| I tu penses que le système marche, demande plutôt l'avis
S de ceux qui restent sur le pace n, fle st la devise du comité de chômeurs de la vallée de la Mon, la principale organisation de chômeurs de la région de Pittsburg (1). A elle seule, cette formule résume l'amère surprise de nombreux citoyens américains qui pensaient, dans la période de l'après-
Deuxième Guerre mondiale, que s'ils travaillaient dur, ils verraient leur niveau de vie s'accroître d'autant. Mais, au rythme de l'évolution de la crise économique, ils ont découvert à leurs frais que lorsque l'économie « redémarre », des millions de travailleurs restent sur le pavé.
Les acquis arrachés par les femmes et par les minorités au cours de la dernière décennie, notamment grâce aux « Programmes d'action affirmative » (préférence à l'embauche pour les groupes ayant été l'objet d'une discrimination historique), ont été balayés. Les travailleurs plus âgés, qui pensaient que leur ancienneté était une garantie, ont vu leur usine fermer ses portes et ils se retrouvent aujourd'hui trop jeunes pour prendre leur retraite et trop vieux pour être compétitifs sur le marché du travail. Pour la première fois depuis des décennies, de plus en plus de jeunes n'arrivent pas à trouver du travail.
Dianne FEELEY
Les employeurs se servent des licenciements de plus en plus massifs pour faire pression sur les syndicats et leur réclamer des concessions radicales ou même, dans certains cas, pour tenter de les détruire. Le gouvernement lui-même participe à ces attaques contre les syndicats.
La réponse de l'administration Reagan à la grève des contrôleurs aériens (dissolution de leur syndicat, liste noire interdisant l'embauche de tous les grévistes) reste un symbole de l'orientation antisyndicale agressive du gouvernement. Confrontés aux attaques conjointes du gouvernement et de puissantes corporations, les syndicats — qui ne représentent que 20 % de la force de travail aux Etats-Unis et qui sont souvent guidés par un projet social des plus limités — se retrouvent aujourd'hui dans une position de plus en plus
L'AMPLEUR DU CHOMAGE
Si le phénomène du chômage apparaît comme une épreuve difficile pour le mouvement syndical, il se pourrait suscite l'apparition de forun nouvel élan à l'activité syndicale. Aux
- particulièrement dans des secteurs tels que ceux de la sidérurgie, de l'automobile, mines et des transports - reste élevé. En
1982, plus de connu le chômage, à un moment ou à un autre, les Américains d'origine hispanique dicalisation » du mouvement ouvrier. et les Noirs étant les plus durement frappés (respectivement 27,1 % et 33,4 %). Parmi les jeunes, le taux de chômage est désormais de 21,1 % pour les Blancs et de 56,8 % pour les Noirs (3).
Si les femmes, en tant que groupe social, ne connaissent pas un taux de chômage disproportionné, c'est parce qu'elles sont une force de travail « bon marché », une femme gagnant en moyenne 0,59 dollar quand un homme en gagne un. Mais les vagues de licenciement, surtout dans certaines catégories professionnelles, les ont proportionnellement touchées davantage. En avril et juin 1982, personnes licenciées étaient des femmes, alors qu'elles ne constituent que 29% de la force de travail au niveau national. A ajouter que le chômage parmi les femmes noires est deux fois plus élevé que parmi les femmes blanches (4).
Aujourd'hui, près d'un cinquième de l'ensemble de la force de travail connaît le temps partiel. En 1982, on estimait que le travail à temps partiel imposé s'était accru de 166% au cours des douze dernières années. Près d'un tiers des femmes qui travaillent sont employées à temps partiel. Le professeur d'économie A. Levitan, directeur du Centre d'études de politique sociale de l'université George Washington, a déclaré que la plupart des travailleurs à temps partiel connaissent « une situation presqu'identique à celle des chômeurs », dans la mesure où leur paye est proche du salaire minimum légal (très bas). Le plus souvent, les travailleurs à temps partiel ne bénéficient d'aucune couverture sociale ou indemnités d'arrêts de travail, et ils sont peu nombreux à être syndi-
ETATS-UNIS
La crise économique qui sévit aujourd'hui est la plus profonde qu'ait connue les USA depuis la grande dépression des années 1930. A l'époque, des comités de chômeurs étaient apparus un peu partout à travers le pays pour demander des secours et réclamer la mise en œuvre d'un programme public de création d'emplois. Les acquis, même minimes, dont bénéficient aujourd'hui les travailleurs licenciés, sont le résultat de ce mouvement politique. A cette époque, les groupes de chômeurs - dont les dirigeants étaient souvent des militants du
Parti socialiste, du Parti communiste ou des trotskystes — ont joué un rôle de catalyseur et donné un nouvel essor au mouvement syndical. Ils lui ont apporté un programme à dimension sociale qui a permis d'établir le syndicalisme sur une base industrielle et de l'étendre aux grandes usines des USA. Par la suite, et plus particulièrement dans les années 1940 et 1950, une vague d'hystérie contre la gauche a conduit à une « déra-
Aujourd'hui, à la veille du cinquantième anniversaire des grèves d'Auto-Lite à Toledo, des dockers de San Francisco et des camionneurs de Minneapolis (2), le mouvement syndical est confronté à un véritable test aux enjeux cruciaux.
