Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MOYEN-ORIENT

L'OLP, depuis sa fondation jusqu'à la bataille de Tripoli

· Inprecor n° 162, 5 décembre 1983 · p. 4 · 1 322 mots

Palestine et Israël Liban

L'histoire du mouvement national palestinien est marquée de part en part par ses rapports de conflits et d'alliances avec les régimes arabes de la région.

La première session du Conseil national palestinien (CNP) réunissant à Jérusalem, du 28 mai au 2 juin 1964, les délégués représentant les communautés palestiniennes des divers pays arabes, s'incrivait dans le cadre des résolutions du premier sommet arabe du Caire, qui avait décidé, en janvier de la même année, « d'organiser le peuple palestinien pour lui permettre de jouer un rôle dans la libération de son pays et de décider de son avenir. » L'organisation de libération de la Palestine (OLP) est née de ce Conseil, avec, à sa tête, Ahmed Choukeiry.

Les chefs d'Etat arabes ont reconnu l'OLP dès leur deuxième sommet, en septembre 1964. L'année suivante, le 2e CNP décidait la création de l'Armée de libération de la Palestine (ALP).

En 1967, la victoire d'Israël dans la « Guerre des six jours » débouchait sur l'occupation sioniste de la Cisjordanie, du Sinai et de Gaza. Cette défaite des régimes arabes allait se traduire par le déclin du nassérisme, par des différenciations au sein du mouvement nationaliste, et par une radicalisation du mouvement palestinien, dès lors porté en première ligne de la lutte contre le sionisme. Ces changements s'expriment à l'occasion du 4e CNP, de juillet 1968, et par une transformation profonde de l'OLP. Forts de leur victoire du 21 mars 1968 à Karameh, sur les troupes israéliennes, les guérilleros de l'ALP bousculent la direction traditionnelle de Choukeiry. Le CNP rejette la résolution 242 du Conseil de sécurité adoptée par l'Organisation des Nations Unies (ONU) en novembre 1967 et acceptée par l'Egypte. Il remanie la Charte nationale palestinienne, en affirmant que,

« la lutte armée est la seule voie pour la libération de la Palestine », et qu'il s'agit-là « d'une ligne stratégique et non pas tactique ».

Ce durcissement reflète la modification des rapports de forces au sein du CNP, où le Fatah de Yasser Arafat fait son entrée, en même temps que le Frort de libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache. Cette évolution est confirmée par le 5e CNP, de février 1969, où la « nouvelle » OLP supplante définitivement l'ancienne : sur les 105 sièges du Conseil, le Fatah en obtient 33, et Yasser Arafat accède à la présidence de l'OLP.

Au cours de la même année, FPLP subit une scission dont est issu le Front démocratique et populaire pour la libération de la Palestine (FDPLP), dirigé par Nayef Hawatmeh. C'est à l'initiative de ce nouveau mouvement que le 6e CNP adopte, en septembre, le projet « d'Etat

L'OLP, de sa fondation à

la bataille de Tripoli palestinien démocratique, exempt de toute forme de discrimination religieuse ou sociale ».

En juin 1970 au Caire, le Te CNP « l'intensification de la guerre populaire de libération ». Mais, dès le mois d'août qui suit, il est obligé de tenir un Congrès extraordinaire pour « rejeter sans équivoque la conspiration américaine dénommée Plan Rogers », qui envisage la création, en Cisjordanie, d'une province palestinienne sous l'autorité jordanienne, et que la Jordanie, l'Egypte et Israël viennent précisément d'accepter.

Cette intransigeance de la résistance palestinienne, son renforcement organisationnel et militaire en Jordanie, où elle apparaît de plus en plus comme « un Etat dans l'Etat » et un défi à l'autorité du roi Hussein, met l'épreuve de force à l'ordre du jour. Hussein prend l'initiative militaicamps palestiniens, ce sont les massacres de septembre 1970, le « Septembre noir », qui font plus de 3 000 morts et plus de 10 000 blessés.

