Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Un général assassin veut faire inculper Hugo Blanco

Inprecor n° 161, 21 novembre 1983 · p. 16 · 784 mots

Pérou et Bolivie

Le 29 août dernier, Hugo Blanco Galdos a été suspendu de ses fonctions de député pour avoir accusé d'assassinat, à la tribune du Parlement, le général Clemente Noel, commandant politique et militaire décrétée en état d'urgence (cf. Inprecor, numéro 156 du 12 septembre 1983). Cela intervenait après que le procureur général de la nation, Miguel Cavero, partisan d'un dialogue entre le gouvernement et le mouvement de guérilla du « Sentier lumineux », ait été vivement attaqué au Parlement par des députés réactionnaires pour avoir affirmé qu'il « y avait une liste de personnes disparues » à Ayacucho et qu'il pensait que « Sentier lumineux » « possede un sens de la patrie différent du mien et qu'à sa manière il souhaite aussi un mieux pour le Pérou, suivant une conception entièrement différente de nos idées ». (Ojo, Lima, 30 août 1983.)

La réaction gouvernementale dialogue du procureur général, tout comme la volonté des députés majoritaires au camarade Hugo Blanco, doivent être mises en rapport avec l'évolution militariste du régime. Outre le pouvoir dont disposaient déjà les militaires pour mener la lutte antiguérilla dans la région d'Ayacucho, et maintenant à l'échelle du pays grâce à un dispositif d'état d'exception, cette évolution est aussi marquée par l'offensive de l'état-major contre les partisans du dialogue avec « Sentier lumineux ». Le général Briceno, soutenu par la hiérarchie militaire, ira même jusqu'à accuser des « ex-militaires dont certains ont occupé de hautes fonctions dans l'armée » de « collaboration avec les terroristes ».

Une fois exelu du Parlement, Hugo Blanco est devenu vendeur de rue pour gagner sa vie, ce qui lui fait dire avec humour : « Je vends du café pendant que d'autres vendent le pays » (Expreso, Lima, 3 septembre 1983). Mais le général Clemente Noel a voulu pousser encore plus loin son avantage en accusant notre camarade d'être responsable de la mort de plusieurs policiers, il y a quelques années.

Cette dernière accusation pouvant servir de prétexte à une nouvelle offensive juridico-politique contre lui, Hugo Blanco a tenu à y répondre dans une lettre ouverte au général Clemente Noel, datée du 12 septembre, et dans laquelle il précise le développement, au début des années 1960, de la mobilisation des paysans des vallées de la Convencion et Lares dans le département de Cuzeo, contre les abus des propriétaires fonciers soutenus par les autoride la région d'Ayacucho masses organisées. »

Copenhague.

tés. Rappelant l'attitude pacifique des paysans à l'origine de leur mobilisation, leur grève générale et la réforme agraire de 1962, Hugo Blanco evoque aussi la repression dont 1ls furent l'objet et la nécessaire autodefense a laquelle ils furent contraints. Mais, précise-t-il: « Nos actions armées, émanant de la décision démocratique des masses organisées démontrent une méthodologie opposée à celle de « Sentier lumineux » qui prétend se substituer à cette action des

Au général Clemente Noel désireux de criminaliser tous ceux qui s'opposent à la répression brutale à laquelle il se livre dans la région d'Ayacucho et qui s'en prend même à l'organisation humanitaire Amnesty International, Hugo Blanco rappela quelques-unes de ses responsabilités dans des massacres de populations civiles. Ainsi, le 3 mars 1983 c'est le juge d'instruction de Humanga, à Ayacucho, qui mena une enquête sur les responsabilités du général Clemente Noel dans la mort de trois paysans. Le député Diez Canseco, vice-président de la Commission des droits de l'homme de la Chambre des députés, l'accusa aussi d'assassinat, le 30 juin 1983. El Diario du 16 août 1983 cite des témoignages de paysans qui dénoncent la destruction par l'armée du village de la communauté de Seccha située à 60 kilomètres d'Ayacucho. Le même journal, daté du 30 août, rapporte l'assassinat par l'armée, le 27 août, de 5 paysans des communautés de Acocros et Chuechupampa, toujours sur la base de témoignages visuels de paysans. Enfin, la famille de l'ex-juge de Huanta, Americo Renan Caceres Soto, accusait à la même époque les Sinchis (corps militaire répressif) de son meurtre. Que faut-il donc de plus pour traiter le général Clemente Noel d'assassin ?

La campagne internationale contre la suspension de Hugo Blanco Galdos du Parlement péruvien et contre toute nouvelle attaque contre lui, doit donc se poursuivre. Elle a déjà eu un certain écho puisqu'au Danemark, par exemple, une vingtaine de députés appartenant au Parti radical, bourgeois, au Parti social-démocrate et à deux formations de gauche, le Parti socialiste populaire et le Parti socialiste de gauche, ont signé des messages de protestation. Parmi les signataires figurent aussi l'ex-ministre de la Défense, Paul Sogaard, et trois autres ministres de l'ancien gouvernement de Anker Jorgensen. Au terme de cette campagne de signatures, les lettres seront acheminées à l'ambassade du Pérou à

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