mouvement pacifiste après la manifestation du 29 octobre
E 29 octobre dernier, plus d'un demi-million de personnes ont manifesté à La
L rate mobile tion an pourtant pas obtenu distes de romet en tunaire neee vaste mobilisation n'a pourtant pas obtenu du gouvernement réactionnaire néerlandais qu'il prenne position contre le déploiement des missiles. Au contraire, ce dernier se prépare, pas à pas, à organiser leur installation aux Pays-Bas, même s'il n'a pas, à ce jour, pris de décision formelle à ce sujet. Ce relatif attentisme du gouvernement néerlandais, au niveau des proclamations officielles, est la conséquence directe de l'ampleur de la mobilisation pacifiste et du rejet de la course aux armements par de larges couches de la population et les représentants de la hiérarchie religieuse. Les évêques néerlandais se sont même récemment prononcés en faveur d'une « politique des
Désormais, la question qui se pose au mouvement pour la paix est de savoir comment poursuivre la mobilisation. C'est autour de cette interrogation que s'articule l'analyse de l'article ci-dessous, qui est une compilation d'articles publiés dans Klassenstrijd (organe de la section néerlandaise de la IVe Internationale) avant et après la mo-
SOLDATEN - KERNAAFENS PAYS-BAS premiers pas » pour le désarmement des Pays-Bas. bilisation du 29 octobre dernier. Robert WENT
Quelles que soient les actions envisagées pour la suite de la mobilisation pacifiste, il est clair que le but reste toujours d'empêcher le déploiement de nouvelles armes nucléaires, indépendamment des négociations qui ont lieu à Genève ou ailleurs dans le monde. Le mouvement pacifiste dit « non » aux nouvelles armes nucléaires et « non » aux missiles Cruise et aux Pershing II. Ses actions visent à obliger le gouvernement hollandais à s'engager vers une réduction unilatérale de son armement, et il ne place aucun espoir dans les négociations américano-soviétiques.
Le mouvement pour la paix n'a jamais entretenu d'illusions sur ce que pourraient apporter de telles négociations, et le Conseil des Eglises pour la paix (IKV) a toujours œuvré dans le même sens. Aujourd'hui, et bien que la pression soit de plus en plus forte sur le mouvement pour
NATO SOLDATEN
TEGEN KERNWAPENS
SZONDER Les soldats contre l'OTAN. (DR)
Perspectives du
qu'il accepte des compromis boiteux, il y a moins de raisons que jamais d'abandonner cette position de principe. Bien au contraire, le fait que Ronald Reagan et ses acolytes de l'OTAN avancent « propositions » sur « propositions » est un signe de faiblesse plus qu'un signe de force. Chaque nouvelle proposition n'a, en effet, qu'un seul objectif : diviser le mouvement antiguerre et le briser. Il faut donc se cramponner plus que jamais à ce qui fait la force de ce mouvement, à savoir, précisément, de compter sur ses propres forces. « Les participants aux négociations de Genève ne sont aucunement prêts à discuter réellement. Leurs prises de position ne sont pas destinées à opérer un quelconque changement dans les rapports de forces existants. Elles sont simplement destinées à la "consommation intérieure" et visent à influencer les populations respectives de ces Etats. Ces négociations n'ont pas pour but de prévenir le déploiement de nouvelles armes nucléaires, mais de faire taire le mouvement pour la paix et d'ouvrir la voie à une modernisation des arsenaux. » Telle est l'opinion qu'a exprimée dans une interview, fin Mient-Jan Faber, le dirigeant de P'IKV, qui est la plus grosse organisation du mouvement pour la paix aux Pays-Bas.
L'ATTITUDE
DES DÉMOCRATES-CHRÉTIENS La coalition au pouvoir est formée par les démocrates-chrétiens du Christen Demokraties Appel (CDA, Appel démocrate-chrétien) et les libéraux conservateurs du Partij voor Vrijheid en Demokratie (VVD, Parti pour la paix et la démocratie). Ces deux partis détiennent 81 des 150 sièges du Parlement, auxquels il faut ajouter 7 sièges détenus par quatre petites formations de droite (1). Le gouvernement, qui veut déployer les missiles, n'ose pourtant pas le dire ouvertement. Au sein du mouvement pour la paix, des illusions subsistent done quant à la véritable position du CDA. Certains estiment même que ce parti est susceptible d'être gagné à la lutte contre les missiles par des arguments convaincants, en jouant sur sentiment religieux, ou encore simplement en discutant avec les députés démocrates-chrétiens. Cependant, cinq raisons s'opposent à ce que le CDA évolue dans ce sens :
- Les nouvelles armes nucléaires font partie intégrante de la stratégie TOTAN, qui vise avant tout à garder le monde colonial sous le joug du contrôle capitaliste. Que ce soit en Amérique centrale, en Jordanie — où il est prévu de faire stationner bientôt des unités de la Force de déploiement rapide — ou au Liban, l'OTAN, et Reagan en première ligne, défendent la propriété capitaliste à travers le monde. Le CDA, qui est un parti bourgeois, ne peut pas aller à l'encontre de ses propres intérêts en abandonnant la défense de la cause capitaliste.