Malgré ce coup de poignard dans le dos porté par la réaction arabe, le 8e CNP, de mars 1971, persiste a refuser « l'idée de la création d'un petit Etat palestinien sur une partie du sol palestinien ». En juillet de la même année, le 9e Conseil est traversé de profondes dissensions sur l'attitude à adopter envers la Jordanie. Après un 10e CNP, en 1972, marqué par les efforts d'unification de la résistance, le 1le CNP, de janvier 1973, voit les divergences s'élargir quant à l'attitude à adopter envers arabes en général : le statut de l'ALP ne peut pas être réglé, et ses contingents continueront à dépendre des armées des pays dans lesquels ils sont basés (Syrie,

C'est le 12e CNP, de juillet 1974, qui constitue, après le 5e, une nouvelle date dans l'histoire de l'OLP. Le ministre américain Henry Kissinger parcourt alors la région pour pousser Israël et les Etats arabes à négocier en l'absence et sur le dos des Palestiniens. Le CNP répond par l'adoption d'un programme en dix points. Tout en maintenant l'objectif stratégique d'un Etat démocratique palestinien sur l'ensemble de la Palestine, il admet le principe d'étapes intermédiaires pour y parvenir, autrement dit la possibilité de voir s'instaurer un pouvoir palestinien sur toute parcelle libérée Quelques mois plus tard, Arafat remporte un succès diplomatique à la tribune de

Il n'y aura plus de nouvelle session du CNP jusqu'en mars 1977, date de la 12e session, après la guerre civile de 1975-1977 au Liban. Si elle a pu sauvegarder l'essentiel de son implantation au Liban à l'issue de cette épreuve, l'OLP en sortie affaiblie. De plus, la pression de l'Arabie Saoudite, forte de ses pétrodollars, s'est exercée à fond pour briser le refus de l'OLP de reconnaître l'Etat d'Israël. C'est donc dans un rapport de forces dégradé que le document du 12e CNP, pour la première fois, ne mentionne plus la perspective d'un « Etat laïque et démocratique sur l'ensemble de la Palestine ». Ce n'est qu'en avril 1981, à Damas, capitale de la Syrie, que se tiendra le 15e CNP, qui reconduit la direction et appelle à la mobilisation générale des Palestiniens pour rejoindre les rangs de la résistance au Liban. Il « réaffirme qu'il ne revient à aucun Etat de prétendre à la repré sentation du peuple palestinien ou de négocier en son nom la question palesti-

Enfin, apres la retraite de Beyrouth de l'été 1982, le 16e CNP s'est réuni pour la première fois à Alger, en février 1983. Il est parvenu, malgré le choe de la défaite, à maintenir l'unité de l'OLP, mais au prix de compromis fragiles. Il a accepté, en effet, dans la logique du sommet arabe de Fes, qui s'était tenu en septembre 1982 après la défaite de l'OLP et la dispersion de ses troupes (1), la perspective d'une fédération avec la Jordanie, mais seulement apres l'établissement, en Cisjordanie et à Gaza, d'un Etat palestinien ayant « les attributs de la souveraineté ».

En déchirant l'OLP, la bataille engagée à Tripoli à l'automne 1983 par les dissidents palestiniens, avec le soutien ouvert de la Syrie et de la Libye, peut mettre fin à l'existence d'un mouvement national palestinien suffisamment présentatif pour échapper à la mainmise totale de tel ou tel pays arabe.

La résistance a créé ses principales bases dans les pays d'accueil, à partir des camps de réfugiés. Dans ces conditions, la dépendance matérielle envers les Etats

Get leurs pressions jouent à plein. Pourtant, le maintien d'une organisation unitaire et pluraliste, bien que fortement bureaucratisée, a permis au mouvement national palestinien d'agir comme un facteur politique relativement autonome et de ne pas se réduire à un appendice d'un quelconque appareil

C'est cela qui est, aujourd'hui, nouveau en question au-delà de la bataille de Tripoli. Il était inévitable, après la défaite de Beyrouth de 1982, que la résistance palestinienne soit amenée définir ses perspectives stratégiques et ses méthodes de lutte, dans le cadre des nouveaux rapports de forces. Elle ne pourra survivre à cette nouvelle épreuve et à la dispersion de ses combattants les plus aguerris aux quatre coins des pays arabes, qu'en trouvant de nouvelles racines et une nouvelle vigueur à partir de la concentration socialement la plus stable et la plus active de la population palestinienne, celle des territoires occupés par Israël.

1. Voir Inprecor numéro 133 du 27 sep-

Une erreur sur cette page ?