Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BOLIVIE

Le second congrès du syndicat paysan

· Inprecor n° 160, 7 novembre 1983 · p. 27, 27-28 · 1 337 mots

Pérou et Bolivie Syndicalisme

de la radicalisation paysanne

Le Boite (CS vec ritan des à La Paz fin juin 100, avec la participons on de

E second congrès de la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans

/ 1 500 délégués représentant les différentes régions du pays, de délégations de la

Centrale ouvrière de Bolivie (COB), de la Centrale universitaire de Bolivie (CUB), du syndicat des mineurs, de représentants des peuples indiens, de nombreuses délégations étrangères, mais sans la participation de représentants du gouvernement de l'Union démocratique populaire (UDP). D'importantes résolutions y ont été adoptées, dans lesquelles la dégradation des conditions de vie des travailleurs de la campagne, résultat de la politique agraire de l'UDP apparaît clairement. Un jour avant le congrès, le

Président Hernan Siles Suazo s'était d'ailleurs adressé aux paysans pour annoncer la seconde étape de la réforme agraire. Lors du congrès, Genaro Flores Santos, principal dirigeant de la CSUTCB, commentant le discours présidentiel, affirma que les paysans ne voulaient pas d'une simple réforme agraire, mais d'une véritable révolution agraire, car les paysans sont des êtres majeurs qui n'accepteront pas le contrôle ou les manipu-

Le second congrès de la

CSUTCB et la montée lations des patrons, du gouvernement ou des militaires.

Victor MURILLO

Dans le document du congrès de la

CSUTCB, les par sans boliviens déclarent :

« Nous, paysans aymaras, quechuas, cambas, chapacos, chiquitanos, canichanas, cayubabas, ayoredos, tupiwaranis et au-

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tres, sommes les propriétaires légitimes de cette terre. Nous sommes la semence d'où est née la Bolivie mais, aujourd'hui encore, on nous traite comme si nous étions des exilés sur notre propre terre. » Dans le texte d'analyse de la conjoncture, la CSUTCB affirme clairement la volonté des travailleurs paysans de ne plus continuer à être trompés. « Une fois de plus, peut-on y lire, nous voyons que tout en étant la majorité de la population, nous autres paysans n'avons pas de représentation propre dans la conduite des affaires gouvernementales. Les paysans n'ont pas voté pour élire leurs propres représentants mais pour de petits docteurs, des technocrates, des "messieurs" et des opportunistes qui se présentent aujourd'hui comme des démocrates. Dans une telle situation, nous autres paysans demandons : pourquoi nous ont-ils promis de gouverner en faveur du peuple pour ensuite nous imposer des mesures économiques qui ne favorisent ni le peuple ni les paysans ? Pourquoi nous ont-ils promis de gouverner avec les travailleurs, alors que nous voyons aujourd hui que cette promesse n'a pas été tenue ? Pourquoi ont-ils proposé démagogiquement la création d'un sous-secrétariat d'Etat aux nationalités, alors qu'ils ne sont même pas capables de rendre officielle l'utilisation de nos langues maternelles ? Pourquoi se sont-ils engagés à consulter la COB et la CSUTCB avant de prendre une quelconque mesure, alors qu'ils n'ont même pas invité nos organisations quand ils ont imposé les mesures de novembre 1982 et de février 1983 ? Pourquoi nous ont-ils promis de défendre les plantations de coca alors qu'ils ont signé dans notre dos des accords d'éradication de ces cultures avec l'ambassade yankee pendant que les trafiquants de drogue continuent leurs profits ? (1) (...)

« C'est pour toutes ces raisons que nous déclarons que cette démocratie n'est pas une véritable démocratie, car la majorité de la population, travailleurs et paysans, n'a pas de réelle participation aux mécanismes de décision politique. Et pourtant, on continue de gouverner en notre nom, et cela, nous autres paysans, ne pouvons continuer à le tolérer plus longtemps. Nous en avons assez d'être utilisés comme simple masse électorale. Nous ne sommes pas des demi-citoyens ou des citoyens de seconde catégorie. Nous sommes les producteurs de vivres et nous sommes la majorité de la nation. et nous imposerons notre droit à gouverner avec les ouvriers et les exploités du pays. (...) C'est dans ce sens que nous dénonçons les ennemis de la démocratie : qui sont-ils ? Ce sont tout d'abord les groupes réactionnaires du secteur privé, les trafiquants de drogue, les mi-

