L'OCCASION du quatrième anniversaire de la victoire de
A la ré etranger du Front sandinda tementond natione.
pour l'étranger du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), a publié une interview du commandant Daniel
Ortega, l'un des neuf membres de la direction nationale du
FSLN et coordinateur de la junte de gouvernement, qui se veut une réponse de la direction sandiniste à la propagande impérialiste sur plusieurs thèmes.
La révolution sandiniste s'est-elle radicalisée par rapport au programme initial du FSLN? Quels
BARRICADA INTERNACIONAL:
- Certaines des forces politiques qui appuyèrent le triomphe de la révolution sandiniste sont aujourd'hui dans l'opposition ou parmi les groupes contre-révolutionnaires.
Dans quelle cette mesure situation résulte-t-elle d'un éloignement du programme originel de la Révolution populaire sandiniste auquel tous apportèrent leur soutien, d'une façon ou d'une autre?
Daniel ORTEGA : - Au moment du triomphe de la révolution, nous avions un programme qui, auparavant, avait été travaillé, proposé, élaboré, popularisé et gapar le FSLN. Il est important ranti comprendre clairement que ce programme, qu'on va appeler « originel », fut totalement préparé, discuté et approuvé par le FSLN. Cela réfute de manière radicale les manigances entreprises pour donner l'impression que ce programme originel était le produit de pactes ou d'accords passés avec d'autres forces politiques et en la présence de dirigeants d'autres pays.
A aucun moment il n'y a eu d'accord ou de pacte avec une quelconque autre force politique, et même l'intégration au sein de la Junte de gouvernement de reconstruction nationale n'était pas la résultante d'un accord avec un autre groupe, mais d'un appel individuel à des personnes ayant une activité politique dans la vie nationale. C'est de cette façon qu'on a fait appel à Mme. Violeta Barrios de
Chamorro et à
M. Alfonso
Robelo, au camarade Sergio Ramirez et au camarade Moises Hassan (1). Dans le cas de ces derniers, deux ils représentaient également des regroupements politiques et sociaux qui répondaient directement à la ligne du FSLN. Sergio Ramirez était le responsable du Groupe des douze, et Hassan était l'une des principales figures du Mouvement du peuple uni (2). Si bien qu'on leur a dit: " Voici le programme du
Front sandiniste. Le soutenez-vous ?»
C'était le programme qu'on a commencé appliquer immédiatement après le
Comment le FSLN analyse
la révolution sandiniste
Interview du Commandant Daniel Ortega
Ice pays et sur leurs perspectives. sont les problèmes dernier. triomphe de la révolution, à partir du 19
Evidemment, quand on applique un projet, les intérêts des différents secteurs partie prenante de la vie politique de la nation entrent en jeu. Et dans ce cas précis, FSLN voulait appliquer programme en accord avec les intérêts nationaux et populaires de la révolution, et cela entrait en conflit avec les intérêts de gens comme M. Robelo, qui essayait de donner au gouvernement une orientation correspondant à ses propres intérêts.
Quand on procéda à la confiscation de tous les biens de Somoza et des somozistes, cela apporta déjà des éléments de contradiction. Il n'y avait pas de problème quand il s'agissait des propriétés de Somoza lui-même, mais parmi les somozistes, il y avait des gens très liés à M. Robelo. Si bien qu'au moment de discuter de l'application des mesures concrètes du programme, les relations personnelles et économiques, pesaient beaucoup. C'est une situation qui s'est répétée à plusieurs reprises sous des aspects différents. Quand la question de la nationalisation de la banque fut concrètement posée, la discussion fut très houleuse ; de même pour la nationalisation du commerce extérieur.
C'est à partir de ce moment qu'il y a eu des contradictions au sein de la Junte de gouvernement. M. Robelo notamment, était le plus combatif sur ces points, mais pendant tout un temps il s'opposa à une série de mesures tout en acceptant au dernier moment la décision majoritaire de la Junte.
