Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Le glissement à droite du mouvement ouvrier

· Inprecor n° 157, 26 septembre 1983 · p. 17-20, 20 · 4 335 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme

Tournant à droite du mouvement ouvrier et discrimination contre les militants de gauche

E 11 août dernier, les principaux quotidiens britanniques faisaient leur « une » sur les treize « taupes rouges» li-

• cenciées de l'entreprise de Cowley, dans la banlieue d'Oxford, par la direction de la firme automobile nationalisée

British Leyland. Prétendument licenciés pour avoir fourni de fausses références à l'embauche, les treize militants étaient accusés par la presse d'être partie prenante d'un « complot » visant à « mettre la main » sur l'industrie britannique, complot organisé par le journal Socialist Action.

Socialist Action est un hebdomadaire, lancé récemment à l'intérieur du Parti travailliste, qui défend et lutte pour des idées socialistes révolutionnaires. Il est soutenu, entre autres, par la Socialist League, section britannique de la IVe Internationale.

Brian HERON

Le récent congrès annuel du Congrès des syndicats (TUC), l'unique fédération syndicale comptant dix millions de membres, a été le théâtre d'événements retentissants. Frank Chapple, président du TUC, porte-parole des secteurs de l'aile droite de la bureaucratie la plus orientée vers une politique du type de la période de la guerre froide, est intervenu en faveur de Neil Kinnock, candidat à l'élection au poste de « leader » du Labour Party (Parti travailliste) pour le prochain congrès, qui se tiendra début octobre. La surprise a été grande, dans la presse et dans certains milieux politiques car, jusqu'à présent,

Kinnock était considéré comme un candidat de « centre gauche » opposé aux deux candidats de la droite du Parti travailliste, Roy Hattersley et Peter Shore. Le propre syndicat de Chapple, le Syndicat des électriciens et des plombiers (EETPU), refusa de participer à l'élection, car il était en désaccord avec les principes démocratiques sur lesquels celle-ci était organisée (1).

Faisant fi des souhaits du plus gros des syndicats, le Syndicat des transports et des ouvriers non qualifiés (TGWU), qui compte 1 250 000 membres, le TUC a élu un nouveau Conseil général, composé de représentants issus des plus petits syndicats et des grands syndicats traditionnels de l'industrie. Pour la première fois, on y trouve un grand nombre de représentants de syndicats non affiliés au Parti travailliste (2). Le TUC a également refusé, lors de son congrès, le message traditionnel de des dirigeants du Parti travailliste, et il s'est opposé à sa participation à un meeting, même non officiel, des candidats à la direction du Parti travail-

— dont Len Murray, son secrétaire général - ont fait une série de déclarations, avant et pendant le congrès, sur la nécessité d'entamer des négociations avec le gouvernement conservateur sur la législation syndicale que ce dernier propose. Cette position va à l'encontre de la politique adoptée jusque là par le TUC et défendue par la gauche, notamment par Arthur Scargill, président du Syndicat national des mineurs, l'un des plus combatifs de l'aile gauche. Arthur Scargill est opposé à ces négociations et se prononce au contraire pour organiser une lutte en rigouvernement conservateur, dont le mouvement syndical dans l'industrie serait à la base.

Dans le même temps, la politique de des salaires, baptisée National Assessment (Evaluation de l'économie nationale) a été de nouveau approuvée par le TUC. Un certain nombre de dirigeants du mouvement syndical ont déclaré, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du congrès, qu'ils cessaient de soutenir l'orientation d'opposition à la Communauté économique européenne (CEE).

LE TUC GLISSE A DROITE Au vu de ces événements, on assiste, pour résumer, à une tentative de modification de la ligne politique du TUC, et ce, sur des points fondamentaux. Pour le

1. Le leader et le chef du groupe parlementaire du Parti travailliste sont élus par un collège électoral : les branches locales et les représentants parlementaires y ont 30 % des voix chacun, les syndicats affiliés 40 %. Seuls les membres du Parlement sont habilités à se présenter auparavant eux seuls avaient le droit de vote. Le fait que le parti dans son entier participe désormais a ces élections est une des réformes démocratiques défendues et gagnées par la gauche « benniste ».

