Inprecor 1974–2004

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VENEZUELA

La crise de l'Eldorado pétrolier et les élections présidentielles

· Inprecor n° 159, 24 octobre 1983 · p. 14-18 · 4 565 mots

Économie mondiale Syndicalisme Femmes Amérique centrale

Le mouvement ouvrier se présente divisé dans la bataille électorale

VENEZUELA

ES élections présidentielles du 4 décembre prochain in-

L terviendront dans une conjoncture économique et politique critique au coups de la crise économique internationale et notamment la baisse des prix du pétrole, principale ressource du pays. Cela a conduit le gouvernement démocrate-chrétien de Luis Herrera

Campins à opérer une dévaluation larvée de 40 % il y a quelques mois sur une monnaie dont le cours s'était maintenu pendant de nombreuses années. Mais cela n'a pas suffi au Fonds monétaire international (FMI), qui réclame une politique de dévaluation accrue et d'austérité pour les travailleurs en contrepartie d'une renégociation de la dette extérieure du pays.

C'est dans ce contexte de crise économique de l'« Eldorado » pétrolier vénézuélien que vont s'opposer deux candidats bourgeois aux élections présidentielles. Le candidat démocrate-chrétien Rafaël Caldera, fondateur du Comité d'organisation politique électoral indépendant (COPEI), propose un programme bourgeois traditionnellement pro-impérialiste, qui essaye de gagner les suffrages de la petite bourgeoisie, des couches bourgeoises moyennes et des femmes. Le candidat de l'opposition bourgeoise, Jaime Lusinchi, de l'Action démo-

José VALDES

La dépendance du Venezuela vis-àvis du marché mondial ne repose pas seulement sur l'exploitation du pétrole, mais aussi sur les industries d'exportation non-traditionnelles (aluminium, pétrochimie, métallurgie) que les multinationales ont encouragées dans le cadre de la nouvelle division internationale du travail. Le

Venezuela a connu une période de croissance économique à partir de 1974. Ces huit dernières années par exemple, les ventes de pétrole ont représenté plus de

100 milliards de dollars, et les crédits attribués aux nouvelles industries d'exportation 5 milliards de dollars, chiffres atteints par bien peu de pays du « Tiers monde ».

Il y a néanmoins eu une contradiction entre le développement du secteur pétrolier et une capacité productive étroite, avec pour conséquence le fait qu'une grande partie de la demande intérieure devait être satisfaite par l'augmentation des importations. Malgré la richesse

30 % de la du pays, apparente

•population vit dans des habitations qui n'ont pas d'eau courante ni d'infrastructure hygiénique; 90% de la population n'a accès qu'à 190 hôpitaux, la majorité des autres étant privés ; 70% de la population est sous-alimentée, 23 % analphabé.

te et 40 % à demi-alphabétisée.

C'est en 1978 que sont apparus les premiers symptômes de la crise économique. En 1980 commençait le processus d'inflation-récession dont les effets pouvaient alors encore être amortis par les

Venezuela, marquée par les contre-

1979 ( 20 % des voix). res du mouvement ouvrier. hauts cours du prix du pétrole. Mais cette situation s'est aggravée à la fin de 1982 avec la crise de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L'inflation s'éleva à 20% et le produit national brut (PNB) n'augmenta même pas d'un point. La croissance industrielle annuelle chuta de 10 % en 1975 à 1,5 % en 1982. Seule la production agricole augmentait de 6 % mais il ne s'agissait pas là d'une production destinée à couvrir les besoins du marché intérieur. Elle était en fait due aux entreprises agro-alimentaires d'exportation (café, cacao), ce qui obligeait toujours à recourir aux importations pour

Фик La SIEGE GIT DUR !

CRISIS

-Pór VADILLO cratique (AD), avance quant à lui un programme réformiste bourgeois destiné à obtenir les suffrages des couches moyennes salariées et ceux de la classe ouvrière qui, traditionnellement, vote majoritairement pour ce parti affilié à l'Internationale socialiste. Suivant en cela la ligne de l'Internationale socialiste,

Lusinchi est favorable à la non intervention de l'impérialisme américain en Amérique centrale. Les sondages d'opinion lui attribuent 42 % des intentions de vote contre 33 % à Caldera.

