E Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT, section péruvienne de la IVe Internationale) et le Parti ouvrier marxiste-révolutionnaire/ Parti socialiste des travail-
/ leurs (POMR-PST), ont décidé de mettre sur pied une commission permanente
C'est le PRT qui avait pris l'initiative de proposer, dans une lettre du 6 décembre
1982, la constitution d'une telle coordination, « afin d'impulser au niveau du mouvement de masse une politique commune, capable de constituer un pôle alternatif au réformisme de la Gauche unie (Izquierda Unida, IU) sur tous les terrains possibles : bloc parlementaire socialiste, coordination syndicale, droits de l'homme, solidarité interna-
Dans la même lettre, le PRT proposait au POMR-PST d'ouvrir une discussion, « sur la base d'une reconnaissance mutuelle comme organisations révolutionnaires », autour de la révolution nicaraguayenne et du bilan de la scission survenue en 1979 dans la IVe
Internationale face à cette révolution, ainsi que sur l'éclatement ultérieur du Comité
Le POMR-PST a répondu positivement aux propositions du PRT dans une lettre du 31 janvier dernier. Les deux organisations ont alors signé, le 14 février 1983, une déclaration commune que nous reproduisons ci-dessous presqu'intégralement. Celle-ci définit les tâches révolutionnaires sur les principales questions de l'heure au lendemain du remplacement, début 1983, du gouvernement de Manuel Ulloa par le gouvernement
Déclaration commune du PRT et du POMR-PST
La mort atroce des huit journalistes à toral circonstanciel (4) lui donne le droit
PEROU
Hugo Blanco, dirigeant du PRT péruvien. (DR)
Vers la constitution d'un front socialiste de coordination (1).
international auquel appartenaient aussi bien le PST que le POMR.
Schwalb.
Uchuraccay (3) a donné une preuve du cynisme et de la brutalité de ceux qui nous gouvernent. Elle a montré comment ce gouvernement croit qu'un résultat éleccontre le régime de faire du Pérou une foire, de ses richesses un objet de négoce et de la majorité de ses habitants des sujets soumis.
Ce gouvernement exerce le pouvoir
pour le compte des banques impérialistes, des multinationales et d'une poignée de capitalistes qui s'enrichissent au prix de la misère et de la faim de millions de Péruviens. (...)
Le remaniement ministériel n'aura servi qu'à démontrer que le responsable de la politique économique, de la corruption, de l'amputation des droits démocratiques n'est pas tel ou tel ministre, mais le gouvernement dans son ensemble et, à sa tête, Fernando Belaunde Terry en personne.
La lutte doit donc être dirigée contre le gouvernement. Et son refus de prêter l'oreille aux clameurs populaires est éclairant pour tous ceux qui veulent voir où se situe la véritable alternative : soit les travailleurs infligent une défaite à ce gouvernement pro-impérialiste, soit ce dernier
June défaite historique des exploités et des opprimés.
LES TRAVAILLEURS RÉSISTENT
Les travailleurs et le peuple péruvien ont résisté et continuent à résister au gouvernement, de même qu'ils furent à la tête de la lutte contre la dictature, lutte qui a ouvert une situation pré-révolutionnaire et a permis de reconquérir les droits démocratiques aujourd'hui en vigueur. Ce travailleurs qui résistent en ce moment à la politique de Belaunde, car ce n'est pas pour une politique réactionnaire et pro-impérialiste qu'ils se sont battus dans le passé. Ce n'est pas pour cette politique-là que 5 000 dirigeants syndicaux ont été licenciés et que sont morts tant d'hommes et de femmes du peuple en 1977 et 1978.
La résistance s'est manifestée dans tous les secteurs populaires. Les jeunes, les étudiants, les paysans, les marchands ambulants, mais surtout les fronts de défense et les syndicats ouvriers se sont opposés à une politique gouvernementale qui consiste à faire payer la crise précisément à ceux qui n'en sont pas responsables : les travailleurs des villes et des cam-
Mais cette résistance combative s'est affirmée, comme le montre le cas des mineurs de Cata-Acari, Caridad et Canarias, de manière dispersée (5). Chaque secteur a résisté avec ses seules forces à un ennemi plus fort du point de vue répressif et, en conséquence, les résultats ont été limités. La responsabilité fondamentale de ce manque de coordination et de centralisation des luttes incombe à la Confédération générale des travailleurs du Pérou (CGTP) et à la Gauche unie (6) qui, disposant encore d'une influence et d'une autorité sur les masses, les ont laissées affronter le gouvernement et le patronat pratiquement seules.
