Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Riposte populaire au gouvernement Belaunde Terry

· Inprecor n° 161, 21 novembre 1983 · p. 13-16 · 3 990 mots

Syndicalisme Pérou et Bolivie Mexique Économie mondiale

Plus d'un million de travailleurs en grève le 27 septembre de Belaunde Terry

A grève générale du 27 septembre dernier, huitième du genre depuis celle du 19 juillet 1977, a mobilisé plus d'un million de travailleurs sur une population totale d'environ 18 millions d'habitants et s'est soldée à nouveau par plusieurs morts et des centaines d'arrestations dont celles de deux militants du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT- section péruvienne de la IVe Internationale), Julio Zevallos et Sabino Arcos. Comme les précédentes actions d'ampleur nationale, cette grève était organisée par un « commandement unitaire » regroupant autour de la Confédération générale des travailleurs péruviens (CGTP), principale centrale syndicale dirigée par la coalition de la Gauche unie (Izquierda Unida, IU) (1), des centrales de moindre importance comme la Centrale des travailleurs de la révolution péruvienne de Lima (CTRP) scission de la CTRP nationale, organisation créée à l'origine sous les auspices du régime du général Juan Velasco Alvarado dans les années 1970, une fraction majoritaire de la Confédération nationale des travailleurs (CNT) démocrate-chrétienne, des organisations paysannes comme la Confédération paysanne du Pérou (CCP), la Confédération nationale agraire (CNA), la Confédération générale des pobladores, les bidonvilles, du Pérou (CGPP), la Fédération des étudiants péruviens (FEP) et diverses organisations populaires. Mais, en septembre dernier, la grève eut aussi l'appui des Fronts de défense des intérêts du peuple de Huancayo, Puno et Cuzco (2). L'action était aussi soutenue par les partis politiques de gauche comme la coalition Izquierda Unida (1U), le Parti revolutionnaire des travailleurs (PRT), etc.

La plate-forme de la mobilisation s'articulait autour de deux axes fondamentaux, comprenant des revendications liées à la situation économique et sociale et d'autres relatives à la lutte contre la répression et le durcissement du régime du président Belaunde Terry. Les grévistes réclamaient donc le blocage des prix des produits de première nécessité, une augmentation générale des salaires, leur ajustement automatique sur les prix, l'arrêt des fermetures d'entreprises, des réductions de personnel et la fin du processus de reprivatisation des entreprises publiques. Dans le domaine des revendications démocratiques étaient réclamée la suspension de l'état d'urgence et de la « loi antiterroriste » qui instituent le délit d'opinion et un régime d'exception permettant notamment à la police d'arrêter et d'interroger pendant quinze jours toute personne considérée comme suspecte sans avoir à la présenter devant un juge d'instruction, ce qui revient en fait à légaliser l'autorisation de quinze jours de tortures pour faire avouer les personnes soupçonnées. Ces dispositions accordent une totale impunité aux forces répressives et facilitent les arrestations arbitraires de dirigeants du mouvement ouvrier et syndical.

Cette grève générale est intervenue dans une situation marquée par la multiplication des actions de grève localisées comme celle des employés de banques, des travailleurs des mines de cuivre, de la société Pescaperu, des médecins des hôpitaux d'Etat, etc. Elle avait été aussi précédée par un processus de regroupement des forces ouvrières et populaires avec notamment la tenue à Lima le 22 septembre d'une Assemblée populaire qui a réuni les fédérations et organisations syndicales nationales, les syndicats de branche, les organisations de quartiers et celles des étudiants, les maires et élus de gauche et les organisations politiques de gauche pour préparer la grève. La première disposition de cette réunion fut d'organiser une manifestation le 23 septembre qui, malgré la présence policière,

PEROU Cortège de la CGTP, un premier mai à Lima (DR). réussit à traverser les principales artères de Lima et à se rendre devant le Parlement.

