SUEDE ce qu av Tom GUSTAFSSON
Il y a six mois, les sociaux-démocrates suédois reprenaient le pouvoir après six ans dans l'opposition.
Avec plus de sièges au Parlement que l'ensemble des trois partis bourgeois, et avec le soutien du Parti communiste suédois (le VpK), les sociaux-démocrates n'ont pas eu de mal à évincer la coalition bourgeoise centriste' du gouvernement. Olof Palme a pu reprendre le poste de commandement qu'il désirait si ardemment.
Les partis de l'ancien gouvernement, Parti du Centre et Parti du Peuple, ont subi une défaite cinglante (le Parti du Peuple a vu ses voix diminuer presque de moitié; il n'a obtenu que 5,9%). Par contre, le parti le plus à droite, le Moderata Samlingsparti, qui était en dehors de la coalition au moment des élections, a remporté de nouveaux succès.
Ce sont les six années de chute du salaire réel, de croissance du chômage, de suppressions de services sociaux, et de redistribution massive des revenus des moins aisés vers les plus aisés, qui ont fait tomber le gouvernement bourgeois.
Les sociaux-démocrates (SAP) aussi avaient vu leur popularité décliner avant qu'ils ne quittent le gouvernement en 1976. Ils ont eu du mal à se refaire une crédibilité pendant leur passage à l'opposition. Cependant grâce à une campagne électorale énergique, et surtout grâce à l'expérience négative de la période de gouvernement bourgeois, ils sont redevenus une alternative positive aux yeux de la plupart des travailleurs. Ils ont également réussi à amelirorer leurs voix dans les couches moyennes, et à recueillir une fraction plus large du vote jeune.
En même temps, des dizaines de milliers d'électeurs des partis bourgeois ont transféré leur préférence des partis «centristes » au parti de droite plus agressif et dynamique qui était l'instrument principal d'une campagne alarmiste organisée par le grand capital et qui prenait pour cible 'la menace socialiste' et 'les pouvoirs excessifs aux mains des syndicats'.
UNE VOLTE-FACE
DES SOCIAUX-DÉMOCRATES
Alors que la campagne électorale et les résultats du vote traduisaient une polarisation of Palme pours e les partis bol raient commen accrue de la société, l'action des sociaux-démocrates, depuis six mois qu'ils sont au pouvoir, s'est efforcée par tous les moyens de désamorcer la lutte de classe.
Le soir même de l'élection, Olof Palme «a tendu la main » aux partis du gouvernement sortant, et leur a offert « une coopération constructive par dessus les frontières des partis et des coalitions».
1983, Palme a refait des ouvertures importantes au Parti du Centre et au Parti du Peuple, dans l'espoir de neutraliser leur opposition et d'élargir le fossé qui les séparait du Moderata Samlingsparti. D'après Palme, il existait alors un accord suffisant sur la situation économique, sur les moyens de faire face au chômage, sur la politique de répartition des revenus, et sur la politique étrangère, pour permettre une collaboration étendue entre le SAP et ces deux partis.
Les ouvertures de Palme de février couronnaient une série de glissements et de réajustements de la position que le SAP avait défendue dans l'opposition, et au cours de la campagne électorale de l'année dernière.
Au cours de la campagne électorale, le SAP a fait grand cas « du front désuni et de l'impéritie des partis bourgeois». Il a tonné contre «leur ligne d'austérité excessive et injuste » et leur « politique antisyndicale». II a montré, chiffres à l'appui, que le niveau de vie avait décliné de plus de 10% entre 1976 et 1982, et qu'après cinq années de déclin des salaires réels, le salaire moyen réel se troumaintenant en-dessous de ce qu'il était Le SAP a produit une documentation qui démontrait qu'une redistribution massive des revenus «des pauvres vers les riches» avait eu lieu, et a dénoncé l'économie des «découpeurs de coupons» ainsi que la spéculation forcenée sur les actions, l'immobilier, les bijoux, l'or et l'argent.
Il a promis de « nettoyer » cette situation, de faire « partager le fardeau équitablement », et de lancer en même temps « une politique économique rigoureuse, dynamique et progressiste » combinée à un programme de création d'emplois énergique « qui aboutirait à fournir du travail pour tous».
Aujourd'hui, la vérité éclate: les sociaux-démocrates n'ont pas seulement poursuivi la politique d'austérité des partis bourgeois, mais ils l'ont durcie et accélérée.
