symbolisé les principales étapes de la lutte des masses populaires salvadoriennes | ALVADOR Cayetano Carpio est un véritable personnage historique, tant sa vie a des quarante dernières années. Né en 1919, ouvrier boulanger, dirigeant syndical de cette corporation dans les années 1940, Salvador Cayetano Carpio participera à de nombreuses luttes revendicatives violentes. Au cours de l'une d'elles, il sera incarcéré pendant six mois, et c'est a sa sortie de prison, en 1947, qu'il integrera le Parti communiste salvadorien (PCS). Il connaîtra la prison et l'exil à plusieurs reprises, et participera, dans les années 1950, à la fondation du Parti guatémaltèque du travail (PGT), le
Ayant rapidement des responsabilités importantes au sein de la commission d'organisation du PCS, Salvador Cayetano Carpio en sera le secrétaire général, de 1964 à son départ, en 1970. Il se montrera très sensible aux leçons politiques de la révolution cubaine, comme l'a été toute une génération de militants révolutionnaires en Amérique latine. Il développera alors des positions beaucoup plus radicales que celles du courant droitier majoritaire dans la direction du PCS, qui s'embourbait dans l'électoralisme et l'alliance privilégiée contractée avec la démocratie chrétienne. Ainsi se forgera sa conception de la nécessité de combiner lutte politique et lutte militaire contre la dictature, et de construire une organisation révolutionnaire politico-militaire adaptée à
En 1970, Cayetano Carpio quitte le PCS avec sept autres camarades et fonde quelque temps après les Forces populaires de libération (FPL) Farabundo Marti, dont il sera le principal dirigeant, sous le pseudonyme de Marcial. Ce n'est pourtant qu'en
1981 que l'identité du prestigieux dirigeant Marcial sera publiquement dévoilée. Pendant ces dix années, les FPL se sont construites comme organisation de lutte armée prônant une guerre populaire prolongée contre le régime. Elles ont structuré des fronts syndicaux et populaires de masse, regroupés au sein du Bloc populaire révolutionnaire
(BPR). Le BPR et les structures équivalentes des deux autres principales organisations politico-militaires - l'Armée révolutionnaire du peuple (ERP) et les Forces armées de résistance nationale (FARN) - parviendront à marginaliser l'influence du PCS dans le mouvement de masse. A tel point qu'après avoir participé au gouvernement aux côtés des démocrates chrétiens et des sociaux démocrates après la chute du dictateur Humberto Romero en 1979, le PCS décidera ensuite de rejoindre les organisations politico- militaires et participera ainsi à un processus d'unité d'action qui conduira à la constitu-
En guise d'hommage au camarade Cayetano Carpio, nous publions ci-après quelques extraits d'un livre intitulé La lutte des classes, moteur du développement de la guerre populaire de libération, édité à Mexico en décembre 1982 (Editions Enero
1982). Ce livre est composé de plusieurs articles ou contributions de Salvador Cayeta-
Parti communiste du Guatémala. tion, en 1981, du FMLN. no Carpio et d'une longue interview qu'il donna, fin 1982, à Marta Harnecker.
Je suis devenu dirigeant à partir de la lutte des classes elle-même ... Pour moi, la notion de combativité des ouvriers est une notion liée à la lutte illégale. En ces temps, nous avons peut-être été favorisés par le fait qu'il n'existait aucune loi favorable au mouvement ouvrier; il n'y avait pas de Code du travail, rien de tout ce. la .. Ainsi, il fallait tout faire par la force. Les usines, il fallait les fermer de force. Je me suis formé dans ce contexte: mon école de la lutte des classes, c'était la combativité. Et depuis lors, nous avons dû arracher au gouvernement et au patronat chacune des lois qui ont pu favoriser le mouvement ouvrier, par la lutte et la violence de masse.
