(...) « Puisque nous vivons dans une économie de marché, il faut done que économie fonctionne le mieux possible », disait récemment le représentant du gouvernement du PSOE à une délégation des Commissions ouvrières (CCOO). Autrement dit, il s'agit de gagner la confiance du grand capital, puisque ce sont ses détenteurs, les maîtres de l'économie et du marché, qui sont appelés à résoudre la crise, à « réindustrialiser », à créer des emplois, etc. Mais, sur ce terrain, les résultats obtenus par le gouvernement socialiste sont peu présentables. Le patronat, évidemment, se félicite de voir un parti de gauche utiliser la confiance qu'il a reçue des travailleurs pour réaliser les plus sales besognes pour une issue capitaliste à la crise. Pour le moment, il n'y a pas de harcèlement du gouvernement par le patronat sur le terrain économique, mais il n'y a pas, et il n'y aura pas de collaboration non plus. Le patronat ne cache pas, par exemple, son intention de ne pas créer d'emplois malgré les multiples et importants cadeaux qui lui ont été octroyés par le gouvernement. C'est logique: la bourgeoisie connaît parfaitement l'étendue de la crise internationale. (...)
La politique du gouvernement socialiste, qui se met au service du bon fonctionnement de l'économie de marché, a donc transformé, à court terme, ce gouvernement en un excellent instrument du grand capital. Mais à moyen terme, les patrons ne considèrent pas les partis de gauche, aussi modérés soient-ils, comme des instruments politiques adéquats. L'expérience européenne de ces dernières années est très claire, et le PSOE devrait y réfléchir. Et ceci, même pour des raisons « d'autodéfense ». La bourgeoisie entend faire le maximum de profits à partir des cadeaux qu'elle a reçus des gouvernements de gauche réformistes. Elle rentabilise surtout la division et la démoralisation que ces gouvernements provoquent parmi la classe ouvrière. Quand le patronat considère que les travailleurs sont suffisamment affaiblis, il passe à l'offensive pour bouter la social-démocratie hors du gouvernement et y placer ses représentants directs. La politique du PSOE de recherche systématique de l'appui de la bourgeoisie pour gouverner n'est pas seulement réactionnaire, elle est aussi suicidaire.
En réalité, la force du gouvernement du PSOE ne dépend pas de l'appui de la bourgeoisie ni de celui de ses institutions, mais, fondamentalement de l'appui majoritaire que lui apportent les travailleurs.
A. H.M.
SAGNITO
No
« Ne fermez pas Sagunto ! » (DR) Compte tenu de son écrasante majorité parlementaire, le gouvernement de Felipe Gonzalez aurait d'énormes difficultés pour agir, s'il devait compter avec une opposition de gauche cohérente et une force sociale significative. C'est pour cela qu'il prête une attention toute particulière à la tactique de ses relations avec les travailleurs, afin d'empêcher qu'une telle opposition ne puisse surgir. Il doit y prêter chaque jour un peu plus d'attention, car le capital de confiance dont il jouissait va en s'amenuisant, même si c'est lentement et de façon inégale. Un an après la victoire électorale du 28 octobre 1982, les conditions matérielles de vie de l'immense majorité des travailleurs se sont aggravées.
Et les atteintes les plus graves sont encore à venir. Elles affecteront sérieusement tous les secteurs ouvriers et populaires. Comment le gouvernement va-t-il donc manœuvrer pour conserver malgré tout la majeure partie de sa base sociale et disperser, isoler, marginaliser toute opposition ? En premier lieu, il va continuer à laminer idéologiquement toute conscience de classe. Ensuite, il va échelonner les attaques. Ainsi, par exemple, il apparaît que la réforme de la sécurité sociale se fera petit à petit à travers divers décrets-lois. De même, la restructuration de la sidérurgie a commencé à Sagunto par le secteur 28, et la restructuration des chantiers navals commencera par Euskaldura et Astano, mais seulement une fois que la situation de Sagunto sera réglée (3). Et c'est ainsi dans tous les domaines. Il s'agit de dissimuler le sens général de la politique du gouvernement, pour éviter que ne surgisse une riposte de masse généralisée. C'est pour cela que, pour contribuer à l'apparition d'une telle riposte, il faut commencer par révéler la cohérence anti-ouvrière de la politique gouvernementale et la critiquer point par point, radicalement.
