Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOSSIER CHILI

Extraits du manifeste du MIR

· Inprecor n° 160, 7 novembre 1983 · p. 21-23 · 2 579 mots

Argentine et Chili Syndicalisme

"Seul le renversement de la che ret pour le re Mil doit les de ates destine done, contre la oe ANS un Manifeste rendu public en septembre dernier, le Mouvement de la gauture et pour le « pouvoir populaire ». Ce texte constitue donc, dans la période actuelle, un document de référence politique pour cette organisation. C'est à ce titre dictature résoudra la crise nationale"

Extraits du manifeste du MIR (...) Les dirigeants de l'opposition bourgeoise proposent l'établissement d'un « pacte social » entre les travailleurs, la petite et moyenne entreprise et les grands capitalistes, afin de résoudre la crise économique et sociale par la répartition équitable de ses coûts. Mais les ouvriers, les paysans, les employés, les petits et moyens entrepreneurs se demandent à juste-titre : « Pourquoi devons-nous continuer à faire les frais d'une crise provoquée par les capitalistes? Peut-on qualifier d'équitable un pacte qui préserve la voracité des groupes financiers monopolistes au prix de sacrifices encore accrus de la part des travailleurs et des entrepreneurs modestes? Cette grave crise pourra-t-elle vraiment être résolue sans s'attaquer à ses causes profondes? »

LE RESPECT ET LA GARANTIE

DES DROITS ÉCONOMIQUES

ET SOCIAUX DE TOUT LE PEUPLE

Il ne peut y avoir de solution réelle de la crise sans l'expropriation des groupes monopolistes qui contrôlent l'économie et sont responsables du désastre national, et sans la nationalisation du système bancaire et financier, des assurances et du commerce extérieur. L'Etat doit prendre en

CHILI « Protesta » de septembre 1983. (DR) charge la gestion directe des secteurs productifs, des secteurs financiers, des services stratégiques pour le développement d'une économie rationnelle au service de la grande majorité de la nation. Cela ne menacerait en rien l'entreprise privée non monopoliste. Ce serait, au contraire, le seul moyen de garantir aux petits et moyens entrepreneurs de justes conditions d'activité, d'en finir avec l'actuel système de crédit usuraire, d'assurer la protection par l'Etat de la production nationale.

De même, sans mettre fin au pillage impérialiste de notre économie nationale, on ne pourra parvenir à une solution effective de la crise. Il est indispensable de récuser les accords désastreux établis entre la dictature et le Fonds monétaire international (FMI), qu'il est impossible de respecter et qui constituent un fardeau insupportable pour tous les Chiliens. Le paiement immédiat d'une dette aussi lourde empêcherait la reconstruction de l'économie chilienne. C'est pourquoi il faut suspendre le paiement de la dette extérieure durant le délai nécessaire à la solution de la crise, en passant des accords à long terme non coûteux pour le pays. Il faut d'autre part abroger le code de la dictature en faveur des investisse-

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préservation du système économique et ble d'une réelle démocratie dans notre ments étrangers et le remplacer par un nouveau statut garantissant des relations économiques respectueuses de la souveraineté nationale et fondé sur la base d'avantages réciproques.

Les droits économiques et sociaux de tout le peuple doivent être assurés par le développement d'un programme de salut national visant à remettre en marche les industries paralysées par la crise et à assurer le droit au travail de tous les Chiliens. Ce plan d'urgence doit affirmer :

- L'abrogation de la législation de la dictature sur le travail, le plein rétablissement de la liberté d'organisation, de revendication et de grève des syndicats pour tous les travailleurs et employés, ainsi que la stabilité de l'emploi.

- La garantie d'un salaire minimum digne et juste pour tous les travailleurs et la garantie d'un « panier populaire » de ravitaillement avec un prix fixe des articles de consommation de première néces-

- L'expropriation des intérêts des groupes économiques compromis avec la propriétaires fonciers et les groupes agro-alimentaires ; la restitution des terres aux paysans affectés par la contre-réforme agraire de la tyrannie, ainsi qu'aux communautés indiennes mapuches ; des conditions de travail justes pour les travailleurs de la terre et des forêts ; l'aide au mouvement coopératif pour assurer l'assistance technique, le crédit et des prix justes pour le petit et moyen producteur agricole.

