Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MOUVEMENT ANTIGUERRE

France, Pays-Bas, Italie, un premier bilan de la mobilisation

Inprecor n° 153, 20 juin 1983 · p. 10-11 · 2 050 mots

France Italie Paix et armements Syndicalisme

VEC la perspective du déploiement des missiles de l'OTAN dans plusieurs pays

"sarmement ne parviendraient pas à un accord, le mouvement européen contre la guerre et la militarisation se trouve placé devant une échéance décisive. C'est dire si l'année en cours sera importante pour l'avenir des mobilisations antiguerre. Et ce, d'aubilan des mobilisations antiguerre dans plusieurs pays d'Europe et donnant les principales échéances de ce mouvement. Après l'Italie, les Pays-Bas et la France, nous aborderons dans nos prochains numéros les exemples de l'Espagne, de l'Angleterre et de

EUROPE mobilisation antiguerre

A d'Europe à la fin 1983, dans le

nombreux à se trouver confrontés. l'Allemagne de l'Ouest.

Les manifestations antiguerre ont regroupé en France plus de monde que n'importe quel autre thème de mobilisation depuis l'élection, le 10 mai 1981, de François Mitterrand à la présidence de la République. Le 25 octobre 1981, la Marche des jeunes pour la paix, à l'initiative du Mouvement de la paix, a réuni 50.000 participants. Le 20 juin 1982, à l'appel de cent personnalités, ce sont 20 000 manifestants qui sont descendus dans les rues de Paris. Toujours à l'initiative des Cent, la Fête pour la paix, prévue pour le 19 juin 1983, devrait réunir beaucoup plus de monde encore, car « le temps est venu d'être des millions », comme le dit l'Appel à ce rassemblement.

Le mouvement antiguerre en France est polarisé par la place qu'y tient le Parti communiste français (PCF) et les organisations qu'il influence, au premier rang desquelles se trouve la principale centrale syndicale, la Confédération générale du travail (CGT). Georges Séguy, l'ancien secretaire général de la CGT, préside d'ailleurs le regroupement des Cent. Le Mouvement de la paix, quant à lui, est issu des mobilisations des années 1950 autour de l'Appel de Stockholm (appel lancé par le Congrès mondial de la paix, soutenu par les pays de l'Est, contre la décision des Etats-Unis de construire la bombe à hydrogène). Il est toujours lié au Conseil mondial de la paix, principalement composé d'organismes officiels des pays de l'Est. Il constitue, à la différence de l'Appel des Cent, un mouvement permanent relayé par des comités locaux. Enfin, le Comité pour le désarmement nucléaire en Europe (CODENE) regroupe, sur les bases de l'Appel Russel (texte de regroupement européen de certaines forces pacifistes, adopté au printemps 1980 autour du mot d'ordre « Pour une Europe dénucléarisée, de la Pologne au Portugal »), les militants du Parti socialiste unifié (PSU) et d'une trentaine d'organisations moins significatives. Les initiatives de ce comité n'ont

Un premier bilan de la

cas où les négociations de Genève sur le déFRANCE : LES PLUS GRANDES MANIFESTATIONS DEPUIS MAI 1981 rencontré jusqu'à présent qu'un écho de

La Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale, a participé à l'ensemble des initiatives antiguerre sur ses mots d'ordre et sous ses propres banderoles. Elle milite pour la coordination démocratique de tous les mouvements existants, par delà les divergences qui les séparent. A ce titre, elle s'est pleinement investie dans les Etats généraux pour la paix organisés dans de nombreuses villes par le Mouvement de la paix. Elle a répondu, le

PAYS-BAS : LA GREVE CONTRE LE DÉPLOIEMENT DES MISSILES Le mouvement antiguerre hollandais, qui a pris son essor dès 1977, est l'un des mieux structurés et des plus liés au mouvement syndical en Europe de l'Ouest. Son action s'est développée dans un premier temps contre la bombe à neutrons et, depuis 1980, contre la perspective du déploiement de 48 missiles de croisière américains aux Pays-Bas.

