de Petr Uhl. Celles-ci se sont quelque peu était récidiviste, Petr Uhl est aujourd'hui
/TCHECOSLOVAQUIE
Nous reproduisons ci-après un reportage réalisé récemment à Prague sur les conditions de détention de notre camaraassouplies sous l'effet de la campagne internationale menée pour sa libération. Cette enquête a été publiée dans KlasseKampen, organe de la section danoise de la IVe Internationale, du 3 novembre 1983.
La campagne de protestation semble ne pas avoir été sans effet. L'un des prisonniers politiques de Tchécoslovaquie les plus connus, Petr Uhl, a été transféré de la prison de Mirov, de sinistre réputation, à un lieu de détention moins dur, en dehors de Prague. C'est ce que nous a confié, avec un certain soulagement sa femme, Anna Sabatova, lorsque nous sommes allés la voir récemment à Prague.
La situation de Petr Uhl dans la prison de Mirov était en effet devenue très difficile. Située à une centaine de kilomètres de Prague, dans le nord de la Bohême, cette prison est un ancien chateau datant du XIlle siecle qui a toujours été utilisé comme lieu de détention pour éléments dissidents et qui est connu comme l'une des prisons les plus dures de Tchécoslovaquie. Anna Sabatova ne pouvait obtenir un droit de visite qu'une fois tous les six mois, et encore, pour une heure seulement. Sa dernière visite à la prison de Mirov, qui remonte au mois de mai de cette année, l'avait rendue très inquiète. Petr Uhl avait le visage enflé. Il disait avoir beaucoup de difficultés à se concentrer. Cherchant à le briser aussi bien physiquement que psychologiquement, les autorités lui avaient donné un poste de travail tres dur, qui lui faisait respirer des particules de plastique nocives, alors qu'il souffre déjà d'asthme chronique. Il avait été placé dans une cellule où se trouvaient cinq autres prisonniers, tous loyaux envers le régime, qui essayaient constamment de le (cf. Inprecor numéro 143 du 14 février 1983, Ndlr.)
Arrêté en 1979 avec cinq autres personnes, dont le célèbre écrivain Vaclav Havel, Petr Uhl a été condamné à cinq ans de prison pour son activité dans le Comi-
Petr Uhl a quitté
la prison de Mirov...
té de défense des personnes injustement poursuivies (VONS). Condamné à la sentence la plus sévère sous le prétexte qu'il le seul à être encore détenu. Il avait été condamné une première fois pour s'être opposé à l'invasion des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie en 1968. Il avait été un élément actif dans la résistance à la occupations de l'université. Plus tard, il devait devenir l'un des fondateurs dirigeants de la Charte 75, le mouvement défense des droits de l'homme en Tchécoslovaquie.
Dans les pays capitalistes, de nomorganisations ouvrier ont mené campagne pour la libération des prisonniers politiques en TchéCamélioration de leurs conditions de dér tout au moins, pour tention. Au cours de ses quatre ans et dedétention, un certain nombre de campagnes ont été organisées dans différents pays autour du cas de Petr Uhl, campagnes qui ont vu la participation d'organisations telles qu'Amnesty International. Lors de la Conférence mondiale pour la paix qui s'est tenue à Prague cet été, de nombreuses délégations étrangères ont fait pression - au grand embarras de leurs hôtes tchécoslovaques - pour que Petr Uhl soit autorisé à y participer. De plus, des résolutions demandant la libération des prisonniers politiques y ont été lues (cf. Inprecor numéro 156 du 12 septembre 1983, Ndlr).
Le transfert de Petr Uhl est intervenu peu après cette Conférence. Lorsqu'Anna Sabatova s'était adressée aux autorités pour se plaindre des conditions de détention de son mari et de son grave état de santé, cela n'avait mené à rien. La derniere fois qu'elle avait fait une démarche en ce sens, elle s'y était rendue avec son pè-
Vaclav Sabata, qui a lui-même passé six ans en prison pour avoir été un porte-parole de la Charte 77. Aux dires d'Anna Sabatova, si Petr Uhl a été transféré, c'est parce que le régime est sensible aux critiques émanant de l'Ouest, notamment en ce qui concerne les prisonniers politi-
Aujourd'hui, le lieu de détention de Petr Uhl se trouve seulement à une heure de bus de Prague. Nous avons donc décidé de nous y rendre avec Anna Sabatova, qui n'en avait pas encore eu la possibilité jusque là. Nous avons traversé en bus la grande zone minière qui se trouve au nord de Prague et nous sommes descendus à Kladno. Les derniers kilomètres ont été faits à pied pour rejoindre une vallée. Après avoir passé une mine de charbon, nous avons découvert, sur la gauche, les murs de la prison, censés « protéger » le peuple tchécoslovaque des « éléments antisociaux ». Le mur, haut de deux mètres cinquante, était surmonté de barbelés. Nous l'avons longé, tout en gardant une bonne distance par rapport à la prison. Il y avait des tours à chaque coin, avec des gardes constamment en faction. entendait des chiens policiers qui, derrière, faisaient la ronde autour du mur. Une dizaine de bâtiments d'un ou deux étages formaient la prison. La plupart d'entre eux étaient également entourés de barbelés. Au milieu, se trouvait un bâtiment de quatre étages, surmontant les autres.
« La cellule de Petr se trouve dans ce bâtiment au deuxième étage », nous expliqua Anna. Nous avons marché un peu le long d'un remblai de voie ferrée qui côtoie le mur. Nous voulions prendre des photos de la prison, ce qui est interdit, mais nous avons réussi à la photographier en plaçant notre appareil au fond d'un sac. Le garde de faction a commencé à s'enerver de nous voir tourner aux alentours. Il nous a hurlé quelque chose, nous avons donc fait rapidement demi-tour pour rejoindre Kladno et de là prendre le bus pour Prague.
Dans six mois, s'il est libéré au terme de sa peine, Petr Uhl prendra le même bus qui le conduira à Prague. Mais même là, il n'en sera pas quitte pour autant avec les autorités. Il leur devra encore de l'argent. En effet, les autorités ne se contentent pas de vous emprisonner. Elles vous obligent aussi à payer pour le logement et la nourriture fournis pendant la période de détention préventive qui, pour Petr Uhl, a duré dix-neuf mois. Une grande partie de son salaire gagné en prison est allé au remboursement de cette dette et, à sa sortie de prison, il aura encore une grosse somme à payer. A cela, il faut ajouter qu'il doit encore de l'argent aux autorités pour son premier séjour derrière les barreaux. Anna Sabatova connaît une situation identique. Au début des années 1970, elle avait fait deux ans de prison, et elle est encore en train de payer ce séjour « offert » par les autorités.
Aujourd'hui, Petr Uhl connaît de meilleures conditions de détention. Par exemple, il peut apprendre l'anglais dans ses moments de temps libre, ce qu'il ne pouvait pas faire à la prison de Mirov. « Il y a de plus en plus de prisonniers politiques en Tchécoslovaquie, nous a expliqué Anna Sabatova, c'est pourquoi il est important que toutes les forces progressistes à l'Ouest protestent contre l'emprisonnement de personnes actives politiquement et contre leurs conditions de détention. » Et, a-t-elle conclu, « le cas de Petr montre bien qu'un mouvement de protestation ne demeure pas sans effets ».