des taghoutis, les grands bourgeois et les profiteurs du régime du chah en

Sur tous ces points, ils ont été mis en minorité au Parlement et dans les sphères de direction de la République islamique par les partisans les plus fondamentalistes, les hodjatieh. Ceux-ci ont su utiliser la prolongation de la guerre avec l'Irak, la nécessité d'assurer coute que coûte l'ap provisionnement du pays, aussi bien en matériel militaire qu'en produits de première nécessité, pour faire valoir la carte du « réalisme », c'est-à-dire de la réouverture de l'Iran aux exportations de grandes puissances impérialistes comme le Japon, la République fédérale d'Allemagne, la

Grande-Bretagne, et même, dans une cermesure, les Etats-Unis. Les rubriques financières spécialisées des grands économiques internationaux se remplissent à nouveau d'échos sur la négociation de contrats fructueux avec l'Iran, et Téhéran redevient une escale privilégiée pour les hommes d'affaires en quête de marchés avantageux. Ce processus d'ouverture à l'Ouest va très loin, puisque deux des pays contactés pour entretenir des relations économiques privilégiées avec le régime de Téhéran ne sont autre que ses ex-partenaires du CENTO

(Central Treaty Organization, équivalent de l'OTAN en Asie centrale), à savoir le Pakistan et la Turquie.

Au cours d'un récent voyage à Ankara, le ministre iranien de l'Industrie du comité central du Toudeh, Mohamed Ahmadi, de passage à Paris, après l'arfit à deux des questions du journaliste français.

- On vous accuse également d'être alignés sur la politique soviétique.

Ouest », et nous l'interprétons comme une volonté de maintenir l'indépendance ennemis de nos amis, ceux qui complotent contre la révolution et ceux qui, comme les Soviétiques, l'ont toujours soutenue. Celui qui refuse d'admettre libre négatif suivie dans les années 1950 par Mossadegh.

- Comment conciliez-vous le marxisme et la religion islamique ?

divergences qui, à notre avis, ne sont pas fondamentales, mais nous avons égalel'avenir du régime. Nous estimons que la coexistence avec l'islam révolutionnaides lacunes, mais nous l'acceptons telle quelle, et nous ne demandons pas son taire anticommuniste), en revanche, la mettent en question sous prétexte blée de dignitaires religieux respectés.

lourde, Nabavi, l'une des têtes pensantes du groupe hodjatieh, a signé un accord prévoyant que les exportations turques vers l'Iran, d'un montant de 12 millions de dollars par an sous le chah, passeraient à 2 milliards de dollars ! En échange, les deux gouvernements ont convenu de coorépression conjointe du

Par ailleurs, le ministre iranien du

Commerce extérieur, Asghar Oladi, aurait responsables de l'administration améri-

1983, l'administration américaine a accordé treize autorisations d'exportation pour du matériel précédemment mis sous embargo, notamment du matériel élec-

Les exportations américaines ont atteint 200 millions de dollars l'année dernière, un chiffre qui ne prend pas en compte les produits exportés via un pays tiers ou à partir des filiales des compagnies US en Europe.

Sur le plan intérieur, on a appris dernièrement que la Fondation des déshérités, qui gérait l'ensemble des avoirs de l'ex-Fondation Pahlavi ainsi que les biens confisqués aux partisans de l'ancien régime, envisageait de rétrocéder à certains de leurs anciens propriétaires deux mille titres de propriété. Le 20 janvier dernier, le ministre de l'Industrie légère, Hashemi, expliquait que l'Etat était disposé à remettre certaines des entreprises nationalisées aux mains d'entrepreneurs privés. Ce n'est donc pas un hasard si, malgré la faible implantation ouvrière du Toudeh et la servée à l'égard du régime, on peut lire