qués. Les travailleurs syndiqués, eux, ont des salaires plus élevés et bénéficient d'une meilleure couverture sociale (5).
En août 1983, le Bureau des statistidu travail a établi que, sur une force de travail d'un total de 120 millions de personnes, 10,7 millions de travailleurs étaient au chômage, auxquels il fallait ajouter 7,5 millions de travailleurs qui, soit finissaient par accepter un travail à temps partiel, soit cessaient tout simplement de rechercher un emploi. La durée du chômage est passée de
1. Pittsburgh est un des plus vieux centres sidérurgiques des Etats-Unis situé dans une vallée des monts Appalaches, en Pennsylvanie.
2. La grève de Minneapolis était dirigée par des syndicalistes liés à la Ligue communiste d'Amérique (CLA), l'organisation œuvrant à la construction de la IVe Internationale aux Etats-
Unis à l'époque: la grève de Toledo fut menée par des syndicalistes liés au Parti ouvrier, qui devait fusionner peu après avec la CLA : quant à la grève de San Francisco, elle fut dirigée par des syndicalistes liés au Parti communiste. Ces trois grèves ont ouvert la voie au syndicalisme de masse aux Etats-Unis. Elles ont eu lieu dans la première moitié de 1934, au moment de la première reprise depuis le krach de 1929.
3. « 26,5 millions de chômeurs en 82 »,
New York Times, 10 août 1983 ; « Le chômage au maximum chez les adolescents noirs ». The
Militant, hebdomadaire publié par le Socialist
Workers Party (SWP), 16 septembre 1983.
4. L'inégalité du sacrifice : conséquences du budget Reagan pour les femmes, brochure de la Coalition des femmes et le Budget, 16 cinquième des travailleurs américains dépendent
William Serrin, New York Times, 14 août 1983.
treize semaines, en janvier 1982, à vingt semaines, en août 1983 (6).
A cela, il faut ajouter que seuls 45 % des 10,7 millions de travailleurs officiellement recensés comme chômeurs perçoivent une allocation-chômage. Le contraste est grand avec la récession de 1975-1976, au cours de laquelle 78 % des chômeurs touchaient une allocation. Dans une étude intitulée «Pourquoi y a-t-il si peu de chômeurs indemnisés? », Gary Burtless, un des chercheurs les plus estimés de la prestigieuse Brookings Institution, avouait : : « La raison principale pour laquelle le nombre de sans-emploi bénéficiant d'assurances-chômage a été faible au cours de la récession de 1981-1982 est que le Président et le Congrès en ont décidé ainsi » (7). Cette étude faisait également remarquer que le gouvernement fédéral, ceux des Etats de l'Union et ceux des municipalités avaient déboursé, en 1982, 24 milliards de dollars (192 milliards de francs français) pour les 10 millions de chômeurs officiellement realors qu'en 1976, cette somme atteignait 31 milliards de 1982, c'est-à-dire 248 milliards de francs français, pour 7,6 millions de chômeurs (8).
Aux Etats-Unis, lorsqu'un travailleur est licencié, sa couverture sociale n'est plus assurée (9). L'assurance-chômage est à peu près égale à la moitié du salaire perçu jusque-là. Elle dure normalement 26 semaines et peut parfois être prolongée de 13 semaines. Il est également possible de percevoir des allocations supplémentaires, passée cette période. Mais alors qu'au cours des précédentes récessions, le gouvernement avait décidé de prolonger la période d'indemnisation jusqu'à un maximum de 65 semaines, celle-ci est désormais réduite, au mieux, à 53 semaines. Dans tout le pays, seuls 51 000 chômeurs sont en situation de recevoir le maximum
La formule qui détermine dans quels cas le gouvernement fédéral commence à verser l'aide qui permet aux Etats d'accorder des allocations supplémentaires, dans quels cas il n'est plus tenu de le faire, est si compliquée que jusqu'à présent seuls deux Etats et Porto-Rico, qui a le statut d'« Etat associé » aux USA, ont rempli les conditions nécessaires pour recevoir cette aide fédérale. Vingt-deux autres Etats, dont le taux de chômage se situait entre 9% et 14% en juin 1983, n'ont plus droit à cette aide. En langage officiel, déclic de l'interrupteur fonctionné ». En effet, au-dessous d'un certain seuil du taux de chômage, « le déclic joue » et l'aide est suspendue pendant au moins treize semaines. Ainsi, l'Etat du connaissait un taux de de 13,4% en août, avait vu l'aide fédérale qu'il recevait suspendue en juin, entraînant l'interruption cations perçues par 56 000 chômeurs (11).
