Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

La prise du contrôle des mines par les travailleurs

· Inprecor n° 153, 20 juin 1983 · p. 12-16 · 4 200 mots

Pérou et Bolivie Syndicalisme

des mines par les travailleurs leur conception de la "cogestion ouvrière majoritaire"

BOLIVIE

E 31 août dernier, date anniversaire de la nationalisation des mines boliviennes en 1952, le gouvernement présentait son projet de cogestion paritaire des entreprises nationalisées et, depuis lors, deux positions se sont affrontées à ce sujet. La première est celle du gouvernement de l'Union démocratique et populaire (UDP), une coalition de collaboration de classe à laquelle participe le Parti communiste bolivien (PCB), aux côtés du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR, de tendance social-démocrate) et de la formation bourgeoise du Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche (MNR-I). Elle prévoit une simple association des représentants des travailleurs à la gestion des entreprises nationalisées et des mines en particulier, s'avérant être dans le pire style de la cogestion réformiste. Face à cela, la Fédération syndicale des travailleurs des mines boliviennes (FSTMB) et la Centrale ouvrière bolivienne (COB) défendent l'idée d'une cogestion ouvrière majoritaire qui prévoit l'hégémonie des responsables ouvriers dans les institutions de gestion des entreprises publiques (1).

L'affrontement entre ces deux orientations contradictoires a connu un premier dénouement au mois d'avril dernier, dans un contexte social agité par de nombreuses mobilisations ouvrières et populaires contre les mesures gouvernementales en matière économique. En effet, à la mi-mars, le gouvernement de l'UDP a adopté une série de décrets constituant la « seconde phase » de son programme économique (2) : ceux-ci fixaient, entre autres, une augmentation du salaire minimum mensuel de 46% et prévoyaient une hausse des prix de certains produits de base. Alors que la Confédération des entrepreneurs privés de Bolivie (CEPB) se montrait satisfaite de ces décisions, la COB les rejetait, son dirigeant historique, Juan Lechin, allant jusqu'à déclarer à la radio que « Hernan Siles Suazo (l'actuel président de la République) est plus à droite que Victor Paz Estenssoro (3) ». En effet, les hausses de salaire proposées ne permettaient nullement d'endiguer réellement la détérioraVictor MURILLO

Le 3 avril 1983, les techniciens et les employés administratifs de la COMIBOL, (qui constituent un secteur privilégié du point de vue salarial) sont entrés en grève sur des revendications ayant trait aux prestations sociales. En fait, cette action avait pour objectif de boycotter les discussions impulsées par la FSTMB dans chacune des mines nationalisées, à propos de la cogestion minière. L'immense majorité des mineurs se prononçant dans la plupart des cas pour la cogestion ouvrière majoritaire, les techniciens et employés, encouragés par la droite et par le gouvernement, se sont mis en grève pour couper court à la combativité des mineurs.

Les mineurs savent parfaitement que la COMIBOL a perdu de l'argent en 1982 (plus de 110 millions de pesos, soit pres de 4 millions de FF au taux de janvier 1983), et c'est pour cela qu'ils exigent de pouyoir contrôler eux-mêmes la corporation minière, principale source de devises

La prise de contrôle

Les mineurs mettent en application coût de la vie d'environ 300 %. de l'entreprise privée ». travailleurs (PRT) du Mexique. du pays, qui emploie environ 26.000 travailleurs. Il faut souligner que les techniciens soviétiques travaillant à l'usine de La Palca, une entreprise de traitement de l'étain qui dispose d'une technologie sophistiquée, ont également débrayé. Ils se sont donc trouvés en collusion ouverte avec le gouvernement contre les travailleurs, et ont montré, par cette attitude, qu'ils s'opposaient à la cogestion majoritaire réclamée par les mineurs. Devant cette situation, les mineurs de San José, à Oruro, et ce dès que débuta le boycott des techniciens et des employés, prirent en main les tâches techniques et administratives de la mine. Le 12 avril, les travailleurs de La Palea prirent une décision historique : ils allumèrent les fourneaux, mirent la production en marche et surent utiliser le matériel sophistiqué de l'entretechniciens, qu'ils soviétiques ou boliviens, ils parvinrent à faire fonctionner les fourneaux à leur meilleur rendement. Ainsi, contre les menaces et les pressions de tous ordres, La Palca fonctionne à plein rendement.

