Leçons de la grève générale Du 9 au 23 septembre 1983, environ 800 000 travailleurs des services publics ont paralysé le pays par leurs actions. (Voir Inprecor numéro 160 du 7 novembre 1983). Après une telle lutte, le besoin d'initier une large discussion parmi les syndicalistes qui avaient participé à ce combat se faisait sentir.
La Ligue révolutionnaire des travailleurs (LRT, section belge de la IVe Internationale) a pris l'initiative, le samedi 19 novembre, d'organiser une Conférence ouvrière pour tirer un bilan de la grève générale et, sur cette base, pour dé-
velopper une discussion sur une stratégie de combat contre la politique d'austérité du gouvernement de droite.
Environ 140 militants et militantes syndicalistes, francophones et flamands, participèrent à cette réunion de travail. Parmi eux, 35 % avaient des responsabilités à divers niveaux dans les syndicats. La majorité représentait le secteur public. Près de 40% étaient des syndicalistes du secteur prive.
Un militant du Parti socialiste des travailleurs (SAP, section hollandaise de la IVe Internationale) expliqua les raisons et les objectifs de la grève dans les services publies en Hollande (voir ce même numéro d'Inprecor). Un membre de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale), la SNCF (Chemins de fer français), expliqua la politique d'austérité du gouvernement de la gauche en France, les réactions au sein de la classe ouvrière et les perspectives politiques dessinées par la LCR.
Dans son rapport introductif à la réunion, Alain Tondeur, membre Bureau politique (BP) de la LRT souligna les caractéristiques de la grève générale des services publies de Belgique:
- La grève a montré que les travailleurs ne veulent plus supporter l'austérité qui les frappe.
La grève a été extrêmement massive jusqu'au bout et n'a pratiquement pas connu d'effritement. -Il s'agissait d'un mouvement spontané qui s'est rapidement étendu à tous les services publics et même à quelques entreprises du privé.
On n'a pas vécu une grève en pantoufles mais une grève très active. Dans certains cas, cela a débouché sur des expériences d'auto-organisation des travailleurs qui constituent un exemple à suivre pour l'avenir. — Pour la première fois depuis que le gouvernement Martens-Gol-De Clercq est au pouvoir, une partie au moins de l'appareil syndical ne réagit pas a un mouvement des travailleurs par la passivité ou le sabotage ouvert, mais assume la direction de la
Puis il insista sur le fait que : « Les organisations syndicales ont raté une occasion exceptionnelle de déclencher un mouvement généralisé qui aurait pu imposer le retrait de toutes les mesures d'austérité frappant les travailleurs et chasser ce gouvernement de malheur. »
Il mit l'accent sur la ligne de division qui traverse le mouvement syndical : « ceux qui acceptent les sacrifices comme inévitables (les appareils syndicaux et tous ceux qui les soutiennent) » et « les milliers de travailleurs, de délégués, de responsables syndicaux qui refusent l'austérité ». Dans ce contexte, la LRT developpe trois axes pour le combat de classe.
Premièrement, sur la base du « refus pur et simple de l'austérité — parce que les réductions salariales et les sacrifices ne créent pas d'emplois, ne sauvent pas d'emplois - il faut créer le front le plus large possible dans les syndicats et essayer d'obtenir des majorités. Les syndicalistes de combat « doivent remplacer la politique de pression sur les directions actuelles construire de nouvelles directions, des directions de combat contre l'austérité », ceci en s'appuyant, avant tout, sur les délégués au niveau des entreprises.
Deuxièmement, si « le refus de l'austérité est décisif pour unir les travailleurs, c'est une position défensive ». La crise sera longue, la bourgeoisie n'a engagé que la première phase de son offensive.
mener une lutte conséquente contre l'austérité, il faut que les syndicalistes de combat défendent une alternative à la hauteur des enjeux réels et de la combativité remarquable dont les travailleurs font preuve depuis le début de la crise. Cette alternative ne peut être qu'un anticapitaliste radical casse les reins au grand patronat et mette le pouvoir politique aux mains des travail-
Le camarade Alain Tondeur insista sur l'actualite d'une propagande pour le gouvernement des travailleurs : « Le mouvement syndical possède la force pour chasser le gouvernement de droite, pour mettre en place un gouvernement des traqui satisfera leurs revendications. Il est aussi possible dans le syndicat de s'adresser aux partis qui se réclament de la classe ouvrière. Il est possible dans la FGTB (Fédération générale du travail de Belgique) d'imposer une discussion sur la ligne politique du PS-SP (Parti socialiste francophone et flamand) pour empêcher ce parti de rentrer dans un nouveau gouvernement de coalition avec la droite. Il est possible dans la CSC (Confédération
Quatrième
Internationale
Périodique n° 12
SOMMAIRE
EDITORIAL : « Non-alignement » et unilatéralisme Salvador Cayetano Carpio - Testament politique Joaquin Villalobos - Un bilan de la guerre civile Arthur Wilkins - La stratégie du FSLN nicaraguayen : L'insurrection populaire prolongée Nguyen-Khac-Viên - Lettre à l'Assemblée nationale vietnamienne Louis Couturier - Une critique antibureaucratique Philippe Andréa - La politique du PCF de la Libération à la guerre froide NOTES DE LECTURE .
des syndicats chrétiens) d'exiger une rupture des liens avec le PSC-CVP (Parti social-chrétien-Christeijke Volkspartij) et de lancer la discussion sur un parti des travailleurs de la CSC. Ces discussions feraient avancer l'idée parmi les travailleurs que le syndicat doit poser la question du pouvoir politique, qu'un gouvernement des travailleurs est possible. »
Troisièmement, rapporteur fit ressortir que « l'expérience montre que sans organisation politique, les syndicalistes de combat ne sont pas suffisamment armés politiquement et organisationnellement pour contrer la ligne réformiste, la ligne du PS-SP dans le mouvement syndical... C'est une ligne politique qui doit nous permettre d'échapper à la fausse alternative : soit un gouvernement de droite avec une austérité "dure", vernement de coalition avec des socialis-
"équitable". » Des commissions de travail - en langue française et néerlandaise — se sont réunies l'après-midi pour discuter de ces trois thèmes. Puis une assemblée générale dressa le bilan des discussions au sein des commissions.
Une telle réunion, comme l'expliquèrent de nombreux militants syndicalistes, permet d'échanger des expériences, de mieux saisir l'émergence d'un courant beaucoup plus large de militants qui refusent l'austérité et le désarroi et de planter les premiers jalons d'une bataille visant à forger des directions de combat contre l'austérité. Cette conférence ouvriere permit aussi de faire le point sur la validité des propositions énoncées par la LRT sur la façon de populariser ses perspectives, sur sa capacité à organiser politiquement les syndicalistes de combat.
1 décembre 1983 25 49 75 79 85 97