Vers des élections anticipées Un an à peine après la victoire écrasante de la coalition électorale du Mouvement militant mauricien (MMM) et du Parti socialiste mauricien (PSM) en juin 1982, les promesses électorales, et surtout les espoirs des masses populaires, ont été totalement trahis par le nouveau gouvernement. La désorientation de la population laborieuse est aujourd'hui d'autant plus grande qu'elle attendait de cette victoire un changement radical de société, voire la marche vers le socialisme, comme l'avaient promis pendant des années les dirigeants du MMM.
Une première poussée électorale du MMM en 1976 avait déjà sanctionné la montée de la lutte des classes dans cette petite ile de l'océan Indien. La victoire électorale de juin 1982 en a constitué un nouveau palier, la totalité des sièges revenant à la coalition MMM-PSM. Mais la pé riode de la lutte des classes inaugurée par cette victoire écrasante (le fameux « 60 à 0 ») risque maintenant de s'achever dans la démobilisation et la démoralisation, du fait de l'attitude des dirigeants du MMM et du PSM. Leur politique n'a eu, en fin compte, qu'un seul dénominateur commun : gâcher ce potentiel de lutte et de combativité populaire pour imposer une politique de défense des intérêts
De crise gouvernementale gouvernementale, on est arrivés à la rupture de l'alliance MMM-PSM, en mars dernier, à la dissolution du Parlement, il y a quelques semaines, et à l'annonce d'élections anticipées pour la fin août.
Le rejet par la masse des travailleurs de la politique économique du gouvernement, menée sur les conseils du Fonds monétaire international (FMI) et sous la direction de Paul Bérenger, alors ministre des Finances, a été le facteur déterminant de la crise gouvernementale du mois de mars dernier. Cette réprobation populaire s'est notamment manifestée par la formation d'un front syndical contre l'austérité regroupant les principales centrales du pays. L'opposition de ce front à la politique économique du gouvernement MMM-PSM risquait de provoquer une rupture des liens traditionnels entre le MMM et la centrale syndicale General Workers Federation (GWF). Par ailleurs, les militants radicaux du MMM regroupés autour du bulletin Lalit Travayer (Lutte ouvrière) et actifs au sein du Front national anti-chô-
mage (FNAS), organisation qui a largement contribué à la mobilisation pour la victoire électorale du MMM, rencontraient un écho grandissant dans leur agitation contre l'austérité. La bataille pour imposer un budget d'austérité s'annonçait done difficile pour le gouvernement. Confronté d'une part à la résistance d'un secteur politique de rationalisation économique et, d'autre part, populaire, Paul Bérenger a pris l'initiative de la dernière crise gouvernementale en démissionnant du gouvernement onze autres ministres, et en rompant
En quelques mois, l'échiquer politique se trouvait donc profondément modifié. Le MMM se retrouvait dans l'opposition, tandis que son ancien président, Anerood Jugnauth, constituait sa propre formation, le Mouvement socialiste mauricien (MSM) et formait un gouvernement avec des membres du PSM.
Le plus grave est que ces manœuvres politiciennes sont partiellement parvenues à faire régresser la conscience de classe des travailleurs par rapport à son niveau de juin 1982 et à raviver le poison communaliste, donnant ainsi un regain de vigueur aux oppositions entre communautés ethniques et religieuses. C'est dans ce contexte que le Parlement vient d'être dissous et que de nouvelles élections sont convoquées pour le mois d'août prochain. Aucune des formations issues du gouvernement MMM-PSM ne pourra prétendre y représenter les intérêts des travailleurs. Ainsi, le MSM de Jugnauth vient de passer un accord électoral avec le Parti travailliste, qui avait été balayé de la scène politique en juin 1982. De son côté, le MMM de Bérenger mènera une campagne de gestion de la crise de style rocardien, présentant principalement des technocrates petits-bourgeois aux suffrages des travailleurs. De plus, pour pouvoir se présenter en toute quiétude devant la bourgeoisie et l'impérialisme, la direction du MMM a récemment exclu ses militants de base les plus radicaux, que l'on retrouvait dans le FNAS et qui diffusaient au sein du MMM le bulletin intitulé Lalit Travayer. Le droit à réunir une assemblée générale des militants pour trancher cette question leur a même été refusé. Dès lors, ils se sont tournés vers la construction d'une véritable organisation socialiste des travailleurs, comme le proclame le sous-titre de leur organe hebdomadaire Konba Travayer (Combat ouvrier), publié et vendu à plusieurs milliers d'exemplaires depuis le ler mai dernier. Ces militants se sont mobilisés contre la tenue d'élections anticipées et pour le respect du mandat populaire sans équivoque donné par les travailleurs leurs dirigeants, en juin 1982.
Dans Konba Travayer numéro 7, du 10 juin 1983, avant même l'annonce de la dissolution du Parlement, les militants du LT-FNAS définissaient ainsi leur perspec-
« 1) Mobilisation dans l'immédiat des syndicats, des travailleurs, des jeunes et des militants contre les élections anticipées. Il ne faut pas que nos disparaissent à tout jamais au bénéfice des capitalistes. Dans la mobilisation et dans la lutte, il nous faut ces "60 à 0" pour renforcer les nationalisations, obtenir la révocation de l'Industrial Relation Act (IRA), du Public Order Act (lois répressives), la mise sur pied du Cargo Handling (structure de gestion du port nationalisé) et la satisfaction des revendications des
« 2) Si, malgré tout, on se trouve face à l'échéance d'élections anticipées, les militants du LT-FNAS, les syndicats, toute la gauche militante en général ne doivent-ils ouvrière unique sur la base d'un programme anticapitaliste, anti-impérialiste et an-
« 3) Il faut renforcer l'initiative déjà prise pour la construction d'une organisarévolutionnaire de masse comme troisième voie, celle des travailleurs, face à l'alternative social-démocrate en faillite et pour faire échec à la droite. »
Le 19 juin dernier, les militants de la tendance Lalit Travayer du MMM annonçaient la création de l'Organisation militante des travailleurs (OMT), qui regroupe déjà plusieurs dizaines de membres, et la transformation de leur front de masse, le FNAS, en un Front national anti-souffrance s'adressant non seulement aux jeunes chômeurs, mais à l'ensemble du peu-