Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AMERIQUE LATINE

Manifestations commémoratives en l'honneur de Simon Bolivar

Inprecor n° 156, 12 septembre 1983 · p. 26-27 · 1 233 mots

Nicaragua Amérique centrale El Salvador Cuba

Manifestations de commemoration de Simon Bolivar Le 200e anniversaire de la naissance de Simon Bolivar (1783-1830) — général et homme d'Etat ayant participé à la lutte pour l'indépendance du Venezuela et au combat contre le colonialisme espagnol en Amérique latine — a été l'occasion de plusieurs rencontres commémoratives sur le continent latino-américain.

Dans le contexte de l'agression impérialiste en Amérique centrale, ces différentes manifestations, auxquelles ont participé de nombreux représentants formations bourgeoises, voire gouvernementales latino-américaines, ont néanmoins été amenées à adopter des positions de solidarité avec la révolution centro-américaine ou de dénonciation de l'agression américaine. En Colombie et au Venezuela, des représentants de sections de la IVe Internationale ont participé aux débats de ces conférences. Nous publions ci-après un compte-rendu de ces deux ini-

EN COLOMBIE. Du 24 au 26 juillet dernier, en présence de 500 délégués et invités, s'est tenue à Bogota, capitale de la Colombie, une Conférence latino-américaine en hommage au libérateur Bolivar, et en solidarité avec les peuples centro-américains. Ouverte par une séance officielle au siège du Congrès colombien, cette conférence s'est conclue par l'adopà l'unanimité, d'une déclaration condamnant catégoriquement la politique du gouvernement nord-américain en Amérique centrale et exigeant le retrait immédiat de sa flotte de guerre des eaux du Nicaragua et du Salvador, et de ses 4 000 soldats envoyés les jours précédents au Honduras. La conférence a également déclaré que les démarches de paix du Groupe de Contadora, composé du Mexique, de la Colombie, du Venezuela et de Panama, « revêtent une importance spéciale pour freiner la croissante intervention militaire, politique et économique des EtatsUnis », et que toute autre initiative de paix juste « mériterait tout notre appui ». La conférence a aussi proposé que toute négociation sur le conflit salvadorien parte de la reconnaissance du FMLN-FDR comme force belligérante. Les six points de base d'un règlement négocié, présentés le 19 juillet dernier par le coordinateur de la junte de gouvernement du Nicaragua, le commandant Daniel Ortega, ont été définis comme des éléments qui « permettent d'avancer vers une solution pacifique dans la région » centro-américaine.

Cette conférence avait été convoquée le 12 juin par plus d'une centaine de personnalités colombiennes, politiques et syndicaux, représentants ecclésiastiques, journalistes, avocats, professeurs d'université, artistes et militants de divers comités Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, l'ex-chancelier Alfredo Carrizosa, et les sénateurs Alvaro Leyva Duran (du Parti conservateur), Rodrigo Lara Bonilla (du Parti libéral) et Gerardo Molina (du mouvement de gauche Firmes). Cet appel a connu un large écho national et international. Plus de 53 organisations syndicales colombiennes étaient présentes dans les débats et la conférence de clôture, et plus douzaine d'organisations gauche colombienne ont participé à sa préparation.

Deux thèmes animèrent les débats, l'un sur « la pensée du Libérateur et l'unité anti-impérialiste de l'Amérique », et l'autre sur « la situation en Amérique centrale et dans la Caraibe, propositions de solidarité ».

Le père Ernesto Cardenal, représentant du gouvernement nicaraguayen, fit précisément allusion, lors de la session de clôture de la conférence, à l'idéal de Simon Bolivar sur la question de l'unité anti-impérialiste en Amérique latine. Evoquant ce thème, Ernesto Cardenal devait signaler que les Cubains et les sandinistes étaient les continuateurs de l'œuvre de Simon Bolivar. Cardenal fit aussi un récit complet des agressions dont a été victime le peuple nicaraguayen au cours des derniers mois : coupure de l'aide financière, blocus économique, agressions des hordes somozistes avec l'appui du gouvernement hondurien et sous la direction du gouvernement de Washington. Le représentant du Nicaragua insista aussi sur la disposition du peuple nicaraguayen à faire face, y compris à une intervention directe des troupes nord-américaines. Et il suscita d'applaudissements s'adressant aux participants à la conférence, il déclara : « Si les Etats-Unis envahissent un de nos territoires centro-amérivolontaires internationalistes doivent être recrutés dans toute l'Améri-

