Moins d'un mois après avoir déclaré, dans le feu de la campagne des élections municipales de mars 1983, que « le gros des problèmes est derrière nous », et qu'il « ne serait pas le Premier ministre d'une troisième dévaluation », Pierre Mauroy a successivement accepté de diriger pour la troisième fois le gouvernement, dévalué le franc de 8,5% par rapport au dollar et adopté une série de mesures économiques composant un plan d'austérité d'une brutalité sans précédent depuis deux décennies. L'exemple du cynisme venait de plus haut, puisque Mitterrand lui-même, à la télévision, deux jours avant l'annonce de ce plan, repoussait comme absurde l'idée de « je ne sais qu elle austérité... ». Ainsi s'est ouverte une nouvelle étape dans la politique économique du gouvernement : après la « première phase » ou certaines promesses électorales ont été tenues ; après la « rigueur » du blocage des salaires en juin 1982, qui avait stoppé la progression de la consommation, voici le temps de l'austérité : objectif immédiat, une baisse de la consommation des ménages et donc des importations, afin de limiter le déficit du commerce extérieur.
Pour mener cette politique d'austérité ouverte, Mitterrand a reconduit Pierre Mauroy dans ses fonctions de Premier ministre en l'entourant d'une équipe ministérielle réduite, où les responsabilités sont concentrées entre les mains de Jacques Delors (économie, finances, budget), Laurent Fabius (industrie et recherche) et Pierre Beregovoy (travail et sécurité socia-
Les deux principales centrales syndicales, la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération française démocratique du travail (CFDT), ont avalé la pilule sans guère broncher, la première se contentant de réclamer une répartition plus juste de la rigueur, et la seconde de s'inquiéter de l'effet sur l'emploi des mesures adoptées.
LE DOIGT DANS L'ENGRENAGE
DE LA RECESSION
Les causes qui ont entraîné la dévaluation de mars 1983 et l'adoption d'un plan d'austérité sont exactement les mêmes que de juin 1982 et le blocage des salaires : le déficit du commerce extérieur, lié à la fois au niveau relativement élevé de la consommation en France et à la faiblesse structurelle de l'industrie française (cf. Critique communiste n° 19), et l'inflation encore beaucoup plus forte en France qu'en RFA ou en Grande-Bretagne. Les prix ont augmenté de 0,2% en RFA pour les mois de novembre, décembre, janvier et février, et même baissé de 0,1% en mars. En même temps, après quatre mois de « blocage », les prix français grimpaient pratiquement de 1% par mois. La dévaluation enregistre cette différence et la traduit sur la valeur du franc relativement au mark. Le plan d'austérité, lui, prélèvera l'équivalent de 2% du produit intérieur brut (2% de la richesse créée chaque année en France), et les transférera des ménages vers les caisses de l'Etat pour combler les déficits : celui du commerce extérieur, mais aussi ceux de la Sécurité sociale et de l'Etat lui-même. mesures : vingt milliards d'économies budgétaires, onze milliards perçus grâce à des hausses des principaux tarifs publics (électricité, gaz, transports), treize milliards sous la forme d'un impôt de 1% sur les revenus des ménages, et quatorze milliards d'« emprunt forcé » par une majoration de 10% de l'impôt sur le revenu. Avec les six milliards que doivent rapporter les taxes sur la tabac et l'alcool et le forfait hospitalier, c'est en tout, 44 milliards qui sont soutirés directement de la poche des ménages, et vingt milliards que l'Etat ne dépensera pas et qui ne seront donc pas injectés dans le circuit économique.
Après avoir mis le petit doigt dans l'engrenage de la récession en brisant la progression du pouvoir d'achat en juin 1982, le gouvernement engage maintenant toute la main dans le mécanisme: la production industrielle va chuter, les experts gouvernementaux prévoient une récession de 1 ou 2% en 1983 et un bond en avant du chômage. Delors lui-même a admis que l'effet mécanique des mesures prises serait 100 000 chômeurs supplémentaires par rapport au nombre prévu à la fin de l'année. L'OCDE, avant l'annonce du plan, prévoyait déjà 150 000 à 200 000 chômeurs de plus fin 1983. C'est dire qu'au total la progression du chômage sera spectaculaire. D'autant que les patrons semblent avoir parfaitement reçu le message : ils ont interprété le changement de ton du gouvernement comme un feu vert aux licenciements.