Toutefois, la préparation de cette grève nationale a suscité un vif débat dans la CGTP et parmi les organisations du mouvement ouvrier. Alors que toutes les grèves nationales précédentes portaient la dénomination de Paros nacionales unitarios grèves nationales unitaires, ou même pour celle du 10 mars dernier, l'appellation de « grève ouvrière, paysanne, étudiante et populaire », terminologie exprimant une claire délimitation ouvrière et populaire de l'action, l'IU proposa que la grève du 27 septembre soit appelée Paro civico nacional et rassemble non seulement les organisations de masse de la gauche ayant déjà participé aux actions des années précédentes, mais aussi les partis bourgeois d'opposition, autrement dit l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA), la Démocratie chrétienne, etc. Elle voulait ainsi fixer comme objectif à la mobilisation populaire d'exercer une pression sur les secteurs démocratiques d'opposition et sur le gouvernement afin de l'amener à modifier sa politique.

La réponse des secteurs « lutte de classe » à l'intérieur de la CGTP, dont les militants du PRT, rappela qu'il était possible d'accepter des actions de front uni ponctuel avec des secteurs bourgeois d'opposition à condition que cela n'implique nullement la réduction des objectifs et revendications de la mobilisation. Et dans ce cas concret, il s'agissait de lutter pour le renversement de ce gouvernement et non pas de se contenter de pressions. Les secteurs radicaux du mouvement syndical ont donc proposé d'impulser au-delà de la grève nationale un plan national de lutte et la constitution d'une direction unitaire nationale pour le mener à bien, la réunion dans toutes les villes importantes du pays d'Assemblées populaires à l'image de ce qui s'est fait à Lima, la convocation d'une Assemblée populaire nationale regroupant l'ensemble de ces organisations, et la préparation d'une nouvelle grève générale contre le gouvernement. La polémique au sein du mouvement ouvrier fut en

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partie tranchée par le fait que la grève ne fut finalement soutenue par aucun secteur bourgeois. L'APRA laissa ses militants « libres » de participer à l'action, mais la Centrale des travailleurs du Pérou (CTP) qu'elle contrôle s'opposa à la participation, malgré des querelles internes à ce sujet. Cependant, la défection de la CTP amena le Comité d'organisation à renoncer à son objectif initial de 48 heures de celui d'une grève de 24 heures.

La grève nationale du 27 septembre dernier a eu lieu au moment même où le ministre de l'Economie, Carlos Rodriguez Pastor, ancien haut fonetionnaire de la banque privée américaine Wells Fargo Bank, venait de renégocier une dette extérieure qui dépasse 14 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international (FMI). Cet accord implique une diminution radicale des dépenses publiques, une dévaluation monétaire « contrôlée » (elle atteindra les 100 % pour 1983), le maintien d'une inflation annuelle supérieure taux de 125%, une politique de contrôle des salaires, la fermeture ou la privatisation de nombreuses entreprises publiques... Dans le seul cas de l'entreprise étatique de conserverie de poissons, la Pescaperu, largement démantelée la fermeture prévue de deux tiers de ses 36 usines, ces mesures impliquent déjà 4 200 licenciements immédiats, sur un total de 6 000 travailleurs.

UN ARSENAL JURIDIQUE ANTI-OUVRIER Toute cette politique se traduit sur le plan social par l'adoption d'une série de lois réactionnaires, dont trois sont tout spécialement des agressions directes contre le mouvement ouvrier. La première d'entre elles est précisément une loi de privatisation des entreprises publiques qui va signifier la fermeture pure et simple des entreprises d'Etat dans certains cas, leur vente aux multinationales dans d'autres. La décision sera prise par l'exécutif gouvernemental sans même une consultation du Parlement. La deuxième loi vise directement le droit de grève. S'il n'existe pas de législation explicite sur la garantie du droit de grève, soixante ans de luttes du mouvement ouvrier ont imposé une sorte de « jurisprudence » en la matière, et ce droit est reconnu par la Constitution. Sans remettre en cause ouvertement le droit de grève, le gouvernement de Belaunde Terry veut néanmoins le rendre inapplicable dans les faits. D'une pour qu'une grève soit reconnue légale, la décision devra dorénavant être approuvée par au moins 75 % des travailleurs de l'entreprise concernée, syndiqués ou non. D'autre part, cette approbation doit étre vérifiée tous les deux jours par un huisavec vérification individuelle des noms, du livret électoral, de l'adresse et de la signature de chaque gréviste. Enfin, la décision sur la légalité ou l'illégalité de la grève revient au seul ministère du Tragrève et à adopter pour l'APRA et l'IU. vail. Dans le cadre de cette loi, les grèves de solidarité sont interdites, de même que les grèves par branche d'industrie, et elles ne peuvent en aucun cas durer plus de trente jours !