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Les conditions de vie des travailleurs ont sensiblement empiré.
CROISSANCE DU CHOMAGE
En janvier, on dénombrait147 000 chômeurs inscrits, c'est-à-dire 3,4% de la force de travail (pour la jeunesse ces chiffres sont respectivement de 48.000 et 7,5%). Cela fait 6 000 chômeurs inscrits de moins qu'il y a un an (la différence s'explique par le fait que de nombreux chômeurs ont été occupés à des travaux publics et que l'on a eu recours à d'autres expédients).
En décembre 82, il y avait 18 demandeurs d'emploi pour chaque poste offert.
En combinant le chômage officiel et le chômage caché (c'est-à-dire les ouvriers occupés dans des programmes de recyclage, de travaux publics et autres expédients), on obtient le chiffre de 390 000 chômeurs, soit 9% de la force de travail.
A l'heure actuelle, 70 000 personnes sont occupées à des travaux publics. Par rapport à l'année dernière, le nombre de jeunes dans cette situation a doublé.
Si l'on inclut aussi ceux qui ont été partiellement ou totalement exclus du marché du travail (à savoir les travailleurs à temps partiel et ceux qui ne se sont pas inscrits comme chercheurs d'emploi), on passe à 566 000 (54 000 de plus qu'il y a un an), soit 13%.
Si l'on ajoute enfin les travailleurs qui se sont mis en pré-retraite -- 302 000 en janvier 1983, dont la moitié ont été contraints par des pressions multiformes à prendre une retraite anticipée à cause de la situation sur le marché du travail, et qui peuvent donc être considérés comme chômeurs dissimulés - on arrive à 715 000 personnes qui ne peuvent pas trouver de travail en Suède alors qu'ils en veulent!
Le nombre de personnes qui subissent un chômage prolongé s'accroît, de même que le nombre de chômeurs qui ne reçoivent plus leur allocation-chômage. Sous peu, 50 000 Suédois seront contraints de s'en remettre complètement à l'assistance sociale (d'après les calcul de la Confédération Nationale du Travail, la LO).
Cette situation est la pire depuis la Ilème Guerre mondiale. On est loin du soi-disant Etat-Providence et du plein emploi qui devait l'accompagner. Et la tendance est au pire.
C'est là un changement radical pour le peuple suédois!
UNE CRISE STRUCTURELLE
Il faut chercher les origines de cette évolution principalement dans les facteurs suivants: - L'aggravation de la concurrence internationale, avec la croissance correspondante des "excès de capacité" dans les industries traditionnelles importantes de la Suède: mines de fer et sidérurgie, construction navale, industrie du bois et du papier. - La continuation des difficultés des compagnies suédoises à se maintenir au niveau de la concurrence internationale dans les secteurs d'exportation traditionnels importants, ou de trouver des marchés de substitution suffisants ou de nouveaux "créneaux". PRODUCTION DE FER (1977-1982)
25,416 21,486 26,619 27,184 23,225 15,313 Source: Financial Times 14.2 1983 - Une politique délibérée du gouvernement social-démocrate destinée à arrêter l'expansion du secteur des services sociaux (qui pouvait auparavant absorber un grand nombre de travailleurs éjectés de l'industrie, et dont la croissance s'était accompagnée d'une brusque augmentation du travail des femmes. - L'acceptation par la direction syndicale des principaux aspects de cette évolution et de la politique du gouvernement social-démocrate. En même temps, elle devenait elle-même partisane des propositions capitalistes d'augmentation de la productivité et d'automation accrue.
Le résultat de tout cela, c'est que le nombre d'emplois industriels est passé de 1 million (en janvier 1982) à 990 000 en décembre de la même année, et à 970 000 en janvier. Plus d'un millier de mineurs du nord de la Suède sont menacés de mise à pied. Au cours des prochaines années, le plan prévoit que 3 à 4 000 emplois disparaîtront dans la sidérurgie spécialisée, ainsi que quelques milliers d'emplois dans les mines et la construction navale, et cela en plus des mises à pied massives qui ont déjà eu lieu.
Comme d'habitude dans les crises capitalistes, certains régions (comme Norrbotten dans l'extrême nord) et certains secteurs « Olof Palme offre au patronat la main tendue des travailleurs ».