2. La plupart des syndicats, en particulier les syndicats traditionnels et ceux de l'industrie, sont affiliés au Parti travailliste. Leurs membres payent une « taxe politique », inclue automatiquement moins de déclarer expressément qu'ils refusent

GRANDE-BRETAGNE

Dans l'article publié ci-dessous, Brian Heron, militant du

Parti travailliste en Ecosse et collaborateur régulier de Socialist Action, expose le contexte politique et les mobiles de cette véritable chasse aux sorcières. Il précise aussi comment des secteurs de la Campaign for Nuclear Disarmament (CND, Campagne pour le désarmement nucléaire) et les dirigeants du mouvement travailliste ont emboîté le pas à la bourgeoisie dans sa tentative de faire passer les sympathisants de Socialist Action pour des « éléments infiltrés ». Brian Heron évoque également la riposte à ces événements, qui est en train de s'organiser au travers d'une campagne nationale contre la discrimination poli-

TUC, cela signifie avant tout l'abandon des orientations politiques les plus radicales du mouvement ouvrier de la dernière période, à savoir l'opposition tant à l'arindépendant

Grande-Bretagne qu'aux missiles Cruise, le retrait de la CEE, et le refus de toutes formes de contrôle des salaires.

Une fois ces positions politiques radicales extirpées de l'orientation du TUC, la voie sera ouverte pour mettre en œuvre le second grand objectif, qui est déjà tout à fait perceptible. Il s'agira, pour le TUC, de ne plus œuvrer directement à une victoire électorale du Parti travailliste, et d'ouvrir ainsi la porte aux discussions et aux orientations politiques nécessaires pour commencer à mettre sur pied une coalition entre le Parti travailliste et l'AIliance, qui regroupe le Parti social-démocrate (SDP) et le Parti libéral.

Aux élections générales du 9 juin dernier, l'Alliance n'a obtenu que 700 000 voix de moins que le Parti travailliste (3).

Le bilan que les grands secteurs de la bureaucratie syndicale tirent de résultat est qu'il devient nécessaire de reconstruire l'opposition aux conservateurs, conformément à ce nouvel équilibre des forces électorales. Il apparaît ainsi nécessaire de commencer à écarter les obstacles politiques qui pourraient de la payer. Les syndicats versent alors au Parti travailliste la cotisation d'affiliation correspondant au nombre de membres ayant payé et sont habilités à exercer le principe du

«vote bloau congrès du Parti travailliste. Près de qué » six millions de syndicalistes sont affiliés de cette manière au Parti travailliste. Un des points de la nouvelle législation proposée par les conservateurs est d'obliger les syndicats à revoter tous les cinq ans leur affiliation au Parti travailliste et à différencier la cotisation politique de la cotisation syndicale.

3. Pour l'analyse de l'enjeu de ces élections et de leur résultat, se référer respectivement à

Inprecor numéro 152, du 6 juin 1983, et numéro 154, du 4 juillet 1983.

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STOP THE WITCH HUNT! Halte à la chasse aux sorcières. (DR) s'opposer à cette éventuelle coalition. Il apparait done clairement que les rapports de forces politiques au sein du mouvement ouvrier ont très nettement glissé en faveur de la droite.

Ceci confirme les analyses que nous avions faites de la victoire de Margaret Thatcher. Nous avions alors affirmé que cette victoire pouvait, serait et devait être considérée comme une défaite politique majeure pour le mouvement Nous avions également pronostiqué que cela pousserait diverses tendances, qui se profilaient déjà en son sein, à aller de l'avant, que cela leur donnerait un élan supplémentaire et créerait les conditions favorables à d'envergure contre la minorité qui désirait toujours lutter pour défendre l'indépendance du mouvement ouvrier et l'indépendance politique que signifie l'existence même du Parti travailliste. La porte est ouverte pour une offensive d'envergure contre cette minorité: telle est l'atmosphère politique à laquelle nous sommes désormais confrontés au sein du mouvement ouvrier britannique.

Ces tendances étaient déjà nettement sensibles avant les élections du printemps dernier. Avant tout, on vit alors Tony Benn, le dirigeant le plus connu de l'aile gauche du Parti travailliste, décider de taire son opposition à la droite du Parti travailliste, sous prétexte d'une nécessaire unité du parti au cours de la période électorale. Cette prétendue unité fut brisée par l'aile droite qui, durant les élections, conservait le contrôle et gardait l'initiative. On vit également Frank Chapple soutenir un candidat du SDP à Islington, une importante circonscription de la ville de avait une politique et des candidats parti-