Pourtant, le niveau d'organisation ouvrière et populaire est très élevé. Il n'y a pratiquement pas de secteur important des exploités qui ne soit organisé manière ou d'une autre : communautés, coopératives, sans, fédérations d'étudiants et diverses formes d'organisation de quartiers, syndicats, fédérations et centrales ouvrières,
PRT .BL syndicats d'employés et associations du secteur public, syndicats de vendeurs ambulants ... Une forme importante d'organisation développée par les masses populaires a été celle des fronts de défense du peuple, dans lesquels différentes couches de la population se sont unies de façon conjoncturelle pour défendre leurs revendications. Les forces révolutionnaires présentes dans cette structure organisationnelle sont capables de contribuer à la dégouvernement qu'elles agissent dans l'unité et s'orientent sur une ligne claire et combative d'indépendance de classe.
Mais, aujourd'hui, ces forces se trouvent dispersées. Or, on ne pourra faire reculer le gouvernement et le vaincre si on
1. Le Parti ouvrier marxiste-révolutionnaire (POMR) était l'organisation liée au courant lambertiste de l'OCI française. Le Parti socialiste des travailleurs (PST) représentait les vues du courant dirigé par Nahuel Moreno. Le POMR-PST (parti unifié) est le résultat de la recomposition locale de ces deux courants, suite à la crise qu'a connu leur regroupement international en septembre 1981 (cf. Inprecor, numéro 137. 22 novembre 1981, « Le bilan des "reconstructeurs" de la IVe Internationale ». Daniel Bensald). Une partie des militants du POMR, derrière leur dirigeant Ricardo Napuri, devait rompre ses rapports avec le courant lambertiste pour former le POMR-PST avec le courant mo-
2. Le 15 septembre 1982, une réunion des POMR-PST décidait la mise en place d'un Bloc socialiste qui eut sa première Parlement lors de l'interpellation par l'opposition du cabinet gouvernemental de Manuel Ulloa en septembre 1982. Dans une parlementaire socialiste s'était engagé à faire
« la voix des exploités au la mobilisation révolutionnaire des 3. Le 26 janvier dernier, un groupe de journalistes pénétrait à Uchuraccay dans le département d'Ayacucho, Pour enquêter sur l'assassinat, le 22 janvier 1983, de sept membres de organisation guérillériste Sentier lumineux atAprès avoir passé les différents contrôles de police jusqu'au village d'Uchuraccay, huit journalistes et leurs guides y seront lynchés par la population locale qui les aurait pris pour des guérilleros. L'enquête dévoila les méthodes pratiquées par les « sinchis », un corps de police anti-subversion, qui pousse les communautés paysannes isolées et composées le plus souvent de paysans illettrés à s'attaquer à tout inconnu. Les « sinchis » les avaient ainsi encouragés à tuer tout intrus à leur communauté, car « les amis viennent par air (sous-entendu par hélicoptère) tandis que les ennemis viennent à pied ». 1980 ont donné 43 % des voix à Fernando Be-
Terry, candidat de l'Action populaire ne parvient pas à former une direction unifiée de lutte politique et syndicale qui regroupe toutes ces forces, appelle à une bataille permanente contre le gouvernement, le patronat national et l'impérialisme, et commence (comme l'exigent les masses de façon pressante) par préparer, à la base, une grève nationale unitaire de soixante-douze heures.
Cette tâche n'a pu être réalisée au cours des trois années d'existence du gouvernement de l'Action populaire-Parti populaire chrétien (AP-PPC) par manque direction réellement classiste Les travailleurs péruviens ont besoin d'une direction pour leurs luttes et d'une organisation qui les conduise sur la voie de la révolution socialiste. Ce besoin s'est exprimé clairement avec l'irruption sur la scène politique du FOCEP et, ensuite, à un niveau plus limité, de l'ARI (7).
