Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Hugo Blanco suspendu du Parlement

· Inprecor n° 156, 12 septembre 1983 · p. 27 · 713 mots

Pérou et Bolivie Mexique

Le Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section péruvienne de la IVe Internationale, a été à plusieurs reprises en butte à la répression ces dernieres années. Dans Inprecor numéro 109, du 28 septembre 1981, nous rappelions ces faits qui ont conduit à l'assassinat de Teofilo du PRT) par les hommes de main du maire de San Luis, au matraquage de Hugo Blanco lors d'une manifestation de la Fédération des vendeurs ambulants en juin 1981, à l'arrestation et à la torture de plusieurs militants du PRT d'Ayacucho, à l'assassinat, par les « sinchis », de Raimundo Mitma (militant du PRT d'Ayacucho), à l'arrestation d'un journaliste de Combate Socialista (organe du PRT), etc.

Ces multiples attaques montrent bien que les forces répressives tiennent le PRT dans leur ligne de mire. Cette vague répressive à pris récemment la forme de la suspension du camarade Hugo Blanco de ses fonctions parlementaires jusqu'à la fin de la session, et ce en contradiction avec les dispositions légales qui ne prévoient une telle suspension que pour 15 jours. Cette mesure est une atteinte ouverte aux droits démocratiques d'un courant du mouvement ouvrier, mais elle constitue parti révolutionnaire implanté dans les couches populaires d'un pays atteint de plein fouet par la crise économique, une attaque directe à son financement. Car, bien évidemment, salaire de député de notre camarade ne lui sera pas versé durant toute cette période Nous publions ci-après la protestation émise par Hugo Blanco à cette occasion.

Le 29 août, j'ai été suspendu de mes fonctions de député pour avoir aceusé d'assassinat, à la tribune du Parlement, le général Clemente Noel, chef militaire de la région d'Ayacucho.

Je proteste contre la forme et le guatémaltèques, avec le fond de cette procédure expéditive, qui suspend mon mandat jusqu'à la fin de la session parlementaire, soit jusqu'en décembre, et me prive pendant cette période de mon immunité parlementaire. Cette procédure est en contradiction avec l'article 10 du chapitre 9 du réglement interne des Chambres législatives, qui stipule qu'une telle suspension ne peut excéder

La façon dont cette suspension a été votée est illégale, d'après le règlement même du Parlement péruvien. Le vote doit avoir lieu en appelant les députés à se lever ou à rester assis. L'abstention est exclue. Le vote nominal est obligatoire si un député le réclame. Or, le vote qui m'a suspendu est une véritable farce, qui discrédite ce Parlement. Il a été obtenu dans l'anonymat, en demandant seulement aux députés d'approuver la proposi-

Men frappant de la main sur leurs pupitres, par acclamations, au volume sonore en quelque sorte. Il n'a ainsi même pas été possible à la présidence de fournir un décompte des voix !

La demande d'un vote nominal faite par le député Enrique Fernandez Chacon n'a pas reçu de réponse du président de la Chambre.

Sur le fond, je maintiens mes accusations d'assassinat et de génocide. Je cite des listes de noms de paysans exécutés et de villages bombardés sur les ordres du général Noel. Et je ne suis pas le premier à les rendre publiques. Déjà, le juge de la province d'Ayacucho a demandé l'inculpation du général Noel au début de l'année. Déjà, le vice-président de la commission des droits de l'homme de la Chambre des députés a déposé une demande analo-

Ces plaintes n'ont pu aboutir à une enquête judiciaire du seul fait que le général est couvert par ses fonctions militaires, et que les journalistes n'ont plus accès à la zone des opérations.

La négation des libertes démocratiques les plus élémentaires que constitue ma suspension, s'inscrit dans une escalade « golpiste » de la droite, marquee par une campagne de dénonciation d'Amnesty International, par une restriction des garanties démocratiques pour la prochaine campagne électorale, par un harcèlement systématique contre mon parti, le révolutionnaire (PRT) : attaque ses locaux il y quelques semaines, agression contre l'un de ses élus, arrestation et torture d'un de ses responsables syndicaux.

L'expérience nous a appris que devant ce genre d'escalade de la droite, toute reculade ne sert qu'à renforcer son arrogance. Il faut défendre pied à pied, sans céder aux menaces et au chantage, chacuconquêtes démocratiques j'alerte l'opinion publique et j'appelle à protester contre une violation flagrante des libertés parlementaires par une Assemblée censée les défendre.

Lima, le 31 août 1983.

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