Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Liberté pour Ladislav Lis et Petr Uhl

Inprecor n° 156, 12 septembre 1983 · p. 28 · 1 135 mots

Femmes

A condamnation de Ladislav Lis, le 21 juillet dernier, à 14 mois de prison et à trois ans de résidence surveillée vient nous rappeler, 15 ans après l'écrasement du Printemps de Prague, en août 1968 par les troupes du Pacte de Varsovie, que la répression reste l'arme favorite des autorités contre ceux qui n'acceptent pas la normalisation et qui le disent ancien porte-parole de la Charte 77 (qui avait déjà été arrêté en mai 1979, en même temps que Petr Uhl et Vaclav Havel, mais avait été relâché six mois plus tard sans procès) a été interpellé le 5 janvier 1983. Depuis cette date, il a été maintenu au secret et, malgré toutes ses démarches, sa femme n'a pu savoir où il se trouvait. De toute évidence, les autorités entendaient empêcher tout contact avec lui avant la Conférence mondiale pour la paix, qui s'est tenue à Prague fin juin. C'est ce qui ressort des menaces explicites adressées par la police secrète à la femme de Lis et à ses amis de la Charte 77 s'ils tentaient de faire parvenir des appels en sa faveur aux journalistes et aux délégués présents à Prague à cette occa-

Une fois le dernier journaliste parti, le procès a eu lieu de façon expéditive à Ceska Lipa, sans même que les droits de soient respectés. Les autorités tchécoslovaques ont, en particulier, refusé leurs visas à des avocats français qui étaient prêts à assurer la défense de Ladis-

La condamnation de Lis —qui survient après la libération sans procès d'une dizaine d'opposants arrétés à la suite de la saisie d'une camionnette de littérature clandestine venant de France en 1981 semble indiquer l'irritation des autorités face à la persistance de l'action de la Charte 77 en dépit de la répression dont ses membres sont l'objet.

Malgré les lourdes peines de prison, le permanent, l'exil figures historiques de l'opposition, la Charte 77 a montré sa vitalité ces derniers mois, en particulier par son intervention sur la question de la lutte pour la paix (voir l'article dans ce même numéro d'Inprecor en page 20).

Loin d'avoir réussi à faire taire la Charte 77, les autorités ne sont pas arrivées, non plus, à circonscrire l'opposition à ce groupe « historique ». En effet, les attaques lancées contre l'underground culturel, très influent dans la jeunesse, n'ont pas, semble-t-il, découragé celle-ci,

Liberté pour

Ladislav Lis et Petr Uhl

comme le montre la manifestation non-officielle d'environ trois cent jeunes qui s'est déroulée à Prague à l'occasion de la Conférence pour la paix.

De même, la récente offensive lancée contre les croyants (prêtres ou laïcs) a provoqué le protestation jamais enregistré en Tchécoslovaquie depuis août 1968. En avril dernier, la police avait organisé de véritables raids dans les milieux chrétiens, simultanément dans plusieurs villes. Plus de 250 personnes avaient alors été arrêtées et interrogées ; la plupart avaient été relâchées au bout de 24 heures, mais environ 17 personnes, dont plusieurs frères franciscains, restent à ce jours emprisonnées. Une lettre de protestation, signée 3 397 chrétiens (catholiques tants), a été envoyée au cardinal Tomasek, archevêque de Prague.

DES MENACES CONTRE PETR UHL

Ce climat montre que les autorités n'ont en rien l'intention de changer d'attitude envers ceux qui s'opposent à leur régime. Mais l'expérience nous a aussi mondes campagnes internationales permanentes peuvent les faire reculer (libération de Vaclav Havel, remise en liberté sans procès de personnalités arrêtées en mai 1981). Or, tout indique aujourd'hui qu'une telle campagne s'impose, plus encore que par le passé, pour la libération immédiate de Petr Uhl. En effet, non seulement ses conditions de détention extrêmement dures ont gravement affecté sa santé physique et morale, mais il semble craindre de plus en plus de ne pas sortir de prison à la fin de sa peine de 5 ans en

Sa femme, Anna Sabatova, l'explique dans une lettre adressée aux participants de la Conférence pour la paix à Prague, où elle a fait un compte-rendu de sa dernière visite, en mai 1983 (il n'y en a que deux par an) à la prison de Mirov. Cette rencontre, à laquelle participaient également les deux enfants de Petr et son beau-père, Jaroslav Sabata, s'est déroulée dans une atmosphère lourde et tendue : « Il nous a été interdit de nous serrer la main, même aux enfants. Il s'agit d'une nouvelle mesure générale qui a été annoncée à tous les visiteurs (raison invoquée : empêcher la transmission d'objets inter dits, messages, argent, etc.) Deux off ciers étaient présents durant toute la visite et enregistraient le contenu de la conversation. De plus, un surveillant était chargé de contrôler que nous ne parlions que des affaires familiales. Il nous interrompait très souvent, menaçant de mettre fin à la visite, et intervenait même quand. nous essayions de nous expliquer certains malentendus dus au fait que Petr ne reçoit pas les lettres (depuis deux mois environ, on ne lui lit que quelques passages). Ainsi, la conversation était parfois

C'est à un de ces moments qu'on nous a ordonné avec énervement de la poursuivre. Petr a remarqué sèchement qu'il n'était prescrit nulle part que nous devions parler. Le surveillant est ensuite intervenu au moment où Pavel, âgé de 8 ans, montrait à son père un jouet, bien minute auparavant il l'y avait « D'une des remarques de Petr j'ai compris qu'il craint de nouvelles poursuites judiciaires ou son transfert dans la troisième catégorie pénitentiaire (la plus sévère), à la suite de nombreuses punitions disciplinaires. Petr a prononcé une phrase qui nous amène à penser que dans le groupe strictement isolé et vraisemblablement assez petit où il se trouve (il n'est pas tout à fait clair s'il s'agit de prisonniers politiques ou de quel type de personnes) regne une situation anormale, et Petr craint que certains aient organisé un "complot" contre lui. De là vient sans doute sa crainte d'autres poursuites et de la prolongation de son emprisonnement (Petr doit être libéré dans un an, après 5 ans de prison ; il avait déjà été emprisonné dans les années 1969-1973). »

Alarmés par la situation d'angoisse permanente dans laquelle vit Petr Uhl, sa femme et son beau-père ont demandé à rencontrer l'éducateur et le psychologue de la prison. Ceux-ci ont déclaré qu'ils n'avaient pas l'intention de le transférer dans la catégorie pénitentiaire plus sévère mais, par contre, ils ne se sont « pas exprimés clairement quant à la possibilité d'autres poursuites judiciaires ».

Il ne faut pas laisser les mains libres aux autorités tchécoslovaques pour maintenir en prison un opposant qui les dérange tout particulièrement. Nous ne devons avoir de cesse de multiplier les initiatives, dans chaque pays et au niveau tional, pour exiger la libération immédiate de Petr Uhl et de tous ceux qui, comme lui, paient cher le courage d'avoir dit « non » à la normalisation de Husak.

23 août 1983.

Une erreur sur cette page ?