Résolution du Comité central du extraits de la résolution adoptée le 30 auril dernier par le comité central du Parti socialiste révolutionnaire, section portugaise de la IVe Internationale. Les intertitres sont de la rédaction d'Inprecor.
Les résultats électoraux ont confirmé la défaite flagrante du projet de droite concrétisé voici quatre ans par la formation de l'Alliance démocratique (AD), et le rejet par la majorité de la population des gouvernements du PSD et du CDS.
L'AD n'a pas apporté de solution à la crise chronique de direction politique de la bourgeoisie portugaise. La gauche, qui n'a jamais cessé de représenter la majorité du pays en termes de suffrages électoraux depuis le 25 avril 1974, a vu ses positions renforcées et a récupéré la majorité parlementaire qu'elle avait perdue à partir de 1979. (...)
LES CONTRADICTIONS
DE LA VICTOIRE DE LA GAUCHE
Si le déplacement vers la gauche concrétisé par les élections ouvre une dynamique et des perspectives de lutte plus favorables pour les travailleurs, il faut cependant comprendre les circonstances de
- il a sans aucun doute pour base la résistance ouvrière, syndicale et populaire, qui s'est maintenue en permanence contre les gouvernements de droite et leurs mesures au cours de ces quatre dernouvelle dévaluation de l'escudo, prévoit une forte inflation et la chute du pouvoir d'achat des masses travailleuses. Il proposocial auquel personne croit. Quant au PCP, il se trouve dans une situation difficile. Avec peu de capacités luttes ouvrières, le maintien de la division et l'impasse systématique des mobilisations, il prétend pourtant négocier une entrée impossible dans le gouvernement.
C'est à cette nouvelle situation que se réfère la résolution du comité central du PSR adoptée le 30 avril dernier, et dont nous publions ci-après quelques ex-
Francisco LOUÇA, Lisbonne, ler mai 1983. 3. Voir " Front électoral UDP-PSR pour les législatives du 25 avril ». Inprecor, numéro 145, 14 mars 1983.
4. Le POUS est la section portugaise du regroupement international lambertiste lié au Parti communiste internationaliste (PCI) francais. regroupement dénommé aujourd'hui « IVe Internationale »-Centre international de reconsParti socialiste révolutionnaire (PSR)
— il n'y a pourtant pas eu un renversement de la situation de division syndicale (entre la Confédération générale des travailleurs portugais, CGTP, et l'Union générale des travailleurs, UGT), ni politique (entre le PCP et le PS), au sein du mouvement ouvrier, que ce soit par des actions unitaires significatives au niveau syndical ou par la mise en œuvre d'une quelconque plate-forme d'intervention unitaire contre la droite entre les principaux partis ouvriers ;
- malgré la division, le mouvement ouvrier dans son ensemble remporte les élections, mais cette division ne cesse de peser sur les résultats, sur leur signification, sur la dynamique future. (...)
UNE NOUVELLE PHASE
DE LA COLLABORATION DE CLASSE
Après un interrègne de quatre années, s'ouvre une nouvelle phase de la collaboration de classe au niveau du pouvoir central et gouvernemental. La classe capitaliste, sous la pression conjuguée de la défaite de ses propres partis et gouvernements et de la résistance des travailleurs, a besoin, comme en 1976, d'un nouveau répit pour se recomposer. La différence par rapport à 1976, c'est que le Parti socialiste se montre, dès maintenant (avant même son entrée en fonction gouvernementale), disposé à jouer (et à répéter) un rôle semblable à celui qu'il a joué
Et pourtant, le verdict populaire du Les partis des travailleurs ont a nou-
- Le Front électoral UDP/PSR fut tions centrales : le paiement régulier des veau tous les moyens pour gouverner sans la droite. Ils ont la majorité en voix et une majorité confortable en sièges au Parlement. Cette majorité de gauche doit fonctionner en respectant le vote qui l'a élue. Elle ne doit pas servir à appuyer la formation de gouvernements avec la droite vaincue, mais être le soutien d'un gouvernement des travailleurs, qui se mette à leur service pour faire face à la crise. Ce ne pourrait être qu'un gouvernement résultant de l'unité du PCP et du PS, au Parlement et dans le pays. Dans la situation politique actuelle, c'est la seule solution possible et réaliste face à la crise.
Toute autre solution engagée dans la collaboration de classe ne ferait que prolonger la crise, conduire à des attaques plus graves encore contre les travailleurs, en même temps qu'elle permettrait aux partis de droite de reconquérir leurs poLE RECUL DE L'EXTREME GAUCHE
Le recul abrupt de l'ensemble de l'extrême gauche dans des élections donnant une majorité de gauche ne peut pas s'expliquer que par le « vote utile », à moins de préciser la portée de cette notion de façon plus détaillée. Ainsi, faut-il tenir compte des faits suivants :
- S'il est vrai que la pression pour le « vote utile » a joue beaucoup plus dans ces élections que dans toute élection an-
(provoquant un 200 000 voix en faveur du PS et du PCP), ce phénomène tient à ce que, dans les précédentes élections, l'un ou l'autre des deux grands partis réformistes était directement ou indirectement compromis dans le gouvernement. Depuis les dernières législatives de 1980 jusqu'à aujourd'hui, trois années se sont écoulées, durant lesquelles tant le PCP que le PS sont objectivement apparus pour la majorité population comme I'« opposition » aux gouvernements de l'AD.
- Avant les résultats électoraux, la victoire ne paraissait pas assurée pour de larges secteurs de travailleurs. De sorte que face à une AD qui a gouverné le pays plus longtemps que tout autre parti ou coalition depuis 1974, la tendance dominante était de mettre un terme, d'abord et avant tout, à la présence de la droite au pouvoir et au gouvernement.
