NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE
ETATS-UNIS
La longue grève des mineurs de l'Arizona Depuis le ler juillet dernier, près de 2 300 travailleurs des mines de cuivre appartenant à la Phelps Dodge Corporation, dans l'Etat de l'Arizona, sont en conflit avec leurs employeurs. Ils se sont mis en grève pour protester contre un projet patronal visant à supprimer les primes indexées sur le coût de la vie, à introduire une double échelle des salaires. Les travailleurs embauchés après la mise en application ces dispositions seraient payés 10% de moins que les autres tra-
L'article que nous publions ci-après est paru le 30 septembre 1983 dans le Militant, hebdomadaire du Socialist Workers Party (SWP) des Etats-Unis.
Les syndicats des mineurs de cuivre de l'Arizona ont besoin du l'ensemble du mouvement ouvrier organisé, des mouvements chicano, indien et noir, des organisations féministes et de paysans, et de toutes celles et ceux qui sont opposés aux attaques antisyndicales et à la violence patronale contre les travailleurs. Depuis le 1er juillet, treize syndicats de mineurs du cuivre sont en lutte contre l'entreprise d'extraction la plus importante de l'Etat, la Phelps Dodge Corporation, lutte dont l'un des enjeux est leur propre existence en tant que syndicats. Cette compagnie utilise les services de centaines de «jaunes » pour briser la grève. L'objectif de la Phelps Dodge Corporation est de détruire les syndicats, comme l'a fait Ronald Reagan en 1981 avec le syndicat des aiguilleurs du ciel, lorsqu'il a licencié tous les grévistes et établi ensuite des listes noires leur fermant à jamais les portes de ce secteur d'activité. Le patronat local a, pour cela, soutien du gouverneur démocrate Bruce Babbit, de la garde nationale, de la police de l'Etat, des tribunaux et de la presse. Les grévistes risquent à tout moment d'être expulsés des logements que la compagnie a mis à leur disposition. Les tribunaux ont limité l'importance numérique des piquets de grève et ont engagé des poursuites contre les syndicats pour entrave à la liberté du travail.
Le dénouement de cette confrontation dépasse largement les limites des petites villes de l'Arizona et aura des répercussions certaines sur les luttes ouvrières à venir, surtout si les syndicats du cuivre sont défaits. De plus, la lutte est bien plus qu'une simple confrontation entre ouvriers et employeur. Elle est pression du combat que mènent des nationalités opprimées que forment les Chicanos, les Mexicains et les Indiens, qui constituent la plus grande partie du personnel et qui sont la force principale de la grève. Une défaite de ces syndicats serait donc aussi un coup sévère porté à la lutte pour leurs droits à l'auto-détermination, pour la liberté et la justice. également souffriraient grandement d'une victoire de la Phelps Dodge Corporation. Elles ont commencé entrer dans les mines en 1969, à la suite procès retentissant qui fit paraître au grand jour la discrimination pratiquée par les patrons Toutes ces caractéristiques de la lutte donnent à la grève une dimension sociale grandissante. Les travailleurs et les travailleuses et leur famille ont nulle part ailleurs où aller. Certaines familles vivent dans la région depuis trois ou quatre générations et ont vu leur niveau de vie croître grâce aux luttes syndicales passées. Elles ne veulent pas revenir en arrière. C'est pourquoi elles ont tout misé dans cette bataille. Il y a encore peu, la ségrégation raciale, renforcée par les milices patronales et la police, faisait partie du quotidien dans les villes minières de l'Arizona et d'ailleurs. Ce n'est que depuis la fin des années 1960, et pour certaines villes depuis le début des années 1970, que les Chicanos, les Mexicains et les Indiens ne mangent plus dans des cantines séparées des Blanes, n'ont plus de vestiaires et de casiers à part, ou ne sont plus obligés de vivre dans des quartiers séparés et d'envoyer leurs enfants dans des écoles
Ce n'est qu'après la grève de 1946 que la notion de salaire égal pour un travail égal a été reconnue, sans pour autant devenir une réalité, les patrons continuant par exemple à payer un salaire inférieur aux Chicanos. Les emplois les moins qualifiés, les plus dangereux et les plus salissants revenaient aussi aux Chicanos.