- Le développement d'un programme de logements d'urgence, annulant les dettes en eau, en électricité et en dettes de loyers; la construction de logements populaires pour les sans-logis ; un plan de protection de l'enfance et de la famille, et un programme en faveur de l'égalité des droits de la femme.

- La suppression des dettes usuraires contractées auprès des banques par les petits et moyens entrepreneurs, ainsi qu'un plan d'aide et de protection pour cet important secteur de l'économie.

- Un programme d'urgence de l'Etat pour garantir le droit de tout le peuple à un système national de santé publique gratuit, l'accès libre et égalitaire à un systéme d'éducation publique gratuite, et la sécurité sociale d'Etat pour tous les Chiliens.

UN RÉGIME DÉMOCRATIQUE

POPULAIRE Le gouvernement militaire, les organes de presse de la bourgeoisie officialiste, les dirigeants de la droite, les porte-parole de la bourgeoisie d'opposition, tous les secteurs des classes dominantes avancent diverses stratégies et projets prétendant aboutir à un régime politique qui limiterait, à des degrés divers, les libertés publiques : démocratie «autoritaire », « protégée », « limitée », « viable », « néo-libérale », ete. Ce qui est clair, c'est que la bourgeoisie chilienne, tant les secteurs d'opposition que ceux du gouvernement, s'accordent à considérer que la social capitaliste dépendant de l'impérialisme est impossible avec un régime de pleine démocratie politique. Sous prétexte que « les marxistes sont totalitaires » ou que « les communistes, extrémistes et fauteurs de violence, menacent la convidémocratique », ils proposent en fait le passage, à court ou moyen terme, à des régimes admettant diverses formules d'ouverture et de participation, qu'il s'agisse de forces bourgeoises ou de secteurs populaires acceptant de se subordonner à la bourgeoisie. Ils envisagent en même temps la marginalisation institutionnelle et la répression contre les forces non subordonnées à la bourgeoisie. La raison en est claire: la bourgeoisie redoute qu'une pleine démocratie politique, sans exclusions, ouvre à nouveau le chemin au mouvement populaire en lutte pour la transformation du système social, vers le gouvernement, comme cela s'est déjà produit en 1970. (...)

L'établissement d'une démocratie de masse, sans restrictions, régie par une nouvelle constitution politique démocratique et populaire adoptée par tout le peuple et élaborée par une assemblée constituante élue au suffrage universel et secret, constitue la condition indispensable pour résoudre la crise politique et assurer la construction d'un nouvel ordre économique au service de la grande majorité de la nation. C'est pourquoi tous les secteurs du peuple doivent s'organiser en un pouvoir populaire, seule garantie pour que le régime qui succèdera à la dictature soit une pleine démocratie.

DISSOLUTION IMMÉDIATE

DES APPAREILS RÉPRESSIFS ET DEMOCRATISATION DES FORCES ARMÉES La grande bourgeoisie parle de démocratie mais ne dit rien sur la démocratisation des forces armées qui ont implanté le régime le plus antidémocratique qu'ait connu notre pays. Elle ne dit rien sur la dissolution des appareils répressifs et sur le châtiment des coupables de crimes atroces contre le peuple. Nous entendons en revanche la bourgeoisie d'opposition donner toutes sortes de garanties à la hiérarchie militaire compromise avec la dietature, selon lesquelles les forces armées actuelles seront préservées. Elle n'exige pas qu'on en finisse avec les appareils répressifs et, sous prétexte qu'il ne faudrait pas cultiver l'esprit de vengeance, elle suggère qu'il vaudrait mieux oublier les cas des prisonniers disparus et des atteintes aux droits de l'homme.

