Inprecor 1974–2004

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GRENADE

L'analyse de Cuba sur la situation à Grenade

· Inprecor n° 161, 21 novembre 1983 · p. 10-12 · 2 713 mots

Cuba Amérique centrale Europe de l'Est

L'analyse du gouvernement et du Parti communiste cubains sur la situation à Grenade

Diste cubains de latent vere dece et on parti ce pre ES le 20 octobre le gouvernement et le Parti commul'assassinat de Maurice Bishop et de ses ministres, quelques jours avant le débarquement américain à Grenade. Celle-ci fixe l'orientation maintenue par la direction cubaine face aux dangers d'agression impérialiste directe à tout en marquant clairement une prise de distance et même un désaveu politique devant les agissements des successeurs de Bishop à la tête de l'Etat grenadien. C'est cette déclaration que nous publions in extenso ci-après sur la base de la traduction de l'agence de presse cubaine Prensa Latina.

Le 26 octobre, le gouvernement et le Parti communiste cubains communiquaient aux journalistes en poste à La Havane, une déclaration datée du 25 octobre, rappelant leur position sur les événements à Grenade, au fur et à mesure qu'ils se développaient et rendant publies les échanges de communiqués, tant avec l'ambassadeur cubain à Grenade, qu'avec le gouvernement américain pour prévenir l'intervention US. Cette note-circulaire précise qu' « à la suite de la mort de Bishop et des déclarations de Cuba, les rapports avec la nouvelle direction de Grenade étaient extrêmement froids et dans une certaine mesure tendus. Mais nous n'étions aucunement disposés, en ce qui nous concerne, à faire le jeu de l'impérialisme et à abandonner le peuple de Grenade en suspendant notre collaboration et le travail de nos bâtisseurs médecins, enseignants et autres spécialistes. De même, nous n'avons pas suspendu immédiatement l'aide des conseillers militaires et de sécurité. Les rapports ultérieurs avec la direction nouvelle seraient déterminés par l'attitude des nouveaux dirigeants, leur politique intérieure et extérieure, et l'espoir que le processus révolutionnaire pourrait être sauvé, bien que cela n'apparaisse possible que grâce à un miracle de sagesse et de sérénité des Grenadiens eux-mêmes et du mouvement progressiste international»

La même circulaire poursuit: « Les relations avec le nouveau gouvernement restaient à définir, mais, indépendamment des raisons précédemment rappelées de notre collaboration avec le peuple de Grenade, à partir du moment où l'on annonçait l'avance de puissantes forces navales américaines vers Grenade, il était moralement impossible d'envisager l'évacuation du personnel cubain de Grenade. D'autre part, la nouvelle direction grenadienne, devant le danger imminent d'invasion, sollicitait notre collaboration au nom de la sécurité de la patrie, collaboration qu'il n'était pas facile d'accorder après les événements intervenus dans le pays. De nombreux messages furent échangés entre Cuba et notre représentation à Grenade, qui transmettait à son tour les demandes grenadiennes. Face à l'imminence de l'agression, le samedi 22 octobre, le camarade Fidel envoya à Grenade le message suivant: "Je considère qu'il serait hautement démoralisant et déshonorant pour notre pays devant l'opinion mondiale, d'organiser une évacuation immédiate de notre personnel au moment où s'approchent les navires de guerre américains. Une agression yankee contre nous et nos collaborateurs à Grenade peut se produire à n'importe moment au Nicaragua contre nos professeurs, techniciens et médecins, en Angola contre nos troupes et notre personnel civil, et même à Cuba. Nous devons être constamment préparés à maintenir un moral des plus élevés face à ces douloureuses possibilités. Je comprends à quel point il peut être amer pour vous comme pour nous, ici même, de risquer la vie de nos compatriotes à Grenade après les grossières erreurs du Parti grenadien et les faits tragiques qu'elles ont provoqués, mais notre position a été limpide et dignement éclaircie, de sorte qu'elle a été accueillie partout avec respect.

Ce n'est pas à ceux qui gouvernent aujourd'hui à Grenade que nous devons pensons maintenant, mais à Cuba, à son honneur, à son peuple et à son moral combattant.

