Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

RFA

Manifestation européenne à Stuttgart pour l'emploi et les 35 heures

· Inprecor n° 153, 20 juin 1983 · p. 4 · 1 126 mots

Allemagne France Syndicalisme Italie

50 000 travailleurs européens à Stuttgart le 4 juin 1983

« Arbeit für alle » (« Du travail pour tous »), tel était le thème de la manifestation qui était appelée par la Confédération européenne des syndicats (CES) (1), le 4 juin, à Stuttgart, en République fédérale allemande. L'objectif de la CES était d'organiser une grande démonstration de force pour faire pression sur le sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique européenne (CEE), qui devait se tenir dans cette ville les 6 et 7 juin. Les élections anticipées en Grande-Bretagne ont entraîné un report de ce sommet, mais pas de la manifestation.

Environ 50 000 travailleurs de divers pays, dont un cortège de travailleurs immigrés turcs, sont retrouvés sur la Schlossplatz à Stuttgart. C'est la première manifestation européenne de cette ampleur depuis plus de cinquante ans. Il y avait bien eu auparavant quelques vagues journées d'action et des mini-manifestations, mais rien de comparable à cette journée.

Les organisateurs attendaient certes 100 000 participants. Mais, le même jour, il y avait une marche pour l'emploi en Grande-Bretagne et, en Allemagne même, une marche de chômeurs se dirigeait vers Bonn. Sans compter les premiers départs en vacance des Allemands ... et une chaleur qui a incité plus d'un à choisir la campagne. Mais, malgré ces difficultés, on peut dire sans se tromper que la manifestation fut une réussite. Cette journée ouvre une dynamique d'unité d'action europpéenne, même si les militants allemands ressentaient la différence entre cette journée du 4 juin et les 150 000 participants à la manifestation du 30 octobre 1982, au même endroit, contre l'austérité.

Parmi les délégations étrangères, les syndicalistes français de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et les syndicalistes italiens étaient les plus nombreux : 3 500 pour les premiers, 2 200 pour les seconds, tandis que les syndicalistes belges étaient environ 1 500. Le succès de cette « première » s'explique aisément. Il est le fruit du poids de la crise et de son approfondissement à l'échelle internationale. Des plans de restructuration pour des branches entières d'activité sont décidés à l'échelle européenne, que ce soit pour la sidérurgie, le charbon, etc. La stratégie des firmes internationales met les travailleurs et leurs organisations syndicales en demeure de riposter à ce niveau. L'ampleur de la crise ne permet plus de penser qu'il est possible de sauvegarder l'emploi dans un pays au détriment des autres. C'est ce qu'ont parfaitement perçu les travailleurs d'une entreprise du Mans (France), menacés de licenciement, venus manifester à Stuttgart parce que le siège social se trouvait dans une ville voisine, Mannheim. Il n'y a plus de pays vraiment privilégié face au chômage. Celui-ci est en progression partout. Pour l'ensemble de l'Europe, on compte actuellement 16 millions de chômeurs et on s'attend à 20 millions de chômeurs en 1985-1986, si les travailleurs n'imposent pas, d'ici là, des solutions à la crise, conformes à leurs intérêts.

35 HEURES POUR L'EMPLOI Il y a un moyen immédiat pour faire reculer le chômage : la semaine de 35 heures. Plusieurs organisations syndicales défendent cet objectif revendicatif, comme la CFDT en France ou l'IG-Metall (syndicat de la métallurgie) en RFA, mais sans qu'il y ait unité de vues sur la manière d'y arriver. Pour la direction de la CFDT, il faut négocier la réduction des salaires et mettre en place une organisation différente du travail, qui permette une « meilleure productivité », c'est-à-dire une meilleure exploitation des salariés. Ce n'est pas l'avis de nombreux syndicats de base de cette centrale, qui réclament les 35 heures sans perte de salaire ni dégradation des conditions de travail, et des embauches correspondant aux départs à la retraite. C'était également la position du Deutsche Gewerkschaftsbund (DGB, principale confédération syndicale allemande) du Bade-Wurtemberg, dans son tract d'appel à la manifestation. (Pour les questions générales concernant le syndicalisme allemand, voir Inprecor, numéro 147, 11 avril 1983).

Steinkühler, responsable de l'IG-Metall du Bade-Wurtemberg, a tiré le bilan de la politique allemande en matière d'emploi dans les colonnes de l'hebdomadaire de la CFDT : « La preuve a été faite que la diminution des salaires ne provoque pas d'investissements créateurs d'emplois, comme faire croire le patronat. (...) On nous a imposé une perte du pouvoir d'achat sous prétexte que cela favoriserait l'emploi, et maintenant, nous atteignons un taux de chômage record. »

La tonalité générale des discours des dirigeants de la CES portait non seulement sur une dénonciation juste du fléau économique, mais aussi sur les risques politiques du chômage : génération de jeunes sans espoir, relance du racisme, « dont on sait jusqu'où il peut aller », devait évoquer un dirigeant du

En termes d'analyse, il y eut aussi des contributions fort pertinentes. Par exemple, le secrétaire de la CES déclara : « Une politique économique faite d'abord pour les gros profits, et en second seulement pour les besoins sociaux des populations, ne peut garantir l'emploi. » Selon Pommerenke, secrétaire régional du DGB, « il faut arreter de faire des cadeaux dans le domaine des impôts aux entrepreneurs et mettre fin à la folle politique de surarmement. Avec cet argent, il est possible de financer le programme d'emploi établi par la CES ».

DÉVELOPPER LA MOBILISATION

Une question lancinante demeure en suspens: comment obtenir les 35 heures et les programmes pour l'emploi ? Il ne suffit pas de constater, comme l'a fait le secrétaire général, que « la majorité des ministres de la CEE ne veut pas » du programme d'emploi proposé par la CES, ni d'en appeler d'une manière vague à la solidarité des travailleurs d'Europe. Il faut mettre en place un plan de mobilisation coordonnée qui débouche sur une lutte européenne.

C'est certainement ce qu'attendent et ne manqueront pas de discuter les syndicats de base dans leurs confédérations. La IVe Internationale, partie prenante de ce débat, a fait des propositions concrètes dans un tract distribué à cette manifesta. tion, dont nous reproduisons ci-après les passages essentiels.

Le 4 juin fut donc un excellent départ pour une réflexion et une mobilisation pour les 35 heures à l'échelle européenne. Il faut maintenant organiser l'action pour imposer la satisfaction de cette revendication.

Daniel RAYMOND 9 juin 1983. 1. La Confédération européenne des syndicats (CES) est née en 1973. Elle regroupe 35 confédérations nationales dans 20 pays: Autriche. Belgique, Chypre, Danemark, Espagne, Finlande. France, GrandeBretagne, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Norvège, Portugal, République fédérale allemande, Suéde, Suisse.

Ne font pas partie de la CES : en France, la Confédération générale du travail (CGT) et la Fédération de l'éducation nationale (FEN) : en Espagne, les Commissions ouvrières (CCOO). Par contre, la centrale communiste italienne, la CGIL (Confédération générale italienne du travail) est adhérente de la CES.

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