Progression socialiste et défaite de la droite aux législatives du 25 avril
PORTUGAL
SUr ans après la chute de la dictature militaire au Portugal, les élections du 25 avril 1983 ont apporte une impor tante modification de la scène politique. Celle-ci se caractérise principalement par la défaite des partis de droite, au gouvernement depuis plus de trois ans, et par la nette victoire du
Parti socialiste portugais (PS) de Mario Soares.
Cependant, conformément à l'axe de sa campagne électorale, Mario Soares s'est aussitôt engagé dans la formation d'un gouvernement de coalition avec le Parti social-démocrate
Francisco LOUÇA
Après la crise pré-révolutionnaire de
1974-1975, ce n'est que très lentement que s'est produite la réorganisation de l'appareil d'Etat portugais.
aiguë de direction bourgeoise s'est prolongée pendant plusieurs années: le PS est alors resté gouvernement sans que les partis bourgeois ne puissent lui opposer aucune alternative crédible. C'est
Ramalho Eanes, le général qui avait commandé les opérations lors du coup du 25 novembre 1975 et qui fut élu président de la République en 1976, puis réélu en
1980, qui se chargea de lancer l'attaque contre la majorité parlementaire dont le
PS et le Parti communiste portugais (PCP)
disposaient depuis la chute de la dictature.
Il commença ainsi par favoriser une alliance entre le PS et le second parti bourgeois en importance, le Centre démocrate et social (CDS), alliance qui se brisa rapidement. Ensuite, il forma plusieurs gouvernements d'initiative présidentielle, qui ouvrirent la porte à la droite. A partir de
1979, l'Alliance démocratique (AD), coalition de tous les principaux partis bourgeois, obtint la majorité parlementaire, bien que la gauche ait eu encore la majori-
A partir de là, la droite au pouvoir déclencha attaque systématique une contre les droits et les conquêtes des travailleurs, qui culmina avec les provocations policières contre les manifestations syndicales du ler mai à Porto, en 1982, où deux travailleurs furent assassinés par les balles de la police. La situation sociale s'aggrava, le chômage s'acerut.
Les élections municipales de décembre 1982 amorcèrent un tournant. La chute des partis de droite et un léger progrès électoral des socialistes furent suffisants pour provoquer la démission du gouvernement et la convocation d'élections générales anticipées, qui ont eu lieu le 25 avril 1983.
Malgré son déclin électoral permanent depuis 1975 (en 1975, le PS nait 37,9 % des suffrages, en 1976 il en politique. obtenait 34,9 %, en 1979 son total se montait à 27,3%, en 1980 il n'obtenait plus que 27,1% des suffrages, en dépit d'une alliance avec un groupuscule bourgeois et un groupe socialiste gauche), le PS se présentait à ces élections comme seul candidat à la victoire.
Ceci apparaît surtout comme le résultat de la désagrégation des partis de droite, de l'échec de leurs projets politiques et de leur défaite électorale aux élections présidentielles de 1980 (2).
De son côté, le PS a traversé la pire crise qu'il ait connue, à travers un conflit entre Mario Soares et la majorité du groupe parlementaire et du secrétariat de son parti, et a suivi son cours le plus droitier, maintenant à la direction de l'UGT une parité avec les partis de droite, alors qu'il était majoritaire dans cette centrale syndicale, et collaborant avec ces mêmes partis pour la révision de la Constitution, tout cela précisément dans la période précédent les élections.
COMPARAISON DES RESULTATS
ELECTORAUX (en %) PC 14,35 18,8 16.5 18,2 PSD 24.38 2,35 2,45 27 CDS 16 0.3 0,23 12,4 AD 42.52 44,91 (Source : Résolution du CC du PSR du 30 avril 1983.)
Au cours de sa campagne électorale, Mario Soares a annoncé clairement qu'il voulait former une coalition avec le PSD de Mota Pinto, principale composante de l'AD. Le Parti communiste lui-même, dont la campagne avait pour thème « Le PC au gouvernement! », a fait certaines ouvertures dans le sens d'une solution gouvernementale incluant la collaboration de diverses forces. L'un des alliés du PCP, Jose Manuel Tengarrinha (président du Mouvement démocratique populaire, MDP, petit parti qui constitue avec le PC une alliance électorale sous le nom d'Alliance du peuple uni, APU) a déclaré ex-
(PSD), le principal parti bourgeois, qui fut le pivot du gouvernement de l'Alliance démocratique (AD) (1) et détenait la majorité parlementaire. Cette solution a finalement été défendue par le président de la République, Ramalho Eanes, qui dispose d'importants pouvoirs institutionnels et mène son propre jeu
Ainsi se dessinent divers projets politiques qui excluent une stabilisation de la situation nationale.
plicitement qu'il voulait participer au gouvernement avec le PS et les « secteurs démocratiques du PSD ».