UNE PERTE DE POUVOIR D'ACHAT
SANS PRECEDENT Le gouvernement socialiste prétend ramener l'inflation (taux annuel de hausse de l'indice des prix à la consommation), de 14 % en 1982 à 6 % en 1986. Il soutient qu'il faut, pour cela, que la croissance des salaires décélère au même rythme, et que les salariés doivent supporter une « petite » perte de pouvoir d'achat dans les années qui viennent. Il s'agit, d'après son argumentation, de « réduire la différence d'inflation existant avec les autres pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) » pour augmenter la compétitivité de l'économie et de « réduire les coûts salariaux des entreprises », afin que des emplois soient créés. Si les plans du gouvernement réussissent, la perte du pouvoir d'achat sera sans précédent par son ampleur, et loin de favoriser le marché de l'emploi, cela amènera une disparition supplémentaire de postes de travail.
Le pacte de la Moncloa a inauguré un nouveau système de révision des salaires, supposant une forte perte de pouvoir
1. Cf. Inprecor. numéro spécial économique 151 du 30 mai 1983.
2. Les projets gouvernementaux concernant la sécurité sociale signifient une décharge de la pression fiscale des entreprises aux dépens non seulement des travailleurs salariés. mais aussi des travailleurs indépendants et des agriculteurs. De son côté, l'Etat prend en charge, à la place des patrons, une plus grande part du financement des dépenses de sécurité sociale. Mais les allocations attribuées diminuent du fait de l'introduction de différentes catégories de pensionnés et de la prolongation de la période de travail prise en compte pour l'estimation de ces pensions.
3. La restructuration des chantiers navals prévoit la fermeture des entreprises d'Olaveaga (Euskalduna) à Bilbao et d'Astano à Ferrol. A Vigo, sur les quatre arsenaux, il ne devrait en rester plus qu'un seul. A Gijon, un holding sera formé avec les trois chantiers privés. A Cantabrique, les deux chantiers seront fusionnés. Dans d'autres chantiers navals, la production sera diminuée au tiers de sa capacité totale.
d'achat (4). Si, jusqu'alors, les révisions salariales s'effectuaient sur la base de la hausse de l'indice des prix de l'année précédente, le critère actuellement dominant consiste à fixer, au travers d'accords entre les syndicats, le patronat, et, éventuellement, le gouvernement, une hausse qui ne soit pas liée au taux de l'inflation de l'année précédente, mais représente une croissance moyenne résultant de l'inflation programmée pour l'année suivante. Il suffit donc de programmer un taux de baisse de l'inflation qui ne soit pas obtenu pour que les salaires perdent de leur pouvoir d'achat. Et c'est ce qui s'est passé ces dernières années.
Le PSOE veut poursuivre dans cette voie et accélérer ainsi le processus de réduction des salaires réels. En effet :
La) Il a programmé une forte réduction de l'inflation qui ne sera probablement pas obtenue. Pour l'année 1983, l'indice des prix à la consommation de janvier à décembre augmentera de 12%, c'est-à-dire de 2 points de moins qu'en 1982. S'appuyant sur cette diminution, gouvernement inflation 1984, de 7% pour 1985, et de 6% pour 1986. Mais de nombreux facteurs permettent de douter que la décélération de l'inflation puisse être aussi rapide. En premier lieu, la baisse de l'inflation en 1983 a pour origine fondamentale l'évolution des prix alimentaires. De janvier à juillet, l'indice global de la hausse des prix a été de 5,5 %, mais seulement de 3,6 % pour l'alimentation, et de 6,7% pour le reste des prix, ce qui ne peut se prolonger dans le futur sans affecter gravement les revenus agricoles. Deuxièmement, la dé. préciation de la peseta et l'évolution prix des matières premières renchérissent considérablement le coût tions, et ceci finira par se répercuter sur l'indice des prix.