LA VICTOIRE DE THATCHER OUVRE LA VOIE A UNE OFFENSIVE

DE L'AILE DROITE L'élection de Margaret Thatcher a donné une impulsion fantastique aux tendances droitières au sein du Parti travailliste. La division et la démoralisation considérables qui règnent au sein de la gauche du Parti apparaissent comme le résultat de cette atmosphère et de l'offensive politique menée par l'aile droite. Nous avons déjà vu que Kinnock, perçu par le Parti travailliste et par la presse comme un candidat de « gauche », est aujourd'hui considéré comme le meilleur candidat pour mener la chasse aux sorcières contre les militants socialistes révolutionnaires, ce à quoi il s'est déjà employé. Il a également rejeté la politique d'opposition à la CDE, et il est clair qu'il a l'intention d'aller encore plus loin, une fois à la direction du Parti travailliste.

Mais la gangrene a gagne encore plus protondement le Parti travailliste. chael Meacher, candidat au poste de chef du groupe parlementaire du Parti, considéré comme le candidat des partisans de Tony Benn, s'est par exemple déclaré opposé à la poursuite de la chasse aux sorcières, sans pour autant se prononcer en faveur de la réintégration des cinq membres du comité de rédaction du Militant qui ont été exclus du Parti (4), ce qui, pour le moins, est loin d'être une position cohérente ou combative. Il a également expliqué qu'il était désormais favorable à un référendum sur la question du désarmement unilatéral plutôt que d'en faire un axe de la politique du Parti travailliste, soumettant ainsi l'issue de la question à l'influence des médias bourgeois, etc.

Ce tournant a droite, de meme que l'offensive politique qui vient d'être lancée pour préparer les conditions à la mise en œuvre d'une politique de coalition, ont eu un impact sérieux sur la gauche, comme nous l'avons vu avec l'évolution du courant regroupé autour de Tony Benn. La chasse aux sorcières devient donc de plus en plus indispensable, particulièrement au sein du Parti travailliste, pour préparer le terrain à une telle orientation.

LA CHASSE AUX SORCIERES CONTRE LA GAUCHE Il est possible, pour le TUC, d'opérer ce tournant droitier sur les questions d'orientation politique et sur la question de la direction du Parti travailliste sans avoir à mener une purge d'envergure. Il peut le faire en isolant certains syndicats lorsqu'il est confronté à des oppositions de gauche qui existent incontestablement, se développent et veulent défendre les orientations politiques radicales du mouvement ouvrier, la démocratie syndicale et une direction de gauche à la tête du Parti travailliste.

Mais au sein du Parti travailliste lui-même, ce tournant devra être opéré avec une préparation plus prudente et une souplesse tactique bien plus grande que cela n'a été le cas dans le TUC. Au niveau des branches et des sections locales, 80% des membres du Parti travailliste pourraient être considérés comme soutenant la gauche et défendant son actuelle orientation de gauche et voteraient, le cas échéant, pour les candidats partisans de Tony Benn à la direction du parti. Et ce n'est pas la persuasion politique ou les arguments utilisés par la droite du parti qui pourront, eux seuls, modifier fondamentalement le rapport des forces.

Use prépare done politiquement à une véritable purge dans le parti, afin de pouvoir ensuite faire pencher la balance dans le sens où elle le désire. Dès lors, la chasse aux sorcières n'est pas destinée à disparaître ou à devenir une simple petite particularité de la situation politique au sein du mouvement ouvrier. Au contraire, elle semble être l'une des principales questions à l'ordre du jour, particulièrement au sein du Parti travailliste, et ce, dans la période qui vient, à court terme.

Le second point essentiel qu'il faut comprendre, est que toutes les victoires de la droite - comme le succès de Thatcher aux élections générales de juin dernier -sont toujours accompagnées d'une purge systématique, ou tout du moins d'une tentative de purge, des militants ouvriers dans les entreprises. Nous avons été té moins d'expériences similaires dans le passé, par exemple en Grande-Bretagne à la suite de la grève générale de 1926. Au niveau international, les exemples ne manquent pas non plus. De ce point de vue, l'attaque contre les partisans de Socialist Action à l'usine automobile de British Leyland, à Cowley, n'est que le signal de départ d'une politique plus vaste, dont le but est de chasser les militants et leurs dirigeants des entreprises.

La victoire de Thatcher a été, pour une large part, due à une division de l'électorat anticonservateur, résultat de la manigance qui a vu naître un nouveau parti bourgeois, le Parti social-démocrate (SDP). Thatcher n'a néanmoins pas réussi à gagner une véritable majorité populaire. Cette faiblesse fondamentale signifie que l'Etat et le patronat doivent se mobiliser au maximum pour résoudre le problème de direction auquel la bourgeoisie doit faire face et s'attaquer directement à la question du rapport des forces dans les entreprises et ailleurs. Ce problème, à lui regroupée autour de Militant, voir Inprecor numéro 146, du 28 mars 1983.