tion du niveau de vie de la population bolivienne, qui, entre novembre 1982 et mars 1983, a connu une augmentation du

La fin du mois de mars fut donc marquée par de nombreuses mobilisations et plus particulièrement par la grève nationale des travailleurs de la santé pour une augmentation de salaire, et par celle des employés de la Banque centrale, qui réclamèrent la destitution de la direction après que celle-ci ait refusé d'accepter les revendications salariales du syndicat. Les élèves de l'enseignement secondaire entrèrent aussi en lutte pour réclamer la réduction du prix des transports en commun et des fournitures scolaires. Au cours de leurs manifestations, des affrontements les opposèrent aux forces de police. Le 14 mars, le dirigeant de la COB, Juan Lechin, devait déclarer que les

« correctifs » économiques proposés par le gouvernement

« allaient contre le peuple » et que « l'UDP se situait du côté

Parallèlement, le projet de cogestion ouvrière majoritaire élaboré par la direction de la FSTMB était débattu par les mineurs. Finalement, confrontés à la grève des techniciens et des employés administratifs des mines nationalisées, qui débuta le

3 avril, les mineurs décidèrent d'intervenir directement pour appliquer leur propre conception de la cogestion ouvrière majoritaire. Le 19 avril, après une série d'initiatives locales, la

FSTMB prenait, Juan Lechin en tête, le contrôle total des mines d'Etat, évinçant le ministre des Mines et le gérant général de la Corporation minière de Bolivie (COMIBOL), tous deux membres du Parti communiste de Bolivie (PCB). La Fédération syndicale des mineurs désigna aussitôt un conseil d'administration composé de responsables syndicaux parmi lesquels figuraient des membres du Parti socialiste-Un (PS-Uno), et même du PCB, lequel s'est divisé sur cette question.

Nous publions ci-dessous un article retraçant la mobilisation des mineurs boliviens, paru en date du 23 mai dernier dans Bandera Socialista, organe du Parti révolutionnaire des

La FSTMB exigea alors des autorités du secteur minier étatisé qu'« elles proclament vacants tous les postes de travail abandonnés ». Comme elle ne recevait pas de réponse satisfaisante de la part de la

COMIBOL, la Fédération syndicale des mineurs décréta, le 18 avril : « En solidarité militante avec les camarades mineurs de tous les districts qui font fonctionner les entreprises contre vents et marées, et

1. Inprecor a publié, dans le numéro 147, du 11 avril 1983, des extraits du projet de cogestion ouvrière majoritaire de la Fédération syndicale des travailleurs des mines de Bolivie

(FSTMB).

2. Voir « Les cents jours du gouvernement de l'UDP », Inprecor, numéro 145, 14 mars 1983.

3. Victor Paz Estenssoro, dirigeant historique du Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR), formation bourgeoise populiste à l'origine, aujourd'hui décomposée en plusieurs fractions rivales, a été président de la République entre 1952 et 1964. Il sera par la suite renversé par un coup d'Etat militaire. En 1971, le

MNR-H (Historique) d'Estenssoro appuyera le coup d'Etat du général Hugo Banzer, aujourd'hui chef de l'Alliance démocratique nationaliste (ADN).