Voilà comment, dans les faits, M. Robelo entra en contradiction avec l'application du programme révolutionnaire dès le début. Cela était lié à ses intérêts économiques, à sa façon de comprendre le pluralisme politique et l'économie mixte, car, en vérité, il ne la voyait pas comme un moyen de transformation des relations existant dans ce pays, comme un moyen Hon de la reste patie a i de recherche d'un esprit de justice dans la distribution de la richesse.
NICARAGUA posés par le maintien de l'état d'urgence ? Existe-t-il un mécontentement populaire face aux problèmes d'approvisionnement créés par la situation de guerre dans laquelle se trouve le pays? ... Voilà autant de thèmes traités lors de cet entretien, qui permet de préciser le point de vue des dirigeants sandinistes sur l'état actuel du processus révolutionnaire dans
Nous publions in extenso, ci-dessous, cet entretien paru dans le numéro 72-73 de Barricada Internacional, du 25 juillet
En tin de compte, il luttait pour maintenir les formes d'exploitation qui existaient dans le passé, et ceci entrait violemment en opposition avec l'esprit du programme révolutionnaire. Et nous parlons de M. Robelo, car il était l'élément le plus caractéristique au sein de la plus haute instance de gouvernement du pays, et il représentait, même si ce n'était pas de façon organique ou comme produit d'une alliance ou d'un accord, les intérêts de ce secteur qui, au Nicaragua, refuse d'accep ter un changement révolutionnaire en faveur de la majorité de la population. Il désirait remplacer Somoza et contrôler la révolution.
Si bien que Robelo ne faisait qu'exprimer les inquiétudes de ce secteur.
Ses logiquement critiques se retrouvaient identiques à celles avancées par les ennemis de la révolution à l'extérieur. Autrement dit, les arguments que défendait M.
Robelo au sein de la Junte de gouverne ment et ceux des groupes politiques et économiques du pays étaient les mêmes que ceux avancés par les somozistes exclus du pouvoir et se trouvant à l'extérieur du
1. Violeta Chamorro est la veuve de Pedro
Joaquin Chamorro, leader de la bourgeoisie anti-somoziste assassiné en janvier 1978 par la dictature. Alfonso Robelo dirige le Mouvement déformation mocratique nicaraguayen
(MDN), bourgeoise ayant soutenu la chute de Somoza.
Après la modification par le FSLN de la composition du Conseil d'Etat, Robelo et Chamorro démissionnent du gouvernement au printemps
1980. Robelo rejoindra ensuite la contre-révolution armée aux côtés d'Eden Pastora
2. Le Groupe des douze, constitué en
1977 sur la base d'un appel de personnalités indépendantes depuis l'exil, pour une solution nationale du conflit associant l'aile « tercériste » du FSLN, fut plus tard présenté comme
« groupe sandiniste connu comme "les 12"» dirigeant sandiniste Bayardo Arce. Le par le
Mouvement populaire unifié (MPU), pour sa part, regroupait des organisations populaires de masse : syndicats, mouvement étudiant, mouvement des femmes, etc. Pour une analyse plus approfondie de cette période de la révolution nicaraguayenne, voir Inprecor numéro 155. du
18 juillet
1983, « De quelques enseignements de la révolution sandiniste ».
que sont des mesures radicales, profon- tait encore la trace de l'insurrection, nous
C'étaient les mêmes arguments qu'utilisaient les ennemis de la révolution aux Etats-Unis, dans divers pays d'Amérique latine et ailleurs.
Il s'est alors développé toute une campagne où l'on présentait la révolution comme violant l'esprit du programme originel, mettant ce dernier de côté pour radicaliser le processus. En vérité, ce programme originel exigeait une radicalisation du processus, son approfondissement. Nationaliser le commerce extérieur et la banDaniel Ortega lors d'une réunion du gouvernement sandiniste. (DR) des ; s'attaquer à de larges secteurs économiques somozistes, s'en prendre également, par le biais de la réforme agraire, aux secteurs des gros propriétaires fonciers, qui possédaient des terres improductives, ce sont là des réformes profondes entrant en contradiction avec les intérêts de ceux qui pensaient à un autre type de programme.
L'application du programme dépendait du FSLN et ce dernier l'a appliqué de manière conséquente. Nous n'en avons à aucun moment et nous l'avons maintenu dans le cours qui était le sien.