Mb) Le gouvernement propose une perte de pouvoir d'achat de 1.5% en 1984 (8% d'inflation prévue pour 1984 moins 6,5 % de hausse des salaires proposée par le gouvernement). Mais cette proposition est une véritable escroquerie. Jusqu'à présent, le critère de l'inflation programmée se référait à des moyennes annuelles, c'est-à-dire que l'accroissement moyen des salaires était comparé à l'accroissement moyen des prix. Or, comme cette année s'achève avec une inflation de 12 % et que le gouvernement programme 8 % pour 1984, la croissance moyenne de l'inflation prenant en compte les années 1983 et 1984 sera donc de 10 %. Si bien que la hausse des salaires de 6,5 % pour 1984 suppose une perte de pouvoir d'achat de 3,5 % (10 % d'inflation moins 6,5 % de hausse des salaires), et non de 1,5 %, comme le déclare le gouvernement. (...)
Gc) Les salaires nets perçus par les travailleurs ne s'accroîtront pas de 6,5 %, mais d'un pourcentage inférieur, compte-tenu des augmentations des cotisations sociales que le gouvernement a décrétées pour le budget 1984. En 1983, le gouvernement avait déjà élevé d'un point supplémentaire ces retenues, et il apparaît sera de même en 1984, si bien que la perte de pouvoir d'achat sera de
Pd) La croissance des salaires de 6,5 % gouverneapplication générale car, déjà, dans les entreprises publiques et dans les secteurs en reconversion, ces augmentations de salaire sont liées à la prise en compte de la situation financière et de la
Pour défendre cette politique, le gouvernement utilise l'argument selon lequel il est nécessaire de réduire les coûts salariaux pour stimuler les entreprises et créer des emplois. Mais ceci est faux. C'était déjà faux jusqu'à présent car, entre le pacte de la Moncloa (octobre cette année, les salaires ont perdu 16 % de leur pouvoir d'achat par rapport au niveau qu'ils auraient atteint, si l'on prend comme référence l'indice annuel des prix moyens, et pendant la même période, le nombre des emplois salariés a été réduit de 977 000 unités. Et cela sera tout aussi faux dans le futur, car une perte de pouvoir d'achat aussi importante contribue à maintenir la dépression économi-
UN BUDGET CONTRE LES TRAVAILLEURS gouvernement ne peut realiser aussi rapidement et aussi radicalement que le voudrait le patronat une « contre-réforme » dans le domaine des dépenses publiques (5). Mais, en dédommagement, l'augmentation des recettes publiques pour compenser les dépenses ne proviendront pas des bénéfices patronaux ou des hauts revenus, mais des revenus salariaux et des taxes à la consommation. Du point de vue des recettes de l'Etat, le budget caractérise ainsi par une forte progression de la pression fiscale concentrée sur les revenus salariaux et l'impôt à la consommation, réduisant ainsi de manière significative le pouvoir d'achat des salariés, et par de nouvelles mesures pour favoriser les bénéfices des entreprises.
En effet, face à la croissance des salaires décidée par le gouvernement, soit 6,5 %, l'imposition augmentera globalement de 25 % (25,5 % pour les impôts directs et 24% pour les impôts indirects). Mais, alors que l'imposition touchant les
4. La politique de collaboration de classe des directions ouvrières du PSOE et du Parti communiste espagnol (PCE) a subi une accentuation après les élections de juin 1977, pour se concrétiser par l'adoption, en octobre de la méme année, du fameux pacte de la Moncloa. Cet passé entre le gouvernement bourgeois d'Adolfo Suarez et les partis ouvriers majoritaires, de plus en plus intégrés au jeu parlementaire après juin 1977, et justifiant leur politique par la nécessité de u consolider la démocratie » ou d'« éviter la régression politique ». constitue l'aprês-franquisme, dans la mesure où il repré sente une victoire de la bourgeoisie et sanctionun recul du mouvement ouvrier. Pour une analyse complète du contenu de cet accord. se reporter à Inprecor numéro 41-42 du 30 dérevenus des ménages augmentera de 30 %, et représentera plus de 65 % des impôts la ponction sur les entreprises n'augmentera que de 10%. Le taux des retenues pour les cotisations sociales augmentera, dès le début de l'année, de plusieurs points, ce qui doit encore être déduit des augmentations de salaires. (...) Les impôts liés à la consommation des carburants subiront une hausse de 30 %. Ces hausses se répercuteront sur l'inflation. Les taxes et les impôts municipaux connaîtront de fortes hausses pour compenser les réductions budgétaires infligées par l'Etat aux organismes locaux : réduction de 8 à 7,2% de la participation de l'Etat aux investissements et rupture de l'accord par lequel l'Etat s'engageait à couvrir la totalité du déficit des munici-
L'augmentation de la pression fiscale s'est accompagnée, de la part du gouvernement, de la reconnaissance de l'importance de la fraude fiscale. Celle-ci est estimée, selon Miguel Boyer, ministre de l'Economie et des Finances, à mille milliards de pesetas (environ 53 milliards de EF), soit quasiment l'équivalent du montant des impôts directs. Mais il est évident qu'il n'existe aucune volonté politique de combattre ce phénomène. Toute tentative en ce sens déclencherait une réaction de la droite et du patronat, dont l'un des principaux aspects serait une prise de position ferme et négative face à l'attente gouvernementale d'une augmentation de leurs investissements. Et cela réduirait encore la crédibilité déjà faible des plans économiques de ce dernier. (...)