----- photo credits and running heads -----

L

Page 13

dans un acte de haute responsabilité par rapport à la nation et à la société, nous avons décidé de placer sous contrôle la COMIBOL et de fixer un délai de 24 heures, à partir d'aujourd'hui 17 heures, pour que le conflit soit résolu. Nous le faisons pour mettre fin définitivement à cette course à l'abîme menée par ceux qui multiplient les manœuvres antiouvrières et antinationales. » Un peu plus loin, cette déclaration précisait : « En prenant cette initiative afin de préserver un secteur qui rapporte des devises, qui est source de travail, qui fait partie du patrimoine national, la FSTMB répondra tout d'abord à l'exigence de la base, (...) de former un Conseil d'administration qui prendra en charge le destin des mines nationalisées, conformément à notre projet de cogestion majoritaire, qui souligne l'étroite relation entre ces mesures et la participation prépondérante des travailleurs dans les centres de décision du pouvoir politi-

Le mardi 19 avril a 17 heures, au moment d'occuper la COMIBOL, Juan Lechin déclarait au sujet de l'attitude adoptée par les techniciens et les employés : « Quand on a nationalisé les mines en 1952, la COMIBOL produisait 27 millions avec seulement 135 moins avec un nombre bien supérieur de techniciens. » A une question des journalistes à propos du contrôle établi par la FSTMB, Juan Lechin répondait : « Oui, c'est ça l'autogestion. »

Au moment de l'occupation de la COMIBOL, les dirigeants des cheminots, des travailleurs du pétrole, et d'autres entreprises, déclarèrent que la « seule solution pour les entreprises d'Etat », c'était de les placer toutes sous contrôle. Les habitants du bidonville d'El Alto bloquèrent les transports pour protester contre une hausse des tarifs, et toute la ville de La Paz fut presque paralysée. Ainsi se développa un climat social tendu, aggravé par les déclarations des entrepreneurs privés qui exprimaient leur mécontentement contre l'occupation de la COMIBOL. De leur côté, les mineurs de toutes les mines du pays faisaient parvenir à la COMIBOL sous administration ouvrière leur appui à la FSTMB.

Le 20 avril, premier jour de l'administration ouvrière, s'ouvrit à La Paz, à l'initiative des Nations Unies, une table ronde sur la coopération internationale avec la Bolivie, avec la participation de représentants de 40 pays et de 27 organis-. mes internationaux. A quelques rues seulement du siège de la COMIBOL occupée, ils discutaient des moyens de sortir la Bolivie de la terrible crise actuelle, sans parvenir au moindre accord. Tout près de là, les ouvriers réunis au siège de la COMIBOL discutaient, quant à eux, de la manière d'apporter une réponse ouvrière à la crise de l'entreprise la plus importante du pays, qui puisse prendre en charge la prospection et l'exploitation des gisements miniers, la commercialisation, l'exportation des produits minéraux, l'importation des machines, des instruments de travail et l'approvisionnement en produits de consommation courante des centres mi-

Le même jour, le ministre de la Planification et de la Coordination, Arturo Nunez del Prado, annonçait à la table ronde sur la coopération internationale : « Ni le peuple ni le gouvernement ne veulent une société socialiste, mais seulement une société nationale avec une participation mixte dans l'économie. » La presse bourgeoise, à son grand regret, accorda cependant plus d'importance à l'occupation de la COMIBOL : il régnait à son siege une tout autre animation qu'à la Banque centrale où se déroulait la table ronde sous l'égide des Nations Unies.

Deux jours après l'occupation de la COMIBOL, les patrons, les militaires et les ministres du gouvernement se mettaient d'accord pour déclarer illégal le conseil d'administration ouvrier de la COMIBOL. Le 22 avril, le président Hernan Siles Suazo adressait un message à tout le pays, dans lequel il traitait les dirigeants mineurs d'« anarcho-syndicalistes », et présentait leur action comme celle d'une direction aventuriste manipulant les travailleurs. Parlant de « violation irritante de la Constitution de l'Etat », Hernan Siles Suazo décrétait illégale l'occupation de la COMIBOL et assurait avoir l'autori-

Mineurs boliviens. (DR) té nécessaire pour faire face aux travailleurs, qui, « par leurs initiatives inopportunes, pouvaient précipiter le pays dans l'anarchie pour provoquer la chute du gouvernement et le naufrage de la démocratie ». Dans le même message, le président du gouvernement de l'UDP affirmait qu'il n'accepterait pas la cogestion ouvrière majoritaire, qu'il n'y aurait pas de contrôle ouvrier dans les entreprises privées, que l'économie resterait mixte.