Le gouvernement fédéral et les gouvernements d'Etats et locaux ont refusé de mettre en œuvre un véritable programme de création d'emplois destiné à donner du travail aux chômeurs, mais aussi d'accorder des secours suffisamment importants pour aider les personnes sans em-
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STRIKE STRIKE UNIONS
Grève des mineurs du cuivre. (DR) ploi. De nombreux comités de chômeurs ont fait remarquer que si une catastrophe naturelle - telle qu'un ouragan ou une inondation — était survenue, un fonds spécial d'aide aux victimes aurait été dégagé. Mais dans les conditions de catastrophe « non naturelle » constituée par la crise, le gouvernement en a profité pour rogner les programmes sociaux déjà bien maigres.
UNE MATRAQUE
ANTISYNDICALE La crise économique est utilisée par les employeurs comme une arme pour attaquer les syndicats et tenter de leur extorquer des concessions ou, carrément, les liquider. Pour obtenir des concessions, ils menacent de fermer les entreprises. Dans la région du nord-est, les fermetures d'entreprises ont été à l'origine d'un chômage
Get, en général, les entreprises se sont réinstallées, soit dans le sud, où le taux de syndicalisation est très faible, soit dans d'autres pays (12). Certaines régions, qui vivaient sur une seule industrie, connaissent une situation véritablement catastrophique. Cependant, au fur et à me. sure que les travailleurs syndiqués s'aper-
6. Rapport Bert Seidman, directeur du accidents du travail, de la sécurité sociale de l'AFL-CIO (American Federation of Labor and Congress of Indusaméricaine) devant la sous-commission sur l'Assistance publique et les assuranceschomage de la Commission des finances de la Chambre des représentants, 13 septembre 1983. Peter T. Kilborn, New York Times, 9 septembre
8. Les fonctions étatiques sont réparties à plusieurs niveaux entre le gouvernement fédéral, qui siège à Washington, les gouvernements des cinquante Etats qui ont chacun leur capitale, et les gouvernements locaux (comtés et municipalités). Les Etats ont leur propre Parlement deux chambres), ils collectent leurs propres impôts et sont responsables, nod'une partie du financement et de la distribution des allocations chômage.
9. Il n'y a pas de système de sécurité sociaL'adhésion à un syndicat ou çoivent que les concessions faites ne leur assurent pas pour autant une sécurité de l'emploi et que les profits des patrons augmentent, ils sont de moins en moins nombreux à se prononcer pour les diminutions du salaire et des autres prestations, comme on le leur demande.
mouvement ouvrier a été durement affaibli par le phénomène combiné de licenciements massifs, d'attaques frontales contre les syndicats, et de négociations en vue de révisions en baisse des acquis sociaux. Depuis 1977, 130 000 emplois ont été supprimés dans la seule industrie sidérurgique. Dans ce secteur, où le poids des syndicats était fort, ces emplois étaient rémunérés de 10 à 15 dollars l'heure (80 à 120 FF). Par contre, les mécanographes de l'informatique, industrie « de pointe », ne gagnent souvent pas plus de 3,35 dollars (26 FF) de l'heure, dans des établissements sans syndicat. Au fur et à mesure que la force de travail est intégrée au secteur des services, la proportion de travailleurs syndiqués diminue de plus en plus. Ce processus ne sera pas les syndicats ne montreront pas capables d'organiser réellement les ouvriers du secteur des servil'embauche par une entreprise donnent souvent droit à des assurances collectives bon marché qui expirent en cas de licenciement. Les plus démunis, lorsqu'ils répondent à certains critéres de pauvreté, ont droit au « welfare » (assistance sociale) qui comporte le remboursement des frais médicaux, mais les chômeurs ne remplissent en général pas ces conditions.
10. Rapport Bert Seidman, pages 3 et 4. 11. Rapport Dick Warden, directeur pour la législation du Syndicat international des travailleurs de l'automobile, de l'aéronautique et des machines agricoles d'Amérique (UAW), devant la sous-commission sur l'Assistance publique et les allocations-chômage de la Commission des finances de la Chambre des représentants lors de sa séance consacrée au Programme fédéral d'allocations supplémentaires et questions connexes, 13 septembre 1983. p. 9.
