Inprecor 1974–2004

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BELGIQUE

Déclaration de la Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT) sur le bilan de la grève des services publics

· Inprecor n° 160, 7 novembre 1983 · p. 30-31, 31-32, 32 · 1 894 mots

Syndicalisme Belgique

Déclaration du Bureau politique de la

Ligue révolutionnaire des travailleurs

1) UN MOUVEMENT DE GREVE

PUISSANT ET UNI

Dans la foulée de la défaite, durant l'été 1983, des travailleurs de la ville de Liège, le gouvernement Martens-Gol pensait pouvoir s'attaquer sans trop de risques aux agents des services publies, dans le cadre du budget 1984. C'est une grève générale des services publies de plus de dix jours qui lui a répondu.

L'ampleur du mouvement témoigne de la profondeur de l'opposition aux mesures d'austérité envisagées par le gouvernement. Cette opposition s'est manifestée avec la même vigueur en Flandres, à Bruxelles et en Wallonie. Des travailleurs qui avaient déjà lutté sans résultats (chemins de fer vicinaux, ville de Liège, ...) sont repartis en grève. Cette opposition n'est pas seulement le fait des travailleurs des services publics, elle est le fait de toute la population laborieuse du pays. Malgré la campagne hystérique de la droite et de certains médias contre « la prise en otage des usagers », la grève a bénéficié d'une large compréhension auprès des travailleurs. Rapidement également, la nécessité de l'extension de l'action au secteur privé est apparue, surtout en Wallonie. 2) LA FORCE DU MOUVEMENT A ÉTÉ

GASPILLÉE PAR LES DIRECTIONS

SYNDICALES

La grève des services publies ne s'est pas essoufflée. Elle a été arrêtée au moment même où les travailleurs des services publies et du secteur privé auraient dû recevoir un mot d'ordre d'action interprofessionelle de la Fédération générale des travailleurs de Belgique (FGTB) et de la syndicats chrétiens (CSC). A partir du jeudi 22 septembre, deux organisations syndicales abandonnaient le combat : le syndicat libéral et la Centrale chrétienne des services publics (CCSP). Ce lâchage a introduit un certain flottement en fin de semaine. Le comité de la FGTB, le vendredi 23 septembre, n'a pris aucune décision et a ainsi purement et simplement laissé tomber les grévistes à un moment crucial de leur lutte. L'interrégionale wallonne de la FGTB a attendu 11 jours avant de faire une proposition d'élargissement au secteur privé.

Les directions syndicales des services publies, en acceptant de négocier avec le gouvernement, ont pris une lourde responsabilité. Les centrales chrétiennes ont finalement suivi la politique de la direction CSC, qui était de tout faire pour sauver le gouvernement. Mais il faut noter vail, les cheminots chrétiens ont attendu jusqu'au vendredi midi pour décider la reprise. L'opposition à la base de la CSC n'a sans doute jamais été aussi forte. De la part de la direction de la Centrale générale des services publies (CGSP) FGTB, le fait de négocier, de ne pas rejeter clairement l'accord dès le mercredi 21 septembre au matin et de le « présenter » aux affiliés, a semé le doute sur les objectifs de la grève. En agissant de la sorte, la direction nationale de la CGSP a fait la part belle à la CSC en permettant à celleci de dissimuler le fait qu'elle changeait l'objectif de la lutte et volait au secours du gouvernement.

Les directions syndicales interprofessionnelles en premier lieu, celles des services publics ensuite, ont bradé un combat exemplaire contre un mauvais accord En effet, même si le gouvernement a cédé sur des points importants comme les pensions et les biennales, il a réussi à imposer aux agents des services publics, en plus des mesures qui touchent tous les travailleurs du pays, une ponction équivalant aux 8,5 milliards de francs belges initialement prévus (1,3 milliard de franes français). 3) UNE OCCASION A ÉTÉ MANQUÉE