Cette clarté et cette fermeté dans l'épreuve sont bien un exemple de dignité révolutionnaire et d'engagement internationaliste. Le message de Fidel Castro du 22 octobre, se concluait par un communiqué « à transmettre oralement à Austin » et dans lequel on peut lire, en réponse aux demandes des militaires grenadiens : « - Que notre force, composée fondamentalement de collaborateurs civils est trop petite pour être considérée comme un facteur d'importance militaire face à une invasion grande échelle des Etats-Unis; - que la situation politique créée au sein du pays par le divorce avec le peuple en raison de la mort de Bishop et d'autres dirigeants, l'isolement extérieur, etc., affaiblissent considérablement les capacités défensives du pays, comme résultat logique des graves erreurs commises par les révolutionnaires grenadiens. Qu'en raison de cette situation, les conditions politiques et militaires actuelles sont les pires pour organiser une résistance solide et efficace contre les envahisseurs, résistance, pratiquement impossible sans la participation du peuple. Qu'ils doivent chercher toute manière de parvenir à la réconciliation avec le peuple, l'une d'elle étant peut-être de clarifier les circonstances de la mort de Bishop et des autres dirigeants et de sanctionner les responsabilités en ce domaine; - que le gouvernement grenadien peut tenter d'éviter tout prétexte à l'intervention en offrant et réitérant publiquement les garanties de sécurité et les facilités totales pour l'évacuation du personnel américain, britannique, etc.;

que cependant, si l'invasion se produit quand même, il est de leur devoir de mourir en combattant, si difficiles et désavantageuses que soient les circonstances; - que le personnel cubain a l'ordre de rester dans ses campements et de continuer les travaux de l'aéroport; qu'il adoptera des mesures défensives et fortifiera si possible les lieux pour faire face à une agression surprise de l'extérieur (...) »

La circulaire datée du 25 octobre poursuit le récit des événements en précisant que le gouvernement de Grenade a continué néanmoins à « insister sur des projets qui étaient à notre avis à certains égards irréalistes et apolitiques . tendaient, y compris, signer un accord formel sur ce que devrait faire chaque partie (cubaine et grenadienne) sur le terrain militaire et prétendaient subordonner le personnel de construction et les collaborateurs cubains à l'armée grenadienne. »

Aussi, un nouveau message fut-il envoyé dans l'après-midi du 24 octobre à la direction grenadienne, précisant que « la représentation et le personnel cubains s'en tiendront strictement aux instructions du parti et du gouvernement cubains : combattre s'ils sont attaqués dans leurs campements et leurs zones de travail ».

Enfin, l'invasion impérialiste ayant été déclenchée, la circulaire du 25 octobre rapporte : « Tout au long de la journée du mardi 25, le peuple de Cuba a été tenu informé avec le plus de détails possible des combats et de la résistance héroïque et résolue des travailleurs et collaborateurs cubains, qui n'avaient pratiquement pas eu le temps de faire des tranchées ni des fortifications sur un terrain rocheux, face à une attaque navale, aérienne et terrestre de troupes d'élite américaines. Le peuple connaît le message échangé entre le commandant en chef et le colonel Tortolo, dirigeant le personnel cubain à Grenade. Ce chef, qui n'était dans le pays que depuis 24 heures, pour une visite de travail, a écrit dans notre histoire moderne une page digne d'Antonio Maceo. »

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Rappelant enfin le message en dix points adressé par le gouvernement cubain à celui des Etats-Unis, le 25 octobre au matin, dénonçant l'intervention US et l'attaque des campements des travailleurs cubains à Grenade, la déclaration rendue publique le 26 du mois conclut : « Grenade peut devenir pour les impérialistes yankees en

Ce qui devient clair maintenant, c'est que depuis des semaines, peut-être mois, un profond conflit s'était déclaré au sein du parti gouvernant de Grenade.

dirigeant du parti et Premier ministre de Grenade, a fait une brève escale d'a peine 36 heures, à Cuba, entre le soir du 6 octobre et le matin du samedi 8 octobre, après avoir effectué des visites officielles en Hongrie et en Tchécoslovaquie, il n'a pas fait la moindre réfédans ses conversations avec le rence camarade Fidel Castro et d'autres dirigeants cubains, aux sérieux différends dérouet divergences qui se à l'intérieur du laient

New Jewel

Movement (NJM), nom sous lequel on connait le parti dirigeant de son pays, donnant ainsi une grande preuve de dignité et de respect envers son parti et envers Cuba. Tous les sujets de conversation tournaient autour de la collaboration de Cuba avec Grenade, des démarches de coopération réalisées par la délégation grenadienne en Hongrie et en

Tchécoslovaquie, dont les résultats lui une large satisfaction, ainsi donnaient qu'autour d'autres sujets internationaux.