Par ailleurs, la garantie du pouvoir d'achat des travailleurs avait été promise, mais c'est une augmentation salariale de 6,5 % qui a été fixée pour les fonctionnaires, imposant ainsi à plus d'un million de travailleurs une décision unilatérale et ar bitraire du gouvernement. Pour éviter les manipulations politiques des retraités et garantir leur pouvoir d'achat, le réajustement automatique de leur retraite était prévu, mais face à l'augmentation des prix qui, en 1983, sera proche de 12 %, la hausse moyenne des pensions n'est que de 8%. L'investissement public devrait être favorisé, afin de créer des empiois, mais la croissance de l'investissement public sera la plus basse de ces quatre dernières années : 4,5% en 1984, contre 14% en 1981 et 1982. Faisant fi des promesses
5. Si la « réforme » a été la terminologie utilisée pour définir l'évolution post-franquiste du régime espagnol négociée avec les partis réformistes, la « contre-réforme » signifia la réactivation d'un appareil franquiste toujours puissant dans les « pouvoirs de fait » (armée, Etat, Eglise). « contre-réforme » qui s'exprima notamment par le coup d'Etat du 23 février 1981 (voir à ce sujet Inprecor numéro 107 du 5 août 1981, « Une contre-réforme a commencé »). Pareillement. la politique désirée aujourd'hui par le patronat est une véritable « contre-réforme ». c'est-à-dire un retour en arrière total sur les acquis sociaux des travailleurs et, y compris, sur les mesures de compensation que la bourgeoisie avait auparavant négociées avec les directions ouvrières pour museler le mouvement de masse.
mentaux des travailleurs, l'emploi et le pouvoir d'achat, sont donc totalement ignorés par le budget.
OU SONT PASSÉES LES PROMESSES
SUR L'EMPLOI? Le PSOE promettait, lors des élections, la création de 800 000 postes de travail au cours des quatre années de son mandat, mais, aujourd'hui, ce chiffre est ramené à 690 000. Pourtant, même cette promesse ne sera pas tenue, et le gouvernement le sait.
En quatre ans, de 1979 à 1982, 1 063 000 emplois ont été perdus (soit une moyenne de 2,4% par an) suite à un accroissement de la productivité par personne de 3,3 % et alors que la croissance du produit intérieur brut (PIB) était, en moyenne, de 0,9% par an. Donc, si la productivité de chaque travailleur a augmenté plus vite que la production totale, la conclusion qui en découle c'est que, pour produire autant, les capitalistes ont besoin de moins de travailleurs et, donc, réduisent les emplois.
Comme le gouvernement a fait une promesse et que, d'autre part, il doit bien offrir quelque chose en échange des sacrifices demandés aux travailleurs, il force les faits pour faire apparaître une nette augmentation des créations d'emplois. Il suppose que, pour cela, le PIB connaîtra une croissance de 2,7% pour la période 1983-1986 (ce qui paraît assez improbable) et que la progression de la productivité diminuera, passant de 3,3 % pour la période 1979-1982 à 0,7 % pour les quatre années de son mandat! Cela serait possible avec une politique décidée de création directe d'emplois, par la mise en pratique d'un programme ments publics et l'extension des services sociaux, mais ce n'est pas cela que se propose de faire le PSOE. Le gouvernement développer une politique destinée à inciter le capital privé à créer des emplois. Il pense pourtant, quant à lui, en réduire le nombre grâce à la restructuration des entreprises publiques. pour que les capitalistes créent 690 000 emplois en quatre ans, le gouvernement espère qu'ils contiendront l'accroissement de la productivité du travail, ce qui est pourtant la source fondamentale de leurs bénéfices ! Le gouvernement sait parfaitement qu'il n'en sera pas ainsi, mais il a besoin de présenter ce projet aux travailleurs comme étant cohérent avec sa politique.