Le Toudeh, la répression et l'imam Khomeyni

Le quotidien français le Monde, du 22 auril 1983, a interrogé un membre

— Nous ne sommes pas opposés au mot d'ordre de l'imam « ni Est ni

- Nous établissons une nette distinction entre les religieux de droite opdans l'acte d'accusation dressé contre le Toudeh que celui-ci s'est rendu coupable « de favoriser l'agitation ouvrière et de fomenter des troubles sociaux dans les

Enfin, on ne doit pas sous-estimer non plus comment l'évolution de la politique de l'URSS dans le conflit entre l'Irak et l'Iran, a servi d'argument aux fondamentalistes pour isoler et frapper un parti pour lequel le soutien indéfectible à l'URSS et à sa diplomatie était une donnée programmatique essentielle. On a ainsi noté comment, au cours des derniers

Toudeh s'était montré favorable à la fin des combats, et s'était prévoyant que la pas à la libération des territoires iraniens occupés par les troupes de Bagdad, mais se poursuivrait en territoire irakien jusqu'à la chute du régime de Saddam Hussein et l'instauration d'une république islamique en Irak.

UNE ORIENTATION QUI CONDUIT

A LA FAILLITE La répression qui s'abat sur le Toudeh est ainsi révélatrice de l'évolution du rapport de force entre les différentes cliques du pouvoir (5). Mais elle marque également la faillite définitive et tragique de la ligne politique d'appui inconditionnel à Khomeyni, que ce parti a maintenue sans sourciller depuis quatre ans. Et plus qu'aucun autre, Nourredine Kianouri a incarné cette orientation.

C'est lui qui fut propulsé directement à la tête de la direction du Toudeh en exil, peu avant le retour de Khomeyni en Iran, pour remplacer Iradj Eskanderi et des dirigeants jugés trop critiques à mini-putsch n'a pu se qu'avec l'aval des dirigeants du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS), auxquels Kianouri est lié de longue date, sans doute plus que tout autre membre de la direction du Toudeh. Il est le petit-fils de l'ayatollah Nouri, ce fondamentaliste islamique pendu en 1905 en plein centre de Téhéran par les révolutionnaires constituperses, lorsque rarchie chiite faisait déjà bloc avec la monarchie contre le mouvement républicain. L'ayatollah Nouri fut l'un des maîtres à penser de l'ayatollah Khomeyni et de tout le courant le plus intégriste du clergé

Au cours des interminables luttes d'influence à la tête du parti Toudeh, Noureddine Kianouri, chargé des questions d'organisation et de l'appareil militaire du parti (qui comprit jusqu'à 600 officiers de l'armée impériale du temps de Mossadegh, en 1950), était directement lié au groupe dirigeant du PC d'Azerbaïdjan soviétique d'Aliev et de Bagherov. Bagherov, qui fut le mentor de Béria et lui permit d'accéder

5. Sur l'analyse de la trajectoire de la révolution iranienne, voir le dossier publié dans In. precor, numéro 145, 14 mars 1983, « La révolution iranienne quatre ans après l'insurrection ». André Duret.

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aux plus hautes instances de l'appareil policier du stalinisme, resta jusqu'au bout l'homme de confiance de Staline pour tout ce qui touchait à l'Iran et au mouvement communiste dans ce pays (Bagherov fut l'un des rares dirigeants du PCUS à être fusillé après la mort de Staline et l'exécution de Béria, accusé d'avoir fait assassiner 25 000 communistes azerbaïdjanais lors des purges staliniennes ...)

Comme il est de tradition dans le mouvement stalinien international, la fidélité inconditionnelle de Kianouri au PCUS est directement proportionnelle à tous les mauvais coups qu'il a accompli pour ses mentors, y compris, parfois dans le dos d'une partie de la direction du Toudeh. Ce fut le cas lorsqu'il prit contact avec des émissaires du chah pour contrecarrer la politique de Mossadegh, dont le « neutralisme négatif » (« Ni l'Est ni l'Ouest ») était considéré par les dirisoviétiques comme contraire leurs intérêts dans la région (6).