Le racisme imposé au personnel par les patrons a également eu pour conséquence de faire baisser les salaires des mineurs blancs. Ce n'est qu'au milieu des années 1950 que les syndicats ont commencé à se battre pour un alignement des salaires des mineurs du Sud-Ouest sur ceux de leurs camarades des autres régions des Etats-Unis. Il est significatif qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale les principaux dirigeants des plus grandes luttes ouvrières portant sur l'égalité des salaires aient été des Chicanos, des Mexicains ou des Indiens. L'histoire de la lutte des
Get des Indiens est done étroitement liée à la lutte pour la syndicalisation. Cette histoire admirable est au cœur de la mémoire des mineurs. C'est pourquoi des organisations dirigées par des Chicanos, comme l'United Farm Workers (UFW, Travailleurs agricoles unis) ou l'Arizona Farm Workers (AFW, Travailleurs agricoles de l'Arizona), ont toutes deux apporté leur soutien à la grève des mineurs de cuivre. Lupe Sanchez, dirigeant de l'AFW, a commenté cet aspect combiné de la grève dans une conférence de presse donnée le 16 septembre à Phonix, capitale de l'Arizona, lors de la fête de l'indépendance du Mexique. Il a été approuvé en cela par deux dirigeants de l'organisation des paysans du Nicaragua en tournée aux Etats-Unis. Lupe Sanchez a expliqué la raison pour laquelle les membres de l'AFW soutenaient la grève des mineurs : « Si nous n'arrivons pas à enrayer les menaces maintenant, déclaré, chaque compagnie va essayer de s'en prendre aux syndicats l'un apres l'autre. Si l'on n'y met pas fin maintenant, de graves problèmes nous guettent. » Les journalistes se sont étonnés de ce que des ouvriers agricoles mal payés puissent soutenir des mineurs bien rétribués, ce à quoi Sanchez à répondu: « Ils ont la même couleur de peau que nous ! » Les membres de l'AFW ont également fait don de 1000 dollars (8000 francs français) au fonds d'aide des mineurs, une somme importante quand on sait qu'ils sont eux-mêmes en grève contre les planteurs d'agrumes.
Le rôle joué par les femmes dans la grève est également loin d'être négligeable. Quatre jours après le début du conflit, les femmes des grévistes ont mis sur pied un comité de soutien chargé de la distribution de la nourriture et d'accorder une aide sociale et médicale aux grévistes et aux familles qui sont dans le besoin. Ce comité est ouvert à toutes celles qui soutiennent la grève. Son efficacité est incontestable et les patrons ne s'y sont pas trompés. Ce rôle pris par les femmes dans le conflit et l'organisation la solidarité, montre qu'il est possible de gagner le soutien organisations féministes telles que l'Organisation (NOW) et la Coalition des femmes syndi-
La clé de la victoire se trouve néanmoins dans les mains du mouvement ouvrier organisé. Jusqu'à présent, le comité directeur de l'AFL-CIO (American Federation of Labour - Congress of Industrial Organizations), fédération syndicale regroupant plus du 85 % des ouvriers syndiqués, proche du Parti démocrate, et le comité de coordination chargé des négociations, où siègent les représentants de 28 syndicats de métaux non ferreux, avec à sa tête l'United Steelworkers of America (USWA, Sidérurgistes unifiés des EtatsUnis), le syndicat qui organise le plus de grévistes, ont apporté leur soutien. Le co-
mité des syndicats des métaux non ferreux a demandé à ses membres de faire don d'une journée de salaire par mois au fonds d'aide aux grévistes.
Toutes ces mesures sont positives, mais il faut aller plus loin. Les travailleurs ont fait la démonstration, à Washington, le 27 août dernier et lors de la Fête du travail du 5 septembre, qu'ils peuvent descendre dans la rue par milliers. Les travailleurs ont la capacité d'organiser une campagne massive de solidarité qui pourrait faire pencher le rapport des forces au profit des grévistes. On se rappellera que PUSWA, à la fin des années 1970 avait, par exemple, encouragé ses membres à se rendre jusqu'à Newport News, en Virginie, ville où ce syndicat était engagé dans vaste campagne de syndicalisation dans les chantiers navals. Voilà le type d'initiatives qu'il faut organiser maintenant. Toutes les sections syndicales peuvent inviter un mineur en grève ou une femme du comité de soutien à prendre la parole à l'une de leurs réunions. Les sections syndicales peuvent aussi faire voter des résolutions de soutien et envoyer leurs contributions au fonds d'aide aux grévistes. C'est en prenant de telles mesures que les syndicats seront à même de mener avec succès la campagne de qui aidera les syndicats des mineurs de cuivre à remporter la victoire face aux patrons de la Phelps Dodge Corporation.