Quelques jours après l'annonce de l'austérité, les PDG de la sidérurgie nationalisée sont allés expliquer au ministre Fabius que les licenciements prévus ne suffiraient pas à « assainir » la situation et qu'il fallait au moins doubler la dose Gattaz, le chef du patronat, a été demander à Mitterrand, outre l'allègement des charges patronales, un « assouplissement » des règles de licenciement (afin, bien évidemment, de favoriser l'embauche !) un nouveau pas vers l'alignement total sur les politiqueséconomiques libérales ou monétaristes américaine, anglaise et allemande. « Nous avons essayé d'amorcer une croissance limitée à l'intérieur des frontières nationales, et cela a échoué », avouait, tout penaud, Cheysson, le ministre des Relations extérieures, aux Américains. Nous ne pouvons plus mener une politique de gauche alors que tous nos partenaires mènent des politiques de droite, a confessé en substance Pierre Mauroy. La bourgeoisie ne s'y trompe pas : « Quelle austérité supplémentaire peut-on exiger, si l'on est réaliste, du gouvernement Mitterrand ? », demande le Financial Times de Londres,
un des journaux les plus représentatifs de l'opinion des « milieux financiers internationaux ». Et ce journal appelle ses lecteurs, banquiers et spéculateurs, appuyer ces mesures qui « méritent le soutien des voisins de la France et des marchés financiers ».
UN CHANGEMENT DE DISCOURS
Cette systématisation de la logique adoptée en juin 1982 s'accompagne d'un véritable changement dans le discours. Plus question d'objectifs transformateurs, de conquêtes sociales : les réformes sont considérées comme acquises (nationalisations et nouveaux droits des travailleurs). Il s'agit maintenant de gérer au jour le jour en attendant la fin de la crise et la reprise économique mondiale. Le départ de Jean-Pierre chevènement illustre ce fait : alors que le dirigeant du CERES avait tenté de mener une politique industrielle dirigiste, soumettant l'ensemble du secteur public à un contrôle étroit et définissant des « plans sectoriels » par lesquels l'Etat distribuait des crédits à des firmes nationalisées en leur assignant gouvernement n'a pas l'intention d'entraver les efforts des industriels. Le nouveau ministre de l'Industrie et de la Recherche, Laurent Fabius, a prononcé un éloge fort remarqué de la libre entreprise. Les diriacquis la garantie d'une totale liberté de manœuvre indépendamment de toute planification. Le ministère du Plan a purement et simplement disparu, et se trouve remplacé par un Secrétariat attributions encore plus réduites. complètement d'occuper une place prioritaire, l'objectif des 35 heures en 1985 est officiellement abandonné. ment n'a même pas fait l'aumone directions syndicales de quelques contreparties « sociales », même purement foracceptation conditionnelle du plan d'austérité. CGT et CFDT, qui auraient préféré pouvoir dire un « oui, mais » à peu près convaincant, doivent aujourd'hui, pour maintenir leur soutien au gouvernement, Lionel Jospin et François Mitterrand. (DR)
utiliser la rhétorique embarassée du « non,
Seule différence avancée par Delors entre « austérité de droite » et « rigueur de gauche » : les sacrifices seraient plus également répartis. Ainsi, au lieu d'augmenter les cotisations sociales (qui sont dégressives en fonction du revenu), on augmente les impôts : voilà pour la justice Malheureusement le gouvernement a oublié en route la fameuse réforme fiscale, qui aurait permis que les non-salariés et les chefs d'entreprise soient autant taxés que
LE PLAN DELORS PEUT-IL REUSSIR ?