- L'état d'urgence décrété en mars de l'année dernière a imposé une série de restrictions à la vie publique. Jusqu'a quel point était-il réellement nécessaire ? Ne croyez-vous pas que c'est courir un grand risque que de le maintenir en vigueur ?
-Je pense que la ferme volonté du Front sandiniste de parvenir à une stabilité immédiate dans le pays fut démontrée lorsque, peu de mois après le triomphe révolutionnaire, alors que les barricades occupaient toujours la rue, et que tout poravons commencé à régulariser la situation du pays et à suspendre toutes les mesures d'exception. L'administration de la ville et des villages qui étaient aux mains des états-majors militaires du FSLN a été transférée aux administrations locales ; la censure sur la presse et la radio a été levée ; toute liberté de manifestation a été reconnue aux partis politiques. Cet effort a été poursuivi par l'adoption des dispositions légales pour le jugement de tous les criminels du régime somoziste capturés par le peuple, qui étaient détenus. Que s'est-il alors passé ? Cet effort pour régulariser la vie du pays commença par être contrecarré par toute une activité dirigée contre le processus révolutionnaire, une activité contre-révolutionnaire armée. Ses premières manifestations eurent lieu pendant l'année 1980 et prirent pour cible les alphabétiseurs.
Parmi tous les efforts que nous faisions, nous avions lancé une grande campagne d'alphabétisation ; la jeunesse nicaraguayenne partait dans les villages pour apprendre à lire et à écrire au peuple. Ce sont eux qui furent les premières victimes de l'activité contre-révolutionnaire armée.
Mais la situation n'était pas encore très dangereuse. Elle a commencé à l'être quand les gardes somozistes à l'extérieur, liés à la CIA, prirent contact avec des groupes nicaraguayens qui étaient en désaccord avec la révolution sandiniste et qui, à l'intérieur du pays étaient partie prenante de groupes politiques ou professionnels de producteurs de café, de chefs d'entreprises, comme Jorge Salazar (3).
Quand le gouvernement des USA décida de soutenir avec fermeté et ouvertement l'activité de ces groupes ennemis peuple nicaraguayen, la situation devint alors beaucoup plus dangereuse. Cette pression externe commença par se manifester au travers du regroupement et de la concentration de gardes somozistes sur le territoire hondurien, de l'infiltration au Nicaragua de ces mêmes bandes, et de l'organisation de groupes conspirateurs structurés par la CIA qui préparaient des attentats à l'intérieur du pays. C'est ainsi que le 14 mars 1982, deux ponts situés à proximité de la frontière hondurienne furent dynamités par les commandos entraînés et armés par la CIA. De même, ces groupes organisèrent un certain nombre d'actions contre la population civile et contre la production.
Nous sommes un pays très petit, confrontés à une force démesurée, celle des Etats-Unis. Et l'unique façon de résister, si l'on veut être honnête, c'est de serrer les rangs et de renforcer la défense du pays sur tous les plans.
- Pensez-vous qu'il sera réellement possible d'organiser des élections 1985, alors que l'on n'aperçoit pas de solution à la crise de l'Amérique centrale à court terme, et donc, en conséquence, de possibilté de lever l'état d'urgence en vigueur au Nicaragua ?
- Malgré les agressions dont nous sommes victimes, malgré la guerre et les menaces, nous sommes obligés de poursuivre le processus d'institutionnalisation de la révolution et, logiquement, il faudra prendre en compte les conditions où nous nous trouverons au moment de procéder aux élections de 1985.
Nous pensons que les efforts des ennemis de la révolution veulent nous
3. Jorge Salazar, mort lors d'affrontements avec les autorités en 1980, était le dirigeant d'un petit groupe contre-révolutionnaire. Au moment de sa mort, il était président l'Union des producteurs agricoles du Nicaragua, organisation liée aux grands propriétaires fonciers du pays. Son épouse est aujourd'hui l'une des tétes de file de la Force démocratique nicaraguayenne (FDN), organisation contre-révolutionnaire formée d'ex-gardes somozistes principalement basés au Honduras.