Cependant, les espoirs suscités à cet égard ont été déçus dans les deux cas. Nos organisations assument leur part respective de responsabilité et d'autocritique face à ces échecs, qui ont permis ultérieurement la constitution d'Izquierda Unida, en tant qu'instrument de collaboration de
Sous l'hégémonie des secteurs front-populistes, IU s'est transformée en un élément fondamental de soutien au régime politique actuel. Sa ligne étant de (AP). Contre toute attente, ces élections ont représenté une grave défaite pour l'organisation populiste bourgeoise APRA, qui ne totalisa que 25 % des voix, et pour la gauche dans son ensemble (15 à 20 % des suffrages).
5. Les actions des travailleurs et de la population des centres miniers ont donné lieu à d'importantes mobilisations (grèves. occupations d'églises et marche sur la capitale) pour réclamer le paiement de leurs arriérés de salaire, lutter contre les licenciements et les pratiques patronales de mises en faillite frauduleuses.
6. La CGTP est la plus importante centrale syndicale péruvienne. Elle est dirigée par le Parti communiste. La Gauche unie (IU) est une coalition électorale mise en place sous l'hégé-
PCP-Unidad (pro-soviétique), avec lUnion démocratique populaire (UDP), un regroupement d'organisations centristes pour les élections municipales de 1981. C'est l'échec politique de l'ARI, en 1980, qui permit au PCP de rallier certaines formations centristes et d'organiser autour de sa stratégie réformiste ce regroupement prétendant à la direction du mouvement de masse qui lui avait momentanément échappé lors des expériences du FOCEP et de
7. Le Front ouvrier, étudiant, paysan et populaire (FOCEP) était une coalition électorale mise en place pour les élections à l'Assemblée constituante, en 1978, et regroupant l'essentiel des forces se réclamant du trotskysme péruvien, avec des organisations maolstes et centristes et significatifs du syndicalisme de (ARI) était un regroupement de la quasi-totalité des organisations révolutionnaires et des forces du mouvement ouvrier luttant pour un a gou•vernement des travailleurs sans généraux ni patrons », qui s'était constitué pour soutenir la candidature de notre camarade Hugo Blanco 1980. L'ARI comprenait l'Union démocratique populaire (UDP), une coalition de formations maoistes et centristes. Malheureusement PARI devait éclater dans sa forme unitaire avant méme la consultation électorale, ce qui l'empêcha d'apparaître comme le pôle ouvrier et populaire qu'elle aurait dû être au niveau électoral.
« ne pas déstabiliser le régime », elle a refusé de donner aux travailleurs une direction classiste et les a démobilisés.
Cette trajectoire résulte de la stratégie qui veut faire d'IU une simple solution de rechange électorale dans le cadre de l'actuel régime de démocratie parlementaire bourgeoise décomposée et dégradée. Pire encore, on a prétendu séduire les travailleurs avec l'idée d'une alliance avec l'APRA (8), principale carte de rechange pour la bourgeoisie face à la coalition AP-PPC et suppôt de la dietature militaire dans ses pires moments de crise. En pratique, IU n'a pas réussi à être davantage qu'une coalition de partis unis à des fins purement électorales, qui a laissé à l'APRA l'initiative politique ainsi que le drapeau de l'opposition au régime.
La crise politique d'IU a pour base cette collaboration de classes, cette recherche d'accords politiques avec des courants de la bourgeoisie, l'APRA principalement. Pourtant, on perçoit en son sein un mouvement limité favorable à une remise en cause de cette ligne de collaboration de classes.
NOTRE POSITION FACE A SENTIER
LUMINEUX De son côté, le Parti communiste péruvien-Sentier lumineux (Sendero Luminoso, SL) a entrepris des actions armées qui allient guérilla et actes de sabotage et de terreur contre le gouvernement l'Etat bourgeois (9). Sentier lumineux est une organisation de tendance qui développe la théorie de la guerre révolutionnaire de la campagne vers les villes, et la met en pratique à sa manière. Ses militants luttent pour leurs idées comme d'honnêtes combattants, mais cela ne nous dispense pas d'exprimer nos divergences concernant leur caracterisation de péruvienne, leur appréciation politique de la période, les tâches de la révolution péruvienne et, surtout, leur façon de concevoir la lutte armée.