Quant au mouvement ouvrier traditionnellement faible dans ce pays, l'opposition entre plusieurs de ses composantes a rendu impossible la présentation d'une candidature commune qui aurait pu lui permettre d'espérer obtenir un résultat dépassant le score acquis lors des élections municipales de

L'article d'un dirigeant de l'Organisation socialiste révolutionnaire (OSR), organisation sympathisante de la IVe Internationale au Venezuela, que nous publions ci-après, analyse le cadre de la crise économique dans lequel vont se dérouler ces élections présidentielles et la nature des différentes candidatucouvrir plus de 60 % de la consommation populaire.

LA CRISE ECONOMIQUE ACTUELLE

L'économie vénézuélienne a terminé son cycle d'abondance. Les baisses respectives de la demande et des prix du pétrole se sont répercutées sérieusement sur l'économie du pays, mettant ainsi à nu son caractère semi-colonial et dépendant d'un système capitaliste inégal, hétérogène et combiné. Cette baisse des prix du pétrole a été décisive, car son exportation représente l'équivalent de 90% des rentrées de devises du pays. A la base de ce processus, se trouve la crise structurelle de l'économie vénézuélienne. Cette dernière est en effet basée sur une ressource renouvelable, le pétrole, sur une non industrie subordonnée aux multinationales, et sur une agriculture incapable satisfaire les besoins d'un pays connaisaccroissement démographique sant un très rapide. La population est passée de 7 millions de personnes en 1960 a 16 millions en 1982. Elle est concentrée à

83 % dans les zones urbaines, ce qui représente le plus fort taux d'Amérique latine. Cette augmentation de la population n'est pas seulement due à un fort accroissement naturel, 3,5 % par an, mais aussi à une arrivée massive d'immigrants : plus de

2 millions de personnes en dix ans, notamment Colombiens, Equatoriens, Péruviens, habitants de la Caraibe et du Cône sud de l'Amérique latine.

Un bulletin publié en 1982 par l'Organisation socialiste révolutionnaire

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(OSR) et intitulé « Tendances de la structure économique vénézuélienne » analysait la situation comme suit : « Tout mouvement défavorable au niveau des prix ou à la demande de pétrole mettra à nu la fragilité des bases économiques du pays. Dans une telle conjoncture, la crise structurelle qui existe à l'état latent éclatera, mettant en relief le fait qu'une économie apparemment prospère était bâtie sur un ciment très friable. » Et c'est effectivement ainsi qu'a éclaté la crise économique. Rapidement, l'Etat vénézuélien, qui administre le pétrole depuis la nationalisation de décembre 1975 — même si l'impérialisme en contrôle toujours la technologie et la commercialisation (1) - a vu diminuer ses rentrées de devises de 4

Pour couvrir les coûts du budget national, le gouvernement démocrate-chrétien de Luis Herrera Campins a dévalué le bolivar en février 1983. Cette dévaluation s'est en fait soldée par l'établissement d'un régime de taux de change multiples. Depuis février dernier, il y a donc trois catégories de taux de change : un dollar préférentiel à 4,30 bolivars pour les dépenses courantes de l'Etat, les transactions de l'industrie du pétrole et du fer et l'amortissement de la dette, un dollar à 6 bolivars, ce qui correspond à une dévaluation de 40%, et un dollar flottant qui, en juillet dernier, atteignait les 10,90 bolivars. Pour renégocier la dette extérieure passe les 25 milliards de dollars et dont 18,4 milliards arrivent à échéance avant la fin de 1984 - le FMI a pourtant exigé une dévaluation directe proche du taux d'un dollar pour 14 bolivars.