amener à dire : « Comme il y a une activité terroriste, une tentative de déstabilisation, nous supprimons cette possibilité d'élections. » Mais nous n'allons pas tomber dans cette provocation. Tant que les conditions nous le permettrons, nous continuerons de construire, dans ce pays, des écoles, des hôpitaux, des machines agricoles pour la canne à sucre, des centrales hydro-électriques, géothermiques, et nous continuerons à défendre la révolution
Si cette agression devient tellement grave qu'elle nous empêche de poursuivre ces efforts économiques et sociaux, alors, je vous le dis honnêtement, nous serons obligés de nous adapter à ces conditions, d'affronter les difficultés de ment, et même, en dernière instance, la question de la survie.
- Dans quelle mesure les décisions prises par le gouvernement révolutionnaire sont-elles affectées par le problème provoqué par la pénurie de certains produits de base ? La crise économique favorise-t-elle la contre-révolution ?
— Tout d'abord, il faut prendre en compte le fait que la crise qui affecte le Nicaragua ne peut être détachée de la conjoncture économique mondiale, dont les principales victimes sont les pays pauvres du Tiers Monde. Les pays d'Amérique centrale sont les premières victimes de la crise économique mondiale, dans laquelle nous voyons toutes les grandes nations à économie de marché se décharger de leurs difficultés sur des pays comme le nôtre, et nous les faire payer de notre sang. Voilà l'élément essentiel pour bien comprendre les problèmes vécus par les peuples
La hausse des prix des produits de base, la pénurie, sont des problèmes vécus de façon aiguë par les autres pays. Mais dans le cas du Nicaragua, il y a une diffé. rence fondamentale : il y a eu une révolution, et elle a permis à la population de prendre conscience de ces problèmes, de les connaître, elle peut en discuter, critiquer, faire des demandes. La situation est totalement différente ailleurs, car le peuple y est tenu à l'écart de ces questions et il n'existe pas de politique visant à résoudre ces problèmes de façon générale. Dans tous les cas, le peuple est sacrifié pour sauver les intérêts de ceux qui ont les économiques. Donc, au Nicaragua, il y a une situation différente, où la critique, le mécontentemême produit par la pénurie, se situent à l'intérieur de la révolution.
Il y a maintenant des éléments très concrets qui sont venus s'ajouter à cette situation. Cette année, ce sont surtout des phénomènes naturels qu'il faut prendre en compte. Nous avons souffert d'une sécheresse qui a affecté gravement notre production de céréales, de bananes et d'autres types de produits de première nécessité pour la population. A cela s'est ajouté un élargissement de la demande, conséquence de la décision prise par la révolution de garantir un minimum vital à de larges secteurs de la population qui, auparavant, ne pouvaient y prétendre. Je parle ici d'un fort pourcentage de notre population : les paysans, les travailleurs agricoles, les travailleur des champs, qui auparavant un minimum alimentaire vital.
Il faut ajouter à cela les agressions, et la situation de mobilisation ou nous nous trouvons pour les combattre. Beaucoup de gens s'intègrent dans les bataillons de réserve pour la défense du pays et doivent donc abandonner le travail de la terre durant plusieurs mois. Et, par ailleurs, tous ces milliers d'hommes mobilisés doivent être nourris, et c'est une autre perte de
A la crise économique s'ajoute, avec des conséquences importantes, la décision du gouvernement des USA de faire tout son possible pour toucher l'économie nicaraguayenne, d'attaquer les possibilités de consommation de la population, afin de créer un mécontentement qui se retour-
Les agressions économiques des USA peuple nicaraguayen connues. Ils ont décidé d'arrêter leurs exportations de blé et d'huile, ils ont réduit le quota de sucre importé qui signifiait pour nous une importante rentrée de devises, compte tenu des bons prix de cette denrée. Par ailleurs, au niveau des organismes internationaux, ils font tout leur possible pour saboter toute aide ou tout prêt en faveur du Nicaragua, ils ont mis fin à toutes les formes d'aide qui existaient dans le passé du temps de Somoza.
