Deux soldats inculpés " d'incitation à l'insubordination" Deux soldats français du contingent, Olivier Lecour Grandmaison et Laurent Fritz, encasernés au 32e régiment de génie à Kehl, en République fédérale d'Allemagne (RFA) sont, depuis le 14 octobre subordination », en vertu des articles 423 et 429 du Code de justice militaire. Ils encourent de deux à dix années de prison pour avoir simplement été trouvés en possession de la feuille d'information du comité de soldats de leur régiment, intitulée Les sapeurs en lutte, et d'une pétition revendiquant le retrait des troupes françaises d'Allemagne fédérale ainsi que de toutes les troupes étrangères des deux Allemagnes. Ils sont actuellement emprisonnés dans la forteresse de Landau et inculpés devant le tribunal militaire des armées en Allemagne, dernier survivant des Tribu(TPFA). Cette juridietion, en partie abolie par le gouvernement Mitterrand, se situe dans la lignée de celle qui a assassiné des centaines de soldats qui refusaient la boucherie impérialiste de la guerre de 1914-1918, réprimé les mutins de la mer Noire en 1919, organisé le procès de Mayence en 1923 contre les soldats qui refusaient l'occupation impérialiste de la Ruhr ... Véritable machine de guerre contre tous ceux qui luttent pour leurs droits démocratiques derrière les murs des casernes, elle a aussi, plus récemment, en 1974, conduit les soldats Ravet, Taurus et Pelletier devant le TPFA de Draguignan pour avoir de meilleures conditions de vie et une plus grande liberté dans les casernes. Paradoxe de l'histoire, à cette époque, Charles Hernu, l'actuel ministre de la Défense, venait témoigner au nom du Parti socialiste en faveur des trois soldats inculpés. L'année suivante, en 1975, Jacques Chirac, alors Premier ministre de Giscard d'Estaing, organisait une vaste opération policière en trentaine de civils et de soldats devant la Cour de sûreté de l'Etat. Dans ces deux cas, la mobilisation avait fait reculer le contre les soldats et les civils incriminés.
Dans l'opposition, le Parti socialiste et le Parti communiste français faisaient de grandes déclarations sur les libertés et élaboraient des statuts « démocratiques » pour les appelés. François Mitterrand promettait même la réduction du service militaire à six mois et l'octroi de certaines libertés démocratiques aux soldats. Aujourd'hui, François Mitterrand et Charles Hernu ont oublié leurs proclamations démocratiques d'hier et, ne voulant pas être en reste sur les méthodes de leurs prédécesseurs au pouvoir, font perquisitionner les familles et les amis des deux soldats inculpés.
Cette attitude répressive dans les casernes est dans la droite ligne de la politique de loyaux services à l'impérialisme menée par le gouvernement de François Mitterrand. Celle-ci s'exprime aussi bien par les récentes déclarations du président francais à Bruxelles vilipendant le mouvement de la paix européen à la veille de ses mobilisations, par le budget militaire prépare par Charles Hernu alors que c'est l'austérité pour les travailleurs (cf. pp. 11, 12, 13), que par les interventions militaires françaises néo-coloniales menées au Tchad et au Liban.
Au travers des inculpations des deux soldats, c'est une nouvelle fois le mouvesoldats tout entier qui visé. Depuis 1968, moment où il a resurgi sur la scène politique, il a toujours été la cible de la hiérarchie militaire et des forces réactionnaires. Mais à chaque vague de répression, c'est la mobilisation et les prises de position du mouvement ouvrier, la ténacité et le courage des soldats en lutte qui ont, comme en 1974 et 1975, transformé ces opérations policières en déroute politique de leurs promoteurs.
Mais, au travers de ces deux nouvelles inculpations, ce sont tous ceux et celles qui luttent contre la guerre en Europe que l'on veut décourager. Le combat des soldats français pour le retrait de toutes les troupes étrangères du sol allemand et, en premier lieu, pour le retrait des troupes françaises est, en effet, partie intégrante de celui de millions de travailleurs et de jeunes contre le surarmement impérialiste, l'implantation des Pershing et des Cruise et la militarisation de leur pays. Il en va donc de la responsabilité du mouvement ouvrier et du mouvement contre la guerre de se mobiliser, en France mais aussi à l'échelle européenne, pour obtenir la libération des deux soldats français incarcérés. Les vastes mobilisations qui se déroulent en Europe à la fin octobre doivent être l'occasion d'affirmer cet-
Fidèles à la tradition de coopération internationaliste qui fut celle des partis communistes français et allemand à l'époque du procès de Mayence, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, France), le Gruppe Internationale Marxisten (GIM, RFA) et les sections européennes de la IVe Internationale se mobiliseront, quant à elles, pour faire reculer la hiérarchie militaire et obtenir la libération de ces deux soldats réprimés par les tenants du militarisme français.
De nombreux messages de solidarité doivent être adressés à : Olivier Lecour Grandmaison et Laurent Fritz, Prison militaire de Landau, SP 69363/C, Landau, RFA. Des prises de position démocratiques et des motions de protestation suivantes : M. Lateve, Juge d'instruction, SP 6900, RFA et Ministère des Armées, 14-16 rue Saint-Dominique, 75007 Paris.