Sous la pression de l'action ouvrière, le président, pour la première fois, parla clairement aux travailleurs qui l'avaient porté au pouvoir, ceux-là mêmes à qui il avait promis la cogestion et le contrôle ouvrier. En prenant publiquement la défense de la bourgeoisie et en déclarant les mineurs hors-la-loi, en les traitant d'anarcho-syndicalistes en collusion avec l'extrême-droite, il a ainsi révélé sa véritable nature de classe. Ce faisant, Hernan Siles Suazo, oubliait que c'est au prix du sang des travailleurs, et tout particulièrement des mineurs, et par la grève générale, que la chute de la dictature du général Garcia Meza avait été obtenue.

Le PCB, qui fait partie de la coalition gouvernementale s'est fait le complice de cette orientation. S'il représentait véritablement les intérêts des travailleurs au

Page 14

sein du gouvernement de l'UDP, il aurait immédiatement rompu avec lui à cette oceasion. Au contraire, il a avalisé les attaques du président Siles Suazo contre les travailleurs et il adopte une attitude ambiguë. Mais la réalité, elle, est claire. Seule la logique réformiste permet au PCB, d'une part, d'être dans un gouvernement qui annonce publiquement à la communauté internationale qu'il ne veut pas du socialisme mais seulement une société nationaliste fondée sur l'économie mixte et, d'autre part, de présenter aux travailleurs ce gouvernement démocratique bourgeois comme un gouvernement socialiste.

L'ASSEMBLEE DES MINEURS

ET LA VICTOIRE PAYSANNE Le vendredi 22 avril, les paysans en lutte pour leurs revendications les plus urgentes, mirent en place des barrages de routes, paralysant ainsi La Paz, Oruro et Potosi. Personne ne pouvait entrer ou sortir de ces villes. Les personnes en déplacement s'organisèrent à La Paz et formèrent un piquet permanent devant le siège gouvernement jusqu'à la solution du conflit. Les techniciens et employés défilé. rent également dans les rues de La Paz, exigeant du gouvernement qu'il agisse contre la FSTMB et l'administration ouvrière de la COMIBOL. Les paysans, quant à eux, firent savoir qu'ils ne manifestaient pas seulement pour leurs propres mais exprimaient également leur solidarité avec l'occupation de la COMIBOL, avec l'autogestion dans les entreprises d'Etat et le contrôle ouvrier dans les entreprises privées.

Les deux secteurs les plus importants de la société bolivienne, les mineurs et les paysans, scellaient ainsi dans les faits une alliance qui dessinait la perspective d'un pouvoir ouvrier et paysan comme seule alternative à la crise capitaliste. Dans les journaux, des titres énormes soulignaient que, dans les faits, un autre gouvernement s'opposait à Hernan Siles Suazo et à son vice-président, Jaime Paz Zamora : celui de Juan Lechin et de Genaro Flores, le principal dirigeant paysan.

Le lundi 25 avril s'ouvrait à La Paz l'assemblée nationale exceptionnelle des organisations syndicales des mines étatisées convoquée par la FSTMB. Le soutien à l'intervention dans la COMIBOL fut total et la décision de lutter jusqu'à l'obtention de la cogestion majoritaire dans les mines d'Etat fut réaffirmée. Une plateforme en neuf points fut alors adoptée (voir encart ci-après), affirmant la détermination ouvrière, et se terminant sur la formule suivante : « L'état d'urgence est proclamé dans les mines nationalisées. »