- L'unité de l'OTAN est en jeu. Le CDA, qui ne veut pas provoquer de divisions en son sein, est done effectivement allié aux Etats-Unis.
- Les Pays-Bas sont un élément du soutien logistique de la Force de déploiement rapide américaine, qui dispose dans ce pays de lieux pour stocker les armements, de routes pour leur transport, de ports, et de la base aérienne de Schiphol. Si ces troupes sont appelées à être utilisées à travers le monde pour défendre les intérêts capitalistes, un puissant mouvement de la paix aux Pays-Bas devient un facteur important de difficulté pour leur déploiement. Manifestations et grèves contre des opérations militaires sont les dernières choses que désirent les capitalistes.
— Si le mouvement pour la paix remportait une victoire aujourd'hui, nul doute que ce serait une incitation à aller de
1. Cf. Inprecor numéro 146 du 28 mars 1983.
l'avant. Les autres armes nucléaires plus anciennes que les Cruise et les Pershing II seraient, elles aussi, mises en question, et POTAN se trouverait soumis à des attaques d'envergure. Ce serait là un véritable cauchemar pour le Premier ministre, Ruud Lubbers, et pour les dirigeants du CDA.
- Si le mouvement pacifiste parvient à arrêter le déploiement des missiles, cela signifiera que la lutte paie. Les autorités gouvernementales se doivent de combattre une telle idée, au moment où elles tentent de mettre en œuvre un brutal programme d'austérité.
Ainsi, une stratégie qui tenterait de convaincre le CDA du bien-fondé orientations du mouvement pour la paix serait fatale. Le temps et l'énergie qu'elle nécessiterait immanquablement doivent être utilisés pour engager de nouvelles actions. De plus, une telle attitude pousserait à adapter les revendications du mouvement pour la paix à celle des démocrates-chrétiens, comme l'a tenté la jeunesse du CDA, en protestant contre le nom donné au comité de préparation de la manifestation du 29 octobre, le Comité « Non aux missiles Cruise ! » (KKN) (2). La pression que cela entraînerait sur le mouvement pour la paix serait un obstacle pour aller organisations patronales et le au loup si des grèves étaient organisées contre les missiles Cruise. Il faut donc, par des actions, forcer le gouvernement à prendre la décision de ne pas déployer les missiles, ou, s'il était trop tard, à les démanteler.
QUELLES ACTIONS ENGAGER MAINTENANT ? « A la prochaine fois, à demain », déclarait Mient-Jan Faver, à la fin de la plus grosse manifestation jamais organisée dans le pays. La lutte doit se poursuivre. La manifestation du 29 octobre a d'ailleurs montré qu'il était possible d'engager de nouvelles actions.
Tout d'abord, les manifestants se prononcés presqu'à l'unanimité (97.7 %) contre la « double décision » de POTAN, à savoir déployer les missiles tout en poursuivant les négociations. « Nous sommes déterminés à ne pas voir s'installer les missiles, quelle que soit l'issue des négociations de Genève », tel était le message des 550 000 manifestants au Premier ministre.
Ensuite, les partisans du CDA et du VVD étaient absents de cette initiative. Quant aux manifestants qui avaient voté pour le CDA aux précédentes élections (ils ne représentaient que 3,3 % du total), 60 % d'entre eux ont déclaré qu'ils ne revoteraient plus pour ce parti à l'avenir. Ce facteur nouveau a une grande importance, car il montre clairement la voie à suivre pour gagner les partisans du CDA à la mobilisation pacifiste. Ce n'est pas en revenant sur ses revendications ou en essayant de convaincre la direction du CDA par des intrigues de couloir qu'on y parviendra. Le seul moyen de gagner au mou-
NO
CRUISE
TIONA
NO SEIL vement pacifiste une partie de l'électorat du CDA est de maintenir haut et fort ses revendications et de montrer clairement à ceux qui sont opposés aux armes nucléaires qu'ils doivent rompre avec ce parti, de la même manière que la dirigeante de l'Association des femmes du Conseil chrétien des syndicats (CNV) et le dirigeant du CNV d'Eibergen ont rompu avec le CDA après que celui-ci ait réduit les allocations-chômage.