Kianouri incarna, après février 1979, la ligne de soutien inconditionnel au nouveau régime. En novembre 1981, au moment de la vague de répression l'extrême gauche et les Moudjahidin, Kianouri expliquait : « Le XVIe plénum du CC tenu en mars 1979 a confirmé la ligne du bureau politique d'accorder un soutien total à la politique populaire anti-impérialiste de l'imam Khomeyni, dirigeant de la révolution iranienne. Ayant fait ses preuves au cours des trois dernières années coulees depuis le renversement du rég e du chah. cette politioue garde tour

Kianouri reconnaissait bien l'existence de courants anticommunistes au sein du clergé chiite mais, pour lui, la tâche du Toudeh consistait à soutenir l'aile « révolutionnaire », les partisans de la « ligne de l'Imam : « Au sein des milieux dirigeants et, d'une façon générale, parmi ceux qui se déclarent partisans de la ligne de l'imam Khomeyni, deux courants se distinguent : le premier, révolutionnaire, appelle transformer radicalement le régime socioéconomique au bénéfice des déshérités, et prend position pour limiter les biens particuliers et tirer profit du capital. Le second courant, réactionnaire, se prononce pour le capitalisme, la propriété privée, maintenir le régime socio-économique existant. Il est connu que les partisans de cette seconde tendance disposent de positions solides dans l'appareil d'Etat et dans les milieux religieux (...) ». Et il proposait, pour combattre cette tendance, « la formation d'un front national uni s'appuiera essentiellement sur la coopération et l'unité d'action des combattants musulmans, partisans de la ligne de l'iman Khomeyni et des tenants authentiques du socialisme scientifique. (7) »

TOUJOURS LA VOIE NON-CAPITALISTE DE DÉVELOPPEMENT ment « anti-impérialiste » de Khomeyni se situe dans le droit fil de la « théorie de voie non-capitaliste de développement », nouvelle version de la conception stalinienne de la révolution par étapes, appliquée au monde colonial et semi-colonial à l'époque de la décolonisation. Cette formulation fut élaborée et adoptée dans le programme du PCUS en 1960, puis avalisée lors des deux conférences internationales des PC, celle de 1961 et celle de 1969. On la retrouve dans la version du programme du Toudeh élaborée en 1975, sous la forme suivante : « Par conséquent, la voie de développement que notre parti estime juste pour la société iranienne est l'orientation socialiste, qui n'est pas encore l'instauration du socialisme, mais la préparation des conditions nécessaires pour le passage à une société socialis-

Ailleurs, cette politique justifia le soutien du PC irakien au parti nationaliste Baas au pouvoir à Bagdad jusqu'à ce que ce dernier se retourne contre les communistes irakiens; elle justifia également la politique du PC indonésien (PKI) qui, avec 3 millions de membres, était le principal PC capitaliste. Là aussi, le soutien au Nasakom, le front national regroupant les nationalistes de Soekarno (alors président de la République), le PKI et les musulmans qui furent ensuite à l'avant-garde de la terreur anticommuniste en 1965, était justifié par l'existence de deux lignes au sein des forces nationalistes bourgeoises : « A présent, le pouvoir d'Etat en République indonésienne tendances antagonistes, l'une représentant les intérêts du peuple et l'autre les intérêts des ennemis du peuple. Le côté soutenant le peuple se renforçant tous les jours, le gouvernement de la République indonésienne est à même d'adopter des mesures révolutionnaires anti-impérialistes. » (D. N. Aidit, secrétaire général du

En Indonésie, les communistes PKI approuvèrent les atteintes aux libertés démocratiques du régime Soekarno sous prétexte de la priorité à la lutte contre l'impérialisme. Le résultat fut la plus terrible défaite connue par le mouvement ouvrier dans le monde colonial et semi-colonial dans l'après-guerre, qui vit le massacre de plusieurs centaines de milliers de

Et avant l'Indonésie, il y avait eu la Chine et l'appui apporté par la direction du PC chinois, sur les ordres de Staline, à l'aile « progressiste » du Kuomintang lors de la révolution de 1926-1927. Là encore, on avait distingué un Kuomintang de droite pour mieux soutenir Chiang Kaishek, et un Kuomintang de gauche, quand Chiang Kai-shek avait jeté bas le masque de l'« anti-impérialisme » ...