Ce n'est pas l'esprit de revanche ou de vengeance qui conduit le mouvement démocratique et populaire à considérer que cette décennie tragique d'oppression militaire est une expérience historique amère que notre patrie ne peut oublier pour « remettre les compteurs à zéro ». Sans affronter le problème de l'armée et des forces de répression militaires, il n'y aura jamais les garanties nécessaires l'établissement et au développement sta-

Ce sont les militaires eux-mêmes qui ont assassiné le mythe selon lequel les forces armées étaient des institutions respectueuses de la démocratie, de la Constitution, qui s'en tenaient à leur rôle professionnel de défense de la sécurité du peuple. L'armée chilienne a démontré avec une suffisante clarté sa vocation anti-démocratique. Elle a prouvé qu'elle est commandée par un groupe d'officiers supérieurs corrompus, qui n'ont pas hésité à déclarer la guerre à leur propre peuple pour préserver les intérêts capitalistes.

dans le cas hypothétique où cette armée se résignerait au rétablissement d'un régime démocratique, éviter répète un nouveau d'Etat ? C'est pourquoi il faut réorganiser sur des bases démocratiques les forces de

Get de la police, les épurer des fascistes, réintégrer les militaires démocrates expulsés, et maintenir en fonetion les éléments non compromis dans les crimes contre le peuple.

La formation de milices urbaines a également été utilisée au Chili dans un passé lointain pour barrer la route au mili-

Aujourd'hui, la formation de milices de citoyens est une nécessité pour protéger un véritable régime démocrati-

ASESIN0S

10 000 personnes pour l'enterrement d'un manifestani

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que contre toute tentative putschiste.

La dissolution immédiate des appareils répressifs de la dictature, l'éclaircissement total du cas tragique des prisonniers disparus et des opposants assassinés par la tyrannie, sont également des mesures sans lesquelles une démocratisation effective est impensable. Si on ne juge pas Pinochet et les autres officiers qui ont commis des crimes contre le peuple, les tortionnaires, il sera impossible de rétablir un consensus national, il ne pourra y avoir de paix dans notre pays. Il n'est pas possible de fermer les yeux devant le drame que vivent des milliers et des milliers de familles chiliennes. (...)

L'ALTERNATIVE DEMOCRATIQUE

RÉVOLUTIONNAIRE C'est précisément la crainte de voir ce torrent démocratique de masse inonder la société de sa force rénovatrice qui a conduit, ces derniers mois, à un rapprochement entre les secteurs du régime dietatorial et l'opposition bourgeoise à la recherche d'un accord permettant aux classes dominantes de faire face à la me. nace populaire. La base de cet accord serait la nécessité de maintenir un rôle tutélaire aux forces armées, afin de maintenir une coercition dictatoriale contre les

CEMOAÑERO MIGUEL A

tué par la police en août 1983. (DR)

classes populaires, leurs organisations de masse et leurs partis. Pour cela, l'opposidevrait reconnaître la légitimité du régime dictatorial militaire et accepter un processus de transition lent et graduel. En échange, on introduirait des aménagements dans l'actuel régime, tels qu'une plus grande pouvoir judiciaire, la constitution d'un Parlement incorporant l'opposition bourgeoise mais non les forces populaires, la légalisation des partis bourgeois, scénario négocié de transition institutionnelle vers un régime civil. On prétend ainsi adoucir les tensions au sein des classes dominantes, tromper les classes populaires, isoler et frapper les secteurs les plus radicalisés.

Il n'est pas facile qu'un accord de ce type voie le jour, car il se heurte au refus de Pinochet et des secteurs les plus immobilistes du régime. Mais si cet obstacle était surmonté, non seulement la crise nationale n'en serait pas résolue pour autant, mais il en résulterait de nouveaux dommages pour les classes populaires. Le seul fait que des dirigeants de la Démocratie chrétienne et d'autres secteurs bourgeois d'opposition œuvrent à un tel compromis devrait suffire pour que les groupes de gauche et les autres secteurs populaires qui placent leurs espérances dans ce courant d'opposition, comprennent que ces espoirs ne sont rien d'autre qu'une illusion néfaste.

Se soumettre à l'opposition bourgeoise, sacrifier l'indépendance et l'unité du mouvement populaire, nourrir l'espoir que l'opposition bourgeoise puisse ouvrir le chemin au rétablissement d'une démocratie réelle au Chili, constituent autant d'erreurs, aussi graves que celles commises sous le gouvernement de l'Unité populaire en croyant que l'impérialisme, les partis bourgeois et les forces armées respecteraient les institutions démocratiques. La classe ouvrière, le peuple, les classes moyennes, ne peuvent compter que sur leurs propres forces pour renverser la dictature et conquérir la démocratie. (...)

