Trois jeunes soldats du contingent, Laurent Fritz et Olivier Lecour-Grandmaison, du 32e régiment de génie à Kehl (RFA), et Etienne Patoor, du 13e régiment de génie à
Trèves (RFA), viennent d'être déférés devant le seul tribunal d'exception qui existe en-
On leur reproche d'avoir signé un appel, dans le cadre des mobilisations pacifistes, en faveur du retrait de toutes les troupes étrangères, dont les troupes françaises, des suites engagées, qui constituent une très grave atteinte à la liberté d'expression.
Les nouvelles signatures doivent être adressées à : Marie-Madeleine Millaud, 50, boulevard Jean-Jaurès, 92110 Clichy-la-Garenne, France. Soutien financier à l'ordre
FRANCE
Liberté pour les
trois soldats Ils sont maintenant trois, Olivier Lecour-Grandmaison, Laurent Fritz, du 32e régiment de génie, à Kehl (RFA), et Etienne Patoor, à être inculpés d'incitation à l'insubordination, en vertu des articles 423 et 429 du Code de justice militaire et inculpés devant le tribunal militaire de Landau, dernier survivant des Tribunaux permanents des forces armées (TPFA), en partie abolis depuis mai 1981, (voir Inprecor numéro 159 du 24 octobre 1983). Ils encourent de deux à dix ans de prison. Immédiatement, les réactions ne se sont pas faites attendre. En France, un appel de 100 personnalités a été lancé et massivement signé pendant les manifestations antiguerre des 22 et 23 octobre, puis dans les entreprises, les lycées, les facultés. Cet appel, regroupant toutes les tendances du mouvement ouvrier, des artistes, des universitaires, témoigne de l'indignation soulevée par la honteuse opération juridico-policière à laquelle se livre le gouvernement. Nombreux en effet sont les militants ouvriers et syndicalistes, membres du Parti communiste et du Parti socialiste, qui se souviennent des promesses de François Mitterrand, candidat promettant les libertés démocratiques dans les casernes, qui se souviennent des grandes déclarations de leurs partis, alors dans l'opposition, sur les droits des soldats, et constatent amè rement que leurs dirigeants, aujourd'hui aux affaires de l'Etat, utilisent les mêmes méthodes que leurs prédécesseurs (perquisitions chez les familles et les amis des inculpés, chantage et intimidations, etc.)
C'est aussi des casernes qu'est venue la réaction. Aux deux manifestations des 22 et 23 octobre, une vingtaine de soldats en uniforme, vivement applaudis par les manifestants, ont clamé leur solidarité avec le mouvement antiguerre et exigé la libération des trois de Landau. Venant d'Allemagne et de France, ces soldats ont ainsi prouvé au gouvernement qu'ils ne cèderaient pas à la provocation
Nous publions ci-après l'appel national déjà signé par plus d'une centaine de personnalités en France. core, le tribunal militaire de Landau. deux parties de l'Allemagne.
Les soussignés demandent leur libération et l'abandon des poursuites. de : François Castaing, compte bancaire no. 0 10603/37 (BNP).
, de Landau
et qu'ils poursuivraient le combat pour les droits démocratiques dans les casernes et contre la militarisation, aux côtés du mouvement pour la paix. Ils ont également prouvé, aux yeux des milliers de travailleurs et de jeunes dans la rue, que le combat des soldats français pour le retrait des troupes étrangères des deux Allemagnes, et en premier lieu des troupes françaises de RFA, est partie intégrante de la lutte contre le surarmement impérialiste. Les sanctions très légères infligées à certains des soldats présents à ces manifestations (20 jours d'arrêt pendant lesquels ils sont consignés à la caserne et dorment en cellule) témoignent d'un début de recul du gouvernement devant la force de la mobilisation en train de naître pour arracher les trois de Landau des griffes du militarisme français. Comme en 1974 lors du procès de Draguignan contre les soldats Pelletier, Ravet et Taurus, ou en 1975 lors de l'affaire de la Cour de sûreté de l'Etat contre les comités de soldats et les syndicalistes qui les soutenaient activement, ce sont la mobilisation et les prises de position du mouvement ouvrier, c'est la ténacité et le courage des soldats en lutte qui s'avèrent être la seule voie pour faire reculer le pouvoir et la hiérarchie militaire.
A l'heure ou l'impérialisme français intervient au Tchad et au Liban, à l'heure où le gouvernement français se montre toujours plus agressif contre le mouvement antiguerre, comme en témoignent les déclarations très brutales de Charles Hernu, au lendemain des initiatives des 22 et 23 octobre, la bataille pour sortir ces trois camarades des prisons du militarisme français concerne l'ensemble du mouvement pour la paix en Europe. Déjà, en Allemagne, le soutien commence à s'organiser : l'appel, co-signé par plusieurs personnalités, dont des députés au Parlement, a recueilli plus de 3 000 signatures pendant les mobilisations antiguerre. Auen faveur des soldats incarcérés à Landau,
Olivier Lecour-Grandmaison
cun effort ne doit être épargné pour sortir les trois de Landau de leur geôle. C'est l'engagement qu'ont pris ensemble le Gruppe Internationale Marxisten (GIM, RFA), la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, France) et les Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR, France), sachant pouvoir compter sur le soutien sans faille des autres sections européennes de la IVe Internationale.
Bernard CLIFTDEN,
----- photo credits and running heads -----
Etienne Patoot Frita Laurent