Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NICARAGUA

La lutte contre l'agression et l'état du mouvement de masse

· Inprecor n° 156, 12 septembre 1983 · p. 9-14 · 6 231 mots

Nicaragua Syndicalisme Amérique centrale

pression sur la révolution nicaraguayenne et son soutien à la réaction dans toute l'Amérique centrale. C'est là le premier thème traité par l'article de notre

Mais ce reportage aborde aussi l'analyse de débats fondamentaux dans les rangs des partisans de la révolution, autour des questions relatives à la fixation des salaires minimum, à l'établissement d'un nouveau service militaire national, ou à la territorialisation des milices populaires sandinistes. Toutes ces discussions et ces décisions reflètent l'avancée de la mobilisation des masses et l'accentuation de la polarisation sociale dans le cours même de la lutte pour la défense de la révolution assiégée par l'impérialisme et les « contras ». Mais cela met aussi en évidence la vivacité de ce mouvement de masse, notamment des organisations du mouvement syndical et des structu-

L'on comprend mieux, de ce fait, que l'impérialisme US, soucieux d'endiguer la propagation d'un tel exemple, soit aussi déterminé à y mettre fin le plus rapidement possible. Pour les militants anti-impérialistes, cette situation définit done, à l'échelle

La lutte contre l'agression impérialiste et l'état du mouvement de masse

L

'ETE 1983 a été envoyé spécial au Nicaragua, que nous publions ci-dessous.

res de mobilisation de défense.

internationale, des tâches de solidarité de toute première importance.

De notre envoyé spécial

Jean-Claude BERNARD

Août-septembre 1983 marque le début des grandes manœuvres militaires intitulées « Grand Pin II », décidées par Ronaid Reagan contre les peuples d'Amérique centrale. 12 000 soldats honduriens et nord-américains vont participer à un entraînement conjoint sur le territoire du

Honduras, pays limitrophe du Salvador et du Nicaragua, qui devrait durer environ huit mois. Le mouvement révolutionnaire salvadorien et la révolution nicaraguayenne sont visés au premier chef. Il y a une intervention impérialiste directe en Amérique centrale. Près de 6 000 soldats américains supplémentaires donc au Honduras au moins jusqu'en janvier 1984, mais la prolongation de ces printemps 1984 apparaît dès aujourd'hui comme proba-

Leur objectif ne se réduit pas à fournir aux soldats honduriens un apprentissage du maniement des armes. A toutes fins utiles, un premier hôpital militaire, d'une capacité de 60 chambres, est d'ores et déjà installé à proximité de la caserne stationnent les détachements nord- américains arrives sur place.

Cet envoi de troupes fait partie d'un dispositif militaire qui vise à encercler la révolution nicaraguayenne. Au lendemain du quatrième anniversaire du triomphe du 19 juillet 1979,

Ronald Reagan annonça l'envoi d'une partie de la flotte américaine au large des côtes atlantique et pacifique caragua. Ce sont en tout 17 navires de guerre qui participent au

Certains d'entre eux paradent à moins de

20 kilomètres des côtes nicaraguayennes.

Des provocations et des incursions ont eu

REPORTAGE mis a profit par l'impérialisme américain pour accroitre sa lieu dans la zone même des eaux territoriales. Les navires américains sont équipés pour des actions offensives, puisqu'on dénombre notamment trois porte-avions disposant au total de 200 appareils à bord, et un bateau transportant des missi-

Dans tous les autres pays d'Amérique centrale, les Etats-Unis renforcent leur politique et militaire. Le coup d'Etat guatémaltèque du 8 août dernier signifie l'arrivée au pouvoir d'une équipe plus docile envers Washington. Le lendemain de son accession au pouvoir, le général Meija, ancien ministre de la Défense général Rios Montt, ne déclarait-il pas : « Le Guatemala appuie la politique des Etats-Unis envers le Nicaragua, car elle me paraît la plus indiquée. (1) » Jusqu'alors, le régime de Rios Montt, trop occupé par sa guerre intérieure contre les forces de guérilla et les populations indiavait refusé de se mêler ouvertement à la croisade impérialiste contre le Nicaragua. Moins d'un mois avant le le président du Conseil d'Etat guatémaltèque qualifiait de « lamentable » l'envoi de la flotte US en Amérique centrale (2).

renversement du général Rios Montt est d'ailleurs aussi l'occasion de relancer le Conseil de défense centro-améri-

(CONDECA), alliance volutionnaire en Amérique centrale, en sommeil depuis la « guerre du football » qui avait opposé le Salvador et le Honduaprès la chute de Somoza. La collaboration directe entre les armées salvadorienne et hondurienne s'est accentuée depuis un an. Les bérets verts américains entraî une base US construite près de Puerto

Castilla au Honduras. Le gouvernement hondurien vient de proposer le rétablissement du pacte militaire centro-américain. Dans sa réponse, le ministre de la Défense du Salvador déclarait, le 20 août: « Il existe un accord entre le Honduras et le Salvador pour la remise en vigueur de l'alliance », précisant ensuite que le Guatemala « ne poserait pas de problèmes pour accepter cet accord. (3)»

