Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MILITARISATION

Non à l'implantation des missiles américains en Europe

· Inprecor n° 159, 24 octobre 1983 · p. 3-5 · 1 742 mots

Paix et armements Allemagne États-Unis Écologie

precine dembl dion a nier doutate va tuerier

NE vague de mobilisations antiguerre d'une ampleur sans sur la vieille Europe capitaliste dans les prochaines semaines. Les 22 et 23 octobre marqueront un temps fort de ces mobilisations, avec des manifestations le 22 octobre, à Londres à l'appel de la Campagne pour le désarmement nucléaire

(CND), dans cinq villes d'Allemagne fédérale - Bonn, Hambourg, Berlin, Stuttgart, Neu Ulm - à l'appel de la coordination nationale du Mouvement de la paix et au terme d'une semaine de mobilisation nationale, à Madrid à l'initiative des

Jean-Louis MICHEL

Partout une même exigence sera mise en avant par des millions de manifestants, celle du refus de voir déployer un seul missile américain supplémentaire en Europe. Ainsi, la décision de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) du

12 décembre 1979 est battue en brèche par une vague de fond de mobilisations.

Une décision officiellement « double », parce qu'elle paraissait conditionner le déploiement des 572 nouveaux vecteurs

108 fusées Pershing et 464 nucléaires, missiles de croisière, à l'issue des négociations sur les armes de portée intermédiaire (INF) engagées entre Américains et Soviétiques à Genève. De fait, les péripéties de ces négociations ont apporté la preuve, au fil des mois, que Ronald Reagan n'entendait point négocier, et que l'impérialisme nord-américain ne souscrivait au rituel de ces négociations qu'afin de désamorcer la contestation pacifiste.

Le rejet par l'administration américaine, il y a quelques semaines, du projet d'accord connu sous le nom de compromis « de la promenade dans les bois », auquel étaient parvenues les deux délégations négociant à

Genève, l'illustre bien. Selon ce plan, l'Union soviétique aurait réduit à 75 le nombre de ses lanceurs

SS-20, tandis qu'en échange les Etats-

Unis, renonçant au déploiement des fusées Pershing en Europe, se seraient contentés de déployer 75 lanceurs emportant

4 missiles de croisière chacun. Un accord qui paraissait favorable à la partie américaine, puisqu'il semble bien que le Pentagone lui-même l'ait trouvé tout à fait satisfaisant, avant que Ronald Reagan ne décide de le rejeter sans autre forme d'ex-

L'ex-chancelier social-démoplications.

ouest-allemand,

Helmut Schmidt, dont on sait qu'il fut l'un des principaux initiateurs de la décision de l'OTAN en

1979, s'en est même offusqué, déclarant :

« Je n'ai jamais été consulté, pas plus que les autres alliés, sur le rejet de ce plan. Selon mon interprétation des intérêts de mon pays et de l'Ouest tout entier, l'ac-

Non à l'implantation

des missiles US en Europe

WORLD PEACEMARCY cord "de la promenade dans les bois" était totalement acceptable. (2) »

CONTRE LES PLANS DE GUERRE

IMPÉRIALISTES La décision américaine de refuser un plan qui en tout état de cause prévoyait le déployement de quelques 300 missiles de croisière, et par la même ne correspondait nullement aux revendications exprimées par des millions de manifestants antiguerre, atteste de la volonté de l'administration Reagan d'aller jusqu'au bout dans la mise en œuvre de ses plans de guerre. Dans ces derniers, les Cruise et les Pershing ne tiennent pas, à l'évidence, la même place. Les missiles de croisière (Cruise) sont des armes dites de saturation des lignes de défense adverses. Leur emploi éventuel, en grand nombre, n'est guère concevable que dans une guerre nucléaire généralisée et non au tout début d'un conflit. De plus, les dirigeants américains

MILITARISATION commissions anti-OTAN, à Paris et dans cinq autres villes de

France - Lille, Nancy, Bourges, Lyon et Marseille - à l'appel du Mouvement de la paix, à Stockholm enfin.

