Le 31 août 1983 d'une grande usir
Dans la fabrique de matériel électroménager Polar de Wroclaw, comme dans de nombreuses autres usines de la région, la Commission syndicale clandestine (TKZ) de Solidarité a repris à son compte l'appel de la direction nationale provisoire, c'est-à-dire la Commission provisoire de coordination (TKK) du syndicat à boycotter les transports en commun le jour du troisième anniversaire de la victoire de la grève de Gdansk de l'été 1980. Le 23 aout, les milltants syndicaux de l'entreprise dittusaient un appel, dans le quel on pouvait lire :
« Nous appelons les travailleurs de Polar à ne pas utiliser ce jour-là les transports en commun entre 14 h et 16 h (les travailleurs qui n'habitent pas Wroclaw et les femmes accompagnees de petits enfants peuvent faire exception). A la fin de la journée de travail, de 14hl5 a 15 h 15, nous nous rendrons tous à pied en direction de Psie Pole. Que seuls les membres des syndicats du WRON, les collabos et les membres du parti se retrouvent dans les
Nous appelons également les camarades des entreprises voisines, PZL-Hydral, Stolbud et d'autres entreprises plus petites, à se joindre à notre marche commune. Nous demandons aux habitants des quartiers Zakrzewo et Psie Pole de se retrouver le plus nombreux possible sur la explications plus précises seront fournies oralement par ceux en qui vous avez confiance. »
Le journal syndical d'entreprise, U Nas (Chez Nous) publiait, le 30 août, un article expliquant les conditions et les raisons de cet appel, intitulé « Tous ensemble ! » :
* Le 31 août est un nouveau test de la force de notre syndicat. Cette année, la commémoration aura une forme différente de celle des années précédentes. Il s'agit d'un boycott général des transports en commun entre 14h et 16 h. C'est une bonne idée, car une telle forme d'action est moins dangereuse que celles proposées par les directions syndicales précédemment. (...) Aucune loi, même communiste, n'interdit de revenir du travail en promenade avec des camarades. L'action se déroule à l'extérieur de l'entreprise. Il n'est donc pas possible d'utiliser à notre encontre les sanctions utilisées auparavant par la direction de l'entre-
« Il y a un an, les travailleurs de Polar ont pris part à la grande manifestation qui a eu lieu dans notre ville. ne sait pas combien nous étions alors. Quelques dizaines ou plusieurs centaines ? Cette année nous pouvons, et nous devons, montrer tous ensemble ce qu'est la solidarité des gens de Polar en sortant ensemble de l'entreprise à 14 h 15
Les chroniques noteront combien nous avons été. Montrons notre force, cette force que nous avons montrée lors de la manifestation du 14 octobre de l'année
« Les employés ont toujours été peu nombreux à prendre part aux actions dans l'entreprise. Il est évident que c'est difficile de quitter le bureau dans lequel, pour quelques personnes seulement, il y a un chef qui contrôle directement ses subordonnés. Le boycott des transports en commun offre à ce groupe-là aussi une occasion d'agir. »
Le 31 août 1983, à Wroclaw, il y eut de nombreuses manifestations. D'autres commissions syndicales, en particulier celles des entreprises du quartier Grabiszynek - les usines Fadroma, Fat, Elwro et Hutmen - ont lancé des appels similaires à celui de Polar. A Grabiszynek, les marches à la sortie des usines furent particulièrement massives, culminant en une manifestation de plusieurs milliers de travailleurs devant le cimetière où se trouve la tombe de Krzysztof Michalczyk, ouvrier assassiné par la police le 31 des travailleurs le de Wroclaw août 1982. Quel fut le résultat de la mobilisation à Polar ? U Nas, le journal syndical d'entreprise, en rend compte dans son numéro 31 du 9 septembre 1983 :
« A 14 h 15, l'immense majorité des dirige vers Psie Pole à pied. Seuls quelques-uns (sans compter, bien sûr, ceux qui habitent à l'extérieur de Wroclaw et qui n'étaient pas concernés par le boycott) montent dans les bus. Au passage du viaduc, les groupes de marcheurs forment un cortège important. Plus de 1 000 personnes (certains disent même 1 500 ...). Ceux de Polar ramassent au passage un petit groupe de travailleurs de Stolbud, entreprise voisine. Ils approchent de Psie Pole. De loin on entend les cris de bienvenue : "'Bravo Polar ! Polar solidaire !". A l'arrivée, les applaudissements éclatent. Une femme sort des rangs de ceux qui attendent. Les larmes aux yeux, elle offre quelques fleurs blanches et rouges à ceux qui forment la tête du cortège. C'est une véritable explosion de joie. Les tracts s'envolent. Un cri sort de toutes les bouches : "Solidarité, Solidarité !". La marche, rejointe par plusieurs dizaines de travailleurs de WSK (on ne peut que regretter que la TKZ de cette entreprise n'ait pas décidé d'une marche commune) s'ébranle à nouveau. Sur le chemin, les travailleurs de Polar distribuent aux habitants de Psie Pole le dernier numéro de notre journal U Nas avec la photo de Wladyslaw Frasyniuk. (...)
" L'ambiance enthousiaste de fete de la liberté se maintient. Les voitures qui passent klaxonnent, les conducteurs font le signe de la victoire. Les rares passagers des autobus qui passent, en entendant nos sifflets, se recroquevillent sur eux-mêmes, comme s'ils voulaient se cacher de honte sous les sièges. Tout d'un coup, trois drapeaux blancs et rouges marqués du signe de Solidarité apparaissent. Cela tonnerre d'applaudissements et de cris. Je regarde autour de moi. Nombre de participants ont les larmes aux yeux. Une partie des marcheurs se trouve sans doute pour la première fois dans une telle situation. Le cortège s'étire sur 250 à 300 mètres. Plusieurs fois, des camionnettes de la milice s'approchent. Dans l'une d'elles, les miliciens lèvent aussi les bras en signe de victoire. (....)
« 15 h 30. Je m'interroge sur la façon dont s'est passée la sortie des employés qui devaient partir de l'entreprise à 15 h 15. On apprendra plus tard qu'ils n'ont pas flanché. Encouragés par la vue du départ des ouvriers une heure plus tôt, ils ont manifesté clairement leur soutien à Solidarité. Seules quelques personnes -dont il sera facile de se souvenir, il y en avait si peu - sont montées dans les autobus désespéréments vides. Même ceux qui, pour diverses raisons, ne pouvaient pas marcher, se sont débrouillés pour partir dans des voitures individuelles ou sur des motos. Ce groupe de marcheurs a également été salué par les habitants de Psie Pole. Ils ont été accueillis par des applaudissements, aux cris de "Vive Polar !" »
Le cortège ouvrier, qui s'est divisé en deux en arrivant au centre-ville, a été dispersé par de violentes charges des ZOMO. Les travailleurs ont rejoint le quartier Grabiszynek par petits groupes et se sont incorporés à la foule des manifestants d'autres entreprises déjà massée devant le ci-
Novembre 1983. 1. En octobre 1982, plusieurs départements de Polar ont débrayé pour protester contre les sanctions frappant plusieurs militants connus de Solidarité. Un cortège s'est formé à l'intérieur de l'usine et s'est achevé par un rassemblement devant les locaux de la direction.