S'appuyant Honduras, pays où l'opposition populaire organisée est la moins importante, le dispositif militaire nord-américain est régional. Bien davantage qu'une simple monstration de force, c'est la préparation méthodique d'une épreuve de force pour écraser les peuples du Salvador et du Guatemala, et renverser le gouvernement ré volutionnaire du Nicaragua. Un porte-parole de la Force démocratique nicaraguayenne (FDN), une organisation somozis te basée au Honduras, a d'ailleurs reconnu, le 22 juillet 1983, que la présence d'une importante force militaire nord-américaine dans la région constituait un « bouclier » pour l'activité des contre-ré volutionnaires pendant les mois à venir.

LA NOUVELLE TACTIQUE

DES « CONTRAS » Le financement par la CIA des activités contre-révolutionnaires est reconnu ouvertement à Washington. Les services de renseignements nicaraguayens ont aussi révélé la collusion croissante des militaires argentins avec les contre-révolutionnaires (les « contras », comme on les appelle au Nicaragua), dont « un état-major conjoint est composé d'un représentant de la CIA, d'un conseiller militaire argentin, et d'un représentant du FDN (4) ».

Un soutien logistique de plus en plus sophistiqué est fourni par les USA aux « contras ». Ceux-ci sont bien équipés et disposent notamment de mortiers de 68 et 80 mm, ainsi que d'un matériel radio perfectionné permettant de prendre connaissance des informations recueillies par les radars de surveillance installés au Honduras. Des avions sont maintenant mis à leur disposition pour ravitailler les groupes d'ex-gardes somozistes infiltrés à l'intérieur du territoire nicaraguayen. L'effectif

«contras » est évalué, aujourd'hui, à 8000 hommes. Depuis ces derniers mois, leur tactique a non pas tant en fonction d'une planifiée de leur offensive, résistance rencontrée sur le terrain. En effet, les commandos armés contre-révolutionnaires ont finalement échoué dans leurs tentatives du printemps 1983 visant

June parcelle du territoire nicaraguayen, au Nord, près de Jalapa. Ils avaient pourtant mobilisé jusqu'à 1 200 dans des opérations coordonnées. Contrairement à leurs déclarations, ils n'ont pas été capables de prendre des initiatives marquantes à l'occasion du 19

1. Nuevo Diario, 10 août 1983. 4. Idem., 19 août 1983.

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juillet 1983, 4e anniversaire de la révolu-

Tout au long du mois d'août 1983, les coups portes par les « contras » ont été le fait de groupes composés d'au maximum 100 à 150 hommes s'infiltrant jusqu'à 80 kilomètres à l'intérieur du pays. La tendance actuelle est à l'accroissement d'opérations de sabotage, ce qui traduit une réorganisation des forces « contras » autour de la destruction d'objectifs plus dispersés dans le pays. Cela signifie que des groupes de « contras » relativement importants ont réussi à s'infiltrer assez loin en profondeur dans le pays. Ils n'ont pu maintenir ces positions que dans des régions périphériques, marginalisées par le développement historique du Nicaragua, autour des grandes surfaces consacrées à l'agriculture d'exportation. Le fait que le cœur du Nicaragua soit ainsi bordé de régions frontalières qui, de par leurs conditions objectives, ont été largement extérieures à la guerre de libération, constitue une difficulté supplémentaire pour la révolution.

Une partie de la zone frontalière avec le Honduras est ainsi composée de villages de montagne caractérisés par un habitat très dispersé, quelques bourgs et des fermes isolées les unes des autres, sans regroupements marquant distinctement un hameau. Chaque paysan peut marcher plusieurs heures pour travailler ses lopins de terre cultivables disséminés à flanc de coteau. C'est par exemple le cas de Totogalpa, un bourg situé à 25 kilomètres de la frontière. Ce village a subi, à partir du 12 juillet et durant quatre nuits consécutives, des tirs de mortier provenant du Honduras. Dans cette situation d'habitat dispersé, il faut marcher six heures pour se rendre de l'un des cinq hameaux au bourg de 1 000 habitants. Il n'y a ni grande propriété foncière à exproprier ni terre en friche à exploiter. Le responsable local de l'Union nationale des paysans et éleveurs (UNAG) confirme les difficultés qu'il rencontre à organiser les réunions de la coopérative qui ne regroupe encore qu'une fraction des paysans. C'est une bataille exemplaire dans des conditions très VISITE DANS UN VILLAGE DU NORD