Le 23 octobre, d'autres mobilisations se dérouleront à Rome à l'appel de la coordination nationale pour la paix, à Bruxelles, et à nouveau à Paris à l'initiative du Comité pour le désarmement nucléaire en Europe (CODENE). Le 24 octobre, une manifestation se tiendra à Oslo. Le 29 octobre, on manifestera à La Haye et à Copenhague et, enfin, le 5 novembre à

Berne, là encore à l'appel de la coordination nationale (1).

ONTEOPE

TORONTE

Manifestation pour la paix, à New-York, en juin 1982. (DR)

possèdent déjà de telles armes dans les composantes aériennes et navales de leurs forces. Les fusées Pershing sont, quant à elles, des armes de première frappe destinées à attaquer l'adversaire en premier, et si possible par surprise. On ne répètera jamais assez que leur implantation introduirait une rupture majeure, en faveur de l'impérialisme, des équilibres militaires actuels. Pour en prendre la mesure exacte, il suffirait d'imaginer les réactions impérialistes à une contre-mesure qui signifierait l'installation à Cuba de systèmes d'armes comparables en quantité et en qualité, menaçant directement tous les points né vralgiques du système de défense, au sens large, des Etats-Unis.

1. Pour un rappel des manifestations contre les euromissiles du printemps dernier et une analyse plus approfondie de l'enjeu des mobilisations pacifistes, à l'Ouest comme à l'Est, se reporter à Inprecor numéro 152 du 6 juin

1983, et 153 du 20 juin 1983.

2. Washington Post, 22 mai 1983.

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J'• LA PAIX

Fête pour la paix, à Paris, en juin 1983. (DR)

De la même manière, la corrélation entre le déploiement d'un système d'armes comme les fusées Pershing et la nouvelle doctrine d'emploi des armes nucléaires adoptées par l'armée américaine est rès inquiétante. La Military Review confirmait il y a peu que « la doctrine "Airland Battle" prévoit non seulement que les Etats-Unis puissent prendre l'initiative d'utiliser des armes nucléaires (first use) - ainsi que l'envisageait la précédente doctrine —, mais aussi l'éventualité d'une première frappe (first strike) américaine. Alors que la formule "first use" signifie que les Etats-Unis seraient le premier pays à décider de franchir l'escalade de la guerre conventionnelle à la guerre nucléaire, l'expression "first strike" veut dire que les Etats-Unis commenceraient la guerre en employant des armes nucléaires (3) ».

Enfin, il est juste, pour apprécier pleinement le danger que représente l'implantation des fusées Pershing en République fédérale d'Allemagne (RFA), de considérer l'hypothèse d'un déclenchement accidentel d'une catastrophe nucléaire. Selon diverses sources américaines, un délai de 6 minutes est nécessaire pour déceler la plupart des fausses alertes déclenchées par erreur par les ordinateurs. Il y aurait eu pas moins de 147 incidents de ce genre en vingt mois aux Etats-Unis. La même chose se produit de manière aussi fréquente en Union soviétique. Or, il faudra moins de 6 minutes à une fusée Pershing pour atteindre son objectif. Si elles sont effectivement déployées, le scénario du déclenchement de l'holocauste,

ISLAVIE

IK VAN VREDE LA VIE par une simple erreur, ne relèvera désormais plus de la science fiction.

C'est en Allemagne fédérale qu'est prévu le déploiement de ces 108 fusées Pershing. Dès décembre prochain, 36 d'entre elles seront acheminées à Heilbronn pour y être assemblées et entrer en service opérationnel à compter de février ou mars prochain. Pour faire bonne mesure, l'OTAN déploiera dans le même temps les premiers missiles de croisière destinés à la Grande-Bretagne et à l'Italie, respectivement sur les bases de Greenham Common et de Comiso (Sicile).