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seul, rend très vraisemblable la mise en œuvre d'une offensive de discrimination politique au sein des entreprises dans la période à venir.

La question qui se pose pour l'instant est de savoir pourquoi la chasse aux sorcières, qui a débuté dans l'industrie, a commencé par frapper les partisans de Socialist Action.

Il y a deux raisons fondamentales à cela. Dans une certaine mesure, se trouve avant tout la compréhension par la bourgeoisie du fait qu'il est nécessaire de s'attaquer d'abord au maillon le plus faible. L'apparition de Socialist Action, qu'il s'agisse du journal ou du courant organisé dans la gauche « benniste » au sein syndicats et du Parti travailliste, est un fait relativement récent. La bourgeoisie a done très bien compris qu'en frappant la gauche à son point faible, il était plus facile de pouvoir obtenir une victoire et de semer la confusion au sein de la gauche « benniste » dans son ensemble. La bourgeoisie a visiblement fait un bilan attentif de la chasse aux sorcières opérée contre la tendance regroupée autour du Militant dans le Parti travailliste. Elle a compris qu'une telle offensive, qui provoqua des réponses différenciées, pouvait semer la division au sein de la gauche. Elle a cherché à provoquer quelque chose de similaire parmi les syndicalistes de l'aile gauche. L'ATTAQUE CONTRE LES PARTISANS

DE « SOCIALIST ACTION » Il faut également noter qu'il y a un aspect de cette offensive bourgeoise qui est directement lié à l'importance et à la signification de Socialist Action en tant que tel. Il s'agit d'un courant au sein de la gauche « benniste » qui comprend l'importance de la relation entre la lutte dans les syndicats - la formation d'un regroupement oppositionnel de gauche large qui s'oriente peu à peu vers la lutte au sein du Parti travailliste - et la nécessité de s'organiser au sein du Parti travailliste lui-même, et qui agit en conséquence. La bourgeoisie a également très bien compris que partisans de Socialist Action forment pas un courant sectaire, au contraire de ceux qui sont regroupés autour du Militant, mais sont capables de mener des actions unitaires et larges. Ils apparaissent dès lors comme plus dangereux du point de vue de leur capacité à organiser l'aile gauche dans les syndicats et dans le Parti travailliste. C'est pour ces raisons qu'ils ont été la cible d'une campagne de discrimination politique d'envergure au cours du dernier mois, les treize premiers licenciements ayant été suivis de trois autres à Cowley.

Au cours de telles offensives bourgeoises, il est courant de voir remonter à la surface et apparaître dans la grande presse toutes d'idées et d'arguments ultra-réactionnaires. Les pires d'entre eux se sont concentrés sur les femmes. Six jeunes femmes se trouvaient en effet parmi les personnes licenciées, et la presse a insisté à plaisir sur le rôle « perfide » des femmes dans ce prétendu complot destiné à s'emparer du pouvoir à British

Leyland. Il s'agissait aussi, par là, de créer une atmosphère qui conduise à considérer la présence des femmes dans les entreprises et dans les syndicats comme illégitime.

Comme il fallait s'y attendre, l'attaque patronale contre les partisans de Socialist Action à British Leyland a été rapidement utilisée par la direction du mouvement de masse opposé aux missiles nucléaires, la CND, puis par la direction du Parti travailliste.

LA DIRECTION DE LA CND S'APPRETE A REVENIR SUR SA POSITION UNILATÉRALISTE

Très peu de temps après les treize licenciements à Cowley, des dirigeants de la CND, dont Joan Ruddock, sa présidente, et Bruce Kent, son secrétaire, paraître dans la presse des déclarations dans lesquelles ils critiquaient le rôle des partisans de Socialist Action et du journal

Revolution, d'avoir « infiltré » et « noyauté » la CND-travailliste, c'est-à-dire la branche de la CND qui milite dans le Parti travailliste et représente un courant de gauche important dans le mouvement de masse, et la CND-jeunesse, la composante du mouvement qui connaît à l'heure actuelle la croissance la plus rapide et au sein de laquelle les partisans de Revolution exercent une influence considérable en raison des efforts qu'ils ont déployé pour construire cette branche.