La tactique des « contras » est claire : s'en prendre aux deux secteurs où la révolution a permis des avancées significatives, la santé et l'enseignement, et dans les régions où cela leur est le plus facile. A la fin juillet, la jeep qui transportait le médecin faisant sa visite dans les hameaux autour de Totogalpa, est tombée dans une embuscade, et le chauffeur a été tué. En conséquence, plus de visite de médecins pour les paysans éloignés du bourg. Un effort colossal a été fait dans le domaine de l'enseignement : 18 écoles ouvertes pour une population totale de 5 000 habitants. Mais, récemment, une institutrice a été enlevée par les « contras ». En conséquence, six maitres craignant pour leur vie ne se rendent plus à leur école, provisoirement fermée. L'un des instituteurs est un ancien paysan ayant appris à lire grâce à la campagne d'alphabétisation, voilà ce que ne peut supporter le

Pour mener à bien leur tactique visant à semer la terreur, les « contras » disposent de quelques appuis, cette région pauvre ayant été l'une de celles où Somoza recrutait ses gardes nationaux. Ils se servent aussi de sermons violemment anticommunistes prononcés par la fraction réactionnaire du clergé catholique. D'après le témoignage d'un prêtre, partisan déclaré du processus révolutionnaire et résidant à 20 kilomètres du bourg, la formule de présentation avec laquelle les « contras » s'adressent aux vieux paysans catholiques est la suivante : « Nous sommes avec Ovando y Bravo (l'archevêque de Managua). Qui n'est pas avec lui est Les sandinistes au moment de l'offensive contre la dictature de Somoza. (DR)

Pourtant, même dans ce village de Totogalpa, la réaction se heurte à une mobilisation active. Juntes municipales, comités de défense sandinistes, jeunesse sandiniste, milice, UNAG, toutes ces institutions et ces mouvements de masse rassemblent des militants combatifs. C'est manifestement la jeunesse, directement touchée par le développement important de la scolarisation, qui est la plus mobilisée. Pour le responsable sandiniste, la révolution c'est d'abord l'ouverture des écoles, qui permet à deux des fils de ce village isolé d'être à l'université, l'un à Cuba et l'autre dans la deuxième ville du pays, Léon. C'est aussi le développement du mouvement coopératif, qui fournit aux paysans conseils techniques et économiques, grâce auxquels la banque et les acheteurs de produits agricoles ne sont plus tout puissants. Ces acquis sont défendus les armes à la main par trente miliciens. Les « contras » ne sont pas prets recrudescence montées par les contre-révolutionnaires au cours du mois d'août est réelle. Dans un discours devant le Conseil d'Etat, le 4 mai 1983, le dirigeant sandiniste Daniel Ortega évaluait déjà le montant total des dégâts occasionnés par ces actions à 2% du produit national brut (PNB) nicaraguayen, soit une semaine entière de toute la production du pays. Tel est le premier résultat d'opérations qui ne peuvent se réaliser que grâce au concours de la CIA.

Il n'empêche que les objectifs que s'étaient fixés les dirigeants de la contre-révolution armée n'ont pas été atteints. Dans tous les bourgs qu'ils ont tenté d'attaquer, ils se sont heurtés à la résistance déterminée de la révolution. Dans aucune ville, ils n'ont pu se livrer aux d'action prévoyaient. Le vendredi 19 août 1983, un représentant du FDN a reconnu cet échec en déclarant qu'il ne saurait espérer « gagner militairement contre l'armée sandiniste » dans l'actuel rapport des forces (5). Un tel aveu ne signifie pas pour autant que le FDN abandonne la partie. Il traduit plutôt la nécessité de disposer d'une aide accrue de la part de l'impérialisme américain. En fait, au regard des objectifs qu'ils s'étaient assignés, la faiblesse des « contras » implique une intervention accrue des forces militaires nord-américaines. Les dangers qui pésent sur la révolution nicaraguayenne n'en sont que plus aigus.

Une des limites actuelles des « contras » tient à leur incapacité à représenter, pour l'instant, une solution politique crédible pour l'ensemble des secteurs contre-révolutionnaires disposant d'une base potentielle au Nicaragua. Pour se convaincre de l'existence et de l'activité de cette base sociale contre-révolutionnaire, il suf-

5. Dépêche de l'Agence de presse nicaraguayenne (ANN), 19 août 1983.

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fit de se reporter au meeting-messe catholi- la campagne. En retour, la direction du que célébré en l'honneur de l'archevêque de la capitale, Ovando y Bravo, le 14 août 1983, et au cours duquel l'ambassadeur des USA a été applaudi par personnes. Organiser une cérémonie pour vanter la continuité apostolique d'un prélat qui fut un fidèle ami de Somoza, c'est déjà tout un programme. Oser, en cette occasion, faire ovationner l'ambas sadeur US, comme l'a fait l'adjoint de l'archevêque, le prêtre Bismark Carballo, en pleine période d'agression impérialiste c'est se réclamer ouvertement de la contre-révolution.