C'est donc bien une épreuve de force centrale et décisive qui s'engage avec la bataille des missiles, entre la coalition impérialiste de l'OTAN et le mouvement antiguerre européen. De son issue dépendront l'application plus ou moins rapide des plans de guerre impérialistes, l'avenir même du mouvement de masse antiguerre et, dans une certaine mesure, l'évolution globale des rapports de force dans cette région du monde. L'impérialisme a fixé les enjeux. Au mouvement ouvrier et au mouvement antiguerre de relever le

CONTRE LA COURSE AUX ARMEMENTS, CONTRE L'AUSTÉRITE

ET LA MILITARISATION Ce défi, il convient de le relever dans toute son ampleur, tant il est vrai que la course aux armements a atteint, avec l'approfondissement de la crise capitaliste des proportions absolument démentielles. Une étude américaine réalisée récemment pour le compte de l'Association pour le contrôle des armements et la fondation Rockfeller, estime à 660 milliards de dollars ce qui a été dépensé à des fins militaires cette année, soit 1,3 millions de dollars par minute à l'échelle mondiale. 50 000 armes nucléaires seraient prêtes à l'emploi dans les entrepôts des grandes puissances militaires.

De quoi anéantir en effet 22 fois toute vie humaine à la surface de la planète, chaque habitant se voyant, dans ce cadre, menacé par l'équivalent de trois tonnes d'explosif. En outre, les arsenaux nucléaires ne sont pas les seuls à être inquiétants. Les arsenaux bactériologiques et chimiques n'ont rien à leur envier, même s'ils sont protégés par un épais secret. Quant aux arsenaux conventionnels, ils n'ont pas fait moins de 9 millions de victimes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et il se trouve encore des laboratoires de recherche pour travailler d'arrache-pied, aux Etats-Unis, à la mise au point d'armes conventionnelles dites « intelligentes », en raison de leur extrême précision, et « quasi nucléaires », en raison de leurs capacités de destruction en tout point comparables à celles des systèmes d'armes nucléaires.

Ces chiffres astronomiques devraient être très rapidement dépassés parce que la course aux armements, qui affecte désormais l'ensemble des secteurs de la production militaire, connaît une expansion exceptionnellement rapide. Il faut en chercher la raison dans la profondeur de la crise, les industries d'armement jouant dans ce cadre le rôle de marché de substitution pour la relance de l'accumulation du capital.

Il est d'ailleurs significatif que les idéologues capitalistes, toujours prêts à dénoncer l'« Etat-providence » quand il s'agit de s'attaquer aux acquis sociaux de la classe ouvrière, proposent en revanche une expansion rapide des crédits militaires des Etats capitalistes. Ainsi, 1 500 milliards de dollars que Reagan destine à l'effort de guerre américain de 1984 à 1988, s'ils devaient être effectivement dégagés, aboutiraient à faire passer la part du budget fédéral consacrée à la défense de 25 à 30 % de l'enveloppe budgétaire globale. En France, les 830 milliards de francs de la loi de programmation militaire 1984-1988, votée au printemps dernier par le Parlement, aboutiront à une progression très sensible de la part relative des crédits militaires dans le budget de l'Etat (20 % actuellement).

Parallèlement, pour financer ce gouffre sans fond des dépenses militaires, les capitalistes et les hommes qui gouvernent en leur nom s'attaquent avec de plus en plus de détermination aux acquis ouvriers en matière de santé, d'éducation, de protection sociale, imposant mesures d'austérité après mesures d'austérité aux travailleurs et à la jeunesse. Militarisation et austérité sont bien les deux éléments inextricablement liées d'une politique capita-

3. Cité par le Monde diplomatique, février 1983.

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liste pour sortir de la crise sur le dos de la

RFA classe ouvrière.

POUR LA PAIX ET LE SOCIALISME

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