1. Concernant la culture et l'utilisation traditionnelle de la coca par les paysans de Bolivie, la CSUTCB se prononce pour « le refus des tentatives d'éradication de la culture de la coca, celle-ci étant un élément médicinal, riche en vitamines, et aussi un élément rituel et sacré, essentiel de notre vie traditionnelle ». réclame « le retrait des agents qui, sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, confisquent la coca aux paysans et la commercialisent à leur profit », et sollicite « l'appui du gouvernement à l'initiative des paysans d'organiser des centres pilotes pour l'industrialisation de la coca à des fins légales, permettant de canaliser les excé dents et luttant contre la commercialisation illégale. »

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litaires compromis dans ce trafic, les groupes paramilitaires de mercenaires. (...) A ces groupes, nous autres paysans disons : vous ne passerez pas. Car nous avons un haut degré de conscience et d'organisation et, ensemble avec les travailleurs du pays, nous défendrons à n'importe quel prix et par tous les moyens ce processus démocratique. Mais nous ne le défendrons pas pour d'autres. Nous le défendrons pour que nous tous, avec les ouvriers et tout le peuple travailleur, en soyons les principaux bénéficiaires. (...)

« Le gouvernement ne se décide pas à gouverner avec les travailleurs. Il ne veut rien faire au bénéfice des paysans. Il ne veut pas affronter la sécheresse et ses conséquences. (...) Mais, le plus grave, c'est que l'UDP ne veut pas trouver de solutions en s'appuyant sur le peuple qui l'a porté au pouvoir et, en revanche, elle préfère transiger et négocier la dignité du pays avec les bureaucrates du FMI. C'est pour cela que nous disons: "Aucune recomposition ou "reconduction" au sommet et sur le dos du peuple ne résoudra cette crise. (...) »

POUR UN CO-GOUVERNEMENT

ENTRE L'UDP ET LA COB-CSUTCB

« Parce que nous sommes convaincus que les sphères gouvernementales ne seront pas capables d'approfondir la démocratie jusqu à une véritable libération du peuple bolivien, (...) les travailleurs de la campagne, les nations Aymara, Quechuas, Guaranis et autres, affirment la nécessité d'un co-gouvernement entre l'UDP et la COB-CSUTCB, car il s'agit-là de l'unique façon de garantir une réelle participation des travailleurs à la conduite et aux décisions politiques de notre pays. »

Sur la base des arguments énumérés ci-dessus, la CSUTCB a approuvé une. plate-forme de lutte dans laquelle elle avance la nécessité de se mobiliser pour le co-gouvernement entre l'UDP et la COB-CSUTCB, y affirme son soutien à la cogestion ouvrière majoritaire dans la COMIBOL, la condamnation de toute tentative putschiste, et la nécessité de la mobilisation nationale dirigée par la CSUTCB et la COB pour y faire face, son appui permanent aux luttes des peuples paysans frères du Guatemala, du Salvador, du Honduras, du Pérou, du Chili entre autres, et à la promulgation du projet de loi de réforme agraire proposé par la CSUTCB.

La montée du mouvement des masses paysannes, sa radicalisation, son niveau d'organisation et de conscience, ainsi que

INTERCONTINENTAL PRESS son objectif de lutte aux côtés des mineurs et des travailleurs en général, s'est concrétisé lors de ce congrès, non seulement dans l'expression combative de ses résolutions, mais aussi dans l'unité démontrée face aux multiples provocations organisées durant ce congrès par le Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche (MNR-I) et le Parti communiste bolivien (PCB), deux formations membres de l'UDP et du gouvernement. Ces derniers, une fois Genaro Flores réélu à l'unanimité en tant que secrétaire exécutif de la CSUTCB malgré leurs tentatives de l'évincer (2), essayèrent d'imposer leur candidat, Juvenal Castro, au secrétariat général. La majorité écrasante des délégués au congrès déjoua cette manœuvre en élisant à ce poste Victor Morales, dirigeant non membre de l'UDP mais jouissant d'un grand prestige auprès des paysans.

Victor MURILLO La Paz, août 1983. 2. Le Monde diplomatique d'octobre 1983 rend compte de ces manœuvres en écrivant « Selon certains témoignages, des représentants du MIR ont essayé d'acheter des délégués, et les représentants du MNR-I et du Parti communiste ont utilisé la fédération de Cochabamba pour tenter de diviser le congrès, n'hésitant pas a aller jusqu'à l'agression physique. »

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