POUR CHASSER CE GOUVERNE-

MENT ET METTRE FIN A SA

POLITIQUE D'AUSTÉRITÉ

Au-delà du résultat décevant de la grè l'ensemble du mouvement ouvrier qui a manqué une occasion excep tionnelle. Les dirigeants de la FGTB, de la CSC, du Parti socialiste (PS) et du Mouvement ouvrier chrétien (MOC) s'en sont tous pris à la politique Martens-Gol. Tous ont dit : « Si ce gouvernement ne change pas de politique, il doit s'en aller. » Le gouvernement n'a pas changé d'orientation, mais les directions syndicales et politiques n'ont pas osé le chasser. Et cela pour une raison essentielle : elles n'ont pas d'alternative à la politique d'austérité menée par le gouvernement

Même si c'est de manière différente, tant la FGTB que la CSC, tant le PS que le MOC, partent du principe que « les sacrifices sont inévitables ». Leurs politiques se limitent à envisager comment les répartir « plus justement ». Mais ils négligent pendant ce temps d'indiquer les vrais responsables de la crise, les banques, les holdings, les patrons ... et de proposer alternative politique qui leur fasse payer la crise. C'est ainsi qu'en plein mouvement, Guy Spitaels (président du PS de Wallonie), annonçait qu'il y aurait « des mesures pénibles à prendre, même si le PS était au pouvoir ». Cela indique clairement que les socialistes n'ont d'autre ambition que de gérer l'austérité plutôt

C'est également parce qu'elles ne refusent pas clairement tout sacrifice que les organisations syndicales n'ont pas engagé l'épreuve de force avec le gouvernement. Or, à la lumière de la dernière grève, cette épreuve de force apparaît à des centaines de milliers de travailleurs comFroccia del Solé

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me inévitable si l'on veut arrêter la politique d'austérité.

Même si un tel mouvement de grève incitera le gouvernement et le patronat à plus de prudence, il est peu probable que ceux-ci dévient du but qu'ils se sont fixés : imposer une réduction des salaires directs et indirects aux travailleurs de ce pays. Les résultats de la concertation sociale globale qui vient de se terminer le démontrent clairement : les organisations syndicales n'y ont rien obtenu. Si le mouvement ouvrier, lorsqu'il s'engagera de nouveau dans une action d'envergure, ne se donne pas pour but de renverser le gouvernement, il risque d'être à nouveau 4) UN MOUVEMENT DE CETTE

AMPLEUR LAISSERA DES TRACES

PROFONDES DANS LA CONSCIEN-

CE DES TRAVAILLEURS ET DANS

LE MOUVEMENT OUVRIER

De larges couches de travailleurs sont aujourd'hui conscientes de l'inutilité de l'austérité et donc de la nécessité de refuser tout nouveau sacrifice. Parallèlement à cette prise de conscience, la grève a dél'unité des travailleurs flamands et wallons est possible. Cette unité a été profonde car, non seulement, comme d'autres fois, la Flandre « a suivi », mais, dans beaucoup de cas, elle a été à l'avant-garde de l'action, comme à Anvers, où le niveau d'organisation de la grève a été le plus élevé du pays. Au travers de cette grève, les 800 000 travailleurs des services publics ont paralysé plusieurs fonctions vitales du pays, faisant ainsi progresser l'idée d'un ensemble » et « qui dure ». La leçon n'aura pas manqué de frap per de nombreux travailleurs, y compris du secteur privé. L'épreuve de force que pourrait être une grève générale est devenue tangible. Toutes ces leçons, qui vont à l'encontre du « repli wallon » proposé par le PS et la FGTB wallons, ne disparaitront pas de sitôt.

Dans les organisations syndicales elles-mêmes, la grève va laisser des traces profondes. La FGTB va devoir, en plus du clivage communautaire, affronter un clivage entre le public et le privé. L'incapacité de la FGTB à prendre une décision pour élargir la grève va augmenter fortement la défiance à l'égard de toutes les structures interprofessionnelles et affaiblir ainsi la force de frappe de la FGTB. autre vérité: A la CSC, plusieurs centrales professionnelles (employés, cheminots et los) ont manifesté leur opposition au gouvernement et leurs réserves par rapport aux liens étroits entre la CSC et le Parti social-chrétien flamand (du Premier ministre Martens)/Parti social-chrétien francophone (CVP/PSC). Tous ces éléments, combinés au fait marquant que les organisations syndicales n'arrivent plus à défendre l'emploi et les conditions d'existence des travailleurs, vont alimenter un débat intense au sein des syndicats et de leurs directions. La défiance à l'égard des directions, de moins en moins à la hauteur de la situation, ira en s'accentuant. 5) POUR LUTTER CONTRE L'AUSTE-