La troisiême loi, sur la garantie de l'emploi, a déjà une longue histoire. existait en effet une loi selon laquelle la garantie de l'emploi ne peut intervenir qu'après une période d'essai de 90 terme de cette période, le droit de se syndiquer est reconnu au travailleur ainsi que la possibilité de bénéfi cier de la sécurité sociale et de divers avantages sociaux. Cette disposition a été ' modifiée par la loi 22 126 déjà en vigueur à l'heure actuelle et qui allonge la période d'essai de 90 jours à 36 mois, soit trois

Cela implique un affaiblissement brutal des syndicats puisque pendant trois ans, les travailleurs « à l'essai » n'auront pas le droit de se syndiquer. Les travailleurs n'auront pas non plus le droit à la sociale, auront un salaire inféau minimum vital légal et seront dans la plupart des cas licenciés avant l'échéance fatidique des trois ans, sans pouvoir réclamer aucun droit. Mais cette nouvelle loi va elle-même être remplacée par une autre encore plus réactionnaire d'après laquelle il n'y aurait plus de garantie de l'emploi reconnue aux travailleurs, seul le poste de travail lui-même étant « garanti ». Ainsi tout travailleur, qu'il soit employé ans, ou trente ans pourra être licencié n'importe quand arbitrairement, à la seule condition que le patron s'engage à le remplacer à son poste de travail. C'est donc à la fois un coup terrible aux conditions de vie des travailleurs (alors que le

Get de sous-emploi atteint déjà 59% de la force de travail), mais aussi une tentative explicite non plus d'affaiblir, mais de détruire les organisa-

La crise économique a atteint des dimensions catastrophiques. Le pays se disloque alors que la priorité du gouvernement reste le paiement des intérêts de la 1) La Gauche unie (IU) est une coalition mise en place sous l'hégémonie du PCP-Unidad, prosoviétique, avec l'Union démocratique populaitristes pour les élections municipales de 1981. Elle se maintient depuis lors malgré des conflits internes, mais sans pour autant être profondé2) Les Fronts de défense du peuple sont des or ganes de mobilisation qui existent depuis le début des années 1970 et qui se sont généralisés à partir de 1976. Ils sont composés de toutes les organisations ouvrières. populaires et paysannes d'une région et organisent des revendications économiques, sociales et régionales. 3) Certains secteurs patronaux s'en inquietent

Ecrit au moment du déroulement de la grève générale péruvienne, l'article que nous publions ci-dessous analyse le contexte de la politique économique et sociale du gouvernement de Fernando Belaunde Terry et la nature de l'échéance des élections municipales du 13 novembre prochain, que les sondages d'opinion présentent comme devant être une importante défaite pour les partis politiques au pouvoir et un succès dette exterieure. A inflation galopante s ajoute une recession economique précédent (3). Au premier semestre de année, la production industrielle a baissé de 13% en moyenne. L'industrie est soumise à un projet de modernisation afin, prétend le gouvernement, de mieux s'intégrer dans le marché mondial. Cela signifie en fait que le gouvernement s'est ouvertement rangé du côté de la défense des intérêts du capital multinational et de l'impérialisme. Il a ouvert le marché intérieur à la concurrence étrangère en abaissant les taxes à l'importation à un taux minimum. Le taux d'intérêt touché par les banques atteint les 180 % par an, alors que formellement, il est fixé à 95%. L'économie est entraînée dans un processus d'asphyxie qui touche surtout les secteurs d'activité où la composition organique du capital est la plus faible. Une telle situation conduit évidemment certains secteurs bourgeois à s'opposer au gouverement. Mais cherchent en meme temps à en finir avec les droits du mouvement ouvrier, qui constituent autant de freins à leur capacité d'accumulation