De fait, la hiérarchie catholique, sous la houlette d'Ovando y Bravo, constitue la principale institution bourgeoise à disposer d'un réseau organisé d'influences, s'étendant de Managua aux zones rurales éloignées. Ce n'est absolument pas le cas, par exemple, des partis bourgeois d'opposition, regroupés dans le Comité de la coordination démocratique, qui comprend le Parti social-chrétien (PSC), le Parti libéral-constitutionnel (PLC) et le Parti social-démocrate (PSD). Quant aux organisations « contras », le FDN, qui agit au Nord, et l'Alliance révolutionnaire démocratique (ARDE), dirigée par Eden Pastora à la frontière costaricaine, au Sud, elles ne sont pas encore parvenues à entraîner derrière elles la totalité des grands propriétaires, des gros commerçants et des entrepreneurs, dont certains cherchent toujours à sauvegarder leurs intérêts à l'intérieur même du pays.

L'existence de cette contre-révolution a été ainsi expliquée, le 14 août 1983, par Jaime Wheelock, l'un des neuf commandants du FSLN, à l'occasion d'une remise de terre aux paysans de Massaya, dans le sud du pays : « Il y a contre-révolution parce qu'il y a révolution. La contre-révolution va être plus active parce que la révolution va continuer à s'attaquer aux intérêts de quelques-uns. Pour une personne touchée, cent vont y trouver des avantages. (6) » Et continuant à l'adresse des paysans, il affirma: « Ces terres que la révolution vous rend, jamais la bourgeoisie ne les reprendra. »

L'ORGANISATION DE LA DÉFENSE DE LA RÉVOLUTION

La défense des acquis de la révolution, c'est la priorité au Nicaragua, priorité qui est d'une actualité brûlante. « Ils ne passeront pas la frontière ! Toutes les armes au peuple! Une seule armée ! » sont les principaux mots d'ordre de l'été 1983. La défense politique et militaire d'une révolution menacée met nécessairement en jeu des processus sociaux de grande ampleur. Tous les efforts actuels d'extension, de rationalisation et de qualification de la défense militaire sont imbriqués dans un processus de polarisation sociale. La gravité même de l'agression impérialiste met chaque jour davantage en lumière qui défend la révolution, qui la combat, et qui traîne les pieds devant les tâches qu'assument les travailleurs des villes, ainsi que les ouvriers agricoles et les petits paysans de

FSLN est conduite à s'appuyer de façon encore plus résolue sur la base sociale de

L'organisation de la défense de la révolution s'articulait jusqu'à présent autour de quatre niveaux distincts : la vigilance révolutionnaire non armée , les milices armées et structurées pour défendre quartiers, villages ou entreprises ; les bataillons de réserve destinés à être envoyés dans les zones de combat, et, structure permanente, l'Armée populaire sandiniste (EPS). Un principe général s'applique au recrutement de ces quatre structures : le volontariat. Dans le cas des milices, par exemple, il s'agit d'un double volontariat : d'abord pour s'inserire sur les listes, ensuite pour partir le moment venu. Cet appel systématique au volontariat trouve aujourd'hui ses limites au niveau des conséquences qu'il entraîne dans les activités de production, tant du point de vue de l'efficacité économique que de l'animation politique. En effet, c'est l'émulation parmi les militants les plus résolus qui les décide à se porter en première ligne au service de la défense de la révolution. Les départs de la production, tant dans les villes que dans les campagnes, sont planifiés en fonction de critères qui ne prennent guère en compte les nécessités même de la production. Il en résulte des tensions inévitables au niveau de la production. Plus aigu est encore le problème que pose le départ des militants et des militantes les plus actifs, par rap port à la nécessité d'animer les syndicats, le mouvement de masse et les comités de défense sandinistes (CDS). Si ce sont systématiquement les plus actifs partent, la mobilisation de la majorité de la population devient plus difficile à

Dans la plupart des grandes entreprises de Managua, toute visite commence par l'énumération de ceux qui sont partis au front, au nord ou au sud. Ce sont souvent des militants de la Centrale sandiniste des travailleurs (CST) ou du Comité de défense sandiniste ou de la Jeunesse sandiniste. Cette difficulté est aggravée par le fait que le nombre de ceux qui sont tombés pour la défense de la révolution commence à être significatif, comparé à la population active et au manque cruel de cadres techniques et politiques. Daniel Ortega a évalué à 600 le nombre total des Nicaraguayens tombés sous les coups de la contre-révolution (7). Il importe donc d'élargir l'assise sur laquelle repose un système de défense qui requiert qualification et entraînement militaire. Tel est l'objet du nouveau Service militaire patriotique, annoncé le 19 juillet par Daniel Ortega, lors de son discours à l'occasion du quatrième anniversaire de la révolution, qu'il termina en proclamant : « Nous devons nous préparer à combattre et à vaincre, avec toute la force formidable du peuple organisé. C'est la décision de la Direction nationale (du FSLN), approuvée par la Junte de gouvernement, de soumettre pour approbation le projet de loi qui établit le Service militaire patriotique. C'est la décision de la Direction nationale, approuvée par la Junte de gouvernement de reconstruction nationale, de faire arriver, de manière ordonnée et organisée jusqu'au dernier recoin du pays, toutes les armes au peuple. Pour que le peuple organisé territorialement dans les milices populaires sandinistes puisse disposer de son arme de combat. Toutes les armes au peuple, pour défendre la terre, pour défendre les conquêtes de la révolution, toutes les armes au peuple. (8) »