12. Le nord-est des Etats-Unis est la région de la vieille industrie lourde (acier, rail, automobile, mécanique) et des bastions syndicaux. Les industries du sud du pays, traditionnelles (tabac, textile, etc.) et nouvelles (pétrolière. aéronautique. etc.) connaissent un taux de syndicalisation moindre.
ces, ainsi que les cols blancs, qui restent, dans leur majorité, inorganisés (13).
Bien que l'administration Reagan clame sur tous les toits que l'économie américaine connaît une reprise, de nombreux travailleurs ne retrouveront pas pour autant leur situation antérieure. Cette question est d'ailleurs largement évoquée dans une importante analyse du Comité d'étude de l'évolution du travail, un organisme créé par la principale confédération syndicale américaine, l'AFL-CIO (14). Comme le fait remarquer cette étude, 6 millions de travailleurs au moins sont susceptibles de devenir une « sous-classe ouvrière en surnombre ». Harley Shaiken, spécialiste des questions du travail et de technologie à l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT), a expliqué : « Nous devons envisager la possibilité d'avoir à la fois un redressement économique et des travailleurs en surnombre. » En d'autres termes, « la reprise économique n'implique plus, aujourd'hui, le réemploi (15) ».
Alors que le chômage frappe des miltelles que l'US Steel Corporation, exigent de leurs employés qu'ils fassent des heures supplémentaires. Pour ces entreprises, il est bien plus rentable de payer des heures supplémentaires que de réintégrer des travailleurs licenciés. D'après le syndicat local numéro 1397, de Homestead, en Pennsylvanie, dépendant de l'United Steelworkers of America (USWA, Sidérurgistes unis d'Amérique) (16), les 1480 heures supplémentaires effectuées dans la première semaine de septembre auraient pu permettre à 46 travailleurs de réintégrer l'entreprise. Et ce phénomène peut être observé à travers tout le pays. Le syndicat a déposé des plaintes pour ruptures de contrat contre l'US Steel Corporation, mais le temps que prend la procédure joue en faveur des patrons (17). La section syndicale locale a distribué un tract à ceux qui étaient toujours employés : « Nous vous demandons de faire d'heures supplémentaires. S'ils vous y forcent ou essayent de vous faire travailler vos journées d'affilée, ou vous faire effectuer le travail de quelqu'un d'autre, venez au local du syndicat pour déposer plainte. (18) »
LA RIPOSTE Bien que les syndicats américains permettent à leurs membres de rester au syndicat après un licenciement, selon des différents selon les syndicats (pour une période variant entre deux ans dans la sidérurgie et trente jours dans les chemins de fer), des centaines de syndicats locaux ont riposté à la récession, en 1980-1982, en formant des comités de chômeurs. Dans la mesure où les licenciements ont affecté des industries-clés où la était syndiquée, les travailleurs licenciés se sont tournés en premier lieu vers leur syndicat pour obtenir de l'aide. Ces comités étaient rattachés au syndicat et bénéficiaient ainsi de ses relations et de ses ressources. Très souvent, ces comités travaillent à des projets précis, avec d'autres comités de chômeurs
- IN USA. de la région également rattachés à un syndicat. Ainsi, au fur et à mesure que ces comités ont commencé à fleurir, d'autres sont apparus dans le sillage de leurs activités. Par la suite, des réseaux informels ont rassemblé tous ces comités.
Dans d'autres cas, des comités indépendants de travailleurs syndiqués ou non syndiqués se sont développés. Mais même lorsque les comités de chômeurs sont for-
13. « On dirait un holocauste industriel ». entretien avec Mike Stout, du syndicat local de TUSWA numéro 1397, in Multinational Monitor, volume 4, numéro 6, juin 1983, pages 15 a 17. « La technologie de pointe n'est pas une panacée pour l'emploi, disent les experts».
York Times. 6 septembre 14. L'American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO) est l'unique confédération syndicale. groupe tous les syndicats, sauf ceux qui ont été exclus pour « corruption » (camionneurs-IBT), et ceux qui sont issus d'associations du personnel rivales des syndicats de l'AFL-CIO (ensei-
15. « La reprise est sans intérêt pour les York Times, 6 septembre 1983.
16. Au moment de sa création, l'AFLmellement indépendants des syndicats, ils sont fréquemment dirigés par des militants syndicaux. Très souvent, ces comités de base indépendants travaillent avec certains syndicats. Dans de nombreux cas, ils reçoivent une aide matérielle des syndicats sur des projets donnés. Que ces comités soient indépendants ou directement rattachés à une structure syndicale, leurs méthodes et leurs buts sont identiques.
