Après la semaine d'action antiguerre du mois d'octobre lisation contre la guerre, coordonnée à l'échelle interna:
A semaine du 22 au 30 octobre a vu la plus grande mobitionale depuis longtemps. Près de 5 millions de manifestants ont massivement occupé les rues des capitales et des grandes villes de l'Europe capitaliste pour s'opposer à l'installation imminente des nouveaux missiles nucléaires de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).
Cette énorme vague antiguerre marque ainsi un progrès substantiel par rapport à celle de l'automne 1981, non seulement par son degré de coordination internationale, mais aussi
François VERCAMMEN
Au-delà des chiffres concernant le nombre des manifestants, le mouvement contre l'installation des missiles nucléaires de l'OTAN a mis à profit son « hibernation » apparente, entre 1981 et 1983, pour mieux s'organiser.
En premier lieu, sa structuration en profondeur a nettement progressé avant tout dans les pays directement concernés par le déploiement des missiles. En
Grande-Bretagne, en prenant appui sur la longue tradition de la Campagne pour le désarmement nucléaire (CND), en Hollande par le biais de la Rencontre œcuménique pour la paix (IKV), et des Comités contre les missiles de croisière (KKN), en
Belgique, et plus particulièrement en
Flandres, à travers le Comité flamand d'action contre les armes atomiques
(VAKA), et en RFA autour d'une coordination nationale de structures de mobilisation du mouvement pacifiste, des centaines de comités d'action se sont développés qui ont mené, ces deux dernières années, une activité régulière d'information et de sensibilisation de larges couches de la population laborieuse. C'est cette militante qui a réussi à entraîner des milliers de personnes dans les manifestations d'octobre 1983, en apparence un peu débonnaires et décousues. Dès lors, celles-ci ne doivent nullement être confondues avec ce que serait une unité d'action ponctuelle fondée sur la base d'un cartel entre partis réformistes, entraînant les foules derrières eux.
UN MOUVEMENT STRUCTURE
EN PROFONDEUR
En second lieu, il faut remarquer que cette capacité de se structurer en profondeur et de développer une activité militante régulière est étroitement liée à une capacité politique nouvelle qui va bien au-delà du pacifisme traditionnel.
Les directions de ces mouvements ont généralement maintenu le cap sur une position de refus inconditionnel du dé-
Poursuivre la mobilisation
contre les euromissiles
participants), en ploiement des nouveaux missiles nucléaires de l'OTAN. C'est le fait saillant de ces deux dernières années, au-delà des oscillations, des interrogations, des manœuvres et des indispensables combats politiques pour clarifier et maintenir une telle orientation au sein de ces ments. Ni les pressions impérialistes, ni les avocats du moindre mal, ni le couple sabotage-séduction de Youri Andropov n'ont eu raison de la volonté politique du mouvement antimissiles de maintenir le cap sur les mobilisation des masses pour un objectif clair, simple et compré hensible : celui du non inconditionnel aux missiles de l'OTAN!
Cette mobilisation sur la base d'un unilatéralisme limité que synthétise la formule d'un « premier pas unilatéral vers le désarmement général » est le produit de l'expérience des masses populaires face au surarmement généralisé et à l'impasse durable des négociations sur le désarmement général entre l'impérialisme américain et la bureaucratie soviétique, tous deux également intéressés à maintenir le statu quo social et politique dans le des monde. Ces militants « pacifistes » souvent d'origine chrétienne ou « enfants de 1968 » désabusés par les échecs des mobilisations ouvrières au Portugal, en Espagne et en France, souvent aussi résolument tournés vers le tiers-monde et ses avancées révolutionnaires, profondément anti-impérialistes, mais très sensibles également à l'opposition démocratique dans les pays de l'Est sympathisent avec l'action de Solidarité en Pologne.
C'est cette force politique relativement autonome vis-à-vis des directions réformistes traditionnelles qui a contribué par son dynamisme, son orientation et sa capacité de mobilisation sur une longue période, à faire pression sur le cours politique de plusieurs des grands partis sociaux-démocrates. Opposés au mouvement contre les missiles, mais animés aussi du désir de le récupérer après son succès de 1981, divers partis sociaux-démocrates ont connu une évolution de leur position affichée sur les euromissiles
EUROPE DU NORD par son ampleur et la capacité de mobilisation dans chaque
C'est ainsi que les manifestations aux Pays-Bas (550 000
Belgique (400 000), en Grande-Bretagne
(400 000), en Italie (500 000) et, surtout en République fé dérale d'Allemagne (1,5 million de participants dans tout le pays) sont sans précédent dans l'histoire récente.