FORMÉ AU CŒUR DE LA LUTTE
DES CLASSES Je suis entré au Parti communiste en 1947, après six mois de prison où l'on m'avait maintenu justement parce que nous avions fait une grève. Pour écraser la
EL SALVADOR
Lutte des classes et guerre populaire de libération
Extrait d'un livre de Salvador Cayetano Carpio grève, ils avaient commencé par me jeter en prison parce que j'étais le dirigeant du syndicat des boulangers. Quand je suis entré au Parti, j'avais déjà quatre ans d'expérience de luttes des classes et, dans la mesure où il n'y avait aucune loi, tout devait être conquis par la force ... et dans l'unité, l'unité de toute la profession et l'unité des différentes organisations professionnelles, pour pouvoir imposer au patronat, bien que c'était là peu de choses, les revendications contenues dans une plate-forme élémentaire. C'était une école forgée au sein de la lutte des classes elle- même et non dans les livres ... La Mère, de
Maxime Gorki, est le premier livre que j'ai lu ; c'était en 1947, en prison, à la veille d'entrer au parti. (...) En 1947, j'étais absolument convaincu qu'au Salvador il était impossible d'obtenir quoi que ce soit sans une attitude combative de la classe ouvrière. (...) En 1959, avec le triomphe de la révolution cubaine, la lutte idéologique s'aiguisa à l'intérieur du parti. (...) C'est alors que s'affirma la né-
cessité de changer de méthodes de travail avec la classe ouvrière. Le bureaucratisme et l'économisme nous avaient quasiment mené à l'isolement et menaçaient de liquider l'influence que nous avions gagnée dans la classe ouvrière. (...) Nous nous sommes consacrés alors au travail d'organisation de cellules clandestines dans les
RÉVOLUTION CUBAINE Il était naturel que la lutte dans le parti se fasse plus aiguë, dans la mesure où le secteur qui s'était formé au cours de toutes ces années antérieures dans le bureaucratisme et l'économisme était important. Et cela explique que la droite au sein du parti ait finalement réussi à bloquer le chemin, ses cadres étant majoritaile mouvement syndical qu'au sein de la direction. (...)
Pour moi, il devint clair qu'il y avait deux manières d'appliquer le marxisme : une forme dogmatique et une autre qui ne l'était pas, et la révolution cubaine avait précisément prouvé qu'il était nécessaire d'appliquer le marxisme de manon dogmatique, qui prenne en compte la spécificité du pays. Je suis arrivé à la conviction que nous avions appliqué le marxisme de manière assez dogmatique. (...)
Alors que j'étais plongé dans la lutte syndicale, avec toutes ses tâches quotidiennes et dans la lutte contre les syndicats pro-impérialistes, ce qui me sautait déjà aux yeux, c'était une autre forme de la violence révolutionnaire: celle de la violence révolutionnaire des masses, qui avait des aspects de lutte armée, même s'il ne s'agissait encore que d'armes très élémentaires, telles que gourdins, etc., une violence appliquée sur le terrain de la lutte de masse, de la lutte politique.
LA SCISSION DU PC ET LA CRÉATION DES FPL Je fus secrétaire général du Parti communiste salvadorien de 1964 à 1970, et pendant tout ce temps, la lutte idéologique fut précisément menée pour obtenir que le parti comprenne, en premier lieu, la nécessité de la violence de l'application de l'autodéfense aux diverses activités de la lutte des masses. C'est dire que la lutte idéologique ne se limitait pas au terrain théorique. Elle se déroulait au sein même des masses, dans le cours même de la lutte révolutionnaire du peuple. Il ne s'agissait pas d'une lutte idéologique menée dans les bureaux ....
pratique, au cours des grèves, dans les usines, dans le feu purificateur de gourdins cloutés à la main. (...)
Lorsque le secteur droitier bloqua les canaux de discussion internes, il ne me resta d'autre voie que de quitter le parti pour fonder une nouvelle organisation. Le ler avril 1970, les Forces populaires de libération (FPL) Farabundo Marti étaient fondées. A ce moment, le Parti communiste était engagé à prouver que la lutte pacifique était la voie d'accès au pouvoir au Salvador. Il prônait essentiellement la voie électorale et cherchait les secteurs bourgeois comme alliés Arrivé à la conviction irréversible que le Parti communiste était devenu un obstacle pour franchir le pas vers la lutte armée, il fut nécessaire de former un instrument politico-militaire du peuple. (...)
