Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Le mouvement ouvrier entre deux grèves générales

· Inprecor n° 158, 10 octobre 1983 · p. 7-11, 11-12 · 6 538 mots

Syndicalisme Brésil Économie mondiale

P début eusente, le monde Rest es padie Fonds,

AYS le plus endetté du monde, le Brésil vient d'accepter, monétaire international (FMI) pour le déblocage de nouveaux crédits. Sans pour autant mettre fin à la spirale de l'endettement - conséquence de la dépendance économique du pays par rapport aux capitaux impérialistes qui s'est accrue dans la dernière période — la politique économique du gouvernement brésilien signifie la mise en chantier de mesures destinées à réduire sérieusement le niveau de vie des travailleurs.

Plusieurs décrets-lois en ce sens ont déjà été adoptés par le gouvernement du général Figueiredo.

Toutefois, cette orientation se heurte à une opposition, à la fois dans les rangs de la bourgeoisie capitaliste, chez les partis de l'opposition bourgeoise, et au sein des masses travailleuses. La démission récente du président de la Banque centrale du Brésil, Carlos Geraldo Langoni, qui a refusé de signer la

« Lettre d'intention » liant le gouvernement au FMI, en déclarant que les mesures envisagées signifieraient « une misère généralisée pour le peuple brésilien » (International Herald Tribune, 22 septembre 1983), est un exemple du climat règnant au sein même du régime. Parallèlement à ce débat sur les rapports avec le FMI et l'endettement du pays, les forces bourgeoises sont aussi traversées par des discussions autour du choix du candidat à la succession du général Figueiredo à la présidence de la République.

Le rejet de la politique économique du gouvernement vient aussi de s'exprimer par le refus des partis d'opposition bourgeois de voter un des décrets-lois d'austérité du gouverne-

Jorge BUARQUE

En quittant le Brésil après une laborieuse négociation de nouveaux prêts au régime du général Figueiredo, le chef de la délégation du Fonds monétaire international (FMI) déclarait à la presse : « La situation du pays est imprévisible », ce qui est vrai à plusieurs titres. Les tensions sociales croissent rapidement et s'expriment à travers de grandes mobilisations telles que la grève générale appelée par 130 structures syndicales le 21 juillet dernier.

La crise économique s'approfondit et aiguise les contradictions au sein des classes dominantes. Ainsi, la dictature se diviset-elle entre différents candidats à la succession de Figueiredo, prévue pour début

1985, et certains secteurs de droite ayant participé au coup d'Etat de 1964 se situent maintenant dans l'opposition.

réduction des marges de manœuvre de la dictature s'accompagne d'un engagement croissant des partis d'opposition bourgeoise, qui se trouvent à la tête de sept

Etats du pays depuis les élections de novembre 1982, dans une politique combinant la répression violente et les propositions de pacte social (1).

Mais on trouve encore plus catégorique le représentant du FMI. Manoel Pimentel, secrétaire à la Sécurité du gouvernement de Sao Paulo dirigé par le Parti du deux grèves générales

Après la mobilisation du mois de juillet, une nouvelle grève générale est en préparation leurs (cf. encart page suivante). démocratique (PMDB), affirme que le Brésil est « au bord de graves problèmes » et annonce même « des bains de sang ». Son collègue, secrétaire au ministère du Travail, Almir Pazzionotto, explique quant à lui que les « causes qui sont à l'origine des émeutes d'avril (manifestations violentes des chômeurs de la zone sud de Sao Paulo, avec pillage des supermarchés) et de la grève générale de juillet, demeurent inchangées ». Dom Paolo Arns, l'évêque de la ville, déclare de son côté que « sans solidarité entre les familles de chômeurs, Sao Paulo aurait déjà été incendiée au moins une douzaine de fois », et il conclut que « le monde a besoin d'une révolution radicale. (2) » Toutes ces descriptions s'avèrent exactes, de même que leurs conclusions.

LES CONTRADICTIONS DU PROCESSUS D'INDUSTRIALISATION

A L'ORIGINE DE LA CRISE BRÉSILIENNE Les négociations actuelles avec le FMI ont été ouvertes en janvier de cette par une « Lettre d'intention », dans laquelle le gouvernement brésilien s'engageait à réduire l'inflation et à

Uses engagements vis-à-vis du FMI. Pourtant, les comptes de l'Etat présentés en mai 1983 par le gouverne-

BRESIL ment du général Figueiredo, créant ainsi une majorité d'opposition contre les projets gouvernementaux.

Enfin, c'est évidemment la mobilisation et la radicalisation des masses populaires et travailleuses, qui se sont exprimées à la fois lors des manifestations spontanées contre la misère au printemps dernier à Sao Paulo et lors de la grève du 21 juillet dernier, qui représentent les éléments déterminants de la situation actuelle, et constituent l'arrière-plan des prises de position bourgeoises quant à la politique gouvernementale.