Guillermo Ungo, président du Front démocratique révolutionnaire (FDR) salvadorien, et Mario Aguinada, un des commandants du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) intervinrent

Ungo dénonça, lors de la séance d'ouverture de la conférence, l'appui militaire et économique de l'administration nord-américaine au gouvernement assassin d'Alvaro Magana. Pour sa part, Aguinada analysa la réalisation de l'unité révolutionnaires salvadoriennes, lançant un appel aux forces politiques colombiennes pour qu'elles s'opposent, dans l'unité, aux terribles défis que le Pentagone et la Maison Blanche ont au Salvador, au Nicaragua, aussi à toutes les nations latino-américai-

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Des représentants de l'Eglise catholique, de Cuba, ainsi que des orateurs colombiens, dont Socorro Ramirez pour le Parti socialiste révolutionnaire (PSR), section colombienne de la IVe Internationale, ont aussi pris la parole lors de cette initiative.

Parmi les tâches de solidarité internationaliste approuvées lors de la rencontre de Bogota se détache la proposition émise par un dirigeant du Front mondial de solidarité avec le Salvador d'organiser, entre les 10 et 15 octobre prochains, une journée internationale de solidarité en préparation à la Conférence de solidarité que le Front mondial organisera du 19 au 22 janvier prochain. Immédiatement après la conférence de Bogota, plusieurs organisations ont mis sur pied, dès le 5 août, une action de protestation de six heures face à l'ambassade nord-américaine à Bogota, en appui à la lutte des peuples centro-américains.

AU VENEZUELA. Du 26 au 2 juillet a eu lieu à Caracas, capitale du Venezuela, le Congrès de la pensée politique latino-américaine, organisé par le Parlement vénézuélien à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Simon Bolivar. Plus de 200 délégués représentant tous les courants politiques y ont participé, parmi lesquels Anselmo Sule (vice-président du Venezuela), Lopez Michelsen (ex-président de la Colombie), Rodrigo Carazo (ex-président du Costa Rica), des responsables de partis socialistes (comme Clodomiro Almeyda) ou me Volodia Teitelboim). Sergio Ramirez représentait le gouvernement nicaraguayen, tandis que le gouvernement cubain était représenté par une importante dé-

Parmi les vives polémiques qui ont surgi, il faut souligner une attaque de secteurs sociaux-démocrates et « eurocommunistes » contre la révolution cubaine, caractérisée par le porte-parole du MAS (Movimiento al Socialismo) vénézuélien de « despotique,

Dans le débat, notre camarade chilien, Luis Vitale, souligna que les attaques contre Cuba et le Nicaragua se produisaient au moment précis où Reagan et le Pentagone préparaient l'invasion caragua. Il conclut en proposant aux délégués au Congrès de la pensée politique latino-américaine d'approuver une déclaration exigeant des Nations unies qu'elles interviennent pour interdire l'agression yankee en Amérique centrale. Cette proposition recueillit 120 signatures (plus de la moitié des participants).

En conclusion du débat sur la situation économique fut approuvée la motion présentée par l'ancien président du Costa Rica proposant la formation d'un Conseil de coordination de la dette extérieure, pour affronter le Fonds monétaire international et autres organismes financiers émouvantes fut celle d'Adolfo Perez Esquivel, prix Nobel de la paix, qui dénonça les actes de barbarie atroces commis par soutien des Etats-Unis.

La déclaration finale du congrès fut évidemment le fruit d'un compromis entre autant de courants hétérogènes. Mais la gauche, unie, obtint le soutien à la lutte pour l'unité des peuples latino-américains, pour l'indépendance de Porto Rico, contre l'intervention américaine en Amérique centrale et dans la Caraibe, la condamnation de l'intervention britannique aux Malouines et l'exigence du retrait des récemment installées dans l'Atlantique sud.

Une résolution condamnant les dictatures militaires, exigeant la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés, l'auto-détermination des peuples, « la résistance aux agressions et menaces de l'impérialisme », et « le refus de toute intervention étrangère dans les problèmes du continent », fut votée à l'unanimité. •

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