LEiF ALMQVIST -82.
de la population (les femmes, les jeunes, les immigrés) sont particulièrement durement atteints. Mais la crise n'est déjà plus confinée à une région particulière ou à un secteur particulier de la population; elle est en train de s'étendre.
Le développemment de cette crise a été en partie atténué par de nouveaux progrès du capital suédois dans certaines industries (comme la production des machines et des aciers spéciaux, l'électronique, la biotechnologie, la construction des routes et travaux hydrauliques, et la conversion de la construction navale traditionnelle à la construction de plate-formes pétrolières).
Pour l'instant, l'industrie automobile suédoise (Volvo, mais aussi Saab) continue à gagner du terrain. L'industrie suédoise du bois et du papier a bénéficié d'une dévaluation de la kr . L'industrie a également été stimulée par la décision sociale-démocrate, nouvelle mais très controversée, de produire un avion de combat suédois (JAS), qui exigera une dépense de 25 milliards de couronnes (kr.) au cours des prochaines années.
Néanmoins, il s'agit là de contrecourants dans le contexte d'un affaiblissement structurel de l'économie suédoise qui continuera à se traduire par une tendance à l'accroissement du chômage. Etant donné que le budget est déjà sévèrement grevé, qu'on prévoit un déficit de 90 milliards dekr pour l'année fiscale 1983-84. et un déficit de la balance des paiements de 20 milliards dekr pendant la même période, la marge de manoeuvre qui permettrait de prendre de nouvelles mesures pour stimuler le marché du travail, est en train de se réduire. Cela affaiblit également le"filet de sauvetage" qui est censé protéger la société contre le roulis et le tangage de l'économie.
LES CAPITALISTES APPLAUDISSENT Mais d'autres nuages sombres s'accumulent à l'horizon de la Suède. Dès qu'il fut installe dans ses tonctions, le nouveau gouvernement prit un départ foudroyant en décrétant une dévaluation de 16% (dont l'effet fut d'augmenter radicalement, et d'un seul coup, les prix du tiers des biens s de consommation de masse qui est importé). En fait le gouvernement de Palme était si pressé de faire une entrée en scène rugissante, que le nouveau ministre desFinances, Kjell-Olof Feldt, avait entamé les négociations en vue de la dévaluation avec les autres ministres des Finances scandinaves, avant même que le gouvernement de Palme n'ait été formellement intronisé.
La dévaluation entraînera une réduction de 5% des salaires réels des travailleurs au fur et à mesure que ses effets seront répercutés. En même temps, les grandes compagnies recueilleront des profits extraordinaires d'environ 5 milliards de kr.
Cette mesure était consciemment destinée à « donner du tonus aux investisseurs dans l'industrie ». Mais son résultat principal a été de faire souffler un vent de folie sur la bourse, d'entraîner une hausse des profits des entreprises capitalistes et d'accroître les dividendes des actions.
«Fantastique! Incroyable ! Inimaginable! The sky is the limit! (en anglais dans l'original: le ciel est la limite). » D'après la publication financière Affarsvarlden, c'est ainsi que l'on réagit dans le parterre de la bourse à la fin de l'automne 1982 et au début de 1983.
Au cours des quatre premiers mois qui ont suivi la victoire du SAP aux élections du 19 septembre 1982, la richesse des actionnaires s'est accrue de 50 milliards de kr sué. doises ! On peut se demander s'il ne s'agit pas là d'un record mondial pour un parti ouvrier au pouvoir.
Face à cela, qu'a fait le gouvernement, qu'a fait le parti qui avant les élections parlaient en termes si méprisants de «l'économie de spéculation » des partis bourgeois?
Je pense que c'est fondamentalement une bonne chose que les valeurs aient augmenté sur le marché», a déclaré le ministre des finances, Kjell-Olof Feldt. « Nous veillerons à ce qu'elles ne subissent pas de baisse soudaine».
La dévaluation a donc trouvé un terrain fertile. Mais de nombreux capitalistes ont affirmé qu'une mesure isolée ne suffisait pas. Pour accroître les investissements, il faut aussi réduire les salaires réels, renchérit l'association patronale, la SAF. Elle réclamait un assouplissement des restrictions sur les opérations à l'étranger, une politique de l'emploi «plus flexible », et une réduction des impôts. (Les impôts sur les entreprises en Suède sont déjà les plus bas d'Europe occidentale !)