Proposé à la discussion du Conseil d'Etat le 10 août 1983, ce projet a suscité un débat très large, véritable révélateur de la polarisation sociale qui s'aiguise dans le pays. Le projet de loi place explicitement ce nouveau service militaire dans son contexte de défense de la révolution, en affirmant : « Le FSLN a établi, dans son programme historique, l'abolition de la force ennemie du peuple, la Garde nationale, et la création d'une armée populaire, révolutionnaire et patriotique, grâce à laquelle étudiants, ouvriers et paysans, comme forces fondamentales de la société, pourront défendre, armes à la main, leurs droits conquis face à l'inévitable contre-attaque des forces réactionnaires intérieures et extérieures. (9) »

LE SERVICE NATIONAL

ET LES MILICES TERRITORIALES

Les modalités d'accomplissement de ce service sont fondées sur un service actif pouvant s'appliquer à tous les hommes âgés de 17 à 25 ans. Les femmes âgées de 18 à 40 ans pourront participer au service de réserve, selon des nécessités déterminées par le ministère de la Défense. Ce service, actif et de réserve, concerne tous les citoyens et citoyennes du Nicaragua. Concrètement, les premiers registres d'inscription seront établis à partir du ler octobre prochain. Dans un pays où il n'existe pas de recensement, ce ne sont pas les autorités administratives ou militaires qui pourront, dans l'immédiat, établir ces listes. C'est donc une inscription volontaire qui, en tout cas au début de la mise en place de ce service militaire, permettra de constituer les premiers contingents. C'est le ler janvier 1984 que seront effectivement organisées les premières unités. Elles devraient concerner de 20 000 à 30 000 Nicaraguayens, la raison principale de la limitation du nombre des enrôlés étant la capacité d'encadrement dont dispose

Toutes les organisations de masse favorables au processus révolutionnaire soutiennent résolument ce projet. Les seules réserves viennent de l'Association des femmes nicaraguayennes « Luisa Amanda Espinoza » (AMNLAE), car le projet de loi établit une différence entre hommes et femmes, celles-ci étant exelues du service militaire actif. Glenda Monterrey, mem-

6. Notes prises au cours du discours de Jaime Wheelock (Partie non reproduite dans la presse du lendemain).

7. Discours de Daniel Ortega, 19 juillet 1983, service de presse du gouvernement.

8. Idem. 9. Projet de loi sur le service militaire, service de presse du gouvernement.

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bre de l'Assemblée sandiniste, écrit à ce propos : « Nous avons tous des limites et rencontrons tous des obstacles. Cela ne signifie pas que notre société puisse édicter une loi ou soit mentionnée une discrimination pour raison de sexe. (...) Les femmes réclament le droit d'être partie prenante du service qui est organisé. (10) » Ce problème est posé avec d'autant plus de vigueur que les milices sont mixtes et qu'en bataillons séparés, les femmes constituent 30% des bataillons de réserve combattant directement les « contras » sur le tront. Barricada, organe du FSLN, s'est fait largement l'écho de ce débat entre partisans du processus révolutionnaire. Plus fondamentalement, cette loi sur le service militaire est ressentie, du côté de la révolution comme du côté de la contre-révolution, comme une mise au pied du mur calculée en direction de la bourgeoisie. On verra concrètement qui défend la révolution car, en principe, toute la population est concernée.

A Monimbo, dans le sud du pays, cette loi suscite aussi beaucoup de commentaires. « Les réactionnaires ont commencé à émettre des injures et des opinions fausses contre le processus, ce qui veut dire que notre rôle sera d'éclairer et de faire sentir la volonté du peuple », déclare Carlos Salinas, un petit commerçant. Pour Paula Rodriguez, une habitante de cette ville : « On va voir, maintenant, qui défend réellement la révolution. Nous les verrons à pied d'œuvre. C'est un but pour le peuple. » Gonzalez Mendez, un peintrecharpentier du même quartier, affirme : « C'est de grande importance pour nous, les travailleurs, parce que si nous, nous ne défendons pas la révolution, qui pourrait le faire ? Je ne crois pas que ce seront les fils de bourgeois qui le feront. (11) » Face à ces jugements qui traduisent tous un solide instinet de classe, la bourgeoisie a lancé toute une série de rumeurs sur le thème : « On va vous prendre vos fils. » Selon plusieurs informations qui se recoupent, des étudiants issus de la grande et moyenne bourgeoisie ont déjà quitté le pays. La demande de visas pour les EtatsUnis s'est accrue. Une nouvelle clarifica-

L'entrée en vigueur du Service milipatriotique va permettre de faire fructifier tous les efforts accomplis en direction de la jeunesse qui, au travers d'organisations de masse, constitue dans la plupart des régions du pays le fer de lance le plus combatif de la révolution. Cette levée en masse progressive de la jeunesse va permettre de mieux répartir les tâches politique et militaire. Elle s'inscrit dans une politique plus générale de rationalisation du système de défense pour le rendre plus efficace et l'adapter à une aggravation possible de l'agression ex-

