INTERVENT Maines conne
plus de 6 000 marines a donné un
1 net coup d'arret au processus révolutionnaire grenadien. Les répercussions s'en feront ressentir sur les luttes dans tout le bassin de la Caraibe et plus generalement en Amérique centrale. La convergence qui s'était profilée entre la montée révolutionnaire en Amérique centrale et la radicalisation des luttes dans la Caraibe a été rompue.
Pour les Etats-Unis existe dès lors la possibilité d'installer à Grenade un régime pro-impérialiste et taire américaine. L'administration Reagan a aussi marqué un premier point dans sa bataille contre le fameux vietnamien ». Elle a déployé de propagande gigantesque - dont mensonges, fausses nouvelles et censure ont constitué la colonne vertébrale -de retourner l'opinion publique américaine et de préparer le terrain pour une nouvelle offensive militaire en Amérique centrale.
Pourtant, le succês militaire des marines n'est pas sans mettre en évidence de nombreux problèmes. Tout d'abord parce que même la résistance relativement faible rencontrée nade a mis en relief une série de difficultés pour l'impérialisme. sistance prolongée des masses tionnaires, au Nicaragua et au Salvador, battrait en brèche l'opération
Get de propagande qui a si marché lors de l'occupation de l'íle de Grenade. Ensuite, cette intervention américaine directe a attisé les sentiments anti-impérialistes des peuples de toute la région. Enfin, y compris à Grenade, la stabilisation d'un nouveau régime pro-impérialiste n'est pas un objectit obligatoirement aisé atteindre terme pour les USA. L'occupation militaire peut durer. Des maintenant. nonce du maintien des troupes d'occupation pour une longue période, le re-
Port des élections d'une année au moins,
opérations de ratissage militants et sympathisants du New Jewel Movement (NJM), le quadrillage militaire de l'ile, le nombre des victimes grenadiennes civiles faites par les combats, sont autant d'éléments qui contribueront à réduire le profit politique tiré par les USA de leur succès militaire. N'étant nullement disposés à hypothéquer l'avenir, ces derniers ne pourront que s'acoquiner avec les anciens partisans de la dictature d'Eric
- les «mangoustes » participent déjà, d'après certaines informations, à la répression dans l'ile — et revenir sur les principaux acquis sociaux et tiques des masses populaires. L'exemple de la Jamaïque où la CIA avait contribué à remettre en selle Edward Seagua est là pour montrer qu'une telle politique n'entraîne ni l'engouement populaire ni un assainissement de la situation économique, même si les Etats-Unis y consacrent
L'intervention US et de des millions de dollars. Corruption, prostitution, pauvrete, chomage et répression seront assez rapidement l'essentiel du bilan d'un régime à la botte de l'impérialisme, à Grenade. La présence des forces d'occupation ne fera que raviver un sentiment anti-impérialiste dont les affrontements au sein du NJM, et plus précisement l'assassinat de Maurice Bishop, ont freiné l'expression lors de l'intervention
US.
En effet, profonde démoralisation des masses greune base milinadiennes à la suite de la mort de Bishop et des principaux des mesures anti-démocratiques prises par les militaires de l'équipe du général Hud-
« traumatisme un effort
Austin, son
« neutralité » d'une partie de la population face à l'intervention US. La popuafin lation grenadienne ne se reconnaissait à l'évidence plus dans l'équipe du Conseil militaire politique que le déséquilibre des forces face aux milliers de marines US ne laissait guère la possibilité d'une réaction indépendante des masses dont la mobilisation en soutien à Bishop, le 19 octobre, avait connu échec un à
Grespontanées de ce jour-là semblent d'ailleurs avoir été la seule intervention des
Toute rémasses populaires dans le conflit qui trarévoluversait le Comité sur des questions d'organisation de la dipolirection du Parti et de l'Etat, depuis plus d'un an. Les divergences opposant Bishop bien et ses partisans à la majorité du CC du
NJM n'ont d'ailleurs jamais été rendues publiques. Or, dans le CC du NJM se discutaient justement de grandes questions concernant l'avenir du peuple grenadien devaient
Elles ment. Les organisations de masse devaient à court s'en emparer. C'était-là, le seul moyen de les faire se sentir responsables. La concepl'antion du NJM, aussi bien au plan du débat interne que masses manifestait là, toutes ses insuffisances. C'était le talon d'Achille de la révolution. Et c'est à juste titre qu'une dicontre les plomate de l'ambassade cubaine à Saint-
Georges, Gail Reed, responsable des relations avec la presse, devait affirmer : « La révolution grenadienne est morte, mais ce ne sont pas les Américains qui l'on tuée, ce sont ses propres dirigeants ». (Citée par
Libération des 5 et 6 novembre 1983).