La finance internationale exigeait en effet la dévaluation du bolivar en échange d'une renégociation de la dette extérieure. Le FMI était tout particulièrement attaché à imposer ses règles du jeu au seul pays d'Amérique latine qui conservait une monnaie relativement forte (2). Les multinationales et les oligarchies financières associées à la bourgeoisie autochtone se sont octroyées de Juteux profits par la fuite des capitaux, qui a atteint plus de 10 milliards de dollars en un an, et en reintroduisant une partie de ces capitaux dans le marché flottant du dollar et le marché noir. Dans le même temps, les multinationales qui ont des investissements au Venezuela payaient leurs dépenses et les salaires de leurs travailleurs avec une monnaie dévaluée. Cette situation a fait d'autres bénéficiaires, notamment parmi les secteurs de la bourgeoisie « créole » (autochtone) associés aux entreprises étrangères et au d'Etat dans l'industrie moderne destinée aux exportations non traditionnelles. Recevant en dollars le paiement du montant de leurs ventes, ils payaient les salaires et autres charges en monnaie dévaluée. Pour sa part, la bourgeoisie industrielle qui travaillait pour le marché intérieur a obtenu que le gouvernement lui octroie l'accès au taux de change préférentiel, mais cette manne se terminera bientôt, lorsque le FMI aura réussi à imposer un change unique du dollar.

le gouvernement démocrate-chrétien ni aucun des partis politiques évalué l'ampleur de la car ils ne l'ont pas appréciée comme l'un des aspects de la crise internationale se répercutant sur la demande et les pétrole. Les hommes politiques vénézuéliens, ceux de droite comme ceux de gauche, parlent de la situation économique du pays comme s'il n'était pas intégré au contexte mondial caractérisé par la plus grave crise qu'ait connu le système capitaliste depuis la grande dépression des années 1930.

Le processus inflationniste ce le système bancaire et le crédit (3).

éviter une possible banqueroute, l'impérialisme est devenu très rigide sur la question des crédits, étant donné que les pays semi-coloniaux ont déjà un endettement de plus de 500 milliards de dollars. Certaines des grandes banques créditrices sont aujourd'hui en difficulté du fait même de l'arrêt des remboursements, et leur faillite éventuelle provoquée par un re. trait massif des capitaux pourrait entraîner la banqueroute de tout le système bancaire international. C'est cela qui explique les pressions du FMI sur le Venezuela et d'autres pays pour imposer des conditions draconiennes à la renégocia tion de la dette extérieure. Dans le même temps, la crise mondiale a accéléré la baisse de la demande et des prix du pétrole. D'après Ronald Reagan, cette baisse serait une chance pour l'économie capitaliste. Ce raisonnement est pourtant une consolation à courte vue, car la baisse des.prix du pétrole aura rapidement aussi des répercussions dans les pays impérialistes, lorsque les pays exportateurs de pétrole

1. La nationalisation du pétrole, en décembre 1975, n'a pas signifié une expropriation des compagnies impérialistes, bien au contraire. L'article 5 de la loi de nationalisation prévoit la création d'entreprises mixtes entre l'Etat et les compagnies étrangères. Ainsi, alors que l'Etat a pris en charge la production du pétrole brut, sa commercialisation et les profits y afférant restent aux mains des compagnies pétrolières. La structure administrative et technique antérieure à la nationalisation est restée en place, à peu de choses près, à tel point que la compagnie américaine Exxon, qui commercialise 80 % de la production vénézuélienne du pétrole, conserve un pouvoir déterminant sur la politique de production du pétrole et continue à en tirer d'énormes profits.

Bidonvilles au Venezuela. (DR) commenceront à retirer leurs pétrodollars des banques internationales et réduiront leurs investissements en Europe ou en Amérique afin de financer leurs importations et leurs programmes intérieurs.

L'impact de la crise au Venezuela s'est déjà fait sentir non seulement au niveau financier, mais aussi au niveau de l'appareil productif. La production industrielle a brusquement chuté, de nombreuses usines ont été fermées. La construction est paralysée, mettant au chômage plus de 70 % des ouvriers de ce secteur. Dans beaucoup d'usines, on ne travaille plus que 3 ou 4 jours par semaine. taux de chômage partiel atteint 14 % de la population active.

LES CONTRADICTIONS

AU SEIN DE LA BOURGEOISIE ET LE ROLE DE L'ETAT Cette crise a aiguisé les contradictins inter-bourgeoises qui existaient déjà à l'état latent lorsque le gâteau des profits à se partager était encore consistant. Les frictions les plus importantes ont lieu entre, d'une part, la bourgeoisie industrielle traditionnelle et la bourgeoisie agraire et, d'autre part, la fraction de la bourgeoisie qui dirige le processus de développement d'exportation (aluminium, pétrochimie, métallurgie), car la redistribution de la rente pétrolière s'est faite - et se au profit de cette dernière. Cela a entraîné de fortes protestations de la part de la

Get manufacturière quant à la distribution des crédits par l'Etat. Ces frictions ont leur correspondant au niveau politique. Les contradic-

2. Le bolivar, qui était l'une des monnaies les plus stables de la région, s'échangeait au cours de 4,3 bolivars le dollar depuis plus d'une douzaine d'années.