Les conditions de l'accroissement et de la centralisation de ces mobilisations contre la politique économique du gouvernement et de la dictature sont aussi largement débattues dans les rangs du mouvement ouvrier. Et malgré les manœuvres divisionnistes des syndicalistes « jaunes » et des réformistes du

Parti communiste brésilien, le second Congrès de la classe travailleuse (CONCLAT) a pu se tenir fin août dernier et avancer dans la construction d'une Centrale unique des travail-

C'est de l'ensemble de ces questions que traite l'article publié ci-dessous, en proposant une étude approfondie des mutations économiques, sociales et politiques qui sont à l'origine de tous ces phénomènes. Bien que rédigé à la mi-août 1983, notamment avant la réunion du CONCLAT, il fournit pourtant une analyse qui permet de comprendre la situation du mouvement ouvrier brésilien, principalement au niveau syndical, entre deux grèves générales. Dans un prochain numéro d'Inprecor nous consacrerons un article à l'étude des nouvelles exigences posées par la construction du Parti des travailleurs.

ment brésilien ont été rejetés par le FMI.

correspondaient pas entièrement à celles exigées par les créditeurs. Les négociations actuelles de l'été 1983 ont donc une grande importance. Pour le gouvernement brésilien, elles peuvent débloquer un emprunt de 820 millions de dollars et ouvrir l'accès à un financement de 4,4 milliards.

Pour le FMI, c'est le premier test d'une renégociation inévitable de la dette globale, si l'on considère la situation que connaît le pays et la pression croissante de la d'un moratoire pour le paiement de la dette.

Dans cette course contre la montre, le gouvernement a proposé au Parlement, avec le décret-loi D.L. 2 045 du 14 juillet dernier, une mesure qui précise la nature du programme économique en voie de définition. En vertu de ce texte, les réajustements salariaux ne devront pas dépasser 80% du chiffre officiel du taux de l'inflation calculé en fonction de l'indice national du prix à la consommation (INPC), qui sert de base aux réajussalaires semestriels, contre

100 % auparavant. Comme cet indice est déjà généralement falsifié, on peut se

1. Voir Inprecor numéro 155, du 18 juillet

1983.

2. Folha do Sao Paulo, 12 août 1983.

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faire une idée du coup ainsi porté au niveau de vie des travailleurs (3). Réduire rapidement les salaires réels des travailleurs, tel est le premier axe de la politique économique de la dictature. Le gouvernement a d'ailleurs tenu à donner à ce décret une dimension toute particulière en le faisant approuver par une réunion spéciale du Conseil de sécurité nationale, une institution centrale de la dictature militaire, et en le présentant au Parlement comme une question relevant de la « sécurité nationale » (4). Travailleurs industriels brésiliens de Rio de Janeiro. (DR)

Le second axe de cette politique consiste à créer rapidement un chômage de masse. D'après les données de la puissante Fédération des industries de l'Etat de Sao Paulo (FIESP), l'industrie pauliste a déjà licencié 405 000 travailleurs au cours des deux dernières années. La force de travail employée dans l'industrie est maintenant redescendue à son niveau de juillet 1973. Mais le FMI exige une politique encore beaucoup plus agressive. L'un des objectifs fixés pour les prochains mois est de réduire le taux d'inflation afin que le total annuel soit de 150% et non de 170 % comme prévu, et de le ramener à 50% ou 60% l'an prochain. Vu que la « dollarisation » de l'économie brésilienne n'a pas diminué, bien au contraire, les transferts de valeurs du secteur industriel au secteur financier continuent à être assurés par des taux d'intérêt élevés. Il est ainsi inévitable que toute mesure visant à réduire aussi brutalement le taux d'inflation aura des conséquences énormes en matière d'emploi.

La crise économique actuelle du régime brésilien est cependant le résultat des contradictions accumulées lors du processus d'industrialisation. L'insertion du Brésil dans la division internationale du travail comme économie exportatrice de café a permis, dans les années 1920, une accumulation capitaliste initiale et un petit développement industriel sous la forme d'une modernisation des industries de biens de consommation, de la différenciation de la structure industrielle et de la création de petites industries de production de ciment et d'acier. Ce développement a permis, à partir de la crise de 1929 et des années précédant la Seconde Guerre mondiale, une industrialisation plus importante tirant parti de la diminution du commerce international. C'est la période qui correspond à l'apogée du populisme travailliste, avec le mirage d'un développement économique autonome et d'un capitalisme indépendant vigoureux. Mais, en réalité, le développement industriel s'effectue dans des secteurs à faible composition organique du capital, complémentaires et non compétitifs vis-à-vis des monopoles internationaux qui augmentent leur présence à partir de 1964, finançant et contrôlant expansion économique du Brésil (5).

La phase la plus récente de cette expansion économique, celle du « miracle » brésilien, s'intègre dans ce processus de dépendance croissante à-vis du capital impérialiste. Entre 1945 et 1980, le produit intérieur brut (PIB) a été multiplié par dix, soit une progression et d'internationalisation du capital.

Ce sont l'ensemble des contradictions issues de ce processus d'industrialisation et de dépendance qui se manifestent aujourd'hui de façon explosive sous la forme d'un endettement très important et d'une stagnation de la production agricole. Ainsi, la dette extérieure du Brésil - la plus forte au niveau mondial -atteint presque les 100 milliards de dollars. Elle représente un tiers du produit intérieur brut et trois fois le montant des exportations annuelles.