La tâche concrète que la plupart de ces comités ont immédiatement pris en charge a été la création de « banques de nourriture ». Dans la mesure où ces « banques » peuvent acheter en gros et où elles cherchent activement des donateurs, elles se sont avérées être une aide très importante pour les chômeurs. Leon Lynch, vice-président de l'USWA, a déclaré que près de 225 syndicats du secteur sidérurgique avaient, durant l'été 1983, créé des « banques de nourriture », et cela rien que dans la région ouest de la Pennsylva-
Certains syndicats ont mis en place un système qui permet aux ouvriers qui travaillent encore de défalquer une somme de leur paye hebdomadaire à l'intention de ceux qui ont été mis à pied. Dans certaines grandes entreprises, cette somme atteint (40 000 à 56 000 FF) par semaine. Dans d'autres régions, les syndicats organisent des collectes à la porte des usines. Les fonds ainsi collectés sont utilisés pour répondre à différents besoins, par exemple pour aider les chômeurs loyer, leur chauffage et rembourser des prêts ou pour leur fournir une assistance médicale en cas d'urgence (20).
Les comités de chômeurs liés aux structures syndicales ont également établi des « lignes-SOS », permettant aux syndiqués qui se trouvent en situation critique d'obtenir de toute urgence des conseils d'ordre légal, les coordonnées de services à consulter, ou même des emplois temporaires. Dans la région de Pittsburgh, les différents comités de chômeurs de la sidérurgie ont décidé, dès leur formation, d'engager des activités communes. C'est ainsi qu'ils ont lancé une campagne réclamant la prorogation des allocations-chômage par le gouvernement fédéral et colCIO décerne à chaque syndicat un numéro tiré d'un registre unique.
17. La plupart des contrats entre syndicats et directions prévoient la possibilité pour les ouvriers de déposer plainte pour rupture de contrat. Le syndicat doit alors défendre l'ouvrier dans une procédure de conciliation avec la direction, puis devant un arbitrage du Conseil national des relations du travail (NLRB).
18. « Les sidérurgistes protestent contre les heures supplémentaires ». Pittsburgh Press. 23 septembre 1983.
19. Discours de Leon Lynch au Rassemblement de Pittsburgh pour « Les emplois. la paix et la liberté », au nom de la Coalition de conscience du 27 août, à l'église de Macédoine, Pittsburgh, 8 août 1983.
20. Entretien avec Kwazi Nkrumah et Keith Brooks, in National Unemployed News, volume 1. numéro 1, juillet 1983, p. 4. Voir aussi l'entretien avec Helen Antonishen et Gloria Snyder.
Un bon exemple de comités de chômeurs issus de la base est celui du Comité uni de chômeurs (UCUP) de Baltimore, dans l'Etat du Maryland, un des premiers à s'être constitué. L'UCUP se compose de travailleurs syndiqués et non-syndiqués, et maintient des rapports étroits avec les comités établis par les syndicats. Ses dirigeants militent également dans les syndicats, notamment ceux des sidérurgisdes mécaniciens de Baltimore. L'UCUP et l'AFL-CIO ont mené une campagne commune qui a forcé le gouverneur l'Assemblée législative du Maryland. Une loi prolongeant de treize semaines les allocations-chômage, aux frais de l'Etat du Maryland, après la « suspension » du programme fédéral, a été votée lors de cette
Ensemble, ils se sont également battus, avec succès, pour l'élimination d'une clause technique du Programme de prolongation, qui empêchait meurs de recevoir la totalité des allocations au cours des treize semaines. A la suite de cette lutte, 7 millions de dollars (56 millions de FF) supplémentaires ont été accordés au Programme. L'association de l'UCUP et de l'AFL-CIO de Baltimore a aussi lancé une campagne pour l'adopniveau de l'Etat du Maryland, d'une loi intitulée Loi sur les droits du citoyen chômeur (21). Bien qu'en fin de compte cette loi n'ait pas été adoptée, la campagne a permis d'informer le public sur les problèmes et les besoins spécifiques des chômeurs. Cette loi devait établir une protection élémentaire des chômeurs contre les saisies de maisons hypothéquées et les expulsions, contre les reprises de voitures et de caravanes d'habitation achetées à crédit, et contre l'interruption des services publics. Elle prévoyait également un
Get légale et à l'apprentissage d'un nouveau métier. Le Comité uni de chômeurs a réussi à engager une campagne assez large pour permettre au projet de loi de traverser le dédale des commissions législatives de l'Etat et d'arriver devant le Sénat du Maryland. Là, il a fallu trois jours à ces parlementaires conservateurs pour rejeter, à une courte majorité, la Loi sur les droits.