3. Ses effets se sont fait aussi sentir au Venezuela où, en février 1983, la Banco Industrial du Venezuela, quatrième banque du pays, a été déclaré en défaut de paiement par l'European Banking Company (EBC), banque internationale de consortium dont le siège est à Bruxelles. La banque vénézuélienne ne pouvait honorer l'échéance de décembre 1982 de remboursement de prêts à court terme consentis quelques mois auparavant par l'institution financière européenne (cf. le Monde du 26 février 1983).

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tions entre le Comité d'organisation politique électoral indépendant (COPEI) à la tête du gouvernement et l'Action démoministration cratique (AD, parti bourgeois membre de l'Internationale socialiste et aujourd'hui dans l'opposition) se sont approfondies et traversent chacun des deux partis.

Car, depuis la dernière décennie, l'Etat vénézuélien a assumé de nouvelles cédent fonetions. Il n'est plus, comme par le passé, cet Etat libéral qui avait peu d'interventions dans le domaine économique. A partir des années 1940, nous assistons à de substitution à certaines importations.

une intervention de l'Etat dans l'économie, qui ne va pas toutefois jusqu'à l'ad-

A cela s'ajoutent des investissements pour garantir la reproduction de la force de directe d'entreprises (4).

L'intervention de l'Etat se limite à répartir la rente pétrolière et à accorder ses subsides à la bourgeoisie industrielle et

4. La forme de domination politique de la bourgeoisie correspond, à cette époque, à la agraire. C'est un Etat « protecteur », médictature militaire, dont la dernière en date, celdiateur et distributeur, qui récupère l'ex- général Marcos Perez Jimenez (1948le du pétrolier et le répartit entre les

1958), est renversée en 1958 par une insurrecdifférents secteurs de la classe dominante.

tion populaire soutenue par des secteurs de l'ar-

De plus, il se charge de créer toute l'inframée. Depuis cette date.

ce sont l'AD et le

COPEI qui se partagent à tour de rôle la ges structure nécessaire (énergie, réseaux roution du gouvernement dans le cadre d'une sorte tiers, télécommunications) aux industries de bipartisme aujourd hui en crise.

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travail au travers de plans concernant le logement, l'éducation ou la santé.

A partir des années 1960, l'Etat commence à assumer d'autres fonctions, en réalisant des investissements dans la sidérurgie et la pétrochimie, tendance qui se consolide dans les années 1970 avec la nationalisation du pétrole et des mines de fer. De médiateur-distributeur, l'Etat se transforme alors en chef d'entreprise et organisateur de la production, non seulement dans le domaine du pétrole et de la sidérurgie, mais aussi dans celui des nouvelles industries d'exportations, comme la pétrochimie, la métallurgie et l'aluminium. Nous assistons alors non seulement à une association du capital financier étranger et des entreprises privées véné. zuéliennes, mais aussi à une association de ce capital monopoliste et du capital d'Etat, comme par exemple dans le cas de la multinationale de l'aluminium Reynolds.

Actuellement, l'Etat vénézuélien contrôle 53% des investissements bruts fixes, 40% du produit intérieur brut (PIB) par le moyen duquel il favorise le processus d'accumulation au profit de la bourgeoisie. Cela renforce encore le rôle de garant des intérêts capitalistes qu'assume l'Etat bourgeois semi-colonial. Or, les partis de gauche, et notamment le Mouvement vers le socialisme (MAS), d'orientation social-démocrate, appuient ce nouveau rôle de l'Etat, y voyant un aspect progressiste contre l'entreprise privée et un pas vers le socialisme. La gauche applaudit à ce capitalisme d'Etat sans prendre en compte le fait que la politique des multinationales consiste justement à s'associer avec un capital d'Etat important.