Pendant une décennie entière, les forces motrices de la résistance à la dictature ont été, sont et continueront à être la classe ouvrière et le peuple. Les journées de protestation contre la dictature prouvent la force démocratique énorme qui a commencé à se mobiliser au Chili. Jamais dans notre pays n'ont convergé des secteurs aussi larges du peuple pour s'opposer à un régime des classes dominantes. Ceci crée des conditions exceptionnellement favorables pour transformer la crise politique actuelle en une crise révolutionnaire, c'est-à-dire pour que les masses populaires, au lieu de se contenter de renverser la dictature, écartent du pouvoir la grande bourgeoisie et avancent vers la conquête d'un large gouvernement démocratique, populaire, révolutionnaire et national, apportant une solution à la crise et favorisant les larges masses de la nation.

Les organisations de masse démocratiques indépendantes, mais aussi le MIR, le PC et d'autres secteurs de la gauche, se sont engagés à impulser la rébellion contre la dictature. Pendant ces journées de lutte, nous avons pu vérifier qu'il y a de nombreux syndicalistes, militants et dirigeants de la DC et d'autres forces d'opposition, bien au-delà de la gauche, qui ont participé avec détermination à la mobilisation offensive contre la dictature et prouvé une attitude de défense conséquente des intérêts du peuple, contre les politiques conciliatrices envers le régime militaire et les groupes monopolistes.

Convergeant ainsi dans la lutte concrète, un très large mouvement démocratique, populaire et révolutionnaire se dessine. Pour nous, il est nécessaire de renforcer ce mouvement par la coordination de toutes les organisations de masse, syndicales, paysannes, des « poblaciones », de la jeunesse, des femmes, et de tous les secteurs sociaux opprimés, pour mettre en avant une plate-forme démocratique unifiée du peuple et frapper d'un seul poing la dictature. Il faut que tous les partis de la gauche et les autres forces démocratiques conséquentes s'unissent pour établir un « pacte du peuple » de lutte pour une pleine démocratie, pour la défense des droits sociaux et économiques des grandes majorités nationales. C'est ainsi seulement que seront jetées les bases pour une véritable solution à la crise qui affecte notre patrie. (...)

Nous ne désirons pas l'affrontement violent, mais nous avons appris de l'histoire de notre patrie, de la résistance du peuple, des luttes pour l'indépendance, des massacres d'ouvriers, du coup d'Etat militaire de 1973, et de ces dix années de dictature, qu'il y a des moments qui ne sont pas à la mansuétude mais à la rébellion. C'est aujourd'hui le moment de se rebeller contre la tyrannie, et pour cela nous devons suivre le chemin qu'ont suivi les pères de la patrie : déclarer la guerre populaire à la dictature. Transformer les protestations populaires en affrontements de plus en plus larges et offensifs, en soulèvements insurrectionnels contre la dictature. Former dans chaque village, dans chaque usine, dans les écoles et dans les campagnes des milices de résistance populaire pour faire face, par la violence organisee et armee, aux forces repressives de la tyrannie. Etendre la lutte de guérilla dans les villes et les campagnes. Faire parvenir notre message démocratique aux soldats, aux marins, aux aviateurs, aux policiers, aux officiers honnetes pour qu'ils se révoltent eux aussi contre les généraux corrompus et se rangent du côté du peuple pendant qu'il en est encore temps. Nous ne devons écarter, dans cette lutte, aucune forme d'affrontement avec la dic tature. Nous devons tirer parti des plus infimes possibilités de lutte légale et semi-légale, utiliser la protestation pacifique, la grève civique, l'agitation et la propagande • démocratique, mais rester conscients que ces formes de lutte sont insuffisantes par elles-mêmes, si elles ne vont pas vers la ré. bellion des masses et la guerre populaire contre la dictature. (...)

Direction nationale du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), Santiago, septembre 1983.

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