La paysannerie souttre evidemmen ussi de cette situation de crise. Les entre prises d'Etat de commercialisation des produits agricoles et les gros intermédiaires font diminuer les prix d'achat de la production paysanne alors même que ces prix montent en flèche sur les marchés urbains. Les paysans sont étranglés par les intermédiaires. Le crédit agricole est pratiquement hors de leur portée. Enfin, et c'est le plus grave pour le moment, à cela s'ajoute le fléau des catastrophes naturelles. Dans le nord du pays, quatre mois d'inondations ont dé. truit les récoltes, les routes et les habitations. Au sud, une sécheresse qui dure depuis plus de deux ans, a eu des conséquences catastrophiques sur l'agriculture et l'élevage. Il en résulte non seulement une misère généralisée dans les campagnes mais une sérieuse menace sur le ravitaille-

Ainsi, Carlos Verne Katz, président de l'Association des chefs d'entreprises déclarait récemment : « Environ 50 % de l'industrie péruvienne sont sur le point d'être mis en failà moins que le gouvernement ne change de politique économique. » Selon son témoidu 2 septembre 1983, Verne pense que les secteurs les plus touchés sont ceux du textile, de la chaussure, de la métallurgie et notamment le secteur de la production de matériel électrique. Dans le textile, en effet,

Sont été licenciés depuis 1979, tandis que la force de travail industrielle comprend aujourd'hui moins d'un demi-million de travailleurs, soit environ le dixième de la population active du pays.

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ment des grandes villes, dans la mesure où un demi-million d'hectares de terres cultivables ont ainsi été perdus pour la culture. Il n'a, en effet, pas été possible d'assurer les semailles annuelles, de sorte qu'à la fin de l'année un grand nombre de Péruviens vont souffrir de la faim.

La solution du gouvernement à ces problèmes a été d'importer des produits alimentaires comme le sucre, le riz et même des pommes de terre, alors que l'exportation de ces produits était, il y a quelques années seulement, une importante source de revenus pour le Pérou. Aucune aide gouvernementale significative n'a été organisée pour le rétablissement de l'agriculture, qui doit maintenant affronter les problèmes de sa relance de manière autonome et, qui plus est, face à la concurrence des produits importés.

Les conséquences de la politique gouvernementale s'expriment ainsi tragiquement par la détérioration brutale des conditions d'existence des masses et les problèmes sociaux qui accompagnent cette situation de misère. On assiste done à une augmentation de la prostitution, notamment de la prostitution infantile. La violence et la délinquance sont des phénomènes sociaux qui prennent des dimensions impressionnantes. Dans la région de Puno, la faim a conduit de nombreuses familles à vendre purement et simplement leurs enfants.

Cette détérioration de la situation engendre un profond mécontentement qui sape à toute allure la base sociale du gouvernement. Conscient de cet effritement quotidien de ses appuis, le gouvernement réagit en ayant de plus en plus recourt à l'intimidation et à la répression. Preuve en est d'ailleurs le rôle de plus en plus important des forces armées dans la vie du pays. Dans les faits, une dictature militaire est déjà en vigueur dans huit provinces du centre du pays qui ont été décrétées en état d'urgence. Il existe ainsi un gouvernement de compromis dissimulé entre l'état-major et le gouvernement légal de l'Action populaire (AP).

C'est aussi dans cette politique d'atteintes systématiques aux libertés démocratiques et de militarisation du pays que s'inscrit la suspension du mandat parle. mentaire de Hugo Blanco (voir encadré). Cette mesure arbitraire et scandaleuse a prouvé que le gouvernement n'était pas disposé à tolérer la dénonciation au Parlement ni les demandes d'éclaireissement concernant les assassinats et les disparitions qui se produisent dans la province d'Ayacucho, sous couvert de lutte contre la guérilla du « Sentier lumineux ». Il est prêt à aller jusqu'à la suppression de l'immunité parlementaire, de la liberté d'expression, et plus généralement des libertés démocratiques, pour mener en toute impunité sa politique pro-impérialiste.