L'assemblée générale des mineurs s'est poursuivie le 26 avril. La session fut alors consacrée à l'examen du message du président Siles Suazo dénonçant l'occupation de la COMIBOL. Dans un document en 17 points, la FSTMB réfuta une à une les assertions de Siles Suazo. Tout le peuple bolivien a suivi pas à pas, à la radio, les discussions de l'assemblée des mineurs, qui a démasqué le président du gouvernement de l'UDP. Dans son discours au peuple, Hernan Siles Suazo avait en effet prétendu qu'il ne pouvait s'opposer à la FSTMB, vu qu'il en avait été l'un des fondateurs. Au cours de leur assemblée, les mineurs démontrèrent que le président en exercice n'avait nullement participé à la fondation de la FSTMB, qu'il n'avait jamais participé à la lutte du peuple en ses moments cruciaux, et qu'en outre, il s'opposait à la FSTMB en refusant la cogestion ouvrière majoritaire. Le document de la FSTMB répliquant au président se concluait par l'exigence de « la mise en œuure de la cogestion ouvrière majoritaire aussitôt que possible, pour le bien et la tranquillité du pays, pour dire : Non à l'immoralité ! Non à la course aux fonctions publiques ! En souvenir de ceux qui sont tombés pour les luttes sociales ! Assez ! »

Lors de la session de clôture de l'assemblée des mineurs - qui s'était déjà prononcée en faveur de la lutte de la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB) - apparut Genaro Flores, qui tut reçu avec enthousiasme par les délégués mineurs.

Résolution de la des mineurs

Au nom des paysans boliviens, il ex-

Oil exprima son soutien à l'occupation de la COMIBOL, se prononçant pour la cogestion ouvrière majoritaire et pour l'alliance ouvrière et paysanne. Il déclara que l'avenir du pays reposait sur l'unité des mineurs et des paysans pauvres. Il se prononça contre l'arrachage des cultures de coca et annonça qu'on avait découvert comment utiliser les feuilles de coca à des fins médicales et alimentaires. Juan Lechin répondit qu'il pouvait compter sur le soutien de mineurs, auxquels l'impérialisme américain voulait enlever la seule chose qui leur permette de s'alimenter et de résister à la surexploitation dans les mines. Le contrôle de la cocaine, ajouta Juan Lechin, intéresse tellement Etats-Unis qu'ils envoient des agents du FBI, en fait de véritables mercenaires et des fauteurs de coups d'Etat. Qu'on mette ces agents au travail dans leur propre pays et non en Bolivie, et qu'ils démontrent là-bas leurs capacités policières à lutter contre la cocaine.

Alors que l'assemblée des mineurs se terminait, les paysans, regroupés dans la réunion nationale de la FSTMB

Page 15

CSUTCB, obtinrent un triomphe total en arrachant au gouvernement des décrets par lesquels ils obtenaient :

-la participation syndicales paysannes à la des projets de développement du ministère de l'Agriculture ;

- la création d'un comité exécutif du plan agricole d'urgence, auquel pent des dirigeants paysans aux côtés des autorités gouvernementales;

- l'autorisation, pour l'Institut national d'investissement, de financer l'étude de l'industrialisation de la cocaïne avec des buts légaux ;

- l'application aux travailleurs saisonniers du coton et de la canne à sucre de la Loi générale sur le travail ;

- l'autorisation d'organiser des coopératives de transport des producteurs de bétail ;

— la dotation de terres inexploitées, restituées à l'Etat, à des communautés paysannes menacées dans leur survie.

Les paysans savent que c'est grâce à la mobilisation et à la paralysie de la partie occidentale du pays qu'ils ont obtenu cette victoire. Ils savent aussi que leurs frères mineurs ont également contribué à ce succès, et ils ne sont pas prêts de permettre que cette victoire leur soit subtilisée.