Au total, ces chiffres représentent un accroissement de
50 % par rapport même aux mobilisations de 1982. Une force plus nombreuse, mais aussi plus organisée et plus combative sous les effets combinés de l'impact du mouvement et de leurs propres intérêts tactiques. Le va-t-en guerre François Mitterrand, fraîchement accueilli en Allemagne en 1982 et, récemment en Belgique, fait pour l'instant figure de droitier atlantiste au sein de la Ile Internationale !
En Grande-Bretagne, certes, le balancier au sein du Parti travailliste se déplace plutôt vers la droite, mais cela ne va sans ré sistances, à cause de la situation politique dans son ensemble et ne reflète nullement ce qui se passe à la base dans le mouvement antimissiles. En revanche, un événement notable a été le changement spectaculaire de position publique du Parti social-démocrate (SPD) allemand, celui-là même qui, par la voix de Helmut Schmidt, avait initié et impulsé l'installation de ces nouveaux missiles lors de la prise de décision de l'OTAN en 1979. Sans accorder aucun crédit à ces directions social-démocrates, agents dévoués de l'impérialisme américain et européen, et même si ces modifications de leur attitude sont à mettre en rapport avec leur mise à l'écart responsabilités gouvernementales, mieux elles permettent néanmoins de saisir la portée du changement politique intervenu depuis 1981 autour de la question des euromissiles.
Le congrès national du SPD se prononcera à nouveau sur la question des missiles en décembre. Mais déjà, une très large majorité s'est déclarée opposée à leur installation dans les congrès ré gionaux des divers Etats (Länder). En
Hollande, le principal dirigeant socialdémocrate, Joop
, den Uyl, hué lors du de 1981, s'est fait applaudir meeting pour cela, cette fois-ci, mais il a dû épouser la position du KKN! En Belgique, le Parti socialiste (PS) flamand a mené campagne pour les thèses unilatéralistes du VAKA. Le PS francophone, silencieux et absent en 1981, s'est rallié à la manifestation de 1983, fût-ce sur la base d'une position de désarmement bilatéral. Cela a néanmoins provoqué tout de suite la démission du député Simonet
(ex-commissaire de la Communauté éco-
les tenants de la perspective d'une solu- l'Ouest. Les menaces du déploiement de nomique européenne), représentant la tradition atlantiste et héritier, au sein du PS, de Paul-Henri Spaak, ancien secrétaire général de l'OTAN de 1957 à 1961.
LE MOUVEMENT OUVRIER
ET LA LUTTE CONTRE LES MISSILES L'ensemble de cette évolution du mouvement anti-guerre a commencé à influencer la classe ouvrière organisée, aidé en cela par la résistance des travailleurs à la politique d'austérité de la bourgeoisie et la mise en place de gouvernements bourgeois homogènes et militants dans les pays clés de l'Europe concernés par l'installation de missiles : Grande-Bretagne, Pays-Bas, RFA, Belgique. Ainsi, pour la première fois, la Deutsche Gewerkschaftsbund (DGB), la puissante centrale syndicale de RFA, qui compte 8,5 millions de syndiqués, a organisé une grève générale de cinq minutes dans l'ensemble du pays le 5 octobre dernier, à laquelle ont participé (1) 4 millions de travailleurs. Grève symbolique dont l'impact politique a été colossal en RFA et dans les pays voisins. Aux Pays-Bas, la Fédération des syndicats néerlandais, la FNV (Federatie Nederlandse Vakbeweging), qui est largement majoritaire, a été un pivot de la mobilisation d'octobre, menant une vaste campagne de sensibilisation dans les entreprises et assumant ses responsabilités dans le comité organisateur de la manifestation. En Belgique, les deux syndicats, la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) et la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), ont fourni une partie de l'infrastructure de la manifestation antimissiles du 23 octobre. Tout de suite après cette manifestation, la FGTB a appelé à une grève générale de 15 minutes pour le 18 novembre, jour du débat au Parlement sur cette question. La puissante centrale des mé tallurgistes chrétiens s'est aussitôt jointe à cet appel, alors que la direction interprofessionnelle de la CSC semble vouloir bloquer cette action.