L'ÉCHEANCE DES ELECTIONS MUNICIPALES C'est dans ce contexte qu'auront lieu les élections municipales du 13 novembre prochain. Tout le monde s'accorde à reconnaître leur importance particulière. Il va s'agir de fait d'élections d'une portée politique bien plus importante que le seul horizon municipal. Il s'agira d'une sorte de référendum sur la politique du gouvernement, dont la question posée serait « comment sortir le pays de cette crise ? »

Les partis gouvernementaux réactionnaires, l'Action populaire du président et le Parti populaire chrétien (PPC), essaieront, au prix si nécessaire d'une fraude éhontée, d'utiliser les élections municipales pour obtenir l'approbation de leur politique pro-impérialiste. L'APRA qui s'est située en opposition au gouvernement fera de son mieux pour capitaliser le mécontentement populaire dans la perspective d'une solution bourgeoise de rechange (4). Elle maintient pourtant jusqu'à ce jour, une attitude conciliatrice envers le gouvernement, qui s'est exprimée jusque dans les moments les plus critiques. Elle n'a ainsi même pas voté contre la suspension de Hugo Blanco du Parlement. L'APRA veut en fait démontrer, tant aux masses populaires qu'à l'armée, qu'elle constitue une alternative fiable dans les limites de la démocratie bourgeoise. Elle prétend enfin en appeler à l'impérialisme européen pour faire contre-poids à la prédominance de l'impérialisme US.

La coalition d'Izquierda Unida, pour sa part, voudrait répéter l'histoire de l'Unité populaire chilienne mais, à la différence de cette dernière, elle a dans ses rangs un courant réformiste majoritaire, le Parti communiste péruvien (PCP) et un courant révolutionnaire minoritaire, représenté fondamentalement par l'Union démocratique et populaire (UDP). L'IU manque d'une structure de base organisée, qui freine même la consolidation de son projet réformiste. Une crise a conduit l'IU au bord de la division pour les élections municipales et a abouti à ce qu'elle se présente divisée dans des villes importantes comme Arequipa. Ces derniers mois, la politique d'IU s'est caractérisée non seulement par un manque total 4) A la veille des élections municipales un sondage, effectué à Lima par le journal La Republica, donne par exemple une opposition de l'ordre de 80 % des personnes interrogées à la politique gouvernement. Toutefois, sur la base de la même enquête, les scores électoraux prévisionnels s'établissent comme suit : 30% pour la liste de l'APRA, 21 % pour celle d'IU, et respectivement 14 et 13 % pour celles des candidats des partis gouvernementaux AP et PPC. Ce qui signifie que même parmi les futurs électeurs des partis gouvernementaux, nombreux sont ceux qui contestent la politique économique de l'actuel gouvernement. 5) Pour une analyse plus approfondie de la guérilla de « Sentier lumineux » se reporter à l'article d'Inprecor numéro 144 du 28 février 1983, intitulé « Points de repère pour l'analyse de la guérilla péruvienne ».

d'initiatives et l'absence d'appel à la mobilisation de masse, mais aussi par une campagne explicite en faveur d'une alliance avec l'APRA. Cette perspective a provoqué un rejet de la part de l'UDP et d'une fraction importante de la base meme diu, en même temps qu'elle renforçait l'image de l'APRA comme solution politique de rechange crédible.

Dans la situation de crise sociale profonde et en l'absence d'alternative révolutionnaire crédible au niveau national, le mécontentement, en particulier de la jeunesse la plus paupérisée, est en partie capitalisé par le groupe « Sentier lumineux » dont la stratégie de guerre populaire prolongée prétend pousser le pays à une situation de guerre civile en l'opposant à l'armée (5). Pourtant, un coup d'Etat militaire signifierait non seulement la sortie de la bourgeoisie libérale du gouvernement, mais surtout la destruction des syndicats des organisations de masse et des partis de gauche, autrement dit une claire défaite du mouvement ouvrier et populaire. « Sentier lumineux » va intervenir à sa façon dans le processus des élections municipales. Son but est sans aucun doute d'empêcher leur tenue et de polariser la situation dans le sens d'un affrontement direct avec les forces armées.

LA POLITIQUE DU PRT Malgré l'existence d'un important courant de « lutte de classe », révolutionnaire à l'intérieur des syndicats et des organisations de masse, qui s'exprime tant à l'intérieur qu'en dehors de l'IU, il est sûr qu'il n'existe pas, aux yeux des masses populaires, une alternative révolutionnaire forte et crédible. Les efforts tentés par le PRT pour constituer un front révolutionnaire pour ces élections n'ont pas abouti. Le PRT a développé une campagne visant à affirmer un pôle révolutionnaire alternatif tant à IU qu'à « Sentier lumineux », et dont le but était de rasdes organisations révolutionnaires telles que le Parti ouvrier marxiste ré. volutionnaire-Parti socialiste des travailleurs (POMR-PST) et d'autres formations, et surtout une couche de plus en plus large de dirigeants ouvriers qui animent la résistance à la politique gouvernementale pour autant partager l'orientation sans politique d'IU ni celle de « Sentier lumineux » (6).

