ISRAEL: Succès du festival antiguerre de A'hziv La guerre menée par Israël au Liban a provoqué une importante vague d'opposition au sein même de l'armée sioniste. Le mouvement des soldats Yesh Gvoul (Il y a une limite) qui prône le refus de se rendre au Liban en est un bon exemple. Ce mouvement vient, malgré la répression dont sont l'objet ses militants, d'organiser un festival antiguerre à la frontière libanaise, qui a réunit 15 000 personnes. Nous reproduisons ci-après l'article publié à ce sujet dans le numéro d'octobre-novembre 1983 de Sharara (L'Etincelle), journal en langue arabe de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section israélienne de la IVe
Elle ne fait plus la « une » des journaux, les massacres ont fait place à des ratissages plus discrets, et les opérations militaires d'envergure à des opérations de routine. Pourtant, la guerre du Liban se poursuit, le budget gouvernemental et le nombre de soldats mobilisés en permanence de l'autre côté de la frontière nord, en font foi. Le fait que l'opération « Paix en Galilée » se soit transformée en un enlisement au Liban, explique sans doute pourquoi le centre de gravité du mouvement antiguerre israélien s'est déplavers le mouvement de soldats Yesh Guoul (Il y a une limite).
Alors que Peace Now (La paix maintenant) et le Comité contre la guerre au Liban connaissent ces derniers temps, un certain recul dans leurs mobilisations, Yesh Guoul vient d'organiser à A'hziv, près de la frontière libanaise, un festival qui a regroupé plus de 15 000 participants, ce qui représente la manifestation contre la guerre la plus depuis le rassemblement de Peace Now, le jour anniversaire de l'invasion du Liban, en juin 1983.
Malgré les menaces de boycott et les risques réels de se voir ensuite fermer les portes de la radio et de la télévision, les chanteurs et les groupes les plus célèbres du pays ont répondu à l'appel de Yesh Goul et se sont produits au bénéfice des familles des soldats qui refusent d'aller au Liban et qui se voient priver de salaire au cours des semaines, voire des mois qu'ils purgent en prison. Sous la présidence du poète Yehonatah Gefen, on a pu entendre Hava Alberstein, Shalom Hanoch, Arik Sinai, le groupe Benzine et bien d'autres encore, la plupart ne se contentant pas seulement de chanter, mais expliquant aussi la raison de leur présence à A'hziv sous l'immense banderole appelant à « ramener les gars à la maison ».
Les participants, jeunes pour la plupart, venaient aussi bien des kibboutz du sud du pays que des villes d'immigrants du nord. On pouvait même voir, assis côte à côte, des soldats libérés récemment de prison pour refus de servir au Liban et des membres de la police militaire qui, quelques semaines plus tôt, étaient encore leurs geôliers.. et qui devaient retourner le lendemain à la prison numéro 6, emmenant avec eux des messages de solidarité à ceux qui purgent leur peine.
Le succès de ce festival de Yesh Gvoul, la presse israélienne l'a déjà baptisé « Yesh Gvoulstock », s'explique avant tout par l'impact réel des refuzniks dans l'armée israélienne, et sur la société dans son ensemble. Car si la guerre est moins spectaculaire qu'auparavant, pour des dizaines de milliers de soldats de réserve, c'est une réalité bien tangible et dangereuse. Comme nous l'a écrit notre camarade Michel Warshawski, qui purge actuellement une peine de 28 jours de détention à la prison numéro 6, « dans chaque unité qui doit partir au Liban, il n'y a qu'un ou deux soldats qui soient prêts à faire de la prison, mais il y en a des dizaines d'autres qui discutent s'il faut effectivement refuser d'y aller, qui hésitent et qui refuseront la fois suivante, ou celle d'après... sans parler des dizaines et des dizaines d'autres qui trouvent des « combines » pour ne pas y aller. (...) Quoi qu'il en soit, avant d'aller en prison, j'ai participé dans mon unité à des dizaines de discussions sur ce sujet, et pas une fois je n'ai rencontré une réaction carrément hostile. En général, on peut parler de réaction encourageante. »
C'est bien parce que l'opposition à la guerre du Liban est si forte au sein de l'armée sioniste, que les autorités militaires font tout ce qui est possible pour décourager les gens de refuser (de se rendre au Liban-ndir) : trois semaines après qu'il aura purgé sa peine, notre camarade Michel Warshawski devra rejoindre une autre unité au Liban ou retourner une nouvelle fois en prison, ce qui peut durer indéfiniment. Mais il en faudra plus pour briser le mouvement de soldats Yesh Guoul, et davantage encore pour persuader le soldat israélien qu'il a quelque chose à gagner dans le bourbier libanais.
Leila KHATIB