Vendredi 7 octobre, Fidel Castro accompagnait Bishop dans une visite d'importantes installations en construction à Cienfuegos, lui montrant l'avancée de nos plans de développement et l'exceltente attitude de nos travailleurs avec lesquels les deux ont conversé.

Manifestation anti-impérialiste à Grenade (DR)

Amérique latine ce

Quelques jours plus tard, soit le mercredi 12 octobre, notre ambassade à Grenade nous a informés de la surprenante et divisions s'étaient produites au sein du Comité central du parti de Grenade. Au cours de la matinée de ce jour-là, Bishop lui-même communiquait (à l'ambassade) les différends suscités depuis quelques temps. Il disait qu'on essayait de les discuter et d'y trouver une solution, mais qu'il ne s'était jamais imaginé la gravité que ceux-ci allaient prendre durant son absence. Il parlait simplement des différends, mais ne demandait aucune opinion, ni de la coopération de notre part, en vue de les surmonter, faisant, encore une fois, preuve de son grand respect à l'égard de la politique internationale de Cuba et à l'égard des affaires internes de son propre

Au cours de l'après-midi du même jour, on a appris que les adversaires de Bishop avaient réussi à obtenir la majorité au sein du Comité central du parti, ainsi que dans l'appareil politique de l'armée et de la sûreté, et que Bishop avait été destitué de sa fonction dans le parti et assigné à résidence.

Puisqu'il s'agissait d'un problème purement interne, le parti et le gouvernement de Cuba ont, malgré notre amitié pour Bishop, et notre confiance en son intégrité et en sa capacité de direction, donné à leurs représentants à Grenade que fut la Moncada pour la tyrannie de Batista à Cuba. Gloire éternelle aux Cubains tombés et à ceux qui ont lutté et luttent encore, en défense de leur honneur et de leurs principes, de leur travail internationaliste, de leur patrie et de leur propre intégrité personnelle menacée par l'attaque impérialiste impardonnable et criminelle. La patrie ou la mort ! Nous vaincrons ! des instructions pour qu'il s'abstiennent totalement - suivant en cela parfaitement les principes et les normes de la politique internationale de Cuba - de se mêler aux affaires internes du parti et de

Des nouvelles continuaient alors à arriver sans cesse de notre ambassade, pendant les jours suivants, sur les positions et les arguments des deux parties impliquées dans le conflit. Il y avait, en réalité, à notre avis, plutôt que des conflits de fond, des conflits des personnalités et de conceptions sur les méthodes de direction desquels d'autres facteurs subjectifs n'étaient pas non plus absents.

Samedi 15 cotobre, le camarade Fidel Castro envoyait un message au Comité central du NJW, y exprimant en toute clarté la position de Cuba, guidée par le principe de s'abstenir absolument de se mêler des affaires internes du parti et du pays. Il exprimait en même temps, sa profonde préoccupation du fait que la division surgie puisse nuire considérablement à l'image du processus révolutionnaire de Grenade, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, qu'à Cuba même, où Bishop était hautement apprécié, il ne serait done pas facile d'expliquer les faits et qu'il nourrissait l'espoir que les difficultés pouvaient être surmontées avec le maximum de sagesse, de sérénité et de loyauté envers les principes et la généro-

La préoccupation de Cuba était au fond celle d'éviter que les événements ne prennent un caractère de confrontation, de violence et un caractère sanglant. Ce message exprimait également que la collaboration de Cuba serait maintenue comme un engagement envers le peuple de Grenade, indépendamment des changements qui se seraient produits dans la direction du parti et du pays, puisqu'il s'agissait d'une question purement interne.

Pendant plusieurs jours, la situation restait dans une impasse. Une solution honorable, intelligente et pacifique semblait à certaines occasions pouvoir être trouvée. Il était clair que le peuple était en faveur de Bishop et réclamait sa présence.