Dans la mesure où ces efforts uni6) Le Parti ouvrier marxiste-révolutionnaire (POMR) était l'organisation liée au courant lambertiste de l'OCI française. Le Parti socialiste des travailleurs (PST) représentait les vues du courant dirigé par Nahuel Moreno. Le POMR-PST (parti unifié) est le résultat de la recomposition locale de ces deux courants. à la suite de la crise qu'a connue leur regroupement International en septembre 1981 (cf. Inprecor, numéro 137, 22 novembre 1981 : « Le bilan des reconstructeurs de la IVe Internationale » par Daniel Bensaid). Une partie des militants du POMR, derrière leur dirigeant Ricardo Napuri, qui devait rompre ses rapports avec le courant lambertiste, ont formé le POMR-PST avec le courant moréniste.

Sur les rapports entre le PRT et le POMR-PST. voir Inprecor, numéro 153 du 20 juin 1983.

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taires n'ont pas abouti, le PRT présente ses propres listes, pour ces élections, Lima, Cerro de Pasco, Arequipa, Moyendo, Juliaca. Le POMR-PST, qui avait d'abord accepté la constitution d'un front révolutionnaire ouvert à des courants indépendants a rompu unilatérale. ment et sans explications l'accord avec le PRT, 48 heures seulement avant la de l'enregistrement des listes électorales. Cette attitude a obligé le PRT à présenter ses propres listes et a empêché que d'importants secteurs indépendants puissent se rassembler sous un sigle plus grave est sans doute celui de Puno, où le dirigeant populaire le plus prestigieux, Jaime Nina, avait accepté d'être candidat du Front révolutionnaire pour la mairie et où il avait une forte chance de remporter

Cependant, un sur le terrain syndical, avec la constitution du Front des tra-

Men défense de la garantie de l'emploi, auquel participent des dirigeants ayant une orientation de lutte de classe de diverses villes du pays, avec le soutien du PRT et d'un secteur de l'UDP.

Ces dernières semaines, la discuschances d'un coup d'Etat militaire, ont mis en évidence la faiblesse de l'actuel gouvernement bourgeois. Il est certain qu'à court ou à moyen terme, le Pérou va vers une confrontation sociale d'envergure. Aucune revendication importante du mouvement ouvrier et populaire ne peut être satisfaite tant que le gouvernement de Belaunde Terry se maintient en place. La simple défense des libertés démocratiques se heurte de plus en plus directement aux mesures dont a besoin l'impérialisme pour imposer sa politique. La socette contradiction dépendra pour beaucoup, non seulement d'une réunifiée et centralisée au gouvernement à travers les organisations de masse, mais aussi de la construction d'un puissant courant révolutionnaire capable, après les occasions perdues à l'époque du

FOCEP et de l'ARI (7), d'offrir aux masses une perspective ditterente du réformisme d'IU et de l'aventurisme de « Sentier lumineux ».

Nicolas LUCAR Lima, septembre 1983. 7) Le Front ouvrier, étudiant, paysan et populaire (FOCEP) était une coalition électorale mise en place pour les élections à l'Assemblée constituante en 1978, et regroupant l'essentiel des forces se réclamant du trotskysme péruvien, avec des organisations maoistes et centristes et des secteurs significatifs du syndicalisme de classe ouvrier et paysan.

L'Alliance de la gauche révolutionnaire (ARI) était un regroupement de la quasi-totalité des organisations révolutionnaires et des forces du mouvement ouvrier luttant pour un * gouvernement des travailleurs sans généraux ni patrons » qui s'était constitué pour soutenir la candidature de notre camarade Hugo Blanco élections présidentielles du printemps 1980. L'ARI comprenait l'Union démocratique populaire (UDP), une coalition de formations maoistes et centristes. Malheureusement, TARI devait éclater dans sa forme unitaire avant méme la consultation électorale, ce qui l'empêcha d'apparaitre comme le pôle ouvrier et populaire qu'elle aurait dû être au niveau électoral.

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