LA CLASSE OUVRIERE

ET LE MOUVEMENT SYNDICAL

Depuis les années 1960, les conflits de classes sont apparus plus clairement, avec la formation d'un prolétariat industriel qui est passé de 170 000 travailleurs en 1950 à 400 000 en 1980. Ensemble, les travailleurs du pétrole, du secteur rural et le prolétariat urbain non industriel représentent plus d'un million d'ouvriers. De plus, il faut aussi intégrer dans les travailleurs les couches moyennes salariées. Entre les travailleurs entreprises privées, c'est un million et demi d'employés qu'il faut compter, le tout sur une population active de 4 millions de personnes.

Il existe plusieurs milliers de syndicats d'entreprise, professionnels ou de bureau, qui regroupent 2 millions de travailleurs syndiqués. Il n'y a pas de syndicats uniques par branche d'activité industrielle, faiblesse relativement compensée par l'existence de fédérations structurées nationalement. La politique sectaire dans les relations partissyndicats a cependant conduit à la dispersion syndicale. Dans certaines usines, il y a autant de syndicats que de partis politiques. Sur ces 8 000 syndicats, plus de 50 % sont contrôlés par l'AD, 25 % par le COPEI, 18% par le Mouvement électoral du peuple (MEP), et le reste par le MAS, le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), le Parti communiste du Venezuele (PCV), etc. (cf. encadré sur l'analyse de ces formations politiques). Il existe au sein de la Confédération des travailleurs du Venezuela (CTV) une forte bureaucratie syndicale ayant de puissantes racines économiques, vu qu'elle administre la Banque des travailleurs, l'un des plus impays (5). Cela a amené certains courants à caractériser la CTV de centrale syndicale bourgeoise, intégrée à l'appareil d'Etat. A notre point de vue, la CTV est une centrale ouvrière par sa composition sociale, avec une direction petite-bourgeoise réformiste, intégrée partiellement à l'appareil d'Etat, mais regroupant l'écrasante majorité de la classe ouvrière. C'est pour cela que l'activité dans les syndicats de base de la CTV fait partie des axes prioritaires du travail des marxistes révolutionnaires. C'est là que nous essayons de développer des tendances « lutte des classes » avec comme objectif stratégique de former une centrale syndicale de classe en liaison avec les courants qui se développent sur cette base dans l'autre centrale syndicale, très minoritaire celle-là, la Centrale unique des travailleurs du Venezuela (CUTV), issue d'une de la CTV, et contrôlée par le PCV.

Depuis la grande grève du textile de 1977, une tendance classiste est apparue dans les syndicats des secteurs de l'acier, du textile, de la métallurgie et dans le prolétariat rural. A partir de 1979-1980, c'est une nouvelle étape qui s'ouvre dans la lutte des classes, caractérisée par une montée de la mobilisation des masses, notamment dans les provinces les plus industrialisées, même si elle reste encore inégale. Dans le cadre de cette montée du mouvement des masses, il faut noter l'activité du prolétariat rural, qui s'est renforcé numériquement à partir du développement du capitalisme agraire. Des ligues paysannes, des syndicats, des fronts paysans se sont for més, qui luttent pour l'expropriation des latifundistes, avec « occupations préventives » des terres, qui aspirent à l'unité ouvriers-paysans.

Ces dernières années, les femmes se sont insérées dans le processus de production. Elles constituent aujourd'hui 30% de la population dite active, en considérant que les statistiques ne prennent pas en compte les femmes qui travaillent au foyer ou dans des productions de type familial, que ce soit à la campagne ou dans l'artisanat. Les femmes commencent aussi à entrer dans les syndicats. Toutefois, nous n'avons pas assisté à la naissance d'importants mouvements autonomes de femmes, même si de petits groupes de femmes sont

5. La CTV regroupe environ 1,5 million de travailleurs. Elle est organisée en fractions qui recoupent divers courants politiques, mais elle est largement contrôlée par l'AD. Ainsi, le secrétaire général de l'AD élu en 1981, Manuel Penalver, est un ancien ouvrier du pétrole, membre du comité exécutif de la CTV.