jectives existaient. Comme dans beaucoup de pays dominés, mais à un degré exceptionnel dans cette région du monde. le poids social de la petite bourgeoisie était déterminant dans la société grenadienne.
démocra-
L'immense majorité de la population était constituée de petits propriétaires individuels (paysans ou boutiquiers). Pour eux, la révolution, qui n'a pas donné lieu à une mobilisation de masse aussi ample et proqu'à fonde
Cuba signifié
GRENADE vastes :
tion, mobilisèrent hension quasi-absence comités c'est principalement la n'en pas douter, dirigeants du NJM et rielle et qui expliquent l'apparente vait pas se révolutionnaire (CMR). Tandis d'une lutte tions des locales qui leur sanglant. Les manifestations central (CC) du NJM néanmoins de mes tion ce être débattues ouvertedéfense dans ses rapports avec les
Certes, une série de difficultés obou au Nicaragua, a avant tout, avec la chute de la dictature, une plus grande liberté et de progrès dans la satisfaction des besoins sociaux du peuple (sante, educaalimentation, transport, etc.). Ce sont done les objectifs démocratiques et immédiats du processus révolutionnaire, plus nettement que sa dynamique socialiste et anticapitaliste qui non seulement les masses - ce qui est somme toute assez logique - mais marquerent leur niveau de conscience, leurs formes de mobilisation et leur comprémême de la révolution. La d'un prolétariat industriel a marqué fortement les rythmes de radicalisation des masses et a limité le développement de la dynamique socialiste et ouvrière du processus révolutionnaire. Les formes de démocratie de masse portaient elles aussi les caractéristiques propres de ce processus original. La participation aux assemblées de village, ou aux de districts pour débattre des meilleurs moyens de satisfaire au niveau local les besoins sociaux des masses est, à
June expérience pleine d'enseignements et politisante pour les masses, mais son contenu est moins riche que le produit d'une expérience de gestion ouvriere de la production indusde participation aux formes d'organisations indépendantes des travailleurs qui l'accompagnent. La compréhension même des tâches de défense de la révolution face à l'impérialisme ne pouposer dans des termes identiques à celles d'un pays comme le Salvador ou le Nicaragua où les masses populaires gardent en mémoire l'expérience directe contre les intervenUSA ou contre les oligarchies étaient liées. De ce point de vue, la révolution grenadienne était le point faible de la chaine des processus révolutionnaires en cours dans la région. Et s'il ne faut pas en tirer un déterminisme sociologique absurde, il convient, comprendre que les rythd'évolution de la conscience de classe, de l'organisation et de la mobilisades masses populaires, y compris dans le domaine militaire, dans un tel environnement social et culturel, posaient les problèmes de leur inadéquation avec qui était rendu nécessaire par la du procesus révolutionnaire contre l'agression d'un impérialisme tout puissant. Problèmes que la direction du NJM n'a pu résoudre positivement. Cela ne dément pas le fait que c'est la désorientation des masses grenadiennes par l'action de l'équipe du général Austin, qui a pavé la voie à l intervention impérialiste
Maintenant, après une telle défaite militaire et politique pour les masses grenadiennes, la recomposition d'une direction révolutionnaire prendra du temps car elle devra, par-delà la répression et la démoralisation, renouer le contact avec les masses populaires grenadiennes, reconstituer des réseaux militants, et relancer la lutte contre le régime fantoche que l'impérialisme va installer à Saint-Georges. La solidarité internationale pour obtenir le retrait immédiat des troupes impérialistes d'occupation et pour organiser le soutien aux mobilisations des masses populaires en défense de leurs acquis démocratiques et sociaux sera un élément indispensable de ce combat.
Vincent KERMEL, 12 novembre 1983.