La production de biens alimentaires à bas prix, l'une des sources de financement du « miracle » brésilien, est aujourd'hui remise en cause par plusieurs facteurs combinés. L'année 1983 ouvre jusqu'en 1986 un cycle de récoltes défavorables, compte tenu des caractéristiques de la structure agricole. Les subventions de l'Etat ont connu une réduction radicale, conformément aux exigences du FMI. La surface cultivée a reculé, de 15% en 19821983. La désorganisation de la production agricole et les pénuries qui en résultent alimentent l'inflation.

La récession qui s'installe menace donc tous les équilibres du régime : entre le secteur industriel et le secteur financier, entre la dictature et l'opposition bourgeoise, entre le capital et le travail.

LA CRISE DE DOMINATION

POLITIQUE DE LA BOURGEOISIE

Les formes de domination politique de la bourgeoisie ont changé pendant cette période. Getulio Vargas, au pouvoir entre 1930 et 1954, la « République populiste » de l'après-guerre et le Parti travailliste brésilien (PTB) ont été les représentants idéologiques de cette transition de l'économie agro-exportatrice l'industrialisation. De cette période date la Consolidation des lois du travail (CLT), l'ensemble des lois qui fixent la structure syndicale corporative et sa subordination au ministère du Travail.

La dictature instaurée en 1964, après le renversement du président Joao Goulart, accélère le développement industriel sous l'égide du capital monopoliste international. A partir de 1974, la détente politique du régime correspond à une tentative de contrôler le mécontentement social, en premier lieu par le biais des canaux institutionnels et, en second lieu,

3. De plus, d'après le Monde du 16 juillet 1983, « deux autres dispositions consacrent le quasi-démantèlement du dispositif d'indexation brésilien. Premiérement, les réajustements de salaires n'interviendront plus que deux fois par an, alors que jusqu'à maintenant ils avaient lieu trimestriellement. Deuxièmement, on ne tiendra pas compte dans l'indice des prix à la consommation retenu pour calculer la hausse des salaires, du renchérissement des denrées dûs à des accidents naturels. »

4. Malgré cette mise en garde, l'opposition majoritaire au Congrés a rejeté, le 21 septembre, un décret-loi présidentiel relatif aux salaires, et tout porte à croire qu'elle en fera de même lors du vote à la mi-octobre du décret-loi D.L. 2045, clef de voûte de la politique gouvernementale en matière de restrictions salariales et base de l'accord passé avec le FMI.

5. Cf. Reginaldo Moraes, Le Phœnix tropical, pages 52 et suivantes.

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par celui des oppositions bourgeoises. Ce processus d'« ouverture politique lente et graduelle », initié par le général Geisel sous le patronnage du général Golbery, a été rapidement bousculé par l'évolution du rapport des forces entre les classes.

Dans un premier temps, le bipartisme institué après le coup d'Etat de 1964, avec l'Alliance de rénovation nationale (ARENA) comme parti officiel et le démocratique (MDB) dans l'opposition, a déjà révélé un isolement électoral croissant de la dictature et permis une réorganisation des oppositions. Le mouvement ouvrier a commencé à se recomposer.

La seconde étape de cette évolution est celle de la réorganisation des partis politiques. Les deux partis légaux sont dissous par le gouvernement Figueiredo en décembre 1979. Le Parti officiel renaît sous le sigle de Parti démocratique social (PDS) et le MDB se transforme en Parti

Mouvement démocratique brésilien (PMDB). Mais apparaissent également le Parti travailliste brésilien (PTB), dirigé par la fille de Getulio Vargas et par l'ancien président Janio Quadros, encouragé par Golbery dans le but de canaliser les traditions travaillistes, et le Parti populaire (PP), organisé par la grande finance et la droite du MDB. Le fait le plus marquant de cette période est toutefois la montée du mouvement gréviste et la formation du Parti des travailleurs (PT), qui organise la lutte pour l'indépendance politique des

Le troisième moment est celui des élections de novembre 1982 (6), qui traduisent un recul spectaculaire du PDS et de la dictature et l'échec de partis qui, comme le PTB, prétendaient contenir le mouvement ouvrier et négocier avec la situation actuelle constitue le quatrième moment de cette « transition », pour reprendre une expression courante dans la presse brésilienne. La dictature organise la succession présidentielle, tandis que la bourgeoisie cherche une unité plus ferme pour faire face à la crise économique et aux luttes sociales. En vue du congrès officiel du PDS, qui doit désigner le candidat à la succession de Figueiredo, plusieurs candidats sont d'ores et déjà en course. L'ancien gouverneur de Sao Paulo, Paulo Maluf, connu pour sa corruption, occupe une place privilégiée parmi les prétendants. Le ministre de l'Intérieur, Mario Andreazza, est le favori de Figueiredo, qui aura un poids important dans le choix du candidat qui sera finalement élu par un collège électoral où le PDS est assuré de la majorité (7). Cependant, Andreazza n'est pas très bien vu par les chefs militaires.