UNE POLITIQUE BUDGÉTAIRE
«PLUS STRICTE » Le gouvernement avait un projet de «fonds des salariés » qui devait permettre • d'accroître dans une certaine mesure l'influence des bureaucraties syndicale et étatique sur la politique d'investissement, en échange d'une pression à la baisse sur les revendications salariales. Ce projet a été remis à plus tard. Il devrait être repris en considération sous une forme"plus modérée". (le projet original avait déjà été "modéré" quatre ou cinq fois.)
Là aussi, les capitalistes ont done adouci le ton. En effet, au cours de la campagne électoral, ils avaient crié à cor et à cris que le «fonds des salariés » présentait une nouvelle percée du socialisme envahissant. (Cette accusation était entièrement dénuée de tout fondement puisqu'il n'a jamais été question d'accorder à ce fonds une position majoritaire dans les organes décisoires. D'ailleurs, les syndiqués eux-mêmes ne devaient avoir aucun moyen d'exercer une influence directe sur l'utilisation de ce fonds!).
Le grand capital peut aussi se réjouir de ce que le gouvernement, malgré ses promes-
ses électorales, n'a rien fait contre les subventions dispensées par l'Etat pour encourager les travailleurs à acheter des actions des compagnies où ils travaillent, «réforme » qui avait été introduite en 1980 malgré les protestations des sociaux-démocrates.
La décision prise en faveur de la fabrication de l'avion de combat JAS a été connue en même temps que la nouvelle qu'on allait réduire les subventions aux entreprises d'Etat et forcer les municipalités à réduire leurs dépenses, le tout en même temps qu'on parlait d'une «politique budgétaire plus stricte ». Cela aussi a réjoui les capitalistes.
On a bien vite rassuré les capitalistes qui étaient irrités par le fait que le SAP avait l'intention de tenir, tant bien que mal, ses quatre promesses électorales symboliques -notamment une augmentation des retraites, une meilleure assurance médicale, et un soutien accru à la construction de crèches (financée par des augmentations des impôts indirects !). Les capitalistes se sont vite rassurés lorsqu'ils ont pu constater qu'il n'y aurait pas grand chose en matière de réforme supplémentaire dans ces domaines. Au contraire, les sociaux-démocrates envisagent d'envoyer beaucoup de leurs" vaches sacrées" à l'abattoir. En effet, ils commencent à projeter, entre autres, de faire payer le recours aux services publics de manière à ce qu'ils se suffisent à eux-mêmes, de réduire les relèvements des allocations de retraite indexées sur le coût de la vie, et d'allonger la période d'attente pour le paiement des allocationsmaladie.
Lorsque le budget a été présenté devant le parlement au début de janvier, la presse financière l'a qualifié de "mieux que ce que l'on craignait". Le déficit prévu était inférieur à ce qui avait été projeté. Il y avait dans le budget une série de restrictions dissimulées sous la forme de réductions des sommes attribuées aux dépenses publiques pour compenser l'inflation, ce qui ne manquera pas d'affecter les dépenses sociales. Bien qu'une autre mesure affectât les programmes de développement de l'emploi (auxquelles on ajoutait 1,5 milliards dekr ), on imposait un coup d'arrêt général aux réformes.
Les administrations municipales devaient être soumises à des pressions plus sévères. On augmentait les subventions accordées aux firmes qui manifestaient une volonté de pénétrer de nouveaux marchés étrangers; on leur accorderait des suppléments aux crédits à l'exportation déjà existants. On allait récompenser l'innovation et allouer des sommes plus importantes à la formation et à la recherche. On espérait ainsi accélérer la conquête de nouveaux marchés, et réduire la dépendance sur les secteurs exportateurs traditionnels.
Tout cela au nom de la doctrine de « troisième voie » vers la croissance économique défendue par le gouvernement Palme. En principe, elle devrait permettre en même temps d'éviter le chômage massif par une politique de stimulation active du marché du travail et de promotion d'audacieuses affaires d'exportation, combinée à l'encouragement à l'investissement pour augmenter la production, et d'appliquer une politique budgétaire"stricte" qui réduira le déficit budgétaire et les emprunts à l'étranger.*
Ce n'est donc pas pour rien que le directeur de la Chambre de commerce a félicité le nouveau gouvernement pour « sa politique économique remarquablement raisonnable».