Dans cette situation si complexe, le commerce est un des facteurs déstabilisants. Il joue un rôle négatif dans la hausse des prix et provoque logiquement un mécontentement. Mais, je le répète, nous sommes en présence d'une population qui est mécontente, critique, crie, réclame, mais toujours dans le cadre de la minorité qui contre la révolution et exprime son méactive critique et demande, révolution apprend aussi qu'il faut critiquer et demander, et qu'il faut s'organiser pour cela.
Bien sûr, cette situation ne nous plaît pas, et nous sommes les premiers à être mécontents. Mais nous parlons d'un peuple qui, face aux gardes somozistes, face à la politique agressive des Etats-Unis, aux agressions militaires et économiques, répond comme un seul poing.
- Dans le cadre de la situation économique, certains parlent de l'économie nicaraguayenne comme d'une économie étatisée. D'autres, néanmoins, pensent que l'Etat devrait être plus présent dans le domaine économique. Quel est l'avenir des secteurs économiques — le secteur privé, le secteur d'économie mixte et le secteur d'Etat - qui existent aujourd'hui au Nicaragua ? Quel est le rôle dévolu à chacun d'entre eux dans le futur ?
- Les lignes de force tracées par la révolution pour ces secteurs vont logiquement dans le sens d'une direction économique unique. Car nous ne pouvons nous permettre une orientation économique fragmentée, qui agisse anarchiquement et qui, surtout, réponde à de simples intérêts d'utilité immédiate, comme c'était le cas auparavant, et non au développement du pays, qui doit nous guider réellement.
Il est done clair qu'il doit y avoir des orientations prises en fonction d'un projet, pour jeter les bases d'un véritable décollage économique. Ceci signifie la transformation des bases économiques. Il faut faire évoluer tous ces secteurs en fonction des grandes transformations nécessaires dans le secteur agricole, dans l'industrie, dans le bâtiment, sous tous les aspects exigés par le développement du pays.
Il est certain que cela ne manquera pas de bousculer un peu cette fausse liberté qu'avaient ces groupes — je parle ici du n'importe quel commerce sans s'inquiéter si cela se faisait au détriment du futur de la nation, du développement du pays, sans penser aux secteurs populaires, aux ouvriers. Il n'y avait même pas,
June véritable politique économique visant à développer une authentique bourgeoisie nationale, c'était alors le simple instrument des intérêts économiques
De ce point de vue, la révolution constitue un changement radical. Elle impulse un peu plus chaque fois une planification de l'économie qui corresponde aux nécessités de changement et de développement du Nicaragua. Dans ce cadre, les petits, les moyens, les grands producteurs industriels, les artisans ont leur place garantie. Tout le secteur privé a la possibilité d'être un élément actif à l'intérieur du développement de cette économie. eur principale doléance, ce est cueils n c'est qu'ils n peuvent participer aux prises de décision.
- Nous devons voir cette revendication d'un point de vue politique. Certains des producteurs privés du Nicaragua sont liés à des organisations politiques opposées au Front sandiniste. Il est difficile de déterminer quand ils parlent en tant que producteurs et quand ils parlent comme représentants politiques. En général, ils parlent comme politiques. Ils disent qu'ils sont marginalisés, alors qu'en fait il a été créé réellement une série d'instruments, dans différents secteurs de la production et notamment dans l'agriculture, dans lesquels ils ont tous une participation directe. Mais il est clair qu'ils y ont une participation en tant que dirigeants d'un secteur économique national et non comme hommes politiques, car l'endroit pour parler politique, c'est le Conseil d'Etat, dont ils sont partie prenante, comme ils participent d'ailleurs aux diverses commissions existantes. Dans toutes ces dernières, le secteur privé est représenté. C'est là que l'on voit si les devises qu'ils demandent correspondent bien aux be-
soins définis, si les plans qu'ils proposent correspondent aux nécessités de développement du pays.
