Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Interview d'un délégué syndical de l'IG-Metall

· Inprecor n° 153, 20 juin 1983 · p. 5 · 896 mots

Syndicalisme Allemagne Paix et armements

« Mêmes problèmes, même combat ! » : cortège CFDT à la manifestation de Stuttgart. (DR)

SELBE PROBLEME | SELBER

GENES PROBLEMER I MEME C

Lors de la manifestation du 4 juin dernier à Stuttgart, en République fédérale allemande, l'envoyé spécial d'Inprecor en a profité pour s'entretenir avec des camarades du Gruppe Internationale Marxisten (GIM, section allemande de la IVe Internationale), actifs dans leur entreprise et membres d'organisations syndicales. Nous reproduisons ci-dessous l'un de ces entretiens avec un camarade de l'usine de construction électrique de Stuttgart, membre du comité des délégués de l'IG-Metall de la ville.

INPRECOR : - Quelle analyse fait ton syndicat de la situation actuelle dans le domaine de l'emploi ?

DELEGUE : — Dans le comité des délégués, tout ce qui touche à la semaine des 35 heures est très discuté. Mais il faut constater que les travailleurs se sensibilisent davantage sur la question du niveau de vie, et cette préoccupation est également partagée dans des entreprises de petites villes. C'est ce qui a fait le succès de la première manifestation contre l'austérité en octobre dernier. Face à la crise, il y a une certaine maturation de la conscience de la classe ouvrière, mais il faut aussi souligner que la politique particulière de l'IG-Metall du Bade-Wurtemberg n'est pas pour rien dans cette radicalisation. Son dirigeant actuel, Steinkühler, est un « élève » d'un ancien militant du Parti communiste allemand (KPD). Il a une analyse plus globale des intentions capitalistes, des dangers que recèle la politique patronale et du type de rapports

PROPLEME I SAME FICH

Entretien avec un délégué de l'IG-Metall de Stuttgart de forces à mettre en œuvre, même si les solutions qu'il préconise restent dans le cadre capitaliste. Ce qui fait que le syndicat est plus proche des travailleurs que les conseils d'usine. syndicale commence à se poser des problèmes plus globaux, comme par exemple ce qui a trait à la question de la rationalisation. A cet effet, l'IG-Metall a mis en place employés.

Cette activité du syndicat n'est pas seulement idéologique. Elle possède également un fondement matériel. La crise, chômage ont des répercussions immé. diates en termes de désyndicalisation, ce qui est une véritable menace pour la puissance syndicale. C'est sans doute une des raisons pour laquelle le syndicat se préoccupe maintenant de syndiquer les chômeurs. Cela se traduira en conséquence par une modification statutaire qui permette cette syndicalisation inconnue à ce jour.

Mais il n'y a pas encore partout une ligne de défense intransigeante de toutes les revendications. Cela explique qu'il y ait aussi des groupes de militants syndicaux oppositionnels dans les usines, qui se confrontent parfois avec la direction du syndicat, comme cela s'est passé dans le но пола и groupe Plakat de l'usine Daimler-Benz ; menant une lutte résolue contre les conseillers d'usine corrompus, ils se sont trouvés exclus du syndicat, alors qu'ils avaient obtenu 40 % des voix à l'élection du conseil d'usine. A ce jour, ils n'ont toujours pas été réintégrés.

- Existe-t-il des structures de débat qui ne soient pas strictement contrôlées par les permanents syndicaux ?

- Oui. Il existe des sortes de cercles informels et réguliers qui sont des lieux d'échange d'expériences et de débat. A chaque fois, un sujet préparé à l'avance est abordé, par exemple sur le problème des 35 heures, de l'armement, etc. Et il y a des compte-rendus de ces réunions.

- Ces réunions débouchent-elles aussi sur des initiatives ?

- C'est rare, mais cela est arrivé. Par exemple, un meeting a été organisé avec des militants de l'usine FIAT de Turin. Une autre fois, une brochure de soutien a été publiée à propos du licenciement d'un délégué de l'usine Daimler-Benz, à la fin de sa formation. Le publie de ces réunions est très hétérogène : il comprend des militants du KPD, du GIM, des Jeunesses sociales-démocrates (Jusos), et également des inorganisés.

- Que penses-tu de la manifestation d'aujourd'hui ?

- Elle a un résultat contradictoire. Comme première manifestation européenne, c'est positif. Mais, dans le même temps, le potentiel de mobilisation est faible, parce qu'il n'y a pas d'échéance précise. Il n'y a pas eu non plus suffisamment d'explications sur l'utilité d'une lutte européenne. Aucune discussion n'a eu lieu sur cette question. Cela apparaît comme un impératif moral et non comme une méthode efficace de lutte. Les syndicalistes de Düsseldorf proposaient de retarder la manifestation pour le jour du sommet de la CEE, afin de lui donner un cadre concret. Par ailleurs, il faut noter que les militants oppositionnels ont fort peu mobilisé pour cette journée.

- Pourtant, il y a déjà eu des coordinations syndicales au niveau européen ...

- Oui, il y a des secteurs où cela paraît plus évident. C'est le cas de la sidérurgie. Dans l'automobile, la question commence également à être abordée. Mais cela concerne une fraction marginale des syndicalistes, même chez les oppositionnels.

- Dans la manifestation, il y avait aussi des mots d'ordre pour la paix.

- La question de la paix et du désarmement est une diseussion qui est largement présente dans le syndicat. L'éventualité d'une grève d'avertissement contre le déploiement des fusées de l'OTAN est clairement discutée dans les cercles dirigeants du syndicat. A Stuttgart, il y a eu des regroupements de militants de grosses entreprises (Bosch, Daimler-Benz, SEL) pour débattre des initiatives prendre sur la question du désarmement.

Propos recueillis par Daniel RAYMOND

Stuttgart, 4 juin 1983.

Une erreur sur cette page ?