L'actuel vice-président Aureliano Chaves a aussi des ambitions présidentielles. Enfin, le gouverneur du Minas Gerais, Tancredo Neves, élu au nom du PMDB, se présente comme un candidat possible pour un grand consensus natio-

La crise de la dictature se reflète dans l'affrontement entre ces personnalités. Le général Golbery, éminence grise du régime jusqu'à l'an passé, soutient tactiquement la candidature de Paulo Maluf et, comme solution de rechange, celle de Tancredo Neves. Il affirme vigoureusement : " Personne ne supporte plus les militaires au gouvernement, pas même les forces armées elles-mêmes. (8) »

Les jeux d'influence et les nœuvres se multiplient. Golbery fait des déclarations pour discréditer la candidature de Chaves, et il obtient la rupture de l'accord parlementaire entre le PTB et le PDS, de sorte que le parti du gouvernement se retrouve minoritaire à la Chambre, avec 235 députés contre 244 à l'ensemble des autres partis. A la veille de l'importante discussion sur le décret 2 045, Otavio Medeiros, chef de la police politique (SNI), a accéléré le retour au Brésil de Figueiredo - qui s'était rendu aux Etats-Unis pour raisons médicales -dans le but de restreindre l'activité de Chaves, qui assumait les fonctions présidentielles pendant ces quelques semaines d'intérim. Enfin, Leonel Brizola, gouverneur de l'Etat de Rio depuis les récentes élections, dirigeant du Parti démocratique du travail (PDT) et candidat le plus populaire dans l'hypothèse d'élections présidentielles directes au suffrage universel, propose un compromis avec la dictature, sous la forme d'une prolongation pour deux ans du mandat du général Figueiredo en échange d'élections présidentielles directes en 1986.

Ce n'est pas par hasard que ces contradictions se précipitent. Les rapports du gouvernement fédéral avec les gouverpeuplés et les plus riches, d'unifier la bourgeoisie contre la menace d'une mobilisation ouvrière, l'administration de la crise, obligent à une redéfinition stratégique du noyau du pouvoir, présent aux mains des militaires. De fait, tout conflit politique se reflète immédiatement au sein de l'appareil d'Etat hyperdéveloppé, d'abord en raison de l'importance de l'Etat dans la structure productive (l'Etat garantit 40 % de l'investissement du PIB en 1969-1978 contre

1947-1957 ; les entreprises publiques sont responsables pour plus de 40% de la dette extérieure) et, d'autre part, en raison de l'inexistence de mécanismes de représentation et de coordinafractions bourgeoises pendant la première phase de la dictature, qui a abouti à un transfert de ces fonctions au centre même du pouvoir.

LE MORATOIRE

DE LA DETTE EXTÉRIEURE Un secteur de droite musclée se manifeste dès à présent pour dénoncer la division du noyau militaire et exiger un candidat unique du régime. Ses représentants idéologiques sont notamment les deux quotidiens à diffusion massive, O Estado de Sao Paulo et le Jornal da Tarde. Dans le premier on trouvait, le 14 août dernier, un éditorial affirmant : « Aujourd'hui, avec la tranquillité du devoir accompli, mais avec la sensation amère que la Nadernières années, nous croyons pouvoir fournir à nos lecteurs les éléments qui manquaient pour prouver que le mouvement de mars 1964 (c'est-à-dire l'instauration de la dictature) a été trahi. » Le Jornal da Tarde du jour suivant publiait à son tour un éditorial sous un titre éloquent (« Il est plus tard que vous ne pensez, général »). Il affirmait que « la fête est terminée depuis trois ans » et concluait ainsi : « Que le président Figueiredo ne se fasse pas d'illusions. Il n'a déjà plus la force d'imposer un candidat qui n'aurait à son actif que sa propre préférence. Vingt-huit jours (la durée de l'hospitalisation de Figueiredo aux EtatsUnis), c'est bien peu dans la vie d'un pays. Mais c'est plus qu'il n'en faut pour un organisme en voie de détérioration galopante. Il est plus tard que vous ne croyez, général. » Ce groupe de presse est resté célèbre pour son activité dans la préparation du coup militaire de 1964.

A l'autre extrémité des positions bourgeoises, on trouve les secteurs qui réclament une démocratisation plus profonde et en font la condition d'un pacte social. L'influente revue Senhor, par exemple, déclare dans un éditorial à propos des négociations avec le FMI: « Le manque de représentativité et de légitimité notoire du gouvernement - en particulier dans le domaine économique - affaiblit notre capacité de négociation. » Cette position est défendue en particulier par des secteurs capitalistes nationaux dont les entreprises sont étranglées par le crédit et la dette extérieure. Douze grandes entreprises ont signé un document représentatif de cette position, dans lequel on peut lire : « La pleine démocratie est un grand projet national. La réinstitutionnalisation totale du pays présuppose l'indépendance des trois pouvoirs. (...) Il est donc fondamental qu'ait lieu un libre débat autour d'un programme d'austérité compris et accepté, susceptible d'unir les Brésiliens, de répartir les sacrifices et de rétablir la crédibilité (...) il faut que nos créditeurs et les gouvernements des pays amis comprennent qu'il serait téméraire de soumettre le pays à une récession sans durée déterminée et avec des résultats contraires aux intérêts du Brésil. La restriction prolongée de l'activité productive conduira inévitablement à la faillite de l'entreprise privée brésilienne et pourrait aller jusqu'à remettre en question le système de libre initiative privée. (...) Ce pays complexe, avec un degré élevé d'urbanisation et en même temps un énorme contingent de misère absolue, avec une habitude dynamique de mobilité sociale, ne pourra supporter les tensions résultant du chômage et de la chute du salaire réel. Ce

6. Pour un bilan des élections de novembre 1982, voir Inprecor numéro 139, du 20 décem-

7. Le futur chef de l'Etat doit être élu en janvier 1985 par un collège électoral composé des parlementaires fédéraux et des délégués des assemblées des Etats fédérés. Comme le PDS dispose d'une majorité absolue au sein de ce collège, l'élu sera celui qui aura obtenu l'investiture officielle du parti gouvernemental.