L'EXEMPLE DU COMITÉ
DE CHOMEURS DE LA VALLÉE DE LA MON De tous les groupements issus de la base, le plus connu est probablement le Comité de chômeurs de la vallée de la Mon (MVUC). Il opère dans la vallée de la Monongahela, où se trouvent la plupart des aciéries de la région de Pittsburgh. Il compte plus de 1 500 cotisants. Ce sont les sidérurgistes mis à pied qui forment la colonne vertébrale du comité, mais on y accepte tous les travailleurs, syndiqués et non-syndiqués, au travail ou au chômage. Le comité s'est développé à partir de formations syndicales locales de chômeurs, qui ont mené une activité commune pendant un certain temps. Du point vue formel, il s'agit d'un comité indépendant, mais il n'en garde pas moins des liens étroits avec le mouvement syndical.
C'est le Comité de chômeurs de la vallée de la Mon qui a mis sur pied la manifestation combative de plus de 5 000 personnes contre Reagan et sa politique, lors de la visite du Président à Pittsburgh, en avril 1983. Les conseillers de Reagan pensent maintenant que l'incident à représenté désastre politique pour lui, au moment même où il ouvrait la campagne pour sa réélection. Le Comité avait réuni plus de 45 organisations dans une coalition pour la préparation de ce rassemblement, et recueilli des appuis importants dans les syndicats, les organisations des droits des femmes et des droits civiques, et les groupes antiguerre. Les syndicats locaux de la sidérurgie avaient des cars pour transporter les manifestants des banlieues et des villes éloignées (22).
C'est encore le MVUC qui a organisé une série de marches pour l'emploi qui ont traversé le centre commercial de Pittsburgh et la ville voisine de MeKeesport. Ces manifestations ont été marquées par l'enthousiasme des marcheurs et par l'accueil sympathique de la plupart des gens qui faisaient leurs achats et des travailleurs à l'heure de la pause-déjeuner.
LA LUTTE CONTRE LES SAISIES
Bien qu'il se soit aussi occupé de l'assurance-chômage en témoignant les commissions de l'Etat et des organismes fédéraux et qu'il ait organisé des assemblées de protestation contre le chômage, c'est surtout son activité contre les saisies de biens hypothéqués qui a fait la réputation de ce comité de chômeurs. Les membres de la commission du MVUC sur les hypothèques ont entrepris des démarches auprès des présidents de banque, afin d'obtenir que les chômeurs puissent effectuer des paiements partiels ou en retard. Ils ont organisé des piquets de chômeurs banques, obtenu des ordonnances de juges et négocié avec l'administration des anciens combattants — qui assure les logements des anciens combattants — en vue d'arracher la création de programmes de secours aux chômeurs propriétaires de maisons.
En novembre 1982, le Comité de chômeurs de la vallée de la Mon a rempli la salle du tribunal où le shériff devait tenir la vente mensuelle des biens hypothéqués saisis (23). Les notaires préposés aux hypothèques ont dû tenir leurs enchères sous des jets de vautours en carton (en effet, le Comité a baptisé ces notaires du nom de « vautours »). Le slogan « Des emplois pas des ventes ! » a été largement repris. Et, en guise de protestation, les acquéreurs des maisons mises en vente pour quelques centimes, suivant une pratique déjà utilisée par le mouvement des chômeurs dans les années 1930.
En décembre dernier, à la suite de l'émoi causé par cette campagne opiniâtre, le Conseil municipal de Pittsburgh a unanimement voté une motion recommandant aux créanciers d'instituer moratoire illimité sur la saisie des maisons de chômeurs hypothéquées. Lorsque le MVUC s'est présenté à la vente aux enchères du mois de janvier, il a pu cons tater que le shériff - qui était candidat à la réélection - avait retiré 42 maisons de chômeurs du lot (24). Le juge Papadakos, de Pittsburgh, a endossé la décision du shériff et proclamé un moratoire temporaire des ventes de maisons occupées par leurs propriétaires. Le moratoire était encore effectif lors de la vente de septembre 1983. La ligne téléphonique « SOS-hypothèques » du MVUC a reçu 503 coups de téléphone entre janvier et juillet 1983.
En juillet 1983, alors que les allocations supplémentaires de nombreux sidérurgistes touchaient à leur fin, les agences qui conseillent les propriétaires de maisons sur les problèmes d'hypothèques, dans la région de Pittsburgh, ont reçu un total de 2 114 coups de téléphone.
