Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

L'intervention de la LRT pendant la grève

· Inprecor n° 160, 7 novembre 1983 · p. 32, 32-33 · 2 043 mots

Syndicalisme Belgique

Linn belge de la iVe henaande secteur une part active, partis de me ou ES militants et militantes de la Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT, secimportante, à la grève générale du secteur public, qui a duré plus de dix jours au milieu du mois de septembre. Les militants de la RT travaillant dans le secteur publie se sont lancés à fond dans cette lutte et dans son organisation, tandis que leurs camarades travaillant dans le secteur privé ont attentivement suivi le conflit, essayant de faire partager l'importance qu'ils lui reconnaissaient à leurs collègues de travail. Enfin, au niveau national, la LRT a vu dans ce conflit social, exemplaire à plus d'un titre, une confirmation de la justesse de son orientation politique générale et un encouragement

Vote d'une assemblée de grévistes pour la poursuite de l'action. (DR)

L'intervention de la LRT durant la grève à la construction du parti révolutionnaire à laquelle elle œuvre.

tobre dernier, et présentant un bilan de l'activité de la LRT durant cette grève.

Alain TONDEUR

Les cheminots de la LRT ont évidemment été les premiers touchés par le développement du conflit, à partir de Charleration de classe avec les libéraux et les

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dès le vendredi 9 septembre. Alors que la bureaucratie syndicale en était encore à se demander s'il fallait lancer un mot d'ordre nationale, cheminots de la LRT, à Gand, Anvers et

Louvain, par exemple, contribuaient déjà activement, le lundi matin 13 septembre, à l'extension rapide de la grève.

NE PAS METTRE LA CHARRUE

AVANT LES BOEUFS Dans un second temps, tous les travailleurs des services publics membres de la LRT ont expliqué, sur leurs lieux de travail, que le combat lancé par les cheminots concernait tout le monde, et qu'il fallait passer à la grève intersectorielle de la fonction publique. Les très nombreuses réunions syndicales de secteurs et de sous-secteurs leur ont permis de constater que ce point de vue était partagé par la grande majorité des syndicalistes. Elles permirent aussi d'expliquer que le combat devait se fixer un objectif clair et mobilisateur : le retrait de toutes les mesures incriminées. «Il ne s'agit pas seulement des mesures spécifiques contre les agents des services publics, mais de toutes les mesures prises contre la classe ouvrière dans le cadre du budget 1984 » ont déclaré en substance les militants de la LRT, appréciation qui débouchait naturellement sur la nécessité de préparer une grève générale interprofessionnelle. Les militants de la LRT dans les services publies ont pu constater à quel point ce mot d'ordre, propagé depuis des mois par notre Parti, trouvait un ré pondant dans le climat de mobilisation de ces dernières semaines.

Mais il aurait été erroné de mettre la charrue avant les bœufs. Dans les premiers jours de grève, alors que les cheminots étaient les seuls dans l'action, la tâche numéro 1 était d'obtenir des directions syndicales qu'elles lancent un mot d'ordre national de grève pour tous les services publics. Dès que cette perspective s'est concrétisée, les militants syndicalistes membres de la LRT, comme tous les autres syndicalistes de combat, se sont trouvés confrontés aux tâches d'organisation de la grève : sensibilisation et mobilisation de leurs camarades de travail, indispensable pour éviter une grève « en pantoufles » ; organisation des piquets (beaucoup de services, comme la Société nationale des chemins de fer belges— SNCBexemple, sont caractérisés par un très grand nombre de postes de travail disper sés) ; coordination entre les différents secteurs et les deux organisations syndicales, la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) et la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), etc.