8. Folha do Sao Paulo, 8 août 1983.

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scénario est intolérable pour les Brésiliens et n'est pas souhaitable pour le monde occidental. Nous devons tenter d'éviter la rupture unilaterale, volontaire ou non, avec la communauté financiere internationale. »

Cette description lucide de la situation du pays est celle d'un groupe d'entrepreneurs choisis annuellement par la revue économique Gazeta Mercantil. C'est ce même forum qui réclama, en 1978, l'extension de I'« ouverture » initiée par Geisel. Cette fois-ci, les documents sont, entre autres, signés par Erminio Moraes, représentant du groupe Votorantim (mines et construction, principal groupe privé national), les représentants de la Banque Itau, Pao de Açucar, les industries mécaniques Bardella ...

Ces capitalistes représentent un secteur important et avancent une proposition qui tend à prévaloir, celle d'une négociation et d'un moratoire de la dette extérieure. Abilio Diniz, de la chaîne des supermarchés Pao de Açucar, définit encore plus clairement les contradictions actuelles : « Un moratoire unilatéral est l'avant-dernier des pires chemins, mais il est meilleur que ce que nous avons aujourd'hui : un immobilisme qui nous fera nous réveiller un jour avec un moratoire sans que nous l'ayons décidé. » L'avertissement est clair.

Cette position tend à devenir dominante. Le président de Volvo-Brésil l'a dévice-président Aureliano Chaves a organisé une fuite d'informations à propos d'une entrevue avec des chefs d'entreprise, selon laquelle il défendrait un moratoire de cinq ans. Le PMDB propose un moratoire négocié de trois ans. Le quotidien américain New York Times a consacré à l'affaire un éditorial intitulé « La menace du Brésil », dans lequel il avance que, pour les deux parties, le plus tôt sera négocié un moratoire, mieux ce sera. Mais cette position exige un effort systématique pour obtenir un meilleur soutien social au régime, au prix éventuel d'une restriction des pouvoirs militaires.

RAISONS ET OBLIGATIONS

DE LA CONCILIATION Au sein du PMDB, premier parti d'opposition bourgeoise à l'issue des élections de novembre 1982, les pressions en ce sens se manifestent clairement. Le gouverneur du Minas Gerais, Tancredo Neves, se fait l'apôtre des « négociations » avec la dietature. En d'autres termes, il pose sa candidature à la succession de Figueiredo, une candidature à la fois acceptable pour l'opinion publique et fiable pour les mili-

Ceux qui incarnaient la gauche du PMDB, comme l'économiste et sénateur Fernando Enrique Cardoso, proposent aujourd'hui que le parti ouvre des négociations avec Figueiredo.

Dans cette perspeetive, le PMDB a élaboré un projet économique qui prévoit un élargissement des libertés démocratiques, la mise en place d'une Assemblée constituante, un moratoire sur la dette

AGORA

TEMOS

A CUT

négociée avec les puissances impérialistes, et des élections directes à la présidence de la République. Mais la timidité du programme en ce qui concerne la crise économique, a amené le vice-président du parti, Teotonio Vilela - qui a soutenu la grève générale du 21 juillet dernier contre le gouverneur de Sao Paulo, lui aussi membre du PMDB - à déclarer que ce programme reflète « la vision et les intérêts des banquiers et des patrons paulistes et non les aspirations de la société bré-

Malgré ces contradictions, il est évident que l'énorme majorité du PMDB incline à la conciliation. Ainsi, à la veille de la grève générale du 21 juillet, les porte-parole de la dictature avaient fait connaitre au gouvernement de l'Etat de Sao Paulo leur exigence de mesures énergiques. Le chef de la maison militaire de la présidence, le général Ruben Ludwig, déclarait : « Cette grève ne semble pas faire partie du jeu démocratique. » Le général Danilo Venturini, secrétaire du Conseil de sécurité nationale, encore plus explicite, affirmait : « Il faut que ceux qui ont la responsabilité d'empêcher une aggravation de la situation (c'est-à-dire le gouverneur de l'Etat de Sao Paulo) n'oublient pas leurs tâches. » Et, effectivement, le gouvernement du PMDB de Sao Paulo ne les a pas oubliées : 18 000 policiers quadrillaient la ville, les troupes du deuxième de l'armée de terre basées à Sao Paulo ont été mises en alerte, des Eglises ont été envahies, des syndicalistes arrêtés locaux syndicaux occupés, cinq directions syndicales suspendues et, parmi elles, celles des syndicats les plus importants du Brésil, comme le syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo et le syndicat des employés de banque de Sao Paulo.