De nombreux capitalistes se demandaient avec inquiétude quels seraient les résultats de la négociation des contrats de 1982-83. Les syndicats chercheraient-ils à se venger des cinq années de chute du pouvoir d'achat? Y-aurait-il de la grogne dans les syndicats si l'installation du nouveau gouvernement ne signifiait pas une défense plus énergique de leurs intérêts? Ces craintes ont été dissipées.
* «M. Kjell-Olof Feldt, le ministre des finances, distingue la 'troisième voie' des politiques expansionnistes et de serrage de ceinture d'autres pays industrialisés.»
«L'élargissement de la consommation privée et de l'emploi par une politique expansionniste aboutit en fin de compte, dit-il, à aggraver le déficit des paiements et l'inflation, tandis qu'une ligne déflationniste dure entraînerait le chômage et un gaspillage considérable de ressources.»
«Les sociaux-démocrates se proposent d'appliquer un mélange de mesures expansionnistes et de serrage de ceinture. L'emploi sera prioritaire, mais, à court terme, les Suédois connaîtront une chute considérable de leurs salaires réels et de leur niveau de vie.» (Financial Times, 11/1/83)
RÉDUCTION RECORD DU SALAIRE RÉEL La direction de la LO n'a pas perdu de temps pour déclarer que, quant à elle, elle ferait son possible « pour assurer une chance de succès à la politique économique du gouvernement en modérant les revendications syndicales. » La demande d'augmentation des salaires qu'elle a présentée est descendue à un niveau record : 2,2 % pour l'année (plus des suppléments limités pour certains groupes). En même temps, elle se déclarait prête à faire son possible pour réduire les revendications locales de compensations au-dessus du tarif établi par le contrat national.
Le nouveau président de la puissante union des métallurgistes, Leif Blomberg, a entamé sa première campagne de négociation en tant que président, en déclarant: «Laissons-nous faire, même si nous le sentirons passer après le nouvel an, quand les augmentations de loyers, de prix, et de t.v.a. sont
« Revendiquer la compensation intégrale de l'inflation serait du rêve éveillé. Le contrat ne va pas être fameux. Mais il faut absolument agir vite pour que les gens sachent où Il fallait certes que la direction agisse vite, c'est-à-dire avant que les travailleurs ne se rendent compte de ce qui se passait. Pour accélérer le processus encore davantage, l'union des métallurgistes s'est même détachée des négociations centrales. Elle rompait ainsi avec une tradition qui remontait à 1956. L'union des métallurgistes a signé un contrat séparé avec ses "propres"patrons, abandonnant du coup le principe de la direction de la LO exigeant « une politique salariale unifiée donnant la priorité aux plus défavorisés» (c'est-à-dire comprenant une clause assurant une certaine compensation aux ouvriers les plus mal payés quand leurs salaires descendent trop en-dessous de ceux des catégories les mieux payées.)
L'union des métallurgistes fut vivement critiquée par les autres syndicats de la LO pour cette initiative. Puis, très vite, après quelques démonstrations rituelles, après que la SAF ait déclaré son opposition à la clause de compensation, et après quelques grèves symboliques, le gouvernement Palme « a persuadé les patrons» d'accepter l'offre des médiateurs, très proche de la proposition initiale de la LO (elle comprenait notamment la clause de compensation). C'est ainsi qu'à la mi-mars, laLOet la SAF ont signé un accord prévoyant des augmentations de salaires de 2,2 %.
D'après les calculs du ministère des Finances et du gouvernement accolés au plan financier du nouveau budget pour 1983-84, les salaires réels devraient être amputés de 4 à 5% au cours de cette période (non compris les effets de la dévaluation et les augmentations de la T.V.A.). Il semble que cette prévision va se réaliser.
Mais non sans provoquer des réactions! LES ESPOIRS ISSUS DES ÉLECTIONS
A l'occasion de l'ouverture de dernières négociations contractuelles, le ministre des finances, Feldt, a déclaré:
«L'industrie semble confiante que le gouvernement social-démocrate saura influencer les grandes organisations qui opèrent sur le marché du travail de manière à éviter les erreurs et les malentendus dans la conduite de la politique salariale.»
«Le monde des affaires sait que nous disposons d'un capital de confiance que nous pouvons faire jouer, aujourd'hui que nous entrons dans une période de déclin des salaires réels.»