ORGANISER LA GREVE, LA RENFORCER La réponse des militants syndicalistes de la LRT à toutes ces questions a été unifiée autour de la formule suivante : « Pour donner à la grève le maximum d'efficacité, il faut s'unir sur le plan intersectoriel et s'organiser. » Tel est le langage qu'ont tenu partout les militants de la LRT. Un langage concrétisé dans les propositions d'assemblées générales intersectorielles régulières, voire quotidiennes, avec liberté de parole pour tous. De telles assemblées ont fonctionné dans de nom-

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breux centres : Anvers, Alost, Malines, Le Centre, Ath, Louvain ... et les militants de la LRT y ont joué un rôle actif, parfois de premier plan. A Malines par exemple, c'est à partir de cette assemblée que s'est formé un cortège qui a fait débrayer l'arsenal de la SNCB. A Gand, Bruxelles, Liège, Charleroi par contre, la direction syndicale a réussi à empêcher la tenue de ces réunions, et cela s'est ressenti sur l'organisation de la grève. L'expérience d'organisation la plus avancée a été d'Anvers, où un comité de grève intersectoriel a été mis sur pied. Des militants de la LRT, dont notre camarade Paul Otte, qui a été un des coordinateurs de ce comité d'action intersectoriel (1), y ont joué

LE SECTEUR PRIVE La question de l'extension de la grève vers le secteur privé a été débattue par les militants de la LRT. Chacun voyait, bien sûr, la chance d'engouffrer toutes les forces du mouvement ouvrier dans la brèche ouverte par la grève du secteur public. Mais tous les militants de la LRT travaillant dans le secteur privé donnaient des échos concordants : il ne fallait pas s'attendre à un démarrage spontané des travailleurs de ce secteur en l'absence d'un mot d'ordre syndical de grève. L'effort principal des militants syndicalistes de la LRT dans le secteur privé a donc été dirigé vers l'intérieur du syndicat : exiger des assemblées, des réunions de comités exécutifs, des congrès régionaux interprofessionnels, etc., pour débattre de la situation et proposer des mots d'ordre d'action aux travailleurs.

les militants de la LRT l'ont fait à tous les niveaux, depuis celui, modeste, de l'entreprise, jusqu'au niveau le plus élevé d'une centrale syndicale tout entière. Notre camarade André Henry a ainsi joué un rôle important dans le débrayage de Glaverbel, dans la région de Charleroi (2). C'est dans ce sens également que la LRT est intervenue en tant que parti, au travers de son journal, de la distribution de nombreux tracts et notamment d'un tract national en direction du secteur privé appelant à l'élargissement de la grève contre le gouvernement Mar-

UNE PERSPECTIVE POLITIQUE

CLAIRE L'influence réelle acquise par les militants de la LRT dans la grève des services publics ne peut être comprise qu'en tenant compte de deux éléments : une présence sur le terrain, au cœur même de la lutte, et une orientation politique qui répondait aux aspirations de la masse des travailleurs.

La démarche politique de la LRT dans la grève s'est située à deux niveaux :

1) Mettre en avant des revendications immédiates, telles que le rejet de toutes les mesures d'austérité et du budget 1984. «Il faut prendre l'argent là où il est », cette idée a fait son chemin, et est désormais reprise dans des cercles beaucoup plus larges que ceux de la LRT. Ce sont revendications qui permettent de concrétiser l'unité de combat de la classe ouvrière, des secteurs privé et public, flamands et wallons, FGTB et CSC. Sur le front de l'unité, la LRT, grâce à son implantation dans les deux parties du pays (en Flandres et en Wallonie), a pu prendre des initiatives concrètes pour mettre en contact les grévistes flamands et walIons. Toutes les initiatives de ce genre ont d'ailleurs rencontré un très grand succès.

2) S'appuyer sur la prise de conscience politique des travailleurs, qui a caractérisé cette grève, pour orienter le combat vers un objectif politique central : le renversement du gouvernement Martens-Gol. La solidité de la ligne politique de la LRT sur cette question l'a fait apparaître comme une organisation utile non seulement par son investissement militant dans les luttes, mais aussi par l'armement politique qu'elle fournissait aux militants plongés dans le débat politique.

Le déroulement de la grève, et surtout son dénouement, ont montré que la question de l'alternative au gouvernement Martens-Gol était incontournable. De nombreux dirigeants syndicaux ont affirmé que le but n'était pas tant de changer de gouvernement que de le forcer à un

Le Parti communiste et le Parti du travail de Belgique (stalinien pro-chinois, Ndlr.) ont tenu, sur le fond, un discours semblable. Chacun à leur manière, ils ont ainsi freiné la prise de conscience politique des travailleurs. Car il n'y aura pas de changement de politique ni d'alternative anticapitaliste sans lutte décidée pour chasser le gouvernement Martens-Gol.