Le Comité de chômeurs de la vallée de la Mon et un groupe similaire de Pennsylvanie orientale, le Projet-chômage de Philadelphie, ont présenté à la commission des lois de l'Etat un projet de loi prévoyant jusqu'à trois ans de secours lorsque le retard d'un paiement sur une hypothèque est dû au chômage ou à la maladie. Ce projet a été adopté par la Chambre des représentats de l'Etat, mais doit encore être soumis au Sénat de l'Etat.
L'ORGANISATION DES CHOMEURS
AU NIVEAU NATIONAL Le Comité de chômeurs de la vallée de la Mon a participé à la convocation de conférence nationale des groupes de chômeurs qui s'est tenue du 10 au 12 juin, à Erie, en Pennsylvanie. Deux cent cinquante militants en provenance de 9 comités de chômeurs blis par des syndicats, de 29 groupes de chômeurs indépendants, et de 36 organisations syndicales et communautaires, y assistaient et ont décidé de constituer le Réseau national des chômeurs (NUN, National Unemployed Network). Son programme d'action comporte quatre points :
1. Garantir un niveau de vie convenable pour tous :
- Des emplois ou des allocations-chômage jusqu'à ce que soit retrouvé un emploi!
- Sauvez nos foyers ! - Les soins de santé pour tous ! 21. « Les comités de chômeurs obtiennent une prolongation des allocations pour les chômeurs du Maryland ». Keith Brooks Kwazi Nkrumah, Labor Notes, numéro 45, 26 octobre 1982, pages 1 à 14.
22. « Des milliers de chômeurs protestent contre Reagan lors de sa visite à Pittsburgh ». Labor Notes, numéro 51, 27 mars 1983, p. 11.
23. Dans certams comtes, les shériffs (chefs de la police du comté) et les juges sont élus au suffrage universel.
24. « Le shériff appelle à la suspension temporaire des saisies de maisons à Pittsburgh ». Linny Stovall, Labor Notes, numéro 48, 17 janvier 1983. p. 3.
25. Rapport de Marion Curcio, conseillére sur les hypothèques du MVUC, septembre 1983.
- Alimentation : pleine utilisation des stocks alimentaires en surplus, augmentation des programmes d'assistance alimentaire ! (26)
- Un moratoire sur l'interruption des services de première nécessité.
2. Construire une force unie de tous. les travailleurs, avec ou sans emploi, sur la base de nos intérêts communs, tels que l'opposition aux fermetures d'usines, les allocations-chômage, l'apprentissage d'un nouveau métier et autres préoccupations vitales.
3. Changer les priorités du budget du gouvernement : de l'argent pour les emplois, pas pour la guerre ; des fonds pour les services sociaux, pour aider les gens, pas pour les tuer.
4. Lutter contre les effets disproportionnés du chômage sur les femmes, les minorités et les travailleurs handicapés. La discrimination sert à diviser les travailleurs. Il faut soutenir et renforcer les « Programmes d'action affirmative » (27).
Depuis la tenue de cette conférence, des groupes de chômeurs ont continué à surgir. L'existence d'un réseau national a stimulé les comités locaux. Le premier numéro du National Unemployed News (Bulletin national d'information des chômeurs) sorti par le NUN (National Unemployed Network) contient des comptes-rendus brefs de la création de comités locaux et de leur choix de thèmes d'agitation. Il fournit une série de tableaux du travail quotidien des comités de chômeurs.
Une deuxième organisation nationale de chômeurs a été fondée à Chicago les 2 et 3 juillet par 467 délégués en provenance de 22 Etats. Le Congrès national des organisations de chômeurs (NCUO) estl'œuvre de groupes et de personnes liés à Action et démocratie syndicale (ADS), groupement qui s'efforce de promouvoir « l'unité du centre et de la gauche dans le mouvement ouvrier », c'est-à-dire une alliance des militants combatifs indépendants, des responsables syndicaux libéraux, des milidu Parti communiste, et d'autres éléments (28). Le NCUO a attiré un certain nombre de dirigeants ouvriers locaux par exemple Frank Lumpkin, du Comité de l'acier du Wisconsin pour la sauvegarde de nos emplois. Lumpkin est un travailleur noir de la sidérurgie et un dirigeant de masse efficace, qui figurait parmi les orateurs de marque de la conférence du NCUO. Son discours a souligné les objectifs similaires des deux groupes nationaux : « Nous saluons les efforts de ceux qui se sont réunis à Erie, et nous souhaitons collaborer avec eux », a-t-il déclaré.
L'opinion d'un certain nombre de militants influents du NUN a été répercutée dans un article du bulletin mensuel Labor Notes (Notes syndicales) : « Les deux organisations de chômeurs ont des objectifs semblables et des stratégies qui se recoupent. (...) Là où les groupes divergent, c'est à propos de leur appréciation du mouvement syndical et du Parti démocrate. (...) Le NUN a agi, (...) indépendamment des responsables syndicaux, lorsque cela a été nécessaire, et a gardé distances par rapport aux politi-Le NUN et le NCUO ont tous les deux réclamé l'adoption du projet de loi sur l'emploi de l'AFL-CIO et ont tous les deux participé à l'importante marche sur Washington, « Pour des emplois, la paix et la justice », le 27 août. A l'heure actuelle, c'est le NUN qui semble plus s'appuyer sur une mobilisation de la base. Mais, en fait, le travail de ces deux regroupements commence à peine. Il faut à la fois multiplier les comités locaux et fournir une coordination nationale efficace à la lutte pour le droit de tous les travailleurs à P'emploi et à un salaire convenable.
Un des signes de l'amplitude des efforts d'organisation au niveau local réside dans la prolifération des journaux et bulletins publiés par les divers comités de chômeurs à travers le pays. Certains mili-
Sont impulsé des discussions sur l'avenir de ce mouvement nouveau-né dans les colonnes de ces publications.
Le numéro de juillet du bulletin du Comité de chômeurs de la vallée de la Mon contient un article qui explique le rapport entre les dépenses militaires du d'emplois (c'est 60% du budget fédéral qui, sous une forme ou sous une autre, est consacré à des dépenses d'ordre militaire). En remettant cette priorité en cause, les chômeurs provoquent une discusau sein de la classe ouvrière sur des thèmes de politique étrangère qui n'ont pas été aussi radicalement remis en question depuis les années 1930. La guerre du Vietnam - aussi impopulaire qu'elle soit devenue — a quand même eu lieu dans une période de prospérité. Le étrangère américaine et sa politique intérieure apparaît de plus en plus clairement aux ouvriers et chômeurs des Etats-Unis.
LE DÉBAT SUR LES MOYENS DU PLEIN EMPLOI Le même bulletin contient un article intitulé « Nous voulons travailler », qui est une contribution bien réfléchie à la discussion sur le type de programme de
Les chômeurs font la queue dans un bureau d'aide sociale. (DR) création d'emplois qui serait le plus utile.
Benn, du syndicat local numéro 1256 de l'USWA, demande : « Devons-nous mettre l'accent sur l'influence des préjugés (raciaux, sexistes, ndir.) dans le choix des embauchés, et souligner l'importance des mesures de compensation (en faveur des plus opprimés, ndlr.) ? Devons-nous y inclure la revendication de la réactivation des industries de base ? Quel plan devons-nous proposer pour tenter sérieusement qu'une de nos propositions soit mise en application ? (30) »
Il s'agit-là d'un problème très important, car les patrons, et même quelques responsables syndicaux cherchent à nous convaincre que l'ennemi, ce sont « les importations de produits étrangers ». Bien des chômeurs n'ont guère réfléchi aux moyens de procurer des emplois à tous.
proposeraient probablement l'octroi de subsides aux industries comme la sidérurgie et l'automobile, que les patrons ne considèrent plus assez rentables pour y poursuivre la production. rières douanières plus élevées ou des lois exigeant un certain pourcentage de « contenu local » dans les produits mis en vente. D'autre encore se sont battus pour le vote de lois interdisant de reconnaître
26. Les programmes d'assistance taire aux pauvres comprennent la distribution des denrées stockées pour empêcher l'effondrement des cours et la vente à prix réduit de carnets de timbres acceptés en guise de paiement par les supermarchés.
27. « Programme d'action ». National Unemployed News, volume 1, numéro 1, juillet 1983.
28. La bureaucratie syndicale américaine, à limage du Parti démocrate sur lequel elle s'appuye, comprend deux ailes : Pune, majoritaire, soutient les « modérés », qui se situent à droite dans le Parti démocrate, l'autre, minoritaire, soutient les « libéraux », qui se situent plus à gauche dans le Parti démocrate. Cette alle est d'ailleurs souvent proche des Socialistesdémocrates d'Amérique (DSA). Le Parti communiste est réduit à un état quasi-groupusculaire depuis environ 1958, mais il conserve quelques vestiges de son influence syndicale et est présent en particulier dans Action et démocratie syndicale (ADS).
29. « Deuxième conférence nationale des chômeurs à Chicago ». Dan La Botz, Labor Notes, numéro 54, 27 juillet 1983, p. 15.
30. « Nous voulons travailler ». Jim Benn. Bulletin du comité de chômeurs de la vallée de la Mon. juillet 1983, p. 3.