Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

LIBAN

Une situation de guerre civile

· Inprecor n° 157, 26 septembre 1983 · p. 3-4 · 1 377 mots

Liban Palestine et Israël

Les forces impérialistes menacent d'intervenir directement dans les combats

E Liban est à nouveau bouleversé par des conflits militaires à l'origine desquels des facteurs confessionnels et des facteurs internationaux s'enchevêtrent. Alors que les forces druzes de Walid Joumblatt dans la région montagneuse du Chouf et les forces chiites de l'organisation Amal à Beyrouth s'affrontent à l'armée libanaise reconstruite et aux milices chrétiennes phalangistes, les EtatsUnis paradent avec leur flotte au large du Liban et renforcent leur contingent militaire sur le terrain. De son côté, le gouvernement sioniste menace de représailles les Druzes et le gouvernement syrien qui les soutient, au cas où ils dépasseraient une certaine « ligne rouge » lors de ces affron-

L'IMPOSSIBLE CONSENSUS NATIONAL L'agression sioniste du printemps 1982 avait abouti à l'instauration au Liban, dans un climat de consensus national, d'un régime réactionnaire sous la direction d'Amine Gemayel (après l'assassinat de son frère Béchir). Ce fut incontestablement une réussite pour les impérialistes et en même temps une solution qui ne déplaisait pas aux gouvernements des pays arabes réactionnaires. Pour sa part, la bourgeoisie libanaise, regroupée majoritairement autour du nouveau président Amine Gemayel, misait sur la réunification du pays après une décennie de profonds déchirements, sur l'élimination de toutes les positions palestiniennes du Liban et le retrait de toutes les forces d'occupation. Ce projet a fait long feu.

Déjà à partir du début de l'année, des conflits avaient éclaté dans différentes régions du pays, en mettant fin à un conqui s'avérait tout à fait éphémère. Un an après la dernière agression israélienne, le gouvernement d'Amine Gemayel ne contrôlait que la capitale et les zones avoisinantes (1).

Depuis quelques semaines, la lutte fait rage à Beyrouth aussi, et l'aéroport international, dont le gouvernement libanais voulait faire le symbole de son pouvoir reconstitué, est la cible de bombardedes forces druzes et syriennes, et même le théâtre d'affrontements directs. Dans le Chouf, les conflits confessionnels ont recommencé avec une violence extrême. Le nord du pays continue à être une poudrière qui échappe complètement au contrôle du « pouvoir » central.

angles, le Liban semble être revenu à une situation comparable à celle de la guerre civile des années 1975-

Cela est, tout d'abord, le résultat du fait qu'aucun progrès n'a été réalisé après le départ des forces de l'Organisation de libération de la Palestine de Beyrouth, dans la solution du probleme palestinien et la recomposition de la situation régionale. C'est ensuite la conséquence de l'impossi. bilité dans laquelle s'est trouvé le nouveau régime libanais de parvenir à un accord d'ensemble avec l'Etat d'Israël qui, pourtant, avait contribué d'une façon décisive à son installation. Amine Gemayel n'a pas non plus joué effectivement un rôle d'arbitre au nom de la « solidarité nationale », en misant dans la reconstruction de l'Etat bourgeois libanais essentiellement sur les appareils et les milices phalangistes, ce qui devait amener inévitablement à des conflits croissants avec les autres for-

Get relancer la guerre confessionnelle. Finalement, dans un sens plus immédiat, la situation actuelle est aussi la conséquence du retrait des troupes israéliennes sur la ligne du fleuve Awali, au sud du Liban.

Ce retrait, réalisé malgré les pressions exercées notamment par Washington qui le considérait comme prématuré, s'explique par de multiples raisons. bord, le gouvernement sioniste ne peut envisager l'occupation, pour une période indéterminée, d'une partie importante du territoire libanais. Une telle situation pourrait embourber les forces israéliennes dans une lutte sanglante contre une résistance populaire croissante et avoir des répercussions sérieuses en Israël même.

Par ailleurs, les dirigeants sionistes ne voient pas du tout d'un mauvais œil la Milices chiites d Beyrouth. (DR.