Malgré sa modestie et son retard, il s'agit d'une percée des méthodes de la lutte ouvrière sur le terrain du mouvement contre les nouveaux missiles, dont la dynamique sur la situation politique dans son ensemble, comme sur la conscience des travailleurs est bien connue. Mais ce n'est qu'un modeste début, tant par rapport à l'enjeu que représente l'objectif de cette lutte, que vis-à-vis de la tradition antimilitariste qui animait le mouvement ouvrier d'antan. Si l'évolution en cours se poursuit, trouvant des relais dans les congrès syndicaux et dans de nouvelles actions des travailleurs, elle représentera alors un tournant politique capital.
Ce tournant politique s'amorce dès maintenant car la mobilisation de masse persistante cree une situation dans laquelle les initiatives de lutte peuvent fleurir, renforçant et approfondissant le mouvement d'ensemble. On ne peut expliquer autrement l'action de la DGB en Allemagne fédérale, l'acharnement des militantes des « Greenham Women against Cruise », et les grèves et manifestations lycéennes de Belgique auxquelles ont participé des dizaines de milliers de jeunes, pour ne citer que quelques exemples. Ces luttes partielles portées par un mouvement d'ensemble, ont d'importantes perspectives devant elles.
Mais cette évolution politique s'exprime également par le niveau de conscience des masses qui se sont mobilisées. Le mouvement de masse antiguerre a mis du temps à s'émanciper des positions du bilatéralisme négocié, issues du compromis de Yalta et de la période de la guerre froide, défendu avec acharnement au sein du mouvement par les Partis communistes staliniens et eurocommunistes. Certes, on en trouve encore de nombreuses traces dans les plates-formes unitaires. Certes,
NIE WIEDER
Manifestation anti-missiles de la centrale syndicale ouest-allemande DGB (DR). tion négociée à Genève restent activement présents dans les directions du mouvement antiguerre. Certes, les militants du nouveau pacifisme ne sont pas à l'abri de la tentation de « trouver une issue », un « résultat tangible », en situant la revendication d'un désarmement unilatéral partiel dans le cadre d'une quelconque conférence européenne diplomatique. ne saurait confondre la politique cons ciente de défense d'un bilatéralisme né gocié de la part de partis et de courants politiques nettement réformistes, avec la conscience nouvelle des masses qui se mobilisent contre les euromissiles. Devant l'imminence de l'installation des missiles de l'OTAN, le refus inconditionnel de leur déploiement a fait d'énormes progrès dans la conscience des manifestants pacifistes. Tant les pancartes et banderodes manifestants que les sondages d'opinion en témoignent. En effet, et quelle que soit l'opinion précise de la masse de ces millions de manifestants sur un ensemble de questions politiques relatives à la situation mondiale, une chose est sûre, c'est qu'ils ne veulent pas de ces missiles dans leur pays. Et ils sont prêts à se mobiliser et à agir en conséquence. En ce sens, toutes ces manifestations ont une dynamique objectivement favorable au désarmement unilatéral des pays capitalistes.
Le refus des SS 20 soviétiques de la part de la majorité de ces manifestants procède, en fait, plus de l'exigence formelle d'un traitement égal pour toutes les parties que d'une défiance par rapport à la politique d'ensemble du Kremlin, d'une conviction anticommuniste typique de la période de la guerre froide. L'annonce par la bureaucratie du Kremlin, à la veille des manifestations de la fin octobre 1983, de la présence déjà ancienne de missiles soviétiques en République démocratique allemande (RDA) et en Tchécoslovaquie apparaît d'autant plus comme une provocation délibérée comme un coup de poignard dans le dos du mouvement pacifiste de l'Europe de
KRIEG! : DGB soviétiques dans ces ainsi que l'organisation par le mouvement pacifiste officiel tchécoslod'une manifestation de 300 000 personnes à Prague en faveur du déploie. ment des SS 20, mettent, une fois de plus en évidence le rôle contre-révolutionnaire de la bureaucratie des pays de l'Est.