Tout en reconnaissant l'héroïsme des militants de SL et en nous engageant à les défendre contre la répression criminelle dont ils sont victimes, nous affirmons avec force que la révolution dont ce pays a besoin ne pourra l'emporter que si elle est initiée et est pleinement assumée par le peuple travailleur, et en premier lieu par la classe ouvrière organisée et mobili-
Si nous critiquons SL, ce n'est pas, comme le prétendent certains dans la gauche, parce que ses actions déstabiliseraient le regime, mais parce que sa politique et sa façon de développer la lutte armée ne conduisent pas plus à la défaite du régime et au renversement de l'Etat bourgeois qu'à la révolution socialiste dirigée par le prolétariat en alliance avec la paysannerie et les masses exploitées et opprimées.
NOTRE ALTERNATIVE
Alors que la crise s'accentue, alors que la résistance ouvrière et populaire au
H. BLANCO GO /PRT /PRT Manifestation du Parti révolutionnaire des travailleurs. (DR) gouvernement commence à s'étendre, il devient urgent de reprendre le chemin de Punité d'action et du front unique - qui a déjà conduit à la formation du FOCEP et, plus tard, et à un autre niveau, de T'ARI -, et de forger une direction à la hauteur de la situation pour tous les ex-
C'est guidés par cette conviction, que nos partis ont formé une commission de coordination, et que nous lançons un appel à toutes les organisations qui sont dans ou en dehors d'IU, à tous ceux qui ont lutté sans conciliation contre la dictature, à tous ceux qui furent avec le FOCEP et l'ARI sur le terrain de l'indépendance de classe, à tous ceux qui se disent socialistes, aux ouvriers et dirigeants classistes, aux dirigeants et militants paysans, étudiants et dans les quartiers. Nous les appelons à constituer un pôle révolutionnaire, c'est-à-dire un front socialiste qui se mette à la tête de la lutte et impose l'unité dont a besoin le peuple exploité pour en finir avec un gouvernement agent de l'im-
Nous proposons un front socialiste - impulse la mobilisation et l'auto-organisation des masses ;
- impulse la lutte contre le patronat et le gouvernement ;
- impulse l'unification des travailleurs à travers une centrale unique des travailleurs ;
- impulse les fronts de défense comme organes de classe, populaires, organes de pouvoir des exploités ;
- défende l'indépendance des exploites face aux différentes cartes de rechange de la bourgeoisie: APRA et forces armées entre autres ;
- subordonne tout type de participation parlementaire à l'action extraparlementaire et révolutionnaire des masses ;
- impulse l'autodéfense comme moyen de répondre à l'agression de la bour-
Nous proposons un front socialiste qui, face à la crise, mette en avant un programme d'action comportant des mesures concrètes telles que : un salaire minimum vital avec une échelle mobile sous le contrôle des organismes ouvriers ; le droit à la stabilité de l'emploi ; l'abrogation des lois antiterroristes; le châtiment des res ponsables politiques du massacre des huit journalistes ; le refus du chômage ; le non-paiement de la dette extérieure ; la nationalisation du système bancaire, du comextérieur et des secteurs clefs de l'industrie ; la réorganisation de l'économie à partir des intérêts ouvriers et popu-
Nous proposons un programme antiimpérialiste qui reprenne les revendications démocratiques et anticapitalistes. Nous proposons un front socialiste qui revendique, comme seul gouvernement capable de sortir le pays de la crise, un gouvernement des organisations ouvrières et paysannes et des fronts de défense du
- Sans patrons ni généraux, les travailleurs au pouvoir !
Lima, 14 février 1983. 8. L'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA) est une formation qui fut hégémonique dans le camp bourgeois jusqu'aux élections de 1980, où elle connut un échec électoral cuisant. Celui-ci profita à l'Action populaire (AP) de Fernando Belaunde Terry, qui prit alors le pouvoir
9. Sur l'activité et l'origine du courant guérillériste Sentier lumineux voir Inprecor, numé ro 144, 28 février 1983 : « Points de repères pour l'analayse de la guérilla péruvienne. »
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