Il y a de nombreux sous-entendus dans cette déclaration.
Quand les électeurs ont renvoyé les sociaux-démocrates au gouvernement il y a six mois, cela reflétait l'espoir de centaines de milliers de travailleurs en Suède que les sociaux-démocrates «garantiraient l'emploi», «défendraient les formes diverses de couverture sociale», et «construiraient un avenir pour la Suède» (ce sont là les mots d'ordre utilisés par le SAP dans les élections!) mieux qu'un autre gouvernement, ouvertement capitaliste.
La plupart des ouvriers n'avaient pas d'espoirs démesurés. Ils ne s'attendaient pas à ce que le gouvernement du SAP exécute de grandes opérations, ou introduise des mesures anticapitalistes. Ils ne s'attendaient pas à un rejet intransigeant de toute exhortation à se serrer la ceinture". Mais ils s'attendaient effectivement à ce que le gouvernement du SAP marche mieux qu'un gouvernement bourgeois, et à ce que les travailleurs en prc fitent.
Ce qu'on appelle couramment en Suède «la conscience de la crise» s'était répandue La plupart des électeurs du SAP étaient sans doute prêts à certains sacrifices, et à accorder un certain délai à un gouvernement qui jouissait d'une certaine confiance, ou qui était au moins perçu comme le moindre mal.
Ces attitudes étaient d'autant plus prévalentes que le changement de gouvernement s'était effectué à froid". Le SAP n'a pas été porté au pouvoir par une vague de mobilisations ouvrières. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu de luttes ouvrières au cours des der-
A retourner à l'ECONOMIE EN QUESTIONS, 83, rue de l'Ourcq, Bât. E1, nières années. La lutte menée en 1980 contre l'association patronale qui pensait pouvoir remporter la victoire en s'affrontant frontalement au niveau des salaires ouvriers, a été lâchée par la direction syndicale et s'est achevée par le traditionnel"compromis"suédois. La démoralisation et le scepticisme se sont répandus parmi les ouvriers les plus combatifs. Mais, pour beaucoup d'autres ouvriers suédois, c'était une expérience nouvelle.
Si les premières occupations d'usine de la Suède - dans une mine du centre de la Suède et dans une usine textile du nord -n'ont pas abouti à une victoire, elles n'en ont pas moins introduit un élément nouveau dans la Suède des années 1970 et 1980.
On a vu aussi plusieurs protestations des sidérurgistes et des travailleurs des chantiers navals contre la fermeture de leurs entreprises. Un mouvement s'est déclenché parmi les métallurgistes pour réclamer le droit de vote sur leur propre contrat (qu'ils n'ont toujours pas obtenu à ce jour). Il a fait boule de neige et agité des dizaines de milliers de travailleurs. Dans certains secteurs, les ouvriers ont proposé une grève politique contre la politique d'austérité du gouvernement des partis bourgeois alors au pouvoir, et contre les attaques qu'il portait contre l'emploi. Ces luttes et d'autres formes d'action qui ont surgi dans la période récente, n'ont pas manqué de laisser une certaine empreinte. Mais pour les ouvriers en Suède aujourd'hui, il est difficile de renouer immédiatement avec ces expériences dans une situation qui est entièrement nouvelle.
LE DEBUT D'UN MALAISE Après l'entrée en fonction du nouveau gouvernement l'année dernière, une attitude générale d'expectative s'est instaurée. Les gens attendent de voir ce que le gouvernement va faire, comment il tiendra ses promesses électorales, quels seront les effets de ses mesures.
Mais expectative ne signifie pas passivité totale. C'est particulièrement vrai des secteurs ouvriers les plus durement frappés et les plus combatifs qui commencent à manifester ouvertement scepticisme et méfiance à l'égard du nouveau gouvernement. D'ailleurs ce scepticisme commence désormais à trouver un certain reflet au sein du "mouvement" social-démocrate lui-même.
Quand la compagnie minière de l'Etat, la LKAB, a menacé les mineurs de Svappavaara, dans l'extrême nord de la Suède, de mises à pied, ils avaient encore une certaine confiance dans le gouvernement. Ils ont ouvertement débattu de la possibilité d'occuper la mine, de souder les entrées, et de se défendre contre les attaques. Tout cela était conçu comme moyen de pression sur le gouvernement et le Parti social-démocrate.