Les objectifs de Delors sont clairs : diminuer la consommation des ménages de 2% pour réduire le déficit commercial de moitié en 1983 ; financer les déficits sans emprunter à l'étranger et éviter ainsi la spirale cumulative de l'endettement et du déficit qui amène généralement un pays
Les moyens utilisés paraissent proportionnés à cette ambition, et il est probable que le déficit de la France diminuera sensiblement cette année. Il est cependant exclu que Delors réussisse à ramener le déficit commercial très en dessous de 50 milliards de francs, (contre 104 milliards en 1982). A cela existent plusieurs raisons : - la dévaluation du franc, et la hausse du dollar qui se poursuit, annulent presque complètement les effets bénéfiques espérés la baisse du pétrole: la « facture énergétique » de la France ne devrait pas diminuer beaucoup en 1983, sauf effondrement (improbable) des prix du pétrole. - Les hausses des tarifs publics et des taxes vont relancer l'inflation, qui dépassera certainement l'objectif de 8% ; d'où un nouvel affaiblissement du franc. - Les ménages peuvent choisir, dans une certaine mesure, de maintenir leur consommation en diminuant leur épargne : l'emprunt forcé se ferait alors au détriment des Livrets de Caisse d'Epargne ou des obligations, mais pas de la consommation.
En outre, même si la balance commerciale s'améliore quelque peu, rien ne dit que la balance des capitaux ne s'aggravera pas d'un montant équivalent : la balance des paiements, qui est la somme des deux, resterait alors autant déficitaire en 1983 qu'en 1982.
Il est même certain que la balance des capitaux va se détériorer. La France n'attire plus guère d'investisseurs étrangers, les capitalistes cherchent au contraire à dégager leurs capitaux vers des pays plus alléchants (en particulier les USA, ce qui explique le maintien d'un dollar aussi élevé). En plus, l'endettement dû précédents déficits extérieurs oblige l'Etat français à verser des intérêts aux banques prêteuses. Plus le déficit commercial augmente, plus la charge de la dette est lourde, et plus la balance des paiements se déséquilibre, rendant obligatoire la recherche de nouveaux emprunts et l'augmentation de la dette. Il n'est pas impossible que ce cercle vicieux s'enclenche, ce qui amènerait la France au bord de la banqueroute.
Ainsi de sérieuses incertitudes économiques existent, sans parler de l'incertitude sociale : jusqu'à quand les travailleurs se résigneront-ils à subir l'austérité réaction massive et vigoureuse ? Le gouvernement espère qu'une reprise des économies allemande et américaine permettra aux patrons français d'augmenter leurs exportations et favorisera une certaine baisse du dollar grâce à une détente sur les taux d'intérêt américains. Les commentateurs bourgeois ont beau jeu de tourner en dérision les « cigales » socialistes qui, après avoir prétendu relancer l'économie française à contre-courant en maintenant les frontières grandes ouvertes, guettent aujourd'hui avec anxiété les moindres signes de redémarrage des principaux pays impérialistes pour pouvoir reprendre espoir. Tant il est vrai que, si l'on accepte les règles du jeu du marché mondial, il est parfaitement vain de vouloir jouer seul contre tous.
UN PLAN
QUI EN APPELLE D'AUTRES
Serge-Christophe Kolm caractérise ainsi la logique d'austérité : « Observant que les Français, lorsqu'ils dépensent cinq francs, en consacrent un à des importations, cette solution de « rigueur » consiste à, pour supprimer ce un, jeter tous les cinq, y compris les quatre dépensés en France qui donnent emplois et revenus à des Français. Actuellement, redresser l'équilibre extérieur par la seule « rigueur » exigerait d'abaisser la consommation des français de 10% et de doubler le chômage (...) » (1). L'option de Delors est parfaitement décrite. Mais Kolm se trompe lorsqu'il attribue ces décisions à l'ignorance et à l'incompétence des gouvernants. Il s'agit bel et bien d'une stratégie cohérente de réduction de la consommation et de restauration du taux des profits, l'étranglement de l'inflation et l'envolée du chômage.
Cependant, cette stratégie de Delors n'apparait que partiellement dans le plan d'austérité. Certes, on réduit la consommation. Mais les sommes prélevées n'iront pas directement renflouer les caisses des entreprises, puisqu'elles serviront essentiellement à payer les créancier étrangers et
1. Tribune libre au « Quotidien de Paris », 6 avril 1983.
nationaux. Ceci explique en partie l'accueil enthousiaste des banquiers internationaux, qui contraste avec les réactions très froides du CNPF. Pour les patrons français, ce plan ne coûtera certes pas un centime, et le gouvernement s'est solennellement engagé à ne plus accroître les « charges » des entreprises. Mais il n'aura = positif sur les profits : au contraire, en réduisant l'activité, il diminuera les débouchés et multipliera les faillites.