LES EFFETS DU MOUVEMENT CONTRE LES MISSILES Octobre 1983 a constitué une victoire du prolétariat européen face à sa propre bourgeoisie impérialiste, dans le sens où il existe une réelle chance de battre en brèche un aspect essentiel de l'offensive guerrière de Ronald Reagan. La mobilisation contre la guerre n'en est pas à un point où le mouvement vient de connaître son apogée et, dès lors, ne peut que décliner en se dispersant dans une multitude d'actions isolées. C'est un mouvement qui dispose d'un capital politique et organisationnel permettant d'infliger une réelle défaite à l'impérialisme sur cette question des euromissiles.
1) Voir Inprecor numéro 159 du 24 octobre 1983.
Il s'agit de prendre la mesure de ses à la fois une exigence militaire et polipotentialités et de ses difficultés pour pré- tique. Cela s'inscrit dans une offensive imparer une nouvelle bataille d'ensemble périaliste d'ensemble aux dimensions mulqui, cette fois-ci, exigera autant de savoir- tiples : actions faire dans la mobilisation des masses dans le tiers-monde, renforcement du qu'une stratégie politique adéquate. En camp effet, Reagan « doit » imposer l'instal- poursuite d'une politique d'austérité dans lation de ses missiles, à tout prix. C'est les pays impérialistes mêmes. L'impéria-
Les pacifistes indépendants de RDA
"à ceux qui manifestent contre les nouvelles
lisme doit atteindre ce but alors que l'écrasante majorité des peuples d'Europe y est opposée. Ainsi, les bourgeoisies européennes, qui sont censées servir direccontre-révolutionnaires tement et ouvertement de relais à cette politique, se trouvent mises en difficulté.
impérialiste à travers l'OTAN,
Au lendemain même de la manifestation de Bruxelles, le Parti social-chrés'adressent fusées américaines"
Mobilisation de la Campagne pour le désarmement nucléaire en Grande-Bretagne (DR). tien de Flandres (CVP) était obligé d'exiger un débat parlementaire, plein d'embûches pour lui, afin de geler momentanément ses propres contradictions sur la question des euromissiles. Pour la bourgeoisie, le régime démocratique parlementaire constitue aujourd'hui un handicap réel pour forcer la décision, au moment où « l'opinion publique » est nettement hostile à ses projets militaristes. Il ne s'agit pas seulement de sauvegarder la crédibilité de ce régime. Car comment expliquer que par exemple 80 % de la population est opposée à une décision et qu'un Parlement puisse quand même imposer cette mesure contre la volonté populaire ? Il y a aussi autre chose. Si les partis bourgeois qui ne sont que des regroupements de notables ou des « appareils gestionnaires » au niveau municipal ou national peuvent facilement mener la politique de Reagan suivant les méthodes de celui-ci, il n'en va pas de même pour les partis bourgeois populistes ou interclassistes qui organisent en profondeur la population petite-bourgeoise ou ouvrière, notamment par le biais de larges mouvements sociaux ou de syndicats. Cela vaut notamment, dans certains pays, pour certains partis démocrates-chrétiens. L'alignement sur la politique de l'administration Reagan ne brise donc pas seulement le consensus socio-politique établi de longue date par les gouvernements bourgeois dans ces pays, il déstabilise aussi, à long terme, mais avec des effets immédiats, ces liens historiques organisés entre la bourgeoisie et les couches petites-bourgeoises ou populaires. être bâti sur une stratégie pour obtenir la victoire. A l'issue de la semaine d'action du 22 au 30 octobre, plusieurs gouvernements bourgeois encourrent le d'une profonde mettant en question l'installation des missiles de l'OTAN. Et même s'ils parviennent à dépasser ce premier obstacle, en adoptant par exemple une décision formelle, il y a un long chemin entre un vote favorable au Parlement ou en Conseil des ministres, et l'application pratique de la décision du déploiement des missiles, face à un mouvement antiguerre aussi puissant et aussi prêt à se mobiliser de nouveau à la moindre alerte.