La presse occidentale lançait toute sorte de spéculations sur les événements. Nous ne disions pas un seul mot pour éviter que nos déclarations publiques puissent apparaitre comme une ingérence dans les affaires internes de Grenade, étant donné nos relations étroites, vastes et fraternelles avec ce pays frère. Nous avons ainsi rempli rigoureusement nos principes de respect à l'égard des affaires internes des partis et pays frères.

Hier, le 19 octobre, des nouvelles commençaient à arriver pendant la matinée, suivant lesquelles les travailleurs s'étaient mis en grève et le peuple s'était lancé dans la rue en faveur de Bishop.

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Solidarité avec le peuple de Grenade

Une grande foule de manifestants vait ainsi jusque chez lui où elle l'a limais les informations sont encore imprécises -tallation militaire avait été le peuple. L'armée aurait alors envoyé du personnel dans cette zone et aurait tiré sur les manifestants, dit-on, laissant aucune nouvelle sur le sort de Bishop et des autres dirigeants qui étaient restés

C'est durant les heures dramatique. communiqué officiel annonçait la mort de Maurice Bishop,

Jacqueline Creft, ministre de l'Education, de Vincent Noel, premier Vice-président de la centrale syndicale de Grenade, de Norris Bain, ministre du Logement, et de Fitzroy Bain, taire général du Syndicat des ouvriers agricoles. La façon réelle dont Bishop et les autres dirigeants sont morts n'a pas encore pu être précisée avec exactitude.

Bishop était un des leaders politiques qui jouissaient le plus de sein de notre peuple, à cause de son talent, de sa simplicité. de sa sincérité, de son honnêteté révolutionnaire et de son amitié prouvée envers notre pays. Il jouissait en outre, d'un grand prestige international, et la nouvelle de sa mort a ému la direction de notre parti et nous rendons l'hommage le plus profond à sa mémoire.

C'est malheureusement à ce drame sanglant que les divisions entre les révolutionnaires grenadiens ont abouti.

Aucune doctrine, aucun position proclamée re et aucune division interne ne justifient des procédés aussi atroces que l'élimination physique de Bishop et groupe connu de dirigeants honnêtes et dignes, morts hier.

La mort de Bishop et de ses camarades doit être éclaircie, et s'ils ont été exécutés de sang-froid, les coupables méritent d'être sanctionnés de façon exemplaire.

L'impérialisme essaiera maintenant d'utiliser cette tragédie et les graves erreurs commises par les révolutionnaires grenadiens, pour balayer le processus révolutionnaire à Grenade et la mettre à nouveau sous la domination impériale et néocolonialiste.

La situation est extrêmement difficile et complexe. Seul un miracle de bon sens, d'impartialité et de la part des révolutionnaires nadiens et de sérénité dans la réaction et dans les faits du mouvement progressiste mondial, pourront encore sauver le processus.

Aucun pas ne doit être franchi qui pourrait aider l'impérialisme dans plans. Beaucoup de médecins, de maîtres d'école, de techniciens de diverses spécialités et des centaines de constructeurs cubains se trouvent à Grenade, où ils collaborent à des services essentiels pour le à résidence.

qu'une insoccupée par terons nullement à faire un pas relatif à le déroulement des événements et nous dénouement ne pas nous ingérer dans les affaires incompte, par-dessus du peuple grenadien, en ce qui concerne secréau développement de travaux que, qui sont vitaux pour son économie.

Bien que profondément amers à l'égard de ces faits, nous ne nous précipila collaboration technique et économique, qui pourrait affecter les services estionnaire sentiels et les intérêts économiques vitaux du peuple de Grenade, envers lesurvenus et de sympathie sincère.

suivrons attentivement liberté.

tiendrons au strict principe de de Grenade, et nous tiendrons des intérêts

Les mobilisations les plus importantes contre le débarquement américain à la collaboration économique et techni- et technisi cela est possible dans la nouvelle situation. Mais quant à nos relations politiques avec les nouveaux responsables de la Grenade, elles devront être soumises à une sérieuse et profonde analyse.

Néanmoins, si le processus révolugrenadien peut se préserver, nous ferons le possible pour l'aider. Si seulement les faits douloureux qui sont faisaient réfléchir profondé. ment tous les révolutionnaires de Grenade et du monde et si seulement l'emportait le concept qu'aucun crime ne peut être commis au nom de la révolution et de la

Déclaration du Parti communiste et du Gouvernement révolutionnaire de Cuba. La Havane, 20 octobre 1983.

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