Or les profits des entreprises françaises se trouvent aujourd'hui à un niveau historique fort bas. Le profit brut (2) représentait en 1973 près de 30% de la valeur créée (3) au sein des sociétés. Il a chuté à 25% en 1975 jusqu'en 1979, et à moins de 23%
C'est dire que le niveau extrêmement bas des investissements du secteur privé ne s'explique pas seulement par une « grève de l'investissement » et un sabotage politique des patrons, mais aussi par le fait que le profit net, une fois déduites les charges financières et l'amortissement des machines, n'est plus considéré comme satisfaisant par les capitalistes.
La stratégie d'austérité fait le pari que les sommes prélevées sur la consommation serviront à financer les investissements indispensables pour rester dans la course à la compétitivité internationale. Or, les mécanismes de ce transfert, nécessaire pour relancer l'accumulation du capital, sont totalement absents de la panoplie des mesures du plan Delors. Paradoxalement (mais est-ce un paradoxe ?) c'est la CFDT qui a le plus insisté pour que les milliards prélevés n'aillent pas intégralement dans les caisses de l'Etat, mais qu'une partie soit conservée par les « entreprises » (en fait les patrons) pour permettre l'investissement. La CFDT ajoute - pure clause de style -« sous contrôle syndical », sans préciser par quel miracle le patronat abandonnerait subitement son droit régalien de décider souverainement du montant et de la localisation de l'investissement.
Voilà pourquoi ce premier plan d'austérité massive en appelle d'autres, non seulement parce qu'il n'atteindra que partiellement son objectif sur le commerce extérieur, mais surtout parce qu'il ne répond pas entièrement à l'exigence du patronat. Comme l'écrit L'Expansion : « Les chefs d'entreprise ne nient pas la nécessité d'une cure d'assainissement, mais tous font la même constatation : nos coûts resteront ce qu'ils sont, et nos débouchés vont encore se réduire ». Les « coûts » c'est bien entendu les salaires et cotisations sociales dividendes ou les intérêts bancaires sont rarement perçus comme des « coûts » par
Il est impossible de prévoir aujourd'hui quelle forme prendra cette attaque contre les « coûts », ni à quelle date elle
La « fiscalisation » des cotisations sociales pourrait en être le prétexte. Sous couvert de justice sociale et d'efficacité économique, le gouvernement compte transformer les cotisations en prélèvement sur tous les revenus (y compris ceux du capital). But de l'opération : diminuer les charges sociales des entreprises et faire supporter uniquement par les travailleurs les augmentations futures de cotisations. Le gouvernement peut aussi rendre obligatoires les « fonds salariaux » prévus à titre
Travailleurs de l'automobile en grève en été 1982 facultatifs dans le plan du 27 mars 1983. Toutes les revalorisations salariales seraient annulées et transformées en « comptes d'épargne forcée » à la disposition des patrons. Quelle que soit sa forme, l'objectif de la prochaine attaque sera de restaurer un niveau acceptable des profits pour les patrons.
LES DIVERGENCES
AU SEIN DU PS
Le débat public qui traverse jourd'hui le PS, entre les tenants du libéralisme (Delors, Rocard) et les partisans du protectionnisme (Goux, Joxe, le CERES) ne porte pas sur la nécessité de l'austérité et de la baisse du pouvoir d'achat. Même protégés de la concurrence extérieure, les patrons n'investiront jamais pour le plaisir de réduire la dépendance de la France vis-à-vis du marché mondial, mais uniquement dans la perspective de profits immédiats. Ces profits supplémentaires peuvent provenir d'une baisse des coûts ou d'une hausse des prix des secteurs protégés, mais dans tous les cas les travailleurs paieront la note. Leprotectionnisme, dans la mesure où l'initiative privée, se traduit par une baisse de pouvoir d'achat égale ou supérieure à celle qu'implique le libéralisme.