Le problème de fond, ce sont toutes les limites rencontrées par notre pays pour dynamiser l'économie, c'est-à-dire les limites imposées par l'agression dont est victime notre économie de la part des Etats-Unis et les lois du marché mondial, car ceux-ci achètent nos produits d'exportation aux prix qu'ils désirent, et nous sommes obligés de leur acheter ce dont nous avons besoin à des prix qui augmen-
D'autre part, cette agression économique de la part des USA signifie pour nous une baisse de la rentrée de devises le pays. La distribution de ces devises devient très difficile, complexe et, même façon qu'on rationne les entreprises privées, on rationne aussi les entreprises publiques. Si bien qu'un chef d'entreprise qui, tout en connaissant cette conjoncture, veut sciemment faire croire que l'Etat lui refuse des devises, et porte done volontairement des coups à l'économie privée dans le but de la faire disparaitre, est soit politiquement manipulé, soit il agit consciemment de manière
Mais, en vérité, si quelqu'un cherche ici à agir contre le secteur privé, par exemple en le frappant par le biais de la baisse du quota de sucre exporté, ce sont bien les USA. Ils frappent tout le monde, et donc aussi le secteur privé.
- Le Nicaragua s'est déclaré comme pays non aligné et néanmoins, dans les réunions internationales, et même dans ses relations politiques, économiques et diplomatiques, il a de plus en plus de liens avec les pays socialistes. On accuse le Nicaragua d'être entré dans le camp socialiste. Jusqu'où le Nicaragua maintient-il sa position de pays non-aligné ? Jusqu'où la politique du gouvernement correspond-t-elle aux postulats ou aux déclarations en matière de politique étrangère ?
- Le Nicaragua défend et soutient réellement la politique de non-alignement. Cela est si évident et si fort que le Nicaragua joue un rôle de plus en plus important au sein des non-alignés, où il jouit d'un grand respect. C'est seulement ainsi qu'on peut expliquer l'élection du Nicaragua au Conseil de sécurité, contre la volonté des USA et la campagne qu'ils ont menée.
Le fait que le Nicaragua développe des liens de toute sorte avec les pays de la communauté socialiste ne se fait pas au détriment de sa politique de non-alignement. Le Nicaragua vient au contraire de la réaffirmer, car il y avait ici, auparavant, un gouvernement qui était aligné sur les Etats-Unis, qui refusait de nouer des relations avec la communauté socialiste, les pays arabes, les pays africains, etc. Quand la révolution a triomphé, nous n'avons à aucun moment posé le problème de rompre les relations avec les Etats-Unis, mais dans le même temps, conséquent avec sa politique de non-alignement, le Nicaragua a cherché à s'ouvrir à tous les pays du monde.
Ces nombreuses relations avec différents pays nous permettent une diversification de nos relations économiques et commerciales, ce qui signifie la rupture de la dépendance envers les USA. Cela nous permet d'avoir notre propre personnalité sur la scène mondiale. Evidemment, pour un pays où l'on ne pouvait même pas imaginer, dans le passé, qu'il puisse avoir des relations avec la communauté socialiste, cela apparait vraiment comme quelque chose de transcendant, on en fait quelque chose de disproportionné, mais c'est ce que s'était fixé le Nicaragua à partir du 19 juillet 1979.
- Quelle importance attribuez-vous à la célébration du 4e anniversaire de la Révolution populaire sandiniste et aux relations avec les Etats-Unis ?
- Ce quatrième anniversaire démontre qu'il est possible de stabiliser et de consolider un processus révolutionnaire en Amérique centrale. Mais il est sûr que nous commémorons cet anniversaire à un Meeting de rue au Nicaragua. (DR)
des moments les plus critiques pour l'Amérique centrale, qui exige des réponses à court terme, afin de dépasser cette confrontation favorisée par le gouvernement nord-américain et de développer un nouveau type de relation avec les EtatsUnis.
Cette crise montre bien que la politique impulsée par les Etats-Unis dans cette région est périmée, et qu'elle doit done être révisée. Mais le gouvernement des USA n'est pas conscient de cet état de chose. Au contraire, il s'enferre dans cette politique, tente de faire revivre un cadavre, et ne voit pas la nécessité d'une rénovation politique qui, seule, sauverait les futures relations entre les peuples centroaméricains et les Etats-Unis.
C'est ce qu'a démontré l'expérience des Malouines, où la politique des USA fut mise à nu, car elle ne s'adaptait pas à la nouvelle mentalité, celle du progrès et du développement.
Barricada Internacional Managua, 25 juillet 1983.