LIBAN dynamique de partition du pays à l'œuvre actuellement, que le retrait des troupes israéliennes a stimulé davantage. Il ne faut pas oublier que des dirigeants sionistes n'ont jamais fait mystère de leurs projets de balkanisation du Liban, où ils seraient notamment intéressés à la formation d'un minuscule Etat-tampon druze entre Israël et la Syrie. C'est, entre autre, dans une telle perspective, qu'à plusieurs reprises, ils ont été de connivence avec les forces dites progressistes de Walid Joumblatt, qui à leur tour n'ont pas tiré un seul coup de feu lors de l'agression israélienne de l'an passé. Plus concrètement, Israël pourrait favoriser, à l'heure actuelle, une partition allant dans le sens du maintien de son contrôle sur le Liban du Sud et de l'acceptation du contrôle syrien sur la plaine de la Bekaa et le Nord. Il est vrai que ce projet n'est pas facile à réaliser non plus, notamment parce que les pays impérialistes ne envisager un renforcement des positions de la Syrie, qui reste le seul allié de la bureaucratie soviétique dans la région. Cela n'empêche pas que la politique de la direction sioniste comporte une dynamique de partition du Liban.

ENJEUX SOCIAUX

ET CLIVAGES CONFESSIONNELS

Bien que le rappel de la ressemblance avec la situation de la guerre civile de 1975-1976 soit pertinent, il ne faut pas ignorer que la situation n'est pas exactement la même. En 1975-1976, la résistance palestinienne jouait un rôle majeur, et le cadre général de la situation était défini par le conflit israélo-arabe. Le facteur national, anti-impérialiste et antisioniste, pesait donc incontestablement. Dans les affrontements actuels, les Palestiniens ne sont qu'une force d'appoint, les anciennes composantes du front progressiste sont divisées et elles ne sont pas — pour l'instant — mobilisées, essentiellement en fonction d'aspirations anti-impérialistes et antisionistes.

En d'autres termes, dans la guerre civile qui se développe aujourd'hui, les enjeux sociaux et politiques sont estompés et dévoyés par des clivages confessionnels. Cela est, d'un côté la conséquence de la défaite de l'OLP, sanctionnée par son retrait du Liban, et du recul du mouvement ouvrier et national libanais lui-même, et, de l'autre, de la faillite du projet de réunification réactionnaire dans le cadre du régime Gemayel. Dans un tel contexte, les tendances centrifuges se développent,

1. Inprecor numéro 149, 9 mai 1983.

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et l'élément principal de cohésion des différentes forces devient, ou redevient, l'élément confessionel, avec la logique inmunautés confessionnelles dans un but d'autodéfense et de survivance, et opposition de plus en plus féroce aux autres « confessions »).

Sous cet angle, le Liban semble être en train d'en revenir aux pires déchirements du siècle passé, situations dans lesquelles les forces extérieures peuvent intervenir en prétendant jouer les pacificateurs et les arbitres.

LES RESPONSABILITÉS

IMPÉRIALISTES En effet, les forces extérieures exploitent et contrecarrent dans le même temps les conflits confessionnels. Sous le prétexte de « pacification », les impérialistes interviennent de plus en plus en soutien au gouvernement libanais « légal », donc des forces réactionnaires.

La force internationale dite d'interposition s'engage de plus en plus ouvertement contre les Druzes de Joumblatt et les milices chiites - bien que ni les uns ni les autres n'aient la moindre intention de remettre en question le cadre fondamental du régime néo-colonial - et soutient le gouvernement réactionnaire d'Amine Gemayel. Tandis que, dans une belle unanimité, le gouvernement britannique envoie

Jaguar survoler le Chouf, que le gouvernement français parade avec ses Super-Etendard, et que le contingent italien menace les forces druzes, les troupes des Etats-Unis, sensiblement renforcées, sont désormais autorisées, d'après les propres termes du porte-parole de la Maison-Blanche, à « utiliser les armes à leur disposition, leurs chars ».

C'est cette réalité de l'intervention impérialiste qui doit déterminer fondamentalement l'attitude et l'action mouvement ouvrier et des révolutionnaires dans le monde, et dans les pays impérialistes en premier lieu.

Pour que les masses libanaises puissent être en état de défendre leurs intérêts légitimes et que le Liban puisse être démocratiquement réorganisé sur des bases non confessionnelles, la précondition en est que l'impérialisme doit être empêché d'imposer sa solution du conflit, qui résiderait dans la mise en place d'un régime réactionnaire dans tout le pays, l'élimination de ce qui reste des forces palestiniennes au Liban, et l'instauration d'un nouveau cadre régional correspondant aux intérêts et aux aspirations des sionistes.

Pour s'opposer à ces projets réaction. naires, il faut continuer à se mobiliser pour le retrait immédiat et inconditionnel des troupes sionistes de tout le Liban, ainsi que pour le retrait de la force multinationale d'interposition. C'est une tâche urgente qui est partie prenante du combat plus général contre l'ensemble des menaces de guerre impérialistes dans le monde

Livio MAITAN,

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