Cependant, s'il ne porte évidemment pas sur la question de la rupture avec le capitalisme, le débat au sein du PS reflète véritablement l'alternative devant laquelle s'est trouvé Mitterrand au lendemain des municipales et qui se posera à lui demain encore. Pour tenter de relancer l'accumulation capitaliste en France (car c'est là la perspective que se tracent tous les dirigeants du PS dans ce débat), l'option libérale à la Barre ou à la Delors n'est pas la seule envisageable à court terme. Les sociaux-démocrates pourraient chercher à se dégager quelque peu de l'étau dans lequel la crise mondiale et la hausse du dollar les serrent, en fermant les frontières à certains produits allemands ou japonais et en relâchant les liens qui unissent le franc et le mark par une sortie du système monétaire européen. Cette option vise notamment à faire accepter de nouveaux sacrifices aux travailleurs au nom d'un effort patriotique pour sauver l'économie
Delors a convaincu Mitterrand que cette politique serait aventuriste. Mais si un
Bienvenue à POISSY
CGT
(DR) échec de l'actuel plan d'austérité s'avérait par trop catastrophique, le qualificatif d'aventuriste pourrait être retourné à son expéditeur par Joxe et le CERES. Dès aujourd'hui, il faut affirmer clairement que l'issue n'est ni dans l'austérité libérale ni dans l'austérité protectionniste.
Seule une politique de rupture avec la qu'international rendrait possible une réorientation de l'économie et une croissance axée sur la satisfaction des besoins (cf. le dossier du numéro précédent de Critique Communiste). La France dispose de marges de manœuvre importantes, de par son s'opposer aux mesures de rétorsion que seraient tentés de prendre les principaux pays impérialistes et pour négocier directement avec les autres pays des contrats de commerce ou de troc mutuellement avantageux. Des possibilités objectives existent de réduire considérablement la dépendance extérieure, et d'affaiblir par là pressions de la bourgeoisie internationale.
Prenons un exemple. Des experts ont élaboré un « plan coordonné de reconversion énergétique pour la France » qui prévoit entre autres d'utiliser l'eau refroidissement des centrales électriques, actuellement rejettée en pure perte dans les fleuves, pour chauffer les villes : « Près de 80% des chauffages urbains pourraient être reconvertis. En consacrant 10% du potentiel des entreprises du bâtiment à cette reconversion, un programme de l'échelle de 30 milliards de francs par an pourrait être lancé. Il permettrait d'obtenir une réduction de nos importations de pétrole de près de 40% en quatre ou cinq ans » (4). Ces chiffres peuvent sembler optimistes mais l'effet positif d'un tel programme serait certainement important.
projets ne connaissent moindre début de mise en œuvre, car leur réalisation supposerait la création d'une entreprise publique centralisant les commandes et le suivi des travaux, mobilisant des centaines de petites entreprises et des fonds publics considérables, sans profit
2. Nommé « excédent brut d'exploitation » dans les statistiques officielles.
3. Nommées « valeur ajoutée ».
4. Tovy Grjébine, « Plan coordonné... », inter-groupe « énergie », Assemblée nationale.
privé pour personne à la clé. Bref, un défi à la logique de la rentabilité capitaliste et de l'initiative privée, qui permettrait en outre de remettre au travail un secteur particulièrement en crise, celui du bâtiment et des travaux publics. Est-ce là un choix moins « réaliste» que celui de la spirale de l'austérité et du chômage ?
Car nous l'avons montré précédemment : le succès du plan Delors repose sur un double pari hautement risqué. Pari économique tout d'abord : le nombre de variables décisives qui échappent complètedu gouvernement français est impressionnant. La hausse du dollar s'est amplifiée depuis mars, et Delors a aussitôt annoncé un nouveau tour de vis pour les mois qui viennent. Si, en outre, la reprise économique reste faible aux Etats-Unis et en RFA, la situation au début 1984 pourrait fort bien faire ressembler Delors à un de ces « économistes de bazar » irresponsables qu'il dénonçait en avril devant le Sénat.
Une autre inconnue majeure demeure : la capacité du gouvernement et des appareils politiques et syndicaux qui le soutiennent à contenir la colère et l'écœurement qui saisissent des millions de travailleurs aujourd'hui, Pour que ces légitimes réactions ne se transforment pas en découragement et en dégoût pour la politique, terreau propice au retour en force de la droite, il faut agir pour renforcer les capacités de résistance et de lutte de la classe ouvrière. Démontrer qu'une autre politique est possible et nécessaire doit y contribuer. •
Michel DUPOND avril 1983.