LE 1er MAI

ET LES RÉACTIONS DES MILITAIRES

Le ler Mai est survenu à un moment où les travailleurs de tout le pays avaient le moral au beau fixe, du fait des reculs infligés au gouvernement. Les mines étatisées sont alors contrôlées par les conseils ouvriers, les paysans avancent dans leur organisation, et ce, dans l'unité avec les mineurs. Le gouvernement est en position de faiblesse et s'occupe à former un nouveau cabinet. Il cherche une solution pour retrouver une crédibilité largement entamée aux yeux des masses.

les travailleurs et le l'UDP et voit les militaires aiguiser leurs des organisations planification armées, le général Alfredo Villaroel, et le chef d'état-major, le général Luis Anez, ont déclaré à Cochabamba que les forces armées étaient de plus en plus préoccupées par l'occupation de la COMIBOL. Selon les rumeurs, Rico Toro, un gorille réfugié en Argentine, prépare déjà pour

-Organizar Conselos Pupularen!

Combate, l'organe du Parti vrier révolutionnaire (POR-Combate), section bolivienne de la IVe Internationale, se fait régulièrement l'écho de l'orientation du POR-Combate et de l'activité de la classe ouvrière.

Ainsi, les deux derniers numéros que nous avons reçus, le numéro 117 de la première semaine numéro 118 de la première quinzaine de mai, sont axés sur la lutte pour la cogestion les entreprises d'Etat.

de presse du POR-Combate se trouvent au cœur des mobilisations ouvrières boliviennes. Le numéro 117, par exemple, publie un article sur le débat en cours au sein du mouvetravail, le

A la cantine de Siglo XX ou d'Oruro ... (DR)

Ce ler Mai illustre la rupture entre gouvernement de

LA RADICALISATION DE LA MOBILISATION OUVRIERE ET POPULAIRE

INQUIETE LES FORCES RÉACTIONNAIRES

Le commandant en chef des forces

Pour venir en aide à

"COMBATE"

.S.11 00.20

Paide Orere Perchetenais-COMBATE• NTe 170: U1N6, Tape 1902

SICCION BOLIVIANA DALE TV INTERNACIONAL

VIVA EL fro. de MAYO !!

oud'avril, et le ouvrière majoritaire dans naire

Les thèmes abordés par l'organe baïonnettes. A l'occasion de la Fête du président Siles Suazo s'est adressé à nouveau à la nation en déclarant : « Si la cogestion n'est pas paritaire, l'Etat bolivien s'affaiblira. » Pour sa part, la Centrale ouvrière bolivienne a appelé tous les travailleurs du pays à manifester en faveur de la cogestion ouvrière majoritaire dans les mines nationalisées, du contrôle ouvrier dans le secteur privé, de la participation de la COB à la politique des taux de change. D'autres mots d'ordre sont également avancés: refus des exigences du Fonds monétaire international et report du paiement de la dette extérieure jusqu'à ce que le pays soit en condition de remplir ses obligations ; solidarité avec le Nicaragua et le peuple salvadorien ; châtiment des auteurs des crimes commis sous les dictatures militaires et de tous ceux qui ont porté atteinte aux droits de l'homme ; application du programme agraire présenté par la CSUTCB.

Le vice-président, Jaime Paz Zamora, a défilé avec le cortège du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), quant au président, il ne s'est pas même risqué à assister au défilé du haut de son balcon. le mois de juin, un coup d'Etat militaire. Ce qui est sûr, c'est que le processus de rupture qui s'est produit entre le gouvernement et les travailleurs pose la question de savoir qui gouverne dans ce pays, dans les mines et dans les campagnes. Si les militaires disposaient d'un projet alternatif, ils n'auraient pas hésité à tenter un coup ment des mineurs sur la question de la cogestion majoritaire, définissant les positions en présence. Dans le numéro suivant, celui du début mai

1983, Combate présente la position du POR-Combate de soutien à l'initiative de la direction de la FSTMB de contrôle de la COMIBOL, et publie le long document du syndicat des mineurs en réponse au message du président de la République dénigrant leur lutte. Chacun de ces numéros abordent aussi, bien entendu, les questions internationales, et notamment celle de la lutte révolutionnaire des peuples d'Amérique centrale.