En effet, si nous partons de la croissance prévisionnelle du PIB, et en supposant même que la croissance de la productivité se réduise au niveau annuel de 2% pour ces quatre ans, la création d'emplois n'atteindrait que le chiffre de 130 000. Mais si nous admettons, de façon plus réaliste, que la croissance du PIB ne sera pas identique à celle que prévoit le gouvernement, il faut en déduire que le marché du travail se réduira sous le mandat socialiste. De fait, en 1983, le PIB ne s'accroîtra que de 1,7 % et la productivité dépassera les 2%, si bien que, sur l'année, 100 000 emplois seront perdus,
Les chantiers navals en lutte. (DR) 42 000 layant été durant le premier semestre. (...)
Le gouvernement socialiste poursuit donc une politique qui ne d'emplois. Toutefois, parmi ses objectifs figure « la flexibilisation » du marché du travail. Comme si la chute de 20 % des emplois depuis le pacte de la Moncioa ne montrait pas de façon palpable la flexibilité imposée par les capitalistes quand vient l'heure de licencier. Le gouvernement veut augmenter la précarité de l'emploi et avancer résolument vers la liberté de licencier, par la généralisation des contrats temporaires, à temps partiel, et des contrats spécifiques.
Ces types de contrats furent régularisés par l'Union du centre démocratique (UCD) via un décret royal datant de juin 1982, qui refondait toutes les normes en vigueur. Le PSOE ne l'a pas supprimé. Et loin d'interdire le travail précaire, comme on pourrait l'attendre d'un gouvernement issu d'un vote des travailleurs, il a, contraire, modifié le décret pour le rendre moins restrictif pour les patrons. Il veut maintenant supprimer toute limitation à l'extension des contrats temporaires, et la modification du chapitre I du Statut des travailleurs figure dans ses objectifs, et cela, exactement dans le sens inverse à ce qui serait nécessaire. (...)
Apporter une réponse à ces mesures, mettre un frein au cours droitier et anti-ouvrier de la politique du gouvernement pour exiger de celui-ci qu'il cesse d'agir comme une courroie de transmission du patronat et qu'il réponde enfin aux aspirations de ceux qui l'ont élu, voilà le rôle fondamental qui échoit aux grandes centrales syndicales. Mais que font réellement, aujourd'hui, l'Union générale des travailleurs (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO) ? L'UGT : LES INCOHÉRENCES D'UNE
COURROIE DE TRANSMISSION
Avec l'UGT, il n'y a aucun doute possible. La direction de l'UGT a été l'inspiratrice et le principal appui du tournant droitier du PSOE depuis les années 19781979. C'est alors que son président, Nicolas Redondo, a découvert le thème qui oriente toute son activité jusqu'à présent et qui se résume comme suit : « Dans une époque de crise économique, le syndicat ne doit pas servir à la mobilisation mais à la concertation. » Les « services » que ce type de syndicalisme a rendu à la classe ouvrière apparaissent clairement dans le bilan désastreux de tous les pactes sociaux, sans aucune exception, acceptés par les directions syndicales. cela, l'UGT a progressé de façon impressionnante dans le mouvement ouvrier, c'est par-dessus tout grâce à un allié inattendu. Cet allié, c'est la direction des Commissions ouvrières, dont la faiblesse, le manque de décision et de courage pour impulser la lutte, et son adaptation de fait à la ligne de l'UGT, depuis la fin de 1979, lui a ôté toute crédibilité comme alternative de mobilisation.