Les milices populaires des villes sont ainsi réorganisées sur la base de bataillons territoriaux. Il serait erroné de considérer cela comme une sorte de normalisation visant à faire dépérir les milices d'entreprise qui, notamment à Managua, constituaient jusqu'à présent la base de leur structuration. Dans la capitale, l'efficacité de ce système était douteuse, la raison principale en étant l'extrême dispersion des entreprises. Il n'y a que 96 entreprises de plus de 100 salariés dans tout le Nicaragua (12). Les premiers bataillons territoriaux, structurés selon les zones géographiques de la capitale, furent constitués le 26 juillet 1983, lors d'un rassemblement de 3500 miliciens mêlant adolescents de 16 ans et personnes âgées d'au moins 50 ans, hommes et femmes. Le ministre de la Défense, Humberto Ortega, souligna à cette occasion la part prise par la classe ouvrière dans ces premiers bataillons de Managua: « La CST est l'avant-garde de l'incorporation à la défense militaire. Evidemment, les bataillons de la milice structurée territorialement sont intégrés par une grande quantité d'ouvriers. Parmi eux, il y a des ouvriers industriels et agricoles, etc. » Les objectifs assignés à ces milices sont la défense urbaine, en cas d'attaque d'envergure. « Les bataillons devront garder les villes, les industries, les écoles, afin que les envahisseurs ne puissent prendre aucune rue. (...) Ce que prépare la direction nationale (du FSLN), c'est la riposte la plus massive possible à ce qui est jugé du domaine des possibilités, des attaques de guerre conventionnelles appuyées par des opérations de débarquement de commandos destinées à frapper des points straté giques comme l'aéroport ou le bâtiment des télécommunications. (13) »

Il faut se rendre compte de la gravité des menaces d'agression impérialiste, telles qu'elles sont mesurées à Managua. Préparer l'effort de défense indispensable et tout faire pour desserrer l'étau qui cherche à étrangler la révolution nicaraguayenne, tels sont les objectifs de la direction na-

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tionale du FSLN. Les propositions de paix avancées par Daniel Ortega, au nom du FSLN et de la Junte de gouvernement, le 19 juillet 1982, s'inserivent dans ce contexte (voir encadré). Elles démentent les arguments mensongers diffusés par les officines de propagande pro-impérialistes, selon lesquelles le petit pays qu'est le Nicachercherait délibérément une confrontation militaire avec l'impérialisme US. Mais face aux menaces nord-américaines, la question de l'efficacité militaire immédiate est bien sûr décisive. Celle-ci est inséparable de l'approfondissement du révolutionnaire, facteur clé d'une mobilisation accrue de la base sociale de la révolution.

LA CAPACITÉ DE MOBILISATION

DE MASSE DE LA RÉVOLUTION l'ampleur de la mobilisation actuelle est représenté par le rassemblement organisé dans la deuxième ville du pays, Léon, pour fêter le quatrième anniversaire de la révolution, et qui a réuni plus de 120000 personnes, le 19 juillet dernier. Il s'agit d'un considérable, rapporté à une population totale de 2 900 000 habitants, dont une population active de 990 000 personnes. C'est d'autant plus significatif que les responsables ont dû dissuader nombre de travailleurs et de paysans de se rendre au rassemblement, en raison des difficultés de transport. rang dès 3 heures du matin, les colonnes de paysans se sont ainsi regroupées pendant près de 9 heures, dans une joyeuse bousculade qui n'a rien à voir avec les clichés d'une population militarisée, tels qu'ils sont complaisamment répandus par la grande presse internationale.

Au-delà de cette photographie instantanée de dizaines de milliers de paysans et de travailleurs urbains scandant «Toutes les armes au peuple ! », le niveau de la mobilisation ne peut s'apprécier qu'en considérant l'activité des organisations de masse et les relations qu'elles entretiennent avec leur base. L'un des 9 dirigeants du FSLN, Jaime Wheelock, écrit dans un livre récent : « Nous avons la possibilité de mobiliser politiquement 600 000 personnes - dans leur grande majorité membres des organisations de masse de la révolution —, ce qui est suffisant si nous tenons compte que la population économiquement active du pays est de 900 000 personnes. (14) »