La « conciliation » prônée par le PMDB a donc des obligations passablement contradictoires avec la dynamique

,* Maintenant nous avons la Centrale unique des travailleurs ». (DR). de mobilisation du mouvement de masse. L'évolution industrielle du pays ces dernières années a en effet profondément modifié la classe ouvrière brésilienne. Ses modifications structurelles ont ensuite ouvert la voie à une importante évolution du mouvement syndical.

La classe ouvrière industrielle brésilienne a considérablement augmenté dans la période récente. En 1960, elle représentait 2,9 millions de travailleurs. Ving ans après, elle atteint les 10,6 millions de travailleurs. Elle s'est aussi considérablement transformée. Le nombre de femmes travailleuses a triplé pendant la dernière décennie.

Les entreprises de pointe du secteur de transformation se sont développées beaucoup plus vite que les secteurs traditionnels. L'urbanisation massive est allée de pair avec l'exode rural et la concentration régionale. L'Etat de Sao Paulo représente à lui seul 50,2 % de toute la main-d'œuvre employée dans l'industrie du pays , dont la majorité dans des entreprises de plus de 500 travailleurs, et la concentration urbaine de Sao Paulo regroupe 70% de cette force de travail. C'est là que se trouve le berceau du syndicalisme combatif et des propositions « classistes », la locomotive de la lutte ouvrière dans le pays.

Le développement récent du mouvement ouvrier est passé par quatre phases successives.

1) Les premières mobilisations après la fin de l'ère du « miracle » brésilien (1973-1974) se produisent dans la zone industrielle de l'ABC (9) et à Sao Paulo mê-

9. L'ABC est la grande banlieue ouvrière de Sao Paulo sont concentrés plus de 400 000 métallurgistes employés par les multinationales de l'automobile, Ford, Volkswagen, General Motors, Scania, etc. C'est le phare des luttes depuis 1978. L'ABC, c'est Santo Andre (A), Sao Bernardo (B) et Sao Caetano (C).

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de la classe travailleuse (CONCLAT). Malgré les menées divisionnistes des syndicalistes « pelegos » et des réformistes, qui ont fait appeler à un autre

CONCLAT, pour novembre prochain à Praia Grande, par des structures fédérales et confédérales des syndicats officiels (cf. article ci-contre), cette rencontre a néanmoins été un succès, par le nombre des syndicats urbains et ruraux représentés. Le CONCLAT de Sao Bernardo a regroupé 5 059 délégués représentant l'équivalent de plus de 12 millions de travailleurs syndiqués (le premier

CONCLAT avait rassemblé 5 036 délégués). A Sao Bernardo étaient réunis 355 syndicats de travailleurs urbains et 310 syndicats de travailleurs ruraux, près d'une centaine de syndicats de la fonction publique, 5 fédérations syndicales, d'une centaine d'associations pré-syndicales. Des centrales syndicales d'Italie, de France, d'Espagne, de Hollande, d'Allemagne de l'Ouest, du Mexique et des fondation de la Centrale unique des travailleurs (CUT), la dotant d'un plan d'action et d'une direction collégiale jusqu'à son prochain congrès, prévu en août 1984. La direction nationale collégiale de la CUT comprend 83 membres et 83 suppléants, un exécutif national de 15 membres et une coordination nationale de 7 membres composée des présidents des syndicats de la métallurgie de

Sao Bernardo do Campo et Diadema, de Canoas, de Joao Monlevade, de Niteroi, des présidents des syndicats du pétrole de Campinas et Paulinia et des travailleurs ruraux de Santarem, et d'un syndicaliste du syndicat des travailleurs dépendante de l'Etat, des patrons et des partis politiques ». Une série de réume. Ce sont les premières expériences de réorganisation du mouvement ouvrier, qui rendent possibles l'élection et la radicalisation des directions combatives dans les syndicats corporatifs subordonnés à l'appareil d'Etat.

2) Le cycle de grèves de 1978-1979 marque un saut qualitatif de l'évolution du mouvement ouvrier. Il débute à l'usine Scania et dans les entreprises métallurgiques de l'ABC, où six entreprises voisines comptent plus de 100 000 ouvriers. Le mouvement s'est étendu à d'autres catégories professionnelles. Plusieurs grèves ont été décidées dans les syndicats contre la volonté des directions en place et au risque d'une violente répression. C'est de ce mouvement de lutte que surgit le projet du Parti des travailleurs (PT), qui regroupe les directions les plus représentatives de la montée gréviste.

3) Une nouvelle phase s'ouvre ensuite, à partir de la défaite de la grève de mai 1980 des métallurgistes de l'ABC, grève qui dura 40 jours, mais qui fut finalement vaincue par la répression, la suspension de la direction syndicale et l'emprisonnement de certains dirigeants. Les deux faits marquants de cette nouvelle conjoncture sont le passage à des luttes plus dispersées et de caractère plus défensif, parallèlement aux premières tentatives de mise sur pied de structures nationales de coordination intersyndicales. Le premier Congrès une confédération et 8 ruraux de Victoria de Conquista.