Naturellement, depuis le 28 octobre 1982, la direction de l'UGT a encore ap profondi cette orientation, et lors de son 33e congrès, elle a préparé le syndicat à remplir la fonction qui lui est réellement dévolue dans la stratégie social-démocracelle d'être le « contremaître » du « changement » à l'intérieur du mouvement ouvrier (6). Mais la bureaucratie de TUGT n'a pas la partie facile. Il est probable que c'est à la base de l'UGT que le changement du gouvernement a éveillé le plus d'illusions. D'une certaine façon, les revendications modérément progressistes que comportaient, même encore récemles programmes de l'UGT exemple les 38 heures ou la couverture du chômage à 75 % pour 1986) essayent de répondre à cette situation. Mais la pratique du gouvernement socialiste ternit à chaque fois un peu plus ces illusions. Les travailleurs du syndicat UGT des banques il y a quelque temps, ceux de Sagunto maintenant ... subissent sans aucun doute cette désillusion, qui peut produire des réactions positives.
Malgré la bonne volonté PUGT à servir de courroie de transmis-
6. Sur le nouveau glissement droitier de PUGT à l'issue de son 33e congrès, se reporter à Inprecor numéro 154 du 4 juillet 1983.
sion à la politique gouvernementale, elle doit tout de même conserver son autorité sur les militants de base du syndicat, obtenir certaines concessions du gouvernement, et affirmer son propre rôle face à ce dernier. (...) Le gouvernement va trop loin, même dans ce que peut tolérer et appuyer une bureaucratie aussi servile que
Cependant, les problèmes les plus importants ne vont pas surgir entre le gouvernement et la direction de l'UGT, mais à l'intérieur même de cette centrale. C'est d'ailleurs une bonne chose que ces problèmes émergent, et qu'il y ait des militants de l'UGT qui se rebellent, pour éviter que leur syndicat ne soit l'instrudocile d'attaques anti-ouvrières aussi graves que celles que perpètre le gouvernement du PSOE. Pour freiner ces attaques, ce qui se passe à l'intérieur de l'UGT revêt donc une importance consi-
COMMISSION OUVRIERES (CCOO) :
UN TOURNANT AMBIGU
Depuis le 28 octobre 1982, on a souvent avancé l'idée que les CCOO « viraient » à gauche. Ce qui est sûr, c'est que malgré la nécessité chaque fois plus urgente qui se pose à ce syndicat de trouver un espace d'intervention spécifique à la gauche de l'UGT, toutes ces affirmations se sont révélées inexactes. La raison en est connue : la direction des CCOO a prétendu se situer à la gauche de l'UGT sans remettre en question son orientation ni sa trajectoire de ces dernières années. Ainsi, le « tourant » n'a pas dépassé le stade des mots. La négociation autour de l'Accord interconfédéral (AI) (7) en fut un excellent exemple: les CCOO ont fait des déclarations de gauche jusqu'au moment de signer cet accord et, finalement, ont approuvé un pacte aussi mauvais que les précédents. Viennent ensuite toutes les bureaucratiques pour obscurcir le débat démocratique à l'intérieur de la centrale, débat qui aurait pu déboucher sur le refus majoritaire de cette signature. Comme il faut le rappeler, même dans de telles conditions, quelque
Aujourd'hui, la situation oblige à durcir les positions. Le bilan de l'AI est indéfendable, la politique du gouvernement du PSOE laisse une marge de manœuvre très étroite à la concertation. Même la direction des CCOO a finalement compris qu'il existe un malaise croissant parmi les travailleurs quant au « changement », et qu'il faut lui donner une ré. ponse. Alors, le tournant à gauche se produira-t-il vraiment cette fois? En fait, tant l'expérience passée que ce que disent et font aujourd'hui les porte-parole de la direction des CCOO indiquent qu'il faut maintenir à leur égard une défiance radicale. Premièrement, il apparaît que le cheval de bataille choisi par Marcelino Camacho, dirigeant de cette centrale, est pour la énième fois le Plan de solidarité nationale (PSN) de triste mémoire. Coms'en souvient, ce « plan » est un mélange de philosophie et de propositions politiques de « consensus », qui a pour ambition de résoudre le problème du chômage en avançant des objectifs « acceptables » par le patronat. Sa seule pratique a été de désorienter les militants des CCOO, et les travailleurs en général, sur la question fondamentale de la manière de mener la lutte contre le chômage, pour la défense de l'emploi.
Tout ce qui a été fait par les CCOO dans un sens progressiste de défense des travailleurs n'a rien à voir avec le PSN Pour prendre des exemples récents, la Marche pour la réforme agraire ou la lutte des sections syndicales des CCOO des Hauts-fourneaux de la Méditerranée, sont aux antipodes de cette prétendue « solidarité nationale » (8). Et tout ce qui a été fait de pire par les CCOO l'a été suivant l'exemple du PSN, comme l'accord des banques ou celui de l'Union des explosifs du Rio Tinto. (...)