La direction de la CND a lancé cette attaque parce qu'elle est en train de préparer un important recul par rapport à sa prise de position sans ambiguïté en faveur du désarmement unilatéral de la Grande-Bretagne. Dans le contexte créé par les résultats des élections législatives de juin dernier et la montée du SDP, elle cherche, tout comme certains secteurs de la direction du mouvement travailliste, à se donner un profil politique qui lui permette de se lier à l'Alliance et de se situer dans la perspective d'une coalition entre le Parti travailliste et les partis bourgeois, SDP et Parti libéral.

C'est pourquoi la direction de la CND a engagé une bataille politique d'envergure pour faire du gel nucléaire, c'est-à-dire du refus de toute nouvelle arme nucléaire en Grande-Bretagne au-delà de celles qui y sont déjà, la revendication centrale de la CND. Or, sans exagération aucune, les principales forces qui font obstacle à cette évolution se trouvent dans la CND-travailliste et la CND-jeunesse, et parmi les partisans de Socialist Action et de Revolution dans les comités locaux du mouvement. C'est aussi pour cela que l'offensive des employeurs de l'usine de Cowley est apparue comme une occasion rêvée pour saper et réduire le rôle politique des partisans de Socialist Action et de Revolution mouvement de masse qui existe en Grande-Bretagne aujourd'hui.

Le troisième aspect des conséquences immédiates des événements de Cowley a été la propagande menée par certains organes de la presse bourgeoise sur le thème de la dénonciation d'un « complot » ourdi par un millier de « taupes » contre le Parti travailliste. « Un nouveau "probleme Trotsky" dans le Parti travailliste ! », « Mille taupes découvertes au sein du Parti travailliste ! », tels étaient les gros titres que l'on pouvait trouver dans les journaux britanniques du mois d'août dernier. Les commentaires de la presse n'étaient pas dépourvus d'intérêt. Ils faisaient notamment une claire distinction entre les partisans de Socialist Action et ceux du Militant, caractérisant Socialist Action comme un courant capable d'une politique de large unité non sectaire et faisant preuve d'une plus grande intelligence du point de vue tactique.

LA CHASSE AUX SORCIERES

DANS LE PARTI TRAVAILLISTE :

UNE NOUVELLE ÉTAPE Le secrétaire général du Parti travailliste, Jim Mortimer, a balayé toutes ces histoires en expliquant qu'il y avait là une exagération plus que démesurée. Mais il est clair que la raison principale de cette réaction réside dans le fait que la bureaucratie travailliste a appris quelque chose de la bataille qu'elle mène depuis un an contre le Militant. Dans bien des circonstances, il arrive que de tels agissements contribuent, lorsqu'ils font l'objet d'un débat public et d'une campagne de presse, à faire naître un mouvement de soutien aux personnes attaquées. pourquoi, bien qu'ils n'aient en aucun cas abandonné leurs plans de répression contre certains courants de la gauche travailliste et qu'ils les intensifient même, les dirigeants travaillistes veulent mener cette offensive en silence, sans que la presse ne

Pendant plusieurs jours, les partisans de Socialist Action ont été l'objet d'une d'ampleur dans les médias ainsi que dans le mouvement syndical et le mouvement de masse, qui tentait de les présenter comme un courant sans aucune légitimité, qu'au sein de l'aile gauche. Dans de telles circonstances, il possible de trouver des alliés immédiats pour y riposter. Pendant plusieurs jours, les partisans de Socialist Action restés seuls pour tenter de se défendre, exception faite du soutien que leur ont apporté certains dirigeants de base, des délégués d'ateliers, dans l'entreprise Cowley. La perspective de lancement nationale en se de ces militants était alors plus que limitée. Dès lors, il était nécessaire pour Socialist Action d'élaborer une politique de défense qui lui permette de briser cette complicité du silence, ce mur du si-

La première brèche est venue déclaration d'un membre travailliste du Parlement, Eric Heffer, qui s'est toujours

« maccarthysme » (5) et à 5. Sénateur républicain des USA dans les années 1950, McCarthy est resté célèbre par la période de la « guerre froide » de l'après-guerre intellectuels soupçonnés de sympathies commu-

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toute forme de chasse aux sorcières. Dans la lutte pour la direction du Parti travailliste, il est l'un des candidats les plus liés au courant « benniste », bien qu'il y ait entre eux des différences.