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apparus, comme les groupes « Persona », « Une temme quelconque », ete. 1982, nous avons assisté à des manifestations féministes en vue d'obtenir la réforme du Code civil. Un certain nombre de droits ont ainsi été obtenus, comme la reconnaissance des enfants dits illégitimes, l'usage du nom de la jeune fille pour la femme mariée, le divorce automatique si l'on peut prouver la séparation de corps depuis 5 ans au moins, l'administration commune des biens entre le-mari et la femme, la détermination du domicile en commun et la « patria potestad » commune, c'est-à-dire le droit identique pour les deux époux à déterminer l'éducation des enfants, etc.

LES PARTIS DE GAUCHE ET LEURS CANDIDATS Le grand problème du peuple véné. zuélien, c'est qu'il ne possède pas de puissants partis ouvriers. Le PCV a eu, jusque dans les années 1960, une certaine influence, mais il est entré en crise à partir de la scission qui allait donner naissance au MAS en 1971. D'un autre côté, la conception « foquiste » (guérillériste) qui prévalait dans les années 1960, spécialement dans le MIR - scission de l'AD -, conduisit à l'abandon de l'intervention des militants de cette organisation dans les fronts de masse, ce qui facilita le contrôle du mouvement syndical par l'AD. Malgré le tournant vers l'intervention dans le mouvement de masse opéré dans les années 1970, après l'échec de la guérilla, la gauche n'est pas parvenue à pénétrer solidement dans le Le MAS, par exemple, intervient de façon

La gauche vient aussi de perdre une cette période électorale, en présentant deux candidats prochaines élections présidentielles. Si l'on prend en compte la crise actuelle que connaît le COPEI et les échecs antérieurs de l'AD, la gauche unie avait la possibilité d'obtenir 30% des voix en se présentant comme une alternative non seulement au niveau électoral, mais

Run facteur décisif dans des luttes sociales. Mais la position intransigeante du MAS et l'ambition personnelle de Teodoro Petkoff, député, président du MAS et candidat de ce parti aux élections du 4 décembre prochain, avec l'appui d'un secteur du MIR, a rendu impossible l'unité par le second candidat gauche, José Vicente Rangel, déjà deux fois candidat à la présidence sur les listes du MAS

Les deux candidatures sont maintenant présentées (6). Celle de Teodoro Petkoff propose un programme réformiste limité, teinté d'un certain anticommunisme et inspiré par certains aspects de la socialdémocratie et des courants euro-communistes. Son objectif est de gagner les couches moyennes et les moyens entrepreneurs. Il a également obtenu l'appui de certaines personnalités bourgeoises qui financent sa campagne électorale. José Vicente

Rangel - appuyé par la Nouvelle alternative, le MEP, le PCV, le Peuple avance (EPA), le Groupe d'action révolutionnaire (GAR), les Comités d'unité populaire (CUP), Patrie socialiste, la Ligue socialiste met en avant un programme réformiste de gauche. Celui-ci comprend les points suivants : appui à Cuba, au Nicaragua, à Grenade, à la révolution centro-américaine ; accélération de la lutte anti-impérialiste par la nationalisation de la banque ; réforme fiscale pour que les riches paient les frais de la crise ; échelle mobile des salaires ; moratoire de la dette extérieure ; lutte pour le socialisme.

L'alliance qui appui la candidature de Rangel est très hétérogène, vu qu'elle s'étend de la social-démocratie du MEP et de la Nouvelle alternative et du réformisme bureaucratique du PCV jusqu'aux courants centristes de gauche et marxistes révolutionnaires. La campagne électorale de Rangel s'est néanmoins radicalisée au fur et à mesure qu'elle se développait. Les sondages d'opinion attribuent aux deux candidats de gauche à peu près le même pourcentage d'intentions de vote, soit 7 à 8 % pour chacun d'entre eux.

LA POSITION DE L'OSR L'Organisation socialiste révolutionnaire, créée en 1978 dans un pays qui dispose d'une très faible tradition trotskyste, a lutté pendant un an avec d'autres organisations pour l'unité de la gauche aux prochaines élections présidentielles, mais constatant qu'il était impossible d'y parvenir, elle a décidé d'apporter un appui critique à la candidature de José Vicente Rangel, car son programme contient certaines aspirations importantes de la classe ouvrière.