Le second CONCLAT a fondé la Centrale unique des travailleurs (CUT) Du 26 au 28 août dernier s'est tenu, à Sao Bernardo, le second Congrès structures syndicales nationales, sans compter plus C'est fort de cette représentativité que le second CONCLAT a proclamé la La CUT se définit comme devant être « représentative, démocratique et in-

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intersyndicale, un bureaucrate avouait : « Je crois que nous allons devoir défendre la grève générale, sinon ils vont nous démasquer. » Des propos d'une rare dans ce mouvement syndical dont les dirigeants sont encore pour une bonne part nommés par le ministère du

La grève générale du 21 juillet 1983 a mobilisé près de trois millions de travailleurs, d'après les calculs les plus précis, soit 80% de la force de travail de Sao Paulo, de nombreux secteurs à Porto Alegre (capitale du Rio Grande do Sul) et de sa ceinture industrielle. Dans les autres Etats, où il n'y eut pas de grève, la solidarité fut néanmoins significative : 60 000 manifestants à Rio, 10 000 à Belo Horizonte. Ce ne fut sans doute pas une véritable grève nationale, les différenciations régionales continuant à peser lourdement, mais la classe ouvrière a administré une preuve de force dans une action qui, d'après ses organisateurs, s'opposait non seulement aux mesures économiques, mais aussi à la dictature en tant que telle.

L'ÉTAT DE LA RECOMPOSITION

La majorité des 4 712 syndicats du pays (2397 urbains et 2315 ruraux) n'ont guère de fonctionnement représentatif. Ce sont pour la plupart des structures d'assistance bureaucratiques. La strueture fédérative assure la prédominance de la bureaucratie collaborationniste la plus liée au ministère du Travail. Ainsi, dans l'élection de la direction de la fédération métallurgiste, le syndicat des métallurgistes de Sao Paulo, le plus grand syndicat d'Amérique latine, n'a pas plus de mandats qu'un petit syndicat d'une ville de l'intérieur. De leur côté, les fédérations d'industrie élisent la Confédération des travailleurs industriels (CNTI). A l'élection de la direction de la CNTI se sont affrontées récemment deux positions, dont

10. Voir à ce sujet Inprecor numéro109 du 8 septembre 1981 et numéro 111 du 26 octo-

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l'une, minoritaire, proposait la candidature de « Jozquimzao », le plus grand « pelego » du pays (11). Joaquim Santos de Andrade est à lui seul une illustration exemplaire de l'histoire du mouvement syndical brésilien. Nommé par la dictature pour intervenir dans le métallurgistes de Sao Paulo, il a réussi ensuite à se maintenir à la direction par des fraudes électorales successives. A partir de l'« ouverture » politique, il a intégré les militants du Parti communiste (PCB) dans la direction syndicale et rénové la pratique syndicale. Il vient d'ap puyer la grève générale du 21 juillet 1983 contre l'avis d'Ari Campista, un représentant de la bureaucratie la plus alignée, qui a été élu contre lui à la direction du CNTI.

corporative repose donc sur deux piliers. D'un côté, une organisation fédérative qui garantit la prédominance des agents de l'appareil d'Etat et empêche la coordination interprofessionnelle des travailleurs. Et, de l'autre, un fonctionnement de tous les syndicats sous la dépendance du ministère du Travail qui encaisse l'« impôt syndical », cotisation obligatoire servant en partie à financer les syndicats, et peut bloquer les comptes du syndicat et en suspendre les directions élues.

La montée des luttes ouvrières, combinée à la crise de la dietature, a fait apparaître au sein de cet appareil syndical, à partir de 1978, deux courants distincts. D'un côté, le courant « continuiste » de la bureaucratie jaune traditionnelle, auquel reste lié le courant stalinien du PCB et du PC do Brasil (pro-albanais). De l'autre, un courant combatif ayant pour référence le syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo et des employés de banque de Sao Paulo. Ce dernier courant a contribué, de manière décisive, au développement de luttes coordonnées et au début d'une coordination syndicale préparant le lancement d'une Centrale unique des trafut le ler CONCLAT, d'août 1981, qui décida la formation, un an plus tard, d'une centrale syndicale regroupant unitairement tous les syndicats décidant de s'y affilier, ainsi que des travailleurs individuels. Dans l'année qui suivit, tant l'inefficacité de la commission pro-CUT élue - paralysée par les divergences entre les deux pôles syndicaux - que le caractère défensif et dispersé des luttes facilitèrent les manœuvres du bloc constitué par les bureaucrates syndicaux, comme Joaquim Andrade et les réformistes du PCB, reporter le 2e CONCLAT et, par conséquent, la fondation de la CUT. conceptions et deux stratégies politiques s'affronteront clairement. D'un côté, il y a les « pelegos » et les réformistes, qui prétendent maintenir la structure corporative, négocier l'« ouverture » politique avec la dictature, faire pression sur les gouvernements des Etats dirigés par les partis bourgeois d'opposition, et parvenir à un pacte social. Ce dernier objectif illustre l'intérêt de ce courant à empêcher la formation d'une centrale syndicale unique des travailleurs. De l'autre côté, il y a le bloc « authentique » et combatif qui a pour objectif de créer la CUT, instrument de subversion de la structure corporative, et de développer les luttes, même au prix du risque de voir les directions syndicales les plus représentatives suspendues, comme ce fut le cas lors des grèves de juillet courant combatif est lui-même hétérogène. A sa tête, on trouve les syndicalistes de l'ABC et, en premier lieu, Luis Inacio da Silva, « Lula », qui est aussi le président du PT. Mais on y trouve aussi des syndicalistes indépendants, non membres du PT, parfois les « prestistes » (autrement dit la scission du PC dirigée par le secrétaire général historique du PC, Carlos Prestes), et, surtout, des secteurs catholiques qui ont une grande influence.