Le soutien apporté par Huffer montrait qu'un certain nombre de personnes comprenait désormais que les événements de Cowley faisaient partie d'une attaque plus générale contre l'ensemble des partisans de Socialist Action et contre la gauche en tant que telle, et il fut dès lors possible d'aller plus avant pour organiser une campagne de défense. Socialist Action a considéré que la campagne devait démarrer à partir des cas de diserimination politique à Cowley, en dépit du fait qu'à court terme, l'objectif de la chasse aux sorcières deviendrait de tout évidence l'écrasement du courant regroupé autour de Socialist Action, sans qu'il puisse y avoir de débat ou de lutte au sein du Parti travailliste. Le problème posé à Cowley relève d'un droit bourgeois et démocratique de base : le droit au travail, sans considération des convictions politiques.

C'est donc sur cette base que Socialist Action a lancé une campagne dont le but est de faire naître une mobilisation au sein du mouvement ouvrier pour défendre les droits des partisans de Socialist Action, mais qui a commencé par rassembler les forces prêtes à agir au niveau national en défense de ce droit démocratique si rapidement piétiné par la direction de l'usine de Cowley.

Cette campagne nationale en préparation est menée par Alex Lyon, ancien ministre travailliste, candidat à la présidence du Conseil national pour les libertés civiles ; elle est soutenue par des universitaires bourgeois et d'autres personnalités. Elle vise à mettre sur pied un comité la discrimination politique, la pratique des listes noires, ete., et affirme, comme point de départ, que les événements de Cowley relèvent de ces prati-

LA CAMPAGNE NATIONALE POUR LES DROITS DÉMOCRATIQUES

Le projet de déclaration publié en encart ci-après, qui doit constituer la base de cette campagne, a recueilli pour premières signatures non seulement celles d'Alex Lyon, mais également celles de plusieurs universitaires de renom. Cette déclaration constitue un document de base pour les résolutions des branches syndicales, des sections du Parti travailliste, pour les comités de soutien et toutes les activités en défense des droits démocratiques, contre la discrimination politique au travail.

A travers cette campagne, les partisans de Socialist Action espèrent prendre les dirigeants de sections du Parti travailliste entre deux feux : d'une part, la lutte que signifie cette campagne en défense des droits démocratiques et, d'autre part, les pratiques qui ont été celles des patrons à Cowley. Ils espèrent ainsi opérer des brèches au sein de la directien travailliste sur le problème de la défense des droits des partisans de Socia-

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list Action et créer de cette manière le recherchera des témoignages de trameilleur cadre possible pour résister aux conséquences inévitables d'une offensive discriminatoire contre les opinions et les activités des partisans de Socialist Action au sein du Parti travailliste. boré un dossier sur les activités de la Ligue économique, organisation patronale de la bourgeoisie britannique, dont la fonetion est de fournir aux employeurs des informations systématiques sur les activités des militants socialistes ou des partisans de l'aile gauche dans les entreprises et les syndicats. Ce dossier contient également le projet de déclaration et d'autres documents. Pour l'instant, il a été distribué à chaque délégation présente au congrès du TUC, au cours duquel la déclaration a reçu le soutien d'un certain nombre de dirigeants syndicaux, dont celui de Jimmy Knapp, secrétaire général du Syndicat national des cheminots, et d'Alan Sapper, du Syndicat des techniciens du cinéma. Ce dossier circulera largement à l'intérieur et à l'extérieur du mouvement syndical et devra déboucher sur un mee. ting dont le but est de construire rapidement un comité de campagne. Celui-ci vailleurs ayant été l'objet de telles discriminations politiques, ainsi que les cas et pratiques de questionnaires politiques à l'embauche, de listes noires dans les entreprises britanniques.

Dans ce contexte, les partisans de Socialist Action recherchent, pour leur campagne, le soutien international le plus large. Ce soutien peut revêtir différentes formes, mais il devrait s'exprimer en tout premier lieu par l'adoption de déclarations similaires à celle publiée ci-contre et émanant d'universitaires renommés, de personnalités politiques et syndicales, de personnes connues pour avoir défendu les libertés civiles et les droits démocratiques (6). Un tel engagement pourra servir les luttes contre la discrimination politique dans ces pays tout en étant d'une aide extrêmement efficace pour la campagne en cours en Grande-Bretagne.

Brian HERON, Londres, 12 septembre 1983. 6. Les messages de solidarité doivent être envoyés à l'adresse suivante : M. Alex Lyon, 23, Larkhill Rise, London SW 4, Grande-Bretagne.

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