Tout le monde a en mémoire l'énorme manifestation du 21 novembre 1981, qui a réuni 400 000 participants dans un pays qui compte à peine 14 millions d'habitants. Dès cette époque, on estimait à un tiers des manifestants environ, les travailleurs syndiqués, et parmi ceux-ci, à 50 % ceux qui appartenaient à des syndicats de l'industrie. C'est pourquoi Wim Kok, le président de la Fédération des syndicats néerlandais (FNV) est devenu tout naturellement l'un des porte-parole du mouvement antiguerre, bien que la FNV n'ait pas fait partie du comité d'organisation de cette manifestation, dominé par le Conseil des églises pour la paix

Cette situation a donné lieu à un vaste débat dans le mouvement syndical, en-

20 juin 1982, comme le 19 juin 1983, à l'Appel des Cent, et a soutenu les initiatives du CODENE contre la force de frappe française. A la fête qu'elle a tenu en commun avec Lutte ouvrière, les 21, 22 et 23 mai derniers, elle a organisé une confrontation fraternelle entre toutes les composantes françaises du mouvement antiguerre.

Soucieuse de combattre, au nom de la paix et du socialisme, non seulement les missiles de l'OTAN mais aussi l'effort de guerre impérialiste de la France, qui s'accompagne d'une succession de plans d'austérité dirigés contre les travailleurs, la LCR prépare de nouvelles initiatives pour l'automne, en liaison avec les autres courants du mouvement. Dans le cadre du combat contre la militarisation, 10 000 soldats et plus de 100 000 jeunes ont signé des pétitions exigeant la réduction du service militaire à six mois pour tous, et le plein exercice des libertés démocratiques dans les casernes, campagne où les militants de la LCR et des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR) ont joué un rôle dirigeant.

Au chapitre des prochaines initiatives en France, signalons une marche sur le plateau du Larzac, les 6 et 7 aout, pour l'anniversaire d'Hiroshima ; l'organisation de vastes rassemblements régionaux, les 22 et 23 octobre, qui devraient constituer une véritable chaîne de la paix entre Paris et Genève ; et, enfin, la préparation, pour la fin de l'année, d'Etats généraux pour la paix au niveau national, qui devraient associer l'ensemble des composantes du mouvement antiguerre et du mouvement ouvrier français. tre une direction soucieuse de ne pas se laisser entraîner trop loin face au gouvernement, et une base se radicalisant au fur et à mesure de son engagement dans le

Sur plusieurs questions, la direction de la FNV a dû modifier ses positions sous la pression de la base. Elle a été amenée, par exemple, à prendre position et à déclarer qu'elle n'était pas opposée à des mesures de désarmement unilatéral dans la perspective d'un désarmement général.

De la même manière, la FNV a dû participer l'an passé à un comité de défense des soldats que le gouvernement avait fait arrêter, les accusant de « détournement de secret militaire et d'atteinte à la sûreté de l'Etat » pour avoir refusé de garder des sites nucléaires. Conclusion logique, la FNV est officiellement membre, depuis quelques mois, du Comité national d'organisation de la campagne contre le déploiement des missiles de croisière.

Quant à l'IKV, il faut mettre à son actif son soutien très clair aux pacifistes indépendants d'Europe de l'Est et ses eritiques très fermes à l'encontre de la hiérarchie des églises, qui ne soutient que du

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bout des lèvres le mouvement antiguerre, quand elle ne le combat pas. Cette année, après une profonde maturation marquée par d'innombrables initiatives locales, y compris dans les entreprises, le mouvement hollandais prépare une nouvelle manifestation nationale pour le 29 octobre, qui devrait dépasser par son ampleur celle de novembre 1981. Des réunions à tous les niveaux se tiennent depuis février dernier pour élaborer des plans d'action concrets afin de mobiliser les travailleurs de l'industrie et du secteur public. De nombreux groupes de syndicalistes sont ainsi entrés en action.

C'est ce qui explique que le mouvement hollandais se pose les problèmes de la stratégie d'opposition au déploiement des missiles US de manière plus concrète que la plupart de ses homologues des autres pays européens. Aussi, discute-t-on de la perspective d'une journée d'action nationale marquée par des arrêts de travail, du boycott des travaux de construction des bases destinées à recevoir les mis-

EUROSHIMA

M

LOT Parmi les nombreuses actions qui se sont déroulées en Italie depuis trois ans (la plus recente, la marche pour la paix de Comiso a Genève, a la tin du mois de mai a rencontré un grand écho dans les villes-étapes), c'est la question du référendum qui polarise pour l'heure l'activité du mouvement antiguerre.