LES PERSPECTIVES POLITIQUES
DU MOUVEMENT ANTIGUERRE
Tout tient désormais à la ligne de conduite du mouvement antiguerre lui-même. Un débat est ouvert un peu partout. Un combat politique doit être mené au sein du mouvement, autour de quatre
Premièrement, en ce qui concerne l'objectif du mouvement, il s'agit de lutter, encore plus qu'auparavant, pour un refus inconditionnel du déploiement des missiles de l'OTAN en Europe. C'est l'objectif qui unit, qui mobilise, qui rencontre plus que jamais, un sentiment majoritaire dans l'opinion publique. Par ailleurs, il doit permettre à toutes les opinions politiques de s'exprimer démocratiquement sur les autres sujets (vis-à-vis des SS 20, de l'OTAN, de la perspective d'une zone dénucléarisée partielle ou totale en Europe, etc.), mais sans faire de ces autres mots d'ordre un préalable à l'action unitaire. Ilest encore plus important d'éviter que le mouvement ne s'enlise dans des compromis qui démobilisent et qui divisent. C'est d'ailleurs là le risque majeur. L'administration Reagan, sachant que les bourgeoisies européennes pourront difficilement affronter leurs populations, sera obligé de les aider à démobiliser le mouvement de masse, en faisant sans céder sur l'essentiel. Ces concessions s'appellent : « moratoire », « gel », installation partielle, installation progressive, etc. Une autre solution pourrait être la participation des gouvernements européens aux négociations de Genève, pour mieux faire avaler la pilule. S'il n'est pas minimiser des partielles de l'impérialisme, si elles sont tangibles, il s'agit néanmoins de les analyser comme le résultat de la capacité de mobilisation du mouvement antiguerre, afin de gagner encore plus de forces pour imposer l'objectif de départ.
Deuxiemement, I sagit de maintenir une stratégie basée sur l'organisation, la sensibilisation et la mobilisation des masses. Ceux qui dans le mouvement, en 1981, se résignaient déjà en disant « nous ne ferons jamais mieux » se sont trompés. S'ils récidivent aujourd'hui, ils se tromperont encore. Si le mouvement d'opinion publique est peut-être à son apogée, le mouvement social, embrassant la classe ouvrière, n'en est, lui, qu'à ses débuts. Or c'est cette force qui est le garant de la victoire. C'est dans sa participation aux mobilisations antiguerre qu'il faut progresser. C'est possible dans les mois qui viennent.
Quelle que soit l'ampleur des initiatives qui pourront être prises en décembre prochain à l'occasion de la tenue du Conseil de l'OTAN, le printemps 1984 devra être un printemps de mobilisation et apporter une riposte cinglante politique des gouvernements européens. Car beaucoup d'entre eux devront s'expliquer à ce moment-là devant leurs mandataires lors des élections européennes.
En troisième lieu, le mouvement antiguerre doit développer une politique consciente pour s'unir au mouvement ouvrier organisé, sur la base d'une opposition commune au déploiement des missiles, à l'austérité et aux budgets militaires. «Pas de missiles, des emplois » est un mot d'ordre dont la popularité ne peut que gagner du terrain dans les mois qui
Finalement, il s'agit de développer une action consciente sur le terrain politique. De ce point de vue, le mouvement oscille fréquemment entre une orientation purement extra-parlementaire un peu primaire qui l'amène à ne pas s'occuper de ce qui se passe au Parlement et à ignorer les partis politiques et un certain suivisme, dès que quelque chose commence à bouger dans les grandes institutions de la démocratie bourgeoise, que ce soit au Parlement, au gouvernement, ou dans les partis politiques traditionnels.
Il faut comprendre que dans plusieurs pays clés en Europe pour la réussite de la politique de Reagan de déploiement des euromissiles, les gouvernements bourgeois droitiers convaincus de la nécessité d'implanter ces missiles subissent cependant une énorme pression populaire qui peut menacer leur stabilité moins brève échéance. Exploiter toutes les ouvertures politiques dans les syndicats, dans les partis sociaux-démocrates, mais aussi dans les organisations sociales de masse liées à la démocratie-chrétienne, par exemple, peut permettre au mouvement antimissiles de gagner une nouvelle manche après celle d'octobre 1983 et cette fois-ci sur le terrain politique propre-
François VERCAMMEN, Bruxelles, 7 novembre 1983.