Mais ce qui importe, en vérité, c'est la pratique. Ce sera l'épreuve du feu pour voir s'il y a un changement dans l'orientation de la direction des CCOO. On annonce des mobilisations pour les prochaines semaines : elles seront les bienvenues (9). Il ne fait aucun doute que toute la gauche syndicale, tous les révolutionnaires y participeront à fond. Mais il y a des épreuves plus difficiles et plus urgentes : par exemple, la solidarité avec Sagunto, le plan de lutte pour faire échec à la politique de reconversion, le Livre blanc.
Jusqu'à maintenant, hors du Pays valencien, les CCOO n'ont pas fait la millième partie de ce qui serait nécessaire et possible si l'on voulait vraiment mettre un terme à la désastreuse politique de ce gouvernement. Pourquoi devrions-nous croire que, demain, les CCOO auront une position forte et solidaire - de solidarité de classe, bien évidemment — dans la restructuration de la construction navale qui nous menace dans un futur proche ? Pourquoi devrions-nous espérer que les CCOO ne signeront pas un nouveau pacte social en train de se mi-
Il y a certainement un espace pour un syndicat de lutte et de mobilisation. Il organisations syndicales adoptent annuellement des accords salariaux avec les dirigeants patronaux, qui portent des noms différents d'année en année. Celui de l'année 1983, signé au mois de janvier, avait pour nom Accord interconfédéral (AI). Alors que l'inflation était estimée à 14 %, cet accord ne prévoyait qu'une fourchette d'augmentation salariale allant de
8. La Marche des ouvriers agricoles, souteouvriers de la campagne), s'est conclue par un rassemblements de 15 000 personnes à Séville, le 15 octobre dernier. Elle coïncidait avec l'élaboration par le gouvernement, d'une réforme agraire insatisfaisante pour les travailleurs agricoles. Derrière l'intervention des CCOO lors de cette marche, se profilaient aussi les tentatives de récupération des différentes tendances du PCE et du Parti des communistes catalans (PCC). L'évolution critique des CCOO et du PCE par rapport au gouvernement du PSOE s'est aussi concrétisée par leur soutien à la lutte de Sagunto. Mais cette évolution de la direction des CCOO se situe dans le cadre d'une stratégie de pression sur le gouvernement pour la négon'est pas facile de l'occuper après six années de destruction de la conscience et de l'organisation ouvrière. Mais ce doit être la place des CCOO, et seule la gauche syndicale pourra les y amener.
UN DÉFI A LA GAUCHE SYNDICALE
La situation pose un défi à la gauche syndicale, à tous les secteurs combatifs, classistes, du mouvement ouvrier. Et, en particulier, il faut le dire, aux militants des CCOO, pour une bonne raison: inévitablement, les CCOO continuent d'apparaitre à des milliers de travailleurs de tout l'Etat comme la possibilité actuelle d'offrir une réponse générale à la politique économique et sociale du gouvernement du PSOE. Le défi consiste à défendre et renforcer une alternative de lutte, de résistance, qui s'oppose bec et ongles à ce que les travailleurs continuent à faire les frais de la crise. C'est là une tâche extrêmement difficile, devant laquelle dressent des obstacles puissants, et nous savons qu'elle ne pourra être résolue à court terme. Mais nous savons aussi qu'elle peut être résolue, qu'il y a une
Les conditions de départ ne sont pas bonnes. Le mouvement ouvrier est encore faible dans son organisation et son niveau de conscience. Il est intoxiqué par des années de politique des pactes sociaux, par l'absence de solidarité de classe distillée par les bureaucrates syndicaux au nom du « consensus ». Il a perdu, en grande parconfiance en ses propres forces. La majorité des travailleurs ne croit pas que « seule la lutte paie », ce qui est si décisif pour le mouvement ouvrier.
Le 28 octobre 1982, une réactivation réelle s'est produite, avec, depuis lors, beaucoup de mobilisations ouvrieres parmi les plus importantes de ces dernières
Mais quand un gouvernement de gauche assume le premier rôle dans les attaques contre la classe