Cependant, compte tenu de la profondeur de la crise économique que connaît le pays, les conditions matérielles de production régulière d'une presse ouvrière ne sont pas faciles à réunir. C'est pourquoi nous appelons tous ceux et toutes celles qui sont désireux d'apporter leur soutien matériel à la publication régulière de la presse marxiste-révolution-

Men Bolivie, à envoyer leurs contributions financières à l'adresse d'Inprecor (2, rue Richard-Lenoir,

93100 Montreuil, France). Libeller les chèques à l'ordre de Daniel Bensaïd et inserire au verso la mention

« Pour Combate ».

Page 16

d'Etat. Cette situation ne peut s'éterniser (4).

Il s'agit d'un processus dans lequel, malgré leurs victoires, les ouvriers et les paysans ne sont pas maîtres du pays, bien qu'ils aient entre les mains la principale entreprise de l'Etat. D'autre part, le gouvernement est toujours aux mains des réformistes et des démocrates bourgeois. Il ne s'agit pourtant pas déjà d'une situation révolutionnaire, dont la caractéristique réside précisément dans l'état de dualité de pouvoir. Cependant, la situation peut évoluer en ce sens, si les forces ouvrières et paysannes adoptent une attitude plus nette vis-à-vis du gouvernement. Ceci passe par la consolidation de l'administration ouvrière majoritaire au sein de la COMIBOL et par l'affirmation de l'indépendance des ouvriers et des paysans vis-à-vis des classes dominantes. Cette indépendance peut prendre corps à travers la COB et la formation d'un vaste front unique des organisations du prolétariat, de ses partis, conseils populaires, ete. pôle devrait y compris se montrer ouvert aux couches intermédiaires mécontentes et incapables de jouer un rôle moteur dans cette dynamique.

Le Parti ouvrier révolutionnaire-Combate (POR-Combate), section bolivienne de la IVe Internationale, œuvre pour que le sentiment unitaire converge vers la constitution d'un front uni, en impulsant l'organisation de conseils populaires par quartiers, centres miniers et communautés paysannes, et en poussant ces conseils à se regrouper autour de la COB. Mais il s'agit aussi de se préparer à l'autodéfense dans chaque syndicat, quartier et communauté pour éviter un massacre de plus. Le sang des mineurs et des paysans ne doit plus être versé, et cela ne sera vrai que si le prolétariat défend ses conquêtes avec ses propres milices.

En ce moment crucial de la lutte de classe du prolétariat bolivien, la solidarité internationale des ouvriers du monde entier est donc vitale.

Victor MURILLO La Paz, mai 1983. 4. La droite réagit de plus en plus vivement à la mobilisation populaire. Certains secteurs ont comme cheval de bataille le retrait des ministres communistes du gouvernement de l'UDP. D'autres vont plus loin, tels l'Alliance démocratique nationaliste (ADN) de l'ancien dictateur Hugo Banzer, et le Mouvement nationaliste révolutionnaire historique (MNR-H) de Paz Estenssoro, qui appellent à la lutte pour en finir avec « l'anarchie » et pour « freiner l'avance du communisme en Bolivie ». Dans leur foulée, deux anciens militaires, les colonels Norberto Salomon Soria et Javier Alcoreza - respectivement ex-responsable de l'aviation de chasse et ex-ministre des Finances récemment exclu des forces armées - ont fait publier un texte dans les journaux sous le mot d'ordre: « Face à la dictature communiste, élections en 1983 », dans lequel ils précisent : « Il ne reste qu'une seule solution pour nos forces armées: exiger que la direction de la République soit transférée aux mains de la Cour suprême de justice, afin que celle-ci (...) convoque les élections générales pour le mois de juillet de cette année. » (Uno mas Uno, Mexico, 4 avril 1983).

Une erreur sur cette page ?