Le problème est que le niveau de mobilisation est loin d'être homogène, en raison notamment de la grande jeunesse de la plupart des organisations de masse, qui doivent consolider leur implantation récente et construire leur architecture de cadres intermédiaires. Lors d'un entretien qu'il nous a accordé, Julio Jimenez, coordinateur national de la CST, résume ainsi l'histoire de son syndicat: « En 1979, les syndicats ne réunissaient que 6 % de la population active. Il y avait 6 centrales syndicales, peu organisées et profondément divisées. La CST naquit le 27 juillet 1979. Tout le processus initial de construction du syndicat fut un processus de haut en bas. Lorsqu'on lui parle du dernier congrès de la CST, tenu en février 1983, il rectifie : «Ce ne fut pas un congrès, mais une assemblée constitutive. Maintenant commence, sur de nouvelles bases, un processus de construction de bas en haut. » Congrès, assemblée constitutive, ce n'est pas seulement une question de mots. Alors que, jusqu'à présent, fonctionnaient avec des directions désignées aux différents échelons, avec la possibilité donnée à la base, dans le cas de l'UNAG par exemple, de ne pas ratifier les responsables proposés d'en haut, l'assemblée constitutive de la CST inaugure un nouveau mode de fonctionnement. Celui-ci prévoit que « tous les responsables élus à un niveau du syndicat doivent passer par les filtres de la démocratie syndicale, depuis la base », indique Lucio Jimenez. Bien sûr, on ne passe pas, du jour au lendemain, d'un mode de fonctionne-

Run autre, et nombreux sont les responsables syndicaux rencontrés déclarer un peu sceptiques sur la systématisation du principe « de bas en haut». Mais il est significatif que ce soit la CST, centrale syndicale ayant vocation à rassembler les ouvriers de l'industrie manufacturière et ceux du secteur de la canne à sucre, première organisation de masse créée après le 19 juillet 1979 et explicitement rattachée au « sandinisme », qui se dote de statuts prévoyant l'élection systématique de toutes les directions.

10. Barricada, 18 août 1983. 11. Idem., 13 aoüt 1983. 12. Données INEC, au 31 février 1982. 13. Barricada, 27 juillet 1983. 14. El Gran Desafio, page 129, Editions Nueva Nicaragua.

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Créée à partir de rien mais bénéficiant du soutien et de l'influence du FSLN, la CST rassemble, quatre ans plus tard, 90% des effectifs syndiqués et approche des 100 000 adhérents. Le développement massif de la syndicalisation a profité principalement à la CST, qui s'est en outre gonflée par l'adhésion de syndicats issus des autres centrales.

En juillet 1979, le nombre total de syndiqués était de 27 000 personnes. Il y eut 40 000 nouveaux syndiqués août 1979 et décembre 1980, 39 000 nouveaux syndiqués pour l'année 1981 et

10 000 nouveaux syndiqués pour l'année 1982 (15). Le problème principal est celui de l'animation des syndicats, et non pas celui de leur extension. La CST est aujourd'hui largement majoritaire. « C'est la colonne vertébrale du mouvement syndical », explique Lucio Jimenez. Mais elle n'est pas la seule centrale syndicale. Les autres centrales sont plus anciennes que la CST.

Dès le 31 janvier 1980 s'est créée une Commission nationale intersyndicale nicaraguayenne, qui s'est ensuite transformée, le 16 novembre de la même année, en Coordination syndicale nationale (CSN), à l'issue d'une réunion qui rassembla 300 responsables syndicaux des diverses tendances. Cette Coordination syndicale nationale regroupe la CST, la CGT indépen-• dante (dirigée par le Parti socialiste nicaraguayen, pro-soviétique), le Comité pour l'unification (CAUS, dirigé par le Parti communiste nicaraguayen, autre fraction stalinienne), et Frente Obrero (Front ouvrier, front de masse du Mouvement d'action populaire, une organisation issue du maoïsme). Outre ces divers syndicats, qui représentent tous des courants politiques différents, l'Association des travailleurs des campagnes (ATC) et le syndicat des enseignants (ANDEN) font également partie de la CSN. Seules s'en sont exclues d'elles-mêmes les centrales liées à la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) et à la CMT (Confédération mondiale du travail), soit, respectivement, le Comité d'unité syndicale (CUS) et la Confédération des travailleurs nicaraguayens (CTN), de tendance démocrate-chré-

SUR LA QUESTION SALARIALE

Depuis trois ans, cette coordination, qui ne constitue pas seulement une réfé. rence formelle, a résisté aux différentes épreuves qu'a subi entretemps la révolution. L'un des faits notables de cet été 1983 est la mise en avant de la Coordination syndicale nationale dans les discussions entamées avec le gouvernement sur la question des salaires minima dans l'industrie et dans les exploitations agricoles. La CST fit la proposition, aux autres centrales syndicales, de fixer la revendication du salaire minimum pour les ouvriers des villes à 1900 cordobas par mois. La CSN, tous courants confondus, accepta cette revendication. Ce fut elle qui négocia avec le gouvernement pour aboutir à l'accord fixant le niveau du salaire mensuel minimum à 1700 cordobas (16). La volonté d'éviter tout débordement dû à l'impatience explique, en partie, cette prise en compte de syndicats comme le CAUS ou Frente Obrero dans un accord salarial global. Mais la reconnaissance, au sein des partisans déclarés de la révolution, de l'existence d'une pluralité de courants politiques est un élément très positif.