Pourtant, lorsque les masses d'une nation semi-coloniale se lancent à l'assaut d'une dictature honnie soutenue par l'impérialisme et l'abattent, lorsqu'elles cherchent à mettre à profit le déclenchement de cette révolution, non seulement pour en finir avec la tyrannie et la tutelle impérialiste, mais aussi pour modifier de fond en comble leurs propres conditions de vie et de travail, la contradiction principale n'est pas celle qui oppose l'aile « progressiste » de la bourgeoisie à telle autre plus conservatrice ou plus liée à l'impérialisme. La vraie contradiction est celle qui oppose le mouvement des masses travailleuses des villes et des campagnes, dées à en finir avec l'exploitation et l'oppression, à ceux qui défendent la propriété privée et son dernier rempart, l'Etat

C'est Lénine lui-même qui avait demandé de rajouter aux thèses sur la question coloniale et nationale, lors du lle niste, en juillet 1920, le passage suivant : « Il existe dans les pays opprimés deux mouvements qui se séparent chaque jour de plus en plus : le premier est le mouvement bourgeois démocratique nationaliste qui a un programme d'indépendance politique et d'ordre bourgeois. L'autre est celui des ouvriers et des paysans ignorants et pauvres pour leur émancipation de toud'exploitation. Le premier! tente de diriger le second et y a souvent réussi dans une certaine mesure. Mais l'Internationale communiste et les partis adhérents doivent combattre cette tendance et chercher à développer les sentiments classe indépendants dans les masses ouvrières des colonies. (10) » Ces lignes lignes gardent tout leur intérêt au momment où, après les arrestations de membres du Toudeh et de Kianouri, un dirigeant du PC iranien de passage à Paris explique froidement : « Même après l'arrestation de nos dirigeants, notre politique d'appui à la révolution n'a pas changé. » (Voir encart.)

condamnons sans appel la politique et l'action passée du Toudeh, qui a activement participé à l'isolement et même à la répression directe du mouvement kurde et des forces révolutionnaires et progressistes iraniennes, il ne doit cependant pas y avoir la moindre ambiguité sur le fait que la IVe Internationale et toutes ses sections condamnent ces nouvelles mesures répressives du régime de Téhéran et exigent la libération immédiate de tous les opposants de gauche, membres et sympathisants des Moudjahidin, des organisations révolutionnaires, mouvement des minorités nationales et, aujourd'hui, des tudeis victimes de la répression khomeyniste.

6. Voir la déclaration du docteur Kechavarz, membre du bureau politique du Toudeh, à Charock Vaziri en 1977, dans Le pétrole et le pouvoir en Iran, Edition Piantanida, Lausanne, 1. Ve noe telle. les internats du so Maliscou, novembre 1981. me scientifique » désignent ici le Toudeh et les Fedayin aksariat.

8. Programme du Toudeh, approuvé par le comité central en 1975. Paris, 1977.

9. Le Parti communiste indonésien (PKI) avait pourtant pris une position pro-chinoise dans le conflit sino-soviétique. En fait, les dirigeants chinois eux-mêmes ne remirent pas en cause, jusqu'au milieu des années 1960, cette théorie de la voie non-capitaliste de développe-

10. Texte complet des Quatre premiers congrès de l'Internationale communiste, original, juin 1934, reproduit en fac-similé par les éditions françois Maspéro, Paris, 1969.

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