En propageant l'idée d'un gouvernement des travailleurs appuyé sur le front commun syndical, imposé par la grève générale, la LRT est le seul parti qui soit intervenu dans la grève avec une réponse claire à la préoccupation qui est celle de

1. Dans une interview à La Gauche du 7 octobre 1983, Paul Otte explique comme suit les conditions d'apparition de ce comité d'action intersectoriel des grévistes de la fonction publique : « Le secteur de l'enseignement avait une tradition de comités d'action. (...) L'appel à former un comité a été lancé le vendredi 16 septembre à la réunion intersectorielle des grévistes. (...)" Les piquets de grève fonctionnaient déjà spontanément comme piquets intersectoriels. (...) Nous avons invité des gens à une réunion des grévistes de l'enseignement. (....) La réunion a désigné des responsables par secteurs et un groupe de coordination. Nous avons alors soumis la chose au secrétariat régional intersectoriel, qui a réagi positivement. Le comité organiserait l'action décidée par l'assemblée intersectorielle. » Ainsi, des piquets de grève dans des secteurs d'activité jugés prioritaires ont été assumés en commun par des travailleurs de différents secteurs de la fonction publique, des journaux muraux d'information ont été organisés, un bilan de la grève a ensuite été tiré en commun et un comité de coordination des secteurs les plus importants mis en place pour, milliers de syndicalistes : « Chasser Martens-Gol oui, mais quoi mettre à la pla ce ? Un gouvernement de coalition avec les socialistes n'arrangerait rien. » La réponse de la LRT n'est pas purement propagandiste mais permet, à partir du mouvement syndical, d'interpeller les partis majoritaires de la classe ouvrière à partir des revendications des travailleurs. Les riches discussions sur l'alternative ainsi proposée par la LRT, qui ont eu lieu durant cette grève, ne manqueront pas de laisser des traces positives.

RENFORCEZ LA LRT ! Des milliers de syndicalistes ont fait une expérience de lutte capitale. ressortent déçus mais certainement battus. Une réflexion en profondeur s'engage, dont l'axe est le bilan critique de la politique des directions traditionnelles du mouvement ouvrier, en particulier des directions syndicales. Celles-ci acceptent les sacrifices, « à condition qu'ils soient équitablement répartis ». C'est pour cette raison qu'elles refusent de mener les luttes jusqu'au bout, c'est pour cette raison qu'elles ont refusé de chasser le gouvernement Martens-Gol.

La question de la direction du mouvement ouvrier est donc posée. Il faut s'atteler à la résoudre, et cela passe avant ligne politique correcte. C'est la perspective de ce combat de longue haleine qui donne toute son impor tance au renforcement de la LRT, à la construction d'un nouveau Parti socialiste des travailleurs. « Vous avez de bonnes idées, mais à quoi peut servir votre petit Parti ? », nous demande-t-on souvent. La réponse se trouve dans ce bilan de la grève des services publies.

Alain TONDEUR, Bruxelles, 7 novembre 1983.

en concertation avec les secrétaires, échanger es expériences et préparer les prochains combats ».

2. Plus d'une vingtaine d'entreprises du privé ont fait grève avec le secteur public. Pour ce qui concerne celle de Glaverbel, qui a fait cinq jours de grève, André Henry, délégué syndical des « excédentaires » de cette entreprise et membre de la LRT explique : « Il faut rappeler que la centrale générale FGTB avait pris position, en mars 1982, pour la grève générale illimitée contre le gouvernement Martens-Gol. A l'époque, nous avons été isolés. Le budget 1984 nous fournissait l'occasion d'une jonction entre les travailleurs du privé et du public. Nous avons saisi la balle au bond pour remettre en avant la position de la centrale dans l'interprofessionnelle. A la centrale générale, nous avons eu une assemblée des délégués, très nombreuse le mardi. A ce moment-là, certaines entreprises de Glaverbel avaient déjà démarré. L'assemblée a pris la décision de partir à l'action dês le lundi 28. au finish Pas par solidarité avec le secteur public, mais dans le cadre d'une lutte commune contre le budget 1984. »

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