Inprecor 1974–2004

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ARGENTINE

Le vote MAS ou PO, seule expression de classe pour la présidentielle

Inprecor n° 160, 7 novembre 1983 · p. 35 · 1 133 mots

Argentine et Chili Économie mondiale Syndicalisme

Le vote MAS ou PO, seule expression de classe pour la présidentielle Après sept ans de dictature, la population de l'Argentine ira aux urnes le 30 octobre. En janvier prochain (certains parlent même maintenant de décembre 1983), l'armée devrait donc se retirer dans ses casernes. La dictature militaire aura pourtant représenté environ 10 000

30 000 disparus, des milliers de torturés, 2 000 000 d'exilés contraints ou volontaires, et une débâcle économique qui jette le peuple dans la misère. La dette extérieure du pays est passée de 5 milliards de dollars en 1976 à près de 50 milliards aujourd'hui. Les salaires des travailleurs ont été réduits de 50 %. Des centaines de milliers de travailleurs industriels ont perdu leur emploi. En août dernier, le taux d'inflation annuel avait attient 571%, et il risque de dépasser les 1 000 % avant la fin de l'année.

Pourtant, malgré la sauvagerie de la répression et le poids du désastre économique, la dictature militaire n'a réussi ni à détruire la continuité du mouvement ouvrier, ni à créer les conditions d'une nouvelle phase de croissance économique, ni même à jeter les bases d'un nouveau système politique stable. Les élections présidentielles du 30 octobre constituent certes une manœuvre de diversion destinée à permettre aux forces armées de se retirer en bon ordre. Mais elles sont aussi le résultat déformé de la résistance populaire et du réveil du mouvement de masse qui s'était exprimé lors de grandes manifes tations, en mars 1982, à la veille même de l'aventure des Malouines.

Le 4 octobre dernier, le pays a connu sa troisième grève générale en dix mois, à l'appel des deux fractions de la Confédé ration générale des travailleurs (CGT)(1). La participation a été comparable à celle de la grève du 6 décembre 1982, et a dépassé celle du 28 mars 1983. Cette grève générale est une réponse des bureaucraties syndicales pour capitaliser, au niveau électoral et en faveur du péronisme, la vague de lutte qui, en août, a mobilisé plus de deux millions de travailleurs, soit 20% de la force de travail du pays.

Le scrutin du 30 octobre se jouera en effet entre le dirigeant du Parti bourgeois radical, Raoul Alfonsin, et le candidat péroniste Italo Luder. Le parti péroniste, une formation bourgeoise populiste qui enlevait les élections de 1973 avec 65 % des suffrages, est aujourd'hui menacé par le courant radical. C'est la preuve de son érosion et de ses contradictions internes.

crise et la compromission dictature ont miné sa base populaire, et c'est aujourd'hui la droite qui contrôle ouvertement l'appareil du parti.

Trois partis se réclamant de la classe ouvrière sont parvenus à rassembler les 100 000 signatures nécessaires à leur légalisation : le très stalinien Parti communiste d'Argentine (PCA), le Parti ouvrier (Partido Obrero, PO), et le Mouvement pour le socialisme (MAS). Le MAS est principalement animé par d'anciens militants du Parti socialiste des travailleurs (PST), organisation qui a rompu avec la

Internationale que ce sont des militants de l'ancienne ortrotskysme), qui sont à l'initiative de la formation de Partido Obrero.

En août, le PC a décidé de retirer ses candidats à l'élection présidentielle pour apporter son soutien inconditionnel aux candidats péronistes. Le MAS présente Luis Zamora, avocat défenseur des prisonniers politiques comme candidat à la présidence, et Silvia Diaz, dirigeante étudiante des années 1960, ensuite emprisonnée et exilée, comme candidate à la vice-présidence. PO présente Gregorio Flores, dirigeant syndical connu pour sa combativité, comme candidat à la présidence, et Catalina Raimunda de Guagnini, qui joué un rôle important dans la lutte pour la réapparition des disparus, comme candidate à la vice-présidence.

Dês le 14 juillet dernier dans le numéro 24 de sa publication Prensa Obrera, PO avait déterminé les axes de sa campagne comme suit : « Tandis que les forces traditionnelles proposent un compromis avec l'impérialisme, avec le FMI et avec les banques internationales, toutes les forces de la gauche appellent à la nationalisation des banques et du commerce extérieur, ainsi qu'à une enquête sur l'endettement frauduleux avant d'accepter le paiement de la dette extérieure. cherchent avec l'impérialisme américain et britannique un accord repoussant aux grecques la question de la souveraineté argentine sur les Malouines, la gauche a appelé au combat à tous les niveaux contre les usurpations impérialistes. Alors que les partis du grand capital n'ont pas repris à leur compte la revendidisparus, la gauche est descendue dans la rue à plusieurs reprises pour crier ces revendications. » Prensa Obrera en conclut qu'il existe les bases pour former « un front anti-impérialiste à l'occasion des prochaines élections, mais dans la perspective d'un mouvement de mobilisation politique qui ne se limite pas l'épisode électoral. (...) Le front antiimpérialiste n'est pas le front d'une seule classe, il inclut plutôt les différentes classes opprimées, et en premier lieu le prolétariat et différentes couches de la petite-bourgeoisie. (...) A notre avis, le front anti-impérialiste se distingue par sa fonction politique, qui est de diriger un grand soulèvement national contre l'impérialisme, c'est-à-dire de constituer un facteur de mobilisation indépendante de tous les exploités. » Dans sa publication du 12 août, PO conclut : « Le choix est clair : ou l'ef fondrement national sous une direction bourgeoise, ou l'émancipation nationale et le socialisme sous une direction prolé-

De son côté, le journal du MAS, Soli daridad Socialista, dans son édition du 7 juillet dernier, met en relief les deux axes de sa campagne : « La suspension du paie ment de la dette extérieure comme condition nécessaire pour la seconde indépendance de notre pays et de l'Amérique latine, et la nécessité d'avancer une alternative socialiste à la procession de candidats patronaux en lice. » Un supplément de Solidaridad Socialista du 8 septembre publie la plate-forme électorale du MAS, centrée sur le refus de reconnaître la dette extérieure : « Si les partis qui viendront au pouvoir ne sont pas prêts à affronter l'impérialisme et à suspendre le paiement de la dette, le pays et le peuple seront ruinés, tandis que les banquiers impérialistes s'engraisseront. Donc, avant de voter, demandez-vous si le parti ou le candidat de votre choix est pour ou contre le remboursement de la dette extérieure. Le MAS est contre et appelle à la lutte pour défendre le peuple et le pays de l'agression impérialiste. Nous appelons à une mobilisation des travailleurs et du peuple pour le non-paiement de la dette. »

Le MAS et PO n'ont néanmoins pas pu parvenir à un accord pour présenter, face aux candidats des partis bourgeois, une candidature de classe unique, ce qui est regrettable. C'est l'ensemble des suffrages recueillis par le MAS et PO qui, dans ces conditions, exprimeront un vote de classe contre la dictature, contre les effets de la crise et contre l'impérialisme.

1. Pour une analyse détaillée du mouvement syndical, cf. Inprecor numéro 129 du 28

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