Ainsi, le PCP a suivi une orientation contradictoire. D'un côté, son objectif affiché était sa propre entrée dans un gouvernement à majorité socialiste l'autre, il cherchait à justifier le vote en de l'APU comme une garantie contre le PS. D'où une campagne électorale très sectaire, au cours de laquelle son secrétaire Alvaro Cunhal n'a cessé de ré péter que « le vote PS est un vote à droi-
LES RÉSULTATS ÉLECTORAUX
Le décompte des voix confirme la dé faite de la droite. Si l'on opère une comparaison avec les précédentes élections parlementaires, qui prenne en considération les nouveaux électeurs inscrits entre
1980 et 1983, les partis de droite perdent
635 000 voix, presque 10% du total ; le
PS gagne 331 000 voix et se rapproche de ses meilleurs résultats de 1975 et 1976, et le PCP stabilise son électorat, résistant à la pression « vote utile » en faveur du PS.
D'après les résultats présentés dans le tableau ci-après, on voit le PS enregistrer un progrès moyen de 8,3% par rapport aux dernières élections de 1980, obtenant ainsi 99 députés sur un total de 250 environ. Le PSD obtient un résultat significatif, bénéficiant du « vote utile à droi cela au détriment de son ancien te », partenaire de la coalition, le CDS, parti de droite ultra qui représente les principales associations d'entrepreneurs industriels et agricoles. Ainsi, par rapport à 1976, le
PSD gagne 200 000 voix, tandis que le
CDS en perd autant et 13 députés. Le
PCP stabilise son résultat au niveau de
1980 et obtient 44 élus, enregistrant une légère perte par rapport aux municipales
1. L'AD est une coalition des partis bourgeois, qui était au gouvernement depuis 1979, et qui comprenait le PSD et le Centre démocrate et social (CDS).
2. Sur l'échec du projet politique de l'AI liance démocratique, se référer à l'article d'Inprecor, numéro 143, 14 février 1983.
de l'année dernière, consultations municidesquelles il obtient généralement des résultats un peu meilréputation de bon gestionnaire.
Sur la base de ces résultats, la gauche dispose d'une large majorité électorale, en pourcentage de votes exprimés et en nombre de sièges. Mais cette majorité n'a pas de réalité politique, en raison de l'orientation sectaire du PCP et du choix du PS en faveur d'une coalition avec les partis de droite.
LES RÉSULTATS
DE L'EXTREME GAUCHE Pour la première fois au Portugal, deux courants d'origine différente étaient à un accord électoral regroupant la grande majorité des forces révolutionnaires. Le Parti socialiste révolutionnaire (PSR, section portugaise de la IVe internationale) avait constitué un Front avec l'Union démocratique populaire (UDP), la principale organisation d'extrême-gauche et la seule à posséder une représentation parlementaire 1975 (3). L'UDP est une organisation d'origine maoïste, qui se réfère aujourd'hui à l'Albanie. Ce Front se présentait dans les trois secteurs électoraux les plus importants (Lisbonne, Porto et Coimbra) ; ailleurs, le PSR présentait ses propres candidats sur l'ensemble du territoi-
Ce Front a suscité une grande attente et l'espoir d'élargir la représentation parlementaire révolutionnaire. La presse et la radio se sont faites l'écho de sa campagne qui a été très large et a connu une importante participation militante. affiches sur les murs des villes, une agitation centrée essentiellement sur les entreprises, l'appui de larges secteurs de la jeunesse, tout cela permettait d'espérer un bon résultat électoral. Les sondages eux-mêmes qui, au départ, considéraient peu probable la réélection du député de l'UDP, Mario Tomé, commencèrent, dans les derniers jours, à enregistrer les effets de la campagne sur les intentions de vote. Un membre du comité central du PCP, Alda Nogueira, en vint à publier un violent article contre le Front, et les cadres de son parti adoptèrent une position sectaire de plus en plus nette, allant même jusqu'à détruire le matériel de propagande électoutes les espérances initiales. Non seulement une partie de l'électorat traditionnel de l'extrême gauche s'est abstenu, mais une fraction a même fini par voter « utille » en faveur des grands partis réformistes. Ainsi, le Front a-t-il obtenu une moyenne de 0,9 % des suffrages, atteignant 1,2% à Lisbonne, ce qui était insuffisant pour réélire Mario Tomé. Dans l'ensemble, l'extrême gauche a enregistré une perte électorale substantielle. Le Parti ouvrier d'unité socialiste (POUS) (4) est passé de 82 000 voix en 1980 à 19 000 en 1983. Le PSR a chuté à environ 24 000 voix, ce qui représente, en tenant compte des secteurs où il était présent dans le Front, nières années ;
moins de la moitié de ses résultats de c'est-à-dire la secte maoïste Mouvement pour la reconstruction du parti prolétarien (MRPP) et la secte moréniste Ligue socialiste des travailleurs (LST), qui firent de la dénonciation du Front l'essentiel leur campagne, arrivent encore bien au-
Il reste le capital d'une grande expérience, l'amorce d'une tradition d'action unitaire entre l'UDP et le PSR, d'une campagne de masse, et d'un renforcement du courant marxiste-révolutionnaire, avec une présence plus affirmée du PSR sur la scène politique.
Les élections lèguent une accumulacontradictions que la majorité électorale se soit prononcée l'AD, Mario Soares prétend mettre en place un gouvernement avec le principal parti de droite. Ces manœuvres politiques et cette orientation se trouvent déjà fortement contestées dans le PS.
Malgré l'attente, par l'électorat popud'une nouvelle politique économique et sociale, Mario Soares annonce une