RITE, IL FAUT UNE DIRECTION

SYNDICALE DE COMBAT

Pour gagner les prochaines batailles, il faut que des choses changent dans les di rections syndicales. Il faut que les syndicalistes de combat qui ont mené la lutte, qui ont la confiance de leurs camarades et qui expriment clairement les objectifs de la base, soient mis à la tête des syndicats. Il faut forger une direction syndicale à la hauteur de la lutte contre l'austérité et le capitalisme. Déjà lors des élections sociales dans le secteur privé, des centaines de délégués combatifs ont été poussés en avant ; il faut faire de même dans les ser-

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vices publics, à tous les échelons de l'organisation syndicale. 6) UNE AUTRE VOIE EST POSSIBLE,

UN AUTRE PROGRAMME EXISTE

Tout au long de la grève, la Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT, section belge de la IVe Internationale), avec ses militants, tant dans le secteur privé que le secteur public, et avec beaucoup d'autres syndicalistes, a défendu une autre politique. Nous sommes convaincus que seule une alternative anticapitaliste peut mener les travailleurs à la victoire. Les princiaux points de cette alternative sont :

- Refusons tout sacrifice. La modération n'a pas encore créé un seul emploi. Rétablissement intégral de l'index (des salaires sur le coût de la vie, Ndlr.). Semaine de 32 heures sans perte de revenus.

— Prenons l'argent là où il est. Levée du secret bancaire, inscription des fortunes dans un registre publie, non à l'amnistie fiscale.

— Pour casser la crise, il faut briser le pouvoir patronal: nationalisation des banques, des holdings, des secteurs clés de l'économie, sans indemnités et sous controle ouvrier.

- Martens-Gol dehors. C'est une illusion de croire que ce gouvernement changera de politique. Il faut le chasser.

- Ni Martens-Gol, ni Martens-Spitaels, gouvernement des travailleurs. Un gouvernement de coalition avec les socialistes et le PSC/CVP ne résoudrait rien. Il faut un gouvernement imposé par la grève générale, appuyé par le front commun syndical FGTB-CSC. Un gouvernement qui s'engage à satisfaire toutes les revendications des travailleurs.

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Cette dernière question a été abondamment discutée durant la grève. Nombreux étaient ceux qui se demandaient : « Que mettra-t-on à la place de Martens-Gol? » C'est une question vitale. Tant que le mouvement syndical n'a pas une alternative à ce niveau, les luttes n'iront pas jusqu'au bout. Au sein du mouvement syndical, il existe une telle alternative, élaborée par le congrès de la CGSP-enseignement, alternative qui nous semble tout à fait valable : « Nous nous prononçons donc en toute indépendance en faveur d'un gouvernement qui s'appuie sur les travailleurs mobilisés et politisés, et qui mette l'économie au service du social... Un gouvernement de ce type doit représenter l'ensemble du monde du travail, en excluant les représentants du capital. » C'est par rapport à un tel texte que devraient se prononcer le PS et le MOC. C'est seulement dans cette perspective qu'un « rassemblement des progressistes » prendrait son sens et mettrait fin à la collabo-

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sociaux-démocrates.

Ce changement de politique est immense. Il ne tombera pas du ciel. Pour forger l'unité de combat des travailleurs, pour défendre un programme anticapitaliste, il faut construire un nouveau parti des travailleurs. Un parti qui soit vraiment intérêts ouvriers et non pas des places dans l'appareil d'Etat. La LRT s'est donnée pour but de travailler à la construction d'un tel parti. Rejoignez la LRT et, avec ses militants, vous lutterez dans les entreprises, dans les bureaux, dans le mouvement syndical pour un changement radical de politique.

Bureau politique de la LRT, La Gauche, 7 octobre 1983.

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