«La marmite continue à bouillir. Si on est poussé à bout et qu'on pense à sauter, tout est possible», déclarait le mineur Eilert Stalnacke. «A mon avis, la seule chose à faire, c'est de souder les entrées et de faire face».
Quand il est apparu clairement que le gouvernement n'avait pas l'intention de maintenir la mine en opération, mais de la fermer «temporairement», la colère a éclaté. On accusa le gouvernement de «lâchage», de «trahison», et de «mentalité bureaucratique».
Mais l'occupation envisagée n'eut jamais lieu. La lenteur traditionnelle des Suédois et l'absence d'une force consciente, organisée, et politique, ont dissipé la résistance et
Mais cet exemple, s ajoutant a d'autres, a laisse sa marque sur de nouveaux secteurs de la classe ouvrière. Malgré la défaite, l'expérience de Svappavaara représente un capital précieux pour l'avenir de la classe ouvrière
Le développement du scepticisme quant à la politique gouvernementale et du malaise quant à ses mesures, apparaît aussi dans la presse syndicale officielle.
«La LO n'a pu convaincre sa base de modérer ses revendications salariales qu'à la condition expresse que le gouvernement social-démocrate s'engage à maintenir l'eml'égard du gouvernement.
Cette attitude se traduit aussi par un déclin de l'intérêt du Parti social-démocrate. Une étude effectuée parmi les sociaux-démocrates de Goteborg indique que ce phénomène a atteint des proportions sans précédent.
L'association éducative ABF, idéologiquement liée au SAP, rapporte qu'on assiste à un déclin de la participation. C'est surtout les groupes d'étude sur les questions sociales et le marché du travail qui sont le plus durement affectés. Le cercle d'étude lié directement à la direction du SAP, le «Framtid for Sverige» (Un avenir pour la Suède) a également été particulièrement durement frappé.
«Un certain mécontentement, pour ne pas dire pire», commence à se répandre dans le mouvement ouvrier, écrivait récemment le LO-Tidningen.
Et le journal du soir de la LO, Aftonbladet, écrivait dans un éditorial:
«Le parti a été obligé de poursuivre une L'ECONOMIE EN QUESTION La crise. Dix ans déjà. Mais que]le crise ? De plus en plus. on veut comprendre les mécanismes élémentaires de la vie économique et sociale. Les discours généraux ne suffisent plus à éclairer les blocages du système. Les débats s'accélèrent.
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politique différente au pouvoir que dans l'opposition, et cela commence à réduire son capital de confiance».
Jan Nygren, le président de l'organisation de jeunesse sociale-démocrate, la Socialdemokratiska Ungsdomsforbundet (SSU), décrivait la situation comme suit:
«Ni moi-même, ni les autres membres de la SSU ne pouvons affirmer que nous trouvons le même enthousiasme qu'auparavant. On se pose des questions. Un sentiment de malaise se répand».
«L'heure est à la critique et à l'expression des préoccupations parce que le temps passe. Avant que nous ne nous en rendions compte, nous aurons affaire à de nouvelles élections».
C'est la conscience de ce fait, que les prochaines élections ne sont plus éloignées que de deux ans et demi, qui conduit le gouvernement social-démocrate à introduire un série de mesures impopulaires tout de suite. Il l'a fait dans l'espoir que cela lui procurerait une plus grande marge de manoeuvre à l'avenir, et dans l'espoir aussi qu'une certaine reprise économique lui viendrait en aide.
L'expectative qui s'était instaurée après le changement de gouvernement, est en train de se transformer en irritation et en malaise dans certains secteurs de la classe ouvrière suédoise. La tâche des socialistes et des militants syndicaux consiste à les transformer en activité et en alternative politique, en initiatives de lutte et d'organisation. Ce n'est que de cette manière que la défaite du gouvernement bourgeois aux élections de 1982 pourra être élargie, et devenir une défaite de sa politique d'austérité. Ce n'est que de cette manière qu'elle pourra le prolonger par un changement radical de l'orientation du mouvement ouvrier suédois.
Tom GUSTAFSSON, 4 avril 1983. L'ECONOMIE EN QUESTIONS vous intéresse sûrement: - des articles concrets sur les dé. bats en cours : politique économique, réduction du temps de travail, chômage ...
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Une lecture vivante du capitalisme aujourd'hui pour une réflexion socialiste renouvelée.
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