L'objectif de l'OSR au cours de cette campagne électorale est de contribuer à développer la conscience de classe, en appelant les travailleurs à ne pas donner leurs voix aux deux candidats de la bourgeoisie, Caldera et Lusinchi. Mais la lutte pour l'unité de la gauche et de la classe ouvrière doit aussi se mener avant et après les élections, au travers de la formation de fronts unis dans les syndicats, dans le mouvement paysan et étudiant, dans la lutte contre l'impérialisme et pour la libération de la femme, dans les comités écologiques et les comités de quartier. L'OSR a pour ambition d'aider au développement de courants classistes à travers la lutte sociale de tous les jours, en propageant les expériences de lutte des travail-

L'un des objectifs importants de TOSR est aussi de développer la solidarité internationaliste l'Etat ouvrier cubain, avec la révolution nicaraguayenne, avec la révolution en Amérique centrale et à Grenade. Quelques militants de l'OSR ont d'ailleurs été amenés à s'opposer publiquement à certains militants du MAS qui se sont prononcés contre le Nicaragua et qui ont calomnié Cuba en l'accusant d'être un Etat despotique et totalitaire, notamment lors du congrès tenu à Caracas en commémoration du 200e anniversaire de la naissance de Simon Bolivar (7). L'OSR a usé de son influence sur

Rangel pour qu'il organise une grande démonstration de masse en solidarité avec l'Amérique centrale, obligeant ainsi les autres candidats à se prononcer sur ce sujet.

Dans le cadre de l'actuelle campagne électorale l'OSR participe à la formation de Comités socialistes d'appui à Rangel, qui ne doivent pas se limiter à faire de la propagande électorale, mais au sein desquels il est possible d'agir pour faire progresser le degré d'éducation politique et d'organisation de la classe ouvrière. Ces comités sont des noyaux de discussion et de critique pour l'élaboration de propositions programmatiques par secteurs du mouvement ouvrier, qui sont ensuite soumises au candidat Rangel. Si ce dernier les approuve et signe un accord avec, par exemple, les secteurs du textile, de la métallurgie, des femmes, des écologistes, des indiens ou des paysans, cela est massivement diffusé dans le but de pousser d'autres secteurs à agir de la sorte. Par l'intermédiaire de sa participation aux comités socialistes, l'OSR impulse les débats sur les mesures à prendre contre l'impérialisme et la bourgeoisie « créole », sur le soutien au syndicat Solidarité et aux ouvriers polonais, sur la solidarité avec l'Amérique centrale et Cuba. Elle propose aussi une plate-forme pour lutter contre la crise contel'échelle mobile des salaires, le blocage des prix, une réforme fiscale au travers de l'instauration d'un impôt progressif sur le grand capital, la nationalisation du système bancaire et un moratoire de la dette extérieure, tout cela devant se combiner dans la perspective d'une lutte pour un gouvernement des ouvriers et des pauvres des villes et des campagnes dans un Ve-

Ice contexte, l'OSR a de bonnes possibilités pour former, avec le GAR, l'EPA, les CUP, un pôle des révolutionnaires (8) qui appuie la candidature de Rangel, ce qui représenterait un jalon important sur le chemin de la construction d'un parti marxiste révolutionnaire.

José VALDES Caracas, 15 juillet 1983. 6. Après les élections législatives de décembre 1978, où elle totalisa environ 11 % des suffrages, la gauche vénézuélienne entreprit un processus unitaire avec la formation, en 1979, du Comité national de coordination de la gauche (CNI), dont les listes aux élections municipales obtinrent des résultats plus importants, approchant le 20 % des suffrages. En 1980, les formations de gauche se mettaient d'accord Pour présenter un candidat unique aux élections présidentielles de 1983, envisageant même pour son choix le recours à des « primaires » ouvertes aux militants et électeurs des différents partis préalablement inscrits dans un registre électoral spécifiquement destiné à cet effet. Cet accord n'a néanmoins pas été maintenu pour des raisons analysées dans le présent article.

7. Cf. Inprecor numéro 156, du 12 septembre 1983.

8. Depuis lors, un accord est en effet intervenu, le 28 août 1983, entre le GAR, L'EPA, les CUP et l'OSR pour la formation, autour d'une plate-forme d'action commune, d'une * Convergence des révolutionnaires qui appuient José Vicente ».

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