C'est à l'automne 1982 que le groupe d'élus parlementaires Sinistra Indipendensiles, du refus des conscrits de garder les sites concernés, et même d'un boycott de toutes les activités concourant à l'installation des militaires de l'OTAN et de leurs familles (magasins, écoles, etc.).

Là encore, et de façon logique, le mouvement hollandais est parmi les plus avancés pour ce qui concerne les problèmes de reconversion des industries travaillant à des fins militaires et la lutte contre le commerce des armes. Des plans de reconversion sont à l'étude pour les industries aéronautiques comme Fokker a Amsterdam, ou encore pour les chantiers navals De Schelde à Vlissingen.

L'International Kommunistenbond (IKB), section hollandaise de la IVe Internationale, est partie prenante de tous ces débats et des actions concrètes et déterminées auxquelles ils aboutissent, qui voient, à chaque fois, une nouvelle progression du mouvement de masse (voir Inprecor, numéro 146, du 28 mars 1983, « Pays-Bas : austérité et missiles, une année cruciale pour les travailleurs »). AFTE ET-GARONN

Manifestation pacifiste à Paris, en 1981. (DR) ITALIE: RÉFÉRENDUM AUTOGÉRÉ CONTRE LE DÉPLOIEMENT DES MISSILES US A COMISO te (Gauche indépendante) a déposé un projet de loi en vue de l'organisation d'un référendum sur l'installation des missiles de croisière en Italie. Mais l'Etat bourgeois italien, qui admet bien cette procé dure pour d'autres problèmes, fait naturellement une exception en ce qui concerne les questions militaires.

Les résultats montrent que près de 60% des Italiens, avec un score encore meilleur pour les femmes, sont opposés au déploiement des missiles américains à Comiso ou ailleurs en Italie. Dans un premier temps, la Gauche indépendante n'ayant qu'un effectif réduit, et le groupe parlementaire du Parti communiste italien (PCI) n'ayant soutenu que faiblement cette initiative, les choses ont traîné en longueur au niveau parlementaire.

C'est dans ces conditions que le mouvement antiguerre a décidé de s'emparer de la question. Après bien des hésitations, liées au caractère peu démocratique des instances de coordination nationale et à la réserve prudente du PCI, la campagne a pris son élan, sous la forme d'un référendum autogéré. Lancé au niveau local ou régional, celui-ci a d'emblée enregistré des succès encourageants, comme à Naples (6 000 votes en quelques jours) ou à Florence (1 500 votes en une seule journée).

Le projet des initiateurs est de mener campagne parmi les jeunes, les femmes et les travailleurs au moyen de cartes de vote devant leur permettre de s'exprimer à ce sujet. L'objectif est double : récolter au moins 5 millions de votes contre l'installation de la base nucléaire de Comiso et de toute autre base de ce type en Italie, ce qui permettrait alors d'exiger un référendum institutionnel au niveau national.

Cette campagne, perturbée par l'échéance des élections législatives anticipées du 26 juin prochain, devrait s'amplifier d'ici l'automne. Sans valeur légale pour contraindre le gouvernement à changer d'attitude, elle offre cependant un moyen de pression politique important, notamment en direction des syndicats et du PCI, pour les amener à prendre en compte les exigences du mouvement antiguerre où sont déjà impliqués, entre autres, des dizaines de milliers de militants de base du PCI. Ce dernier vient d'ailleurs de réagir avec une vigueur inhabituelle au sommet impérialiste qui s'est tenu à Williamsburg (USA), du 28 au 30 mai, estimant que « les Etats-Unis ont pris, à cette occasion, la tête d'un directoire politicostratégique du monde occidental et du Japon, auquel l'Alliance Atlantique se trouve subordonnée. L'affirmation selon laquelle les missiles américains devront être de toute façon déployés en Europe occidentale en 1983 introduit un nouvel élément de fracture et de tension, et compromet sérieusement un développement positif de la négociation de Genève. »

La Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR), section italienne de la IVe Internationale, a appuyé sans réserve et dès le départ cette initiative, tant au niveau national qu'au niveau des divers comités locaux.

En outre, d'autres initiatives, dont un grand camp de jeunes pour la paix à Comiso et une campagne de la Ligue pour l'environnement sur le thème « Achetez un mètre carré de terrain de paix à Comiso », sont organisées pour l'été. Celles-ci permettront de préparer, dans les meilleures conditions, les mobilisations de l'automne 1983, qui seront d'autant plus massives en Italie que la construction effective de la base nucléaire de Comiso

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