C'est à 250 délégués de toutes les centrales syndicales, délibérant et votant en commun, que le commandant Tirado, l'un des dirigeants du FSLN, déclara, le 3 août de cette année : « Le mouvement ouvrier doit tendre à s'unifier en une seule centrale syndicale. Peu importe qu'elle se nomme CSN. Ce qui se passe aujourd'hui montre que la classe ouvrière assume la direction dans cette étape marquée par les prochaines élections. ouvrière doit se retrouver unie pour mener la bataille contre l'ennemi. Les menaces impérialistes nous amènent à approfondir cette révolution, et le mouvement ouvrier devra démontrer que cette révolution est invincible, qu'elle suit la stratégie tracée par Carlos Fonseca (fondateur du FSLN) vers la nouvelle société. (17) »

Cette assemblée du 3 août a adopté une résolution qui, au-delà d'une prise de position commune sur le niveau des salaires, demandait une révision de la politi. que fiscale et de la politique des subventions aux entreprises privées, expliquait que l'une des racines de l'inflation était cette masse monétaire distribuée aux entrepreneurs sans que ceux-ci l'utilisent pour produire, et concluait en revendiquant une meilleure participation des syndicats aux décisions et aux choix économiques. Lucio Jimenez devait nous commenter en ces termes la résolution : « Il faut favoriser ceux qui vivent de leur travail et non pas ceux qui vivent de leur ca-

Ce texte, à bien des égards critique par rapport à la politique économique menée jusqu'ici, rappelait que la première des priorités du mouvement ouvrier était la défense de la révolution et la participation aux milices. Il illustre comment, dans le cadre même de l'aggravation de l'offensive contre-révolutionnaire intérieure et extérieure, il y a place pour une dynamique vivifiant le mouvement de masse et poussant le processus révolutionnaire en avant. Il montre comment l'accord global avec la direction reconnue de la révolution, la direction nationale du FSLN, n'aboutit pas pour autant à transformer les organisations de masse en de simples courroies de transmission.

Ce qui s'est passé à propos de cette discussion sur les salaires a aussi trouvé une traduction à la campagne, avec la revendication d'annulation des dettes des paysans, formulée par l'UNAG. C'est une véritable campagne qu'a menée cette organisation de paysans et d'éleveurs, dans laqueile la masse des paysans s'est reconnue. De fait, le problème était crucial pour ces paysans, car les catastrophes naturelles de l'année 1982 (inondations puis sécheresse) combinées avec les dégâts antérieurs à 1979 et avec l'effort de modernisation entrepris depuis lors, avaient à créer un niveau catastrophique d'endettement. Toute une partie des récoltes vendues aux circuits de commerciafaisait pas rentrer d'argent frais, mais servait seulement au remboursement des dettes anciennes. « Nous avons eu des récoltes régulières, mais elles ont seulement servi à donner de l'argent à la banque », déclare par exemple le dirigeant d'une coopérative près de Rivas, dans le sud du pays (18).

Des manifestations eurent lieu dans les rues d'Estelli, au nord, et de Granada, au sud, à l'initiative de l'UNAG. Dans la plupart des régions, la revendication d'annulation des dettes fut présentée aux autorités administratives. ment de masse s'est développé autour de cette revendication. Daniel Ortega devait, le 19 juillet 1983, fournir une réponse positive aux revendications en annonçant une annulation différenciée des dettes, c'est-à-dire qui distingue coopératives de production, coopératives de services, et producteurs individuels, les coopératives de production étant davantage favorisées gués au Congrès de la pensée politique latino-américaine d'approuver une déclaration exigeant des Nations-Unies qu'elles veau des villages et des coopératives sont autrement plus complexes. bancaire, même s'il est nationalisé, cherche à appliquer l'interprétation la plus restrictive possible de ces dispositions. Les militants de l'UNAG n'en ont pas terminé avec leur campagne au service de la petite paysannerie.

Les deux exemples fournis, celui de la CST et celui de l'UNAG, montrent la vitalité du mouvement de masse, qui trouve des terrains spécifiques d'expression. Loin de s'y opposer, la direction du FSLN cherche, au contraire, à favoriser l'émergence de ce type de mouvement, pour qu'il réussisse à créer sa propre dynamique allant dans le sens de l'approfonprocessus révolutionnaire. Cela ne va pas sans contradictions ni résistances multiples. Mais la tendance générale est bien celle du développement de la

Pour l'heure, les choix de la direction nationale du FSLN sont aussi dictés par la nécessité de se libérer de l'étau dans lequel l'impérialisme US veut étrangler la révolution au Nicaragua, car c'est bien contre la révolution nicaraguayenne que la guerre est engagée. Tout faire pour arrêter le bras armé de l'impérialisme US et de ses agents centro-américains, c'est donc là une tâche urgente pour le mouvement de caragua et en Amérique centrale, pourra

Jean-Claude BERNARD, Managua, 22 août 1983.

15. Revue En Vio, mai 1983, et données

16. A titre de comparaison, un ticket de bus vaut 1 cordoba et un repas dans une cantine d'entreprise vaut environ 25 cordobas.

17. Nuevo Diario, 4 août 1983.

18. Barricada, 12 juillet 1983.

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