Nous concevions les FPL comme une organisation léniniste de type nouveau. L'un des derniers rapports que je présentai au comité central du PCS, dans le cadre de la lutte idéologique, portait précisément sur la question de l'organisation. Il avançait la nécessité d'organiser un véritable parti marxiste-léniniste de type nouveau, capable de diriger non seulement les actions pacifiques, mais aussi de conduire le prolétariat au pouvoir par la lutte armée. Dès le début, nous étions conscients du fait que nous construisions une organisation marxiste-léniniste de type nouorganisation révolutionnaire que ses objectifs définissaient comme politico-militaire. (...)
Une organisation politico-militaire signifie la mise en pratique d'une stratégie politico-militaire, c'est-à-dire la combinaison de tous les moyens de lutte ... Il était clair pour nous, dès le début, que l'application de la ligne politique doit être complétée par la lutte armée, et cette dernière tend à devenir déterminante à moments. Quand nous avons défini, Salvador, l'organisation comme politico-militaire, nous l'avons fait pour répondre à une véritable nécessité : il y avait dans le pays des organisations qui refusaient de s'engager sur la voie militaire et voulaient maintenir le mouvement exclusivement sur le terrain politique.
A partir de 1970, nous avons appliqué et développé une stratégie intégrale de guerre révolutionnaire prolongée, cela parce que le peuple n'avait pas d'armes, et Le commandant Marcial quelque part au Salvador (photographie extraite de son livre).
qu'au cours de longues décennies on n'avait pas impulsé la lutte armée dans les masses, dans le peuple ; au contraire, on avait prétendu qu'elle était impossible. (...) Il fallait partir de là pour vaincre une armée relativement puissante, avec une force numérique de 12 000 contre un, possédant du matériel de guerre en grande quantité, disposant d'une supériorité écrasante sur le terrain de la lutte armée. Il y avait là le risque de tomber dans la conception aventuriste selon laquelle un petit groupe de 30 à 50 hommes prendrait le pouvoir, celle où le héros se substitue au peuple et où celui-ci n'est plus l'acteur de sa propre révolution. Cela a coûté la vie à des centaines de révolutionnaires en Amérique latine, qui avaient adopté cette conception dangereuse ne l'échec. On trouve encore consiste à se rapprocher de quelque militaire - celui-ci promettant de bonnes conditions pour un coup d'Etat - et à s'organiser ensuite à la traîne du coup d'Etat (lequel n'est déjà pas en lui-même un acte révolutionnaire).
Une démarche qui n'aurait pas visé, à ce moment-là, à accumuler des forces politico-militaires à travers un processus prolongé de guerre, aurait été une démarche catastrophique pour la révolution au Salvador. Seule cette conception donnait une perspective de développement à voie armée de la lutte révolutionnaire du l'adopter. En agissant différemment, nous aurions péché par impatience, aventurisme, militarisme et putschisme.
C'est pour cela que le processus de la guerre populaire au Salvador est passé du simple au complexe. (...)
ET LA POLITIQUE D'ALLIANCE
L'expérience que nous avons, c'est que l'unité la plus large est nécessaire
pour pouvoir avancer fermement vers la révolution. Mais cette large unité doit être fondée sur quelque chose. Elle ne peut être abstraite, elle ne peut être « a-classiste », elle ne peut être informe. Elle doit être fondée sur l'unité des ouvriers et des paysans. Si elle n'est pas fondée sur l'alliance ouvriers-paysans, cette unité ne fait que suivre la classe qui a la plus grande expérience, habileté et pratique du pouvoir. Celle-ci prend en main la conduite de cette large unité et l'oriente vers ses propres intérêts.
Nous ne pouvons pas oublier qu'y compris au sein de cette large unité, des éléments de lutte des classes surgissent inévitablement. Telle est la conclusion que nous avons tirée de notre expérience des dernières années, en prenant toujours comme base le fait que la lutte des classes imprègne tout le processus.
Ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un mouvement de libération nationale que la classe ouvrière doit se tenir à l'écart. Au contraire, la classe ouvrière se doit de diriger ce processus dans la mesure où il doit réaliser la libération nationale et approfondir ses conquêtes révolutionnaires, de manière à créer les conditions économiques, politiques et sociales, de conscience, etc. pour le passage au socialisme.
Il faut qu'à cette étape de la lutte populaire de libération, le prolétariat dirige ce processus et ne renonce pas à son rôle dirigeant. Et pour cela, une alliance avec la paysannerie lui est nécessaire, car sans cela, la classe ouvrière se trouverait isolée face aux représentants des classes bourgeoises nationales et internationales, et noyée dans l'océan de leurs intérêts. En effet, dès qu'un mouvement révolutionnaire semble capable de prendre le pouvoir, les bourgeoisies internationales commencent alors à faire pression pour conquérir, à l'intérieur de cette union, des positions qui lui permettent de contrôler cette révolution quand elle arrive à son point culminant. (...)
Au cours de la guerre, la lutte des classes interne entre la bourgeoisie internationale d'un côté et la classe ouvrière et la paysannerie de l'autre, s'aiguise. Par conséquent, si on ne développe pas la lutte idéologique, il se crée des conditions très défavorables pour que les organisations les plus conséquentes du prolétariat et de la paysannerie jouent leur rôle d'avant-garde. Il est évident que la lutte idéologique doit être menée avec des méthodes correctes, puisqu'il ne s'agit pas de la lutte contre l'ennemi. L'ennemi, lui, et en particulier l'impérialisme et ses suppôts, doit être accueilli avec les balles et les mortiers. Mais au sein du peuple, c'est la persuasion qui doit prévaloir, la lutte idéologique avec des méthodes correctes, tout en restant ferme sur les principes révolutionnaires. (...)
LA QUESTION DES NÉGOCIATIONS
Nous, nous sommes fermes et très sereins face à l'avenir. Nous sommes sincéres quand nous disons que notre guerre doit s'achever par une solution politique. Si nous sommes forts, alors nous voyons que le dialogue est basé sur la dignité, sur la défense des intérêts du peuple. Nous sommes certains qu'aucun révolutionnai- , Tout reprit on ali re du Salvador ne trahira jamais les intérêts du peuple. Toute négociation doit être fondée sur la satisfaction des intérêts discussion sur sa dignité. (...)
Cependant, nous sommes aussi profondément impliqués dans un processus qui embrase l'Amérique centrale, et nous savons que Reagan a un plan pour toute la région, et que sa politique tend à la régionalisation des agressions.
Notre lutte révolutionnaire, tous les peuples d'Amérique centrale peuvent en être assurés, saura tenir avec honneur le rôle qui lui revient face à nos peuples humbles, travailleurs, qui veulent leur liberté et leur indépendance. (...)
En ce moment (octobre 1982), nous sommes conscients du fait que notre guerre n'est pas isolée. La guerre populaire de libération du Salvador s'inscrit dans un processus d'ensemble de lutte révolutionnaire de tous les peuples centro-amériDans une zone contrôlée par les FPL (DRI
SE ARNO
A de Abril
ARIN EPL
cains. C'est un gigantesque mouvement qui a atteint un niveau qualitatif très différent d'il y a quelques années. (...)
Il ne nous ont pas vaineus. Peu à peu, pas à pas, nous déjouons les manœuvres de l'impérialisme sur le plan politique et sur le plan militaire. Et dans cette guerre, c'est nous qui prenons le dessus.
Je ne prétends pas que nous gagnons la guerre en ce moment même, loin de là. Ce que je veux dire, c'est que la dynamique de cette guerre, telle qu'elle se développe, crée des conditions chaque fois plus favorables pour faire basculer à un moment déterminé le rapport des forces en faveur de celles du peuple, sur le plan politique et militaire. De cela nous en sommes certains. D'où l'exaspération de Reagan. (...)
Salvador Cayetano Carpio extraits de La lutte des classes, moteur de la guerre populaire de libération, Edition Enero 82, Mexico, décembre 1982. LOCAL 4