qui reçoivent d'importants appuis matériels de la part de la social-démocratie européenne, s'orientent clairement vers une politique de division syndicale. Leur influence est particulierement grande parmi les syndicalistes ru-

VERS LA CENTRALE UNIQUE DES TRAVAILLEURS La confrontation entre les deux courants opposés dans le mouvement syndical arrive maintenant à un moment cru-

Pendant la préparation de la grève générale de juillet 1983, le bloc « pelego »-réformiste s'est divisé. Joaquim, le président du syndicat des métallurgistes de Sao Paulo, a appuyé la grève, reconnaissant que « Sao Paulo est aujourd'hui un baril de poudre qui pourrait exploser à tout moment, vu le nombre de chômeurs qui n'ont déjà plus aucune forme d'inl'approbation du décret 2 045 ». D'autres « pelegos » se sont opposés radicalement

Le PCB lui-même s'est divisé. Le comité central a lancé un appel contre la grève, et l'un de ses dirigeants les plus connus, Hereules Correia, a déclaré à la revue Senhor « travailler à plein temps contre la grève ». Mais le comité du PCB de Sao Paulo, sous la pression de la direction du syndicat des métallurgistes de la capitale, s'est vue obligée de soutenir « une grève sans manifestations ni piquets ». Ses raisons sont transparentes : * Nous regrettons la résistance de la rection nationale à participer aux mouvements populaires. Ainsi, le PC va continuer à s'affaiblir de plus en plus », affirmait le comité de Sao Paulo.

Il faut aussi signaler qu'un courant s'est abstenu de participer à la grève : les partisans du journal O Trabalho (le Travail), organe qui diffuse les positions de l'Organisation socialiste internationaliste (OSI), liée au courant international « lambertiste » dirigé par le Parti communiste international (PCI) français. Leur argument était que la grève serait une manœuvre des bureaucrates pour canaliser le mouvement. C'est sur décision directe de son centre international que ce courant s'est abstenu de participer à la

Au contraire de cette interprétation, c'est justement le succès de la grève de juillet qui a provoqué le recul du bloc « pelego »-réformiste, par crainte de la radicalisation et de l'extension du mouvement. De fait, 37 entités syndicales appellent déjà à une nouvelle grève générale avant la fin de l'année. La majorité des Rencontres syndicales au niveau des Etats (ENCLATS) approuvent également la préparation d'une telle grève générale.

La formation de la Centrale unique des travailleurs (CUT) apparaît alors comme la tâche fondamentale du second CONCLAT, qui se réunit fin août 1983. Sa création constituerait un important pour la coordination nationale du mouvement.

Mais, pour retrouver son unité, freiner le mouvement de masse et sauvegarder la structure syndicale corporative, le bloc des syndicalistes « pelegos» et réformistes a abandonné la préparation du second CONCLAT. Le prétexte vint à propos du règlement sur la représentation de délégations syndicales dont les directions ne souhaitent pas participer au CONCLAT. Ce fut la Confédération des syndicats agricoles (CONTAG) qui souleva cette objection : son président, José Francisco, voulait se garantir un contrôle total des délégations élues à la base, par crainte de la radicalisation et de l'influencroissantes des secteurs combatifs parmi les syndicats ruraux.

Le bloc des syndicalistes « pelegos » et réformistes proposa done la tenue d'un congrès de fondation d'une centrale à partir d'une réunion nationale des fédérations syndicales qui aurait lieu en octobre prochain. Cette centrale serait formée à partir des sommets du système corporatif actuel. De son côté, le bloc syndicaliste combatif a maintenu la convocation du second CONCLAT pour la fin août. Ainsi, la scission syndicale paraît inévitable, à un moment qui n'est guère favorable pour les travailleurs brésiliens.

Il est vrai que les deux blocs syndicaux pouvaient difficilement coexister à long terme dans une même structure intersyndicale. La pratique de mobilisation et l'action intersyndicale du bloc combatif ont pour but de détruire la bureaucratie collaborationniste, tandis que les manœuvres de cette dernière sont destinées à anéantir l'influence du courant combatif au sein du mouvement ouvrier pour endiguer sa radicalisation. Mais il est aussi indiscutable qu'à l'heure actuelle un front uni des structures syndicales contre le dé. cret 2 045, contre l'intervention de l'Etat dans les syndicats après les grèves de juillet dernier, contre le chômage, encouragerait puissamment la mobilisation, saperait la base de la bureaucratie réformiste et la diviserait, comme cela a déjà été le cas le

Jorge BUARQUE Sao Paulo, août 1983.

11. Pelego : littéralement « tapis de selle ». Désigne la bureaucratie syndicale jaune directement liée à l'appareil d'Etat.

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