- L'extrême gauche atomisée. Sur les treize partis participant aux élections, sept se revendiquaient de l'extrême gauche. Cette atomisation, et le discrédit pratique et politique qu'ont concombinait à une implantation trop limitée pour résister à la pression du vote utile. (...) Dans l'ensemble des pourcentages nationaux, l'extrême gauche a reculé de 5 à 2 %. Du fait d'une meilleure implantation, l'UDP a mieux résisté à cette chute, mais elle a néanmoins perdu la de ses voix. Le PSR ne retrouve que 40 % de ses résultats antérieurs, et le POUS, qui subit plus fortement ce reflux, n'en retrouve que 25 %, passant de 82 000 à 19 000 suffrages.
une réponse politique et unitaire des deux principales organisations révolutionnaires du pays. Il le fut par son programme, par ses initiatives, par la campagne qu'il a développée, par les énergies militantes qu'il a mobilisées et, enfin, par la voie d'unité et de lutte révolutionnaire qu'il a ouverte, qui marque de nouvelles perspectives pour l'avenir, dans le cadre des affrontements avec un gouvernement anti-ouvrier et d'une recomposition en cours au sein de l'extrême gauche révolutionnaire. (...)
LES RESPONSABILITES DES
MARXISTES RÉVOLUTIONNAIRES
Les marxistes révolutionnaires voient ainsi leurs responsabilités accrues. Pour être à la hauteur de ces responsabilités, nous devrons:
- Persévérer dans la défense intransigeante de nos principes, qui se résument à la défense de l'unité et de l'indépendance de classe dans la lutte contre l'austérité, contre l'exploitation et l'oppression capitaliste, dans le combat contre la collaboration de classe, dans la défense du socialisme et d'une pratique internationaliste conséquente.
- Persévérer dans la défense de la démocratie ouvrière et syndicale, en particulier dans la défense de l'unité d'action de tous les syndicats, CGTP, UGT ou indépentants, dans la lutte contre le patronat et les gouvernements anti-populaires. Il faut accentuer notre combat contre la bureaucratie et contre la division syndicale, d'où qu'elle vienne.
- Persévérer dans notre combat au coude à coude avec les militants du PCP et du PS et avec tous ceux qui ont voté pour ces partis, afin d'exiger que leurs diponsabilités en respectant le vote populaire, en refusant de s'allier avec une droite qui a subi une défaite, et en défendant les conquêtes et les revendications des travailleurs, des femmes et des jeunes.
Ce qui signifie, dans cette période post-électorale :
- exiger que la majorité de gauche élue assume le gouvernement et refuse son appui à des gouvernements avec participation de la droite ;
- exiger l'unité du PS et du PC pour la poursuite de ces objectifs.
Comme on pouvait l'attendre, la nouvelle situation politique dans laquelle nous entrons maintenant est caractérisée par une impasse, où la volonté populaire de voir la droite écartée du gouvernement et la gauche installée au palais gouvernemental de Sao Bento se trouve totalement méprisée. (...) Le PSR, qui défend l'unité des travailleurs et de leurs partis, ne se taira pas : le présent Comité central adresse une lettre ouverte à tous les travailleurs et militants socialistes, leur proposant l'unité de la gauche, de ceux qui travaillent, pour imposer sans tarder les revendicasalaires, la fin du blocage des salaires, la réintégration des travailleurs licenciés, la défense de la réforme agraire et la réduc tion de la durée du service militaire. (...)
LE PSR PROPOSE UNE COORDINATION RÉVOLUTIONNAIRE
Sans exclure aucune possibilité d'unité d'action avec d'autres organisations ou courants révolutionnaires, et sur la base de l'expérience positive de travail unitaire constitution du Front électoral UDP-PSR a permis de tester, le PSR propose à l'UDP la formation d'une coordination révolutionnaire entre les deux partis pour une intervention unitaire.
Le programme minimum d'une telle coordination déjà à partir grands axes du programme du Front :
- défense de l'unité et de l'indépendance de classe
- indépendance face au président Ramalho Eanes ;
- exigence • de la non-participation des partis de droite au gouvernement ;
- défense des revendications et des conquêtes des travailleurs, des femmes et des jeunes, et lutte contre le pacte social,
- lutte contre la répression et défense des libertés ;
- défense de l'unité syndicale et lutte contre la bureaucratie ;
- défense de la paix, lutte contre l'ingérence impérialiste et pratique d'un internationalisme militant.
Chaque organisation continuant à défendre ces points particuliers, il n'y a aucune raison pour qu'elles le fassent séparément.
Il s'agit d'une coordination entre partis révolutionnaires, non d'un front de partis et encore moins d'une fusion. « Marcher séparément et lutter ensemble » continue à être le thème fondamental. Mais la lutte commune, pour ne pas être désordonnée, exige une coordination. C'est cela que nous proposons.
Cette coordination révolutionnaire ayant pour base le programme minimum résumé ci-dessus, fonctionnerait en préparant de grandes campagnes unitaires et nationales susceptibles d'apporter réponse à des situations précises. Elle devrait permettre la participation de militants indépendants qui se sont regroupés autour du Front électoral UDP-PSR et qui n'ont pas d'autres instruments militants, ou encore de nombreux camarades qui ne sont prêts à militer que si des campagnes réellement unitaires sont mises en place, ou encore de travailleurs, de femmes, de jeunes qui, bien que toujours influencés par le réformisme, sont capables de lutter au coude à coude avec les révolutionnaires si leurs actions sont crédibles, efficaces et unitaires.
Comité central du Parti socialiste révolutionnaire, section portugaise de la IVe Internationale,
Lisbonne, 30 avril 1983.