Enfin, les trois quarts des manifestants se sont déclarés prêts à s'engager dans de nouvelles actions. Ce facteur montre qu'ils sont de plus en plus nombreux à comprendre que le gouvernement est pour le déploiement des missiles mais qu'il n'ose tout simplement pas le proclamer ouvertement. Dès lors, ce n'est pas par la persuasion mais par la force que ce gouvernement peut être amené à dire
En dernier lieu, il y avait près de 160 000 syndicalistes présents à la manidu 29 octobre. Il était également clair que le Parti social-démocrate (PvdA) s'y trouvait engagé, près de la moitié des manifestants étant des électeurs du PvdA. Le mouvement s'est done largement étendu à la classe ouvrière.
POUR UNE CAMPAGNE
DE PÉTITION DE MASSE Il est done plus que jamais nécessaire d'exiger des mesures favorables au désarmement unilatéral et d'engager des actions de masse pour renverser le cours de l'escalade aux armements. Faut-il pour cela lancer une campagne massive de pétitions ? Des divergences sont apparues à ce sujet au sein du KKN. L'argument du PvdA est qu'il fallait attendre de voir l'impact de la manifestation du 29 octobre, afin de ne pas risquer de démoraliser ceux qui y avaient participé. Il était clair, pour ce parti, que cette pétition ne mènerait à rien, l'impact de la manifestation étant évident pour tout le monde.
Aujourd'hui, le problème est de faire que ces 500000 manifestants (et, avec eux, les 475 regroupements locaux) ne se démobilisent et ne se dispersent pas, qu'ils ne partent pas à la dérive. Il faut qu'ils restent actifs, afin de maintenir l'influence qui a été gagnée et de s'engager dans de nouvelles actions. Les assemblées locales des militants du mouvement pacifiste sont un moyen pour cela, mais elles doivent proposer des initiatives d'action. Une campagne de pétition de masse, lancée rapidement, permettrait d'éviter tout recul dans le développement de la mobilisation.
Le KKN n'a pas besoin de passer des semaines en réunions pour élaborer le texte d'une telle pétition : celui-ci doit être clair, sans ambiguïtés, sans formules vagues ni circonlocutions. Pas de nuances subtiles, pas d'espoirs inutiles sur les négociations de Genève. Trois mots suffi. sent : « Non aux missiles ! ».
ET LE BLOCUS DES BASES ? Faut-il refuser de payer les impôts? Le problème, avec cette forme d'action, est qu'il faut avoir les moyens de la rendre efficace. Le gouvernement pourrait décider de réduire les salaires ou les allocations-chômage, et ceux qui ont du mal à finir le mois, ne pourraient y faire face. Ainsi, précisément parce qu'elle ne peut pas être suivie massivement, cette action peut facilement être brisée ou marginalisée. Que faire alors ? Constituer une muraille humaine autour de la base de Woensdrecht ? Ce type de proposition est très populaire au sein du mouvement pour la paix. Cela est-il réellement susceptible d'empêcher le déploiement des mis-
Le premier problème est d'ordre technique. Les responsables de l'OTAN ne sont pas des imbéciles. Récemment, un article publié dans l'hebdomadaire commercial Aviation Week indiquait que, dé-
2. La jeunesse démocrate-chrétienne n'a pas participé à la manifestation du 29 octobre. et elle s'est plainte du nom donné au comité de mobilisation, qu'elle a jugé trop clairement orienté vers une conception de désarmement unilatéral de l'impérialisme.
sormais, les bases d'accueil des missiles seraient construites de telle manière que tout le matériel puisse être transporté par air. Il sera donc matériellemnet impossible d'empêcher le débarquement des pièces détachées des missiles Cruise par la constitution de chaînes humaines. Mais ce n'est pas là le seul problème. Par nature, de telles actions qui se poursuivent sur une longue durée et font courir des risques, excluent une participation de grande ampleur et ne peuvent être menées que par de petits groupes. Les personnes qui travaillent, y compris à la maison, ou ont des enfants, ne peuvent pas partir un matin sans savoir quand il leur sera possible de rentrer chez eux ou de retourner au travail. Ainsi, ce type d'actions facilite la tâche du pouvoir pour isoler une partie du mouvement, puis engager des poursuites contre lui.
Les actions de blocus des bases de missiles peuvent avoir un impact très important. Les dizaines de milliers de femmes qui se sont regroupées autour de la base de Greenham Common, en GrandeBretagne, ont popularisé de façon très efficace les revendications du mouvement pour la paix. De telles initiatives peuvent done contribuer à renforcer les mobilisations de masse, mais elles ne font pas davantage.
LES GREVES CONTRE LES MISSILES
Au cours de la conférence de P'IKV qui a eu lieu le 13 novembre 1982, Peter Knip et Rens Looy, de la ville de Delft, se sont prononcés pour « des actions de greve » et des « arrêts de travail ». A Delft, un tract défendant cette position avait circulé et, dans différents groupes de syndicalistes opposés à l'armement nucléaire, cette possibilité a fait l'objet de débats.
Klassenstrijd s'est prononcé pour des actions de grève avant même la manifestation de novembre 1981. L'apparition de deux nouveaux facteurs rend possible cet objectif. Tout d'abord, il y a eu le changement de position de la Fédération des syndicats néerlandais (FNV, la confédératin syndicale la plus importante des Pays-Bas), qui a été l'une des organisations à soutenir l'initiative du 29 octobre et à mobiliser activement des dizaines de milliers de ses militants. Le second facteur est lié, quant à lui, à l'Allemagne où, le 5 octobre, 4 millions de travailleurs se sont mis en grève pendant cinq minutes contre les Cruise et les Pershing II. Bien sûr, on ne peut pas se contenter d'un si court arrêt de travail, mais cette action a véritablement ouvert une brèche : les directions syndicales ont ainsi reconnu que les grèves étaient un moyen légitime pour s'opposer aux armes nucléaires, et les sceptiques du mouvement pour la paix ont vu que les grèves sur ces thèmes étaient possibles.
Le FNV a pu voir combien ses adversaires sont effrayés par le fait que le mouvement syndical puisse rompre avec la politique militariste du pouvoir. En été 1982, la FNV s'est retirée du Conseil consultatif sur la production militaire, et plusieurs ministres ont essayé de faire revenir la FNV sur sa décision, comme l'a indiqué Cees Commandeur, le responsable de la mobilisation antinucléaire au sein de
Des discussions sont en cours pour organiser une grève des femmes pour le 24 mai, journée internationale pour le désarmement. Cette année, en Belgique et en Italie, des grèves devraient affecter les lycées et les universités. Afin de renforcer la pression sur l'adversaire, il faut organiser des journées d'action, de préférence au niveau international, accompagnées de grèves dans les usines, sur les lieux d'insdans les écoles, les lycées et les universités, ainsi que des grèves de femmes. Ces actions devraient être organisées par le mouvement pour la paix et la Confédération syndicale européenne (CSE). Un certain nombre d'occasions y
- le déploiement des premiers missi-
les Cruise, en Grande-Bretagne et en Italie,
- le communiqué officiel de l'OTAN annonçant le déploiement définitif des missiles, prévu pour le mois de décembre,
-la journée internationale pour le désarmement, le 24 mai 1984,
- les élections européennes en mai 1984.
Cees Commandeur a fait une propositin intéressante au KKN, celle de commencer dès maintenant à organiser une manifestation pour la fin du premier semestre de l'année prochaine, mais le KKN la malheureusement rejetée. C'est donc une raison de plus pour renforcer les actions de mobilisation. Les dizaines de milliers de personnes qui ont œuvré au cours des derniers mois au succès de la manifestation du 29 octobre ont leur mot à dire à ce sujet. Il n'y a done aucune raison pour que le KKN, prenne une telle décision.
Les conférences locales et régionales de militants du mouvement pour la paix doivent faire des propositions d'action. La FNV doit appeler les syndicalistes actifs dans la lutte contre les armes nucléaires à décider d'initiatives futures. Une conférence nationale des militants du mouvement pour la paix doit être organisée aussi vite que possible pour proposer des perspectives d'action au mouvement.
Robert WENT Amsterdam, novembre 1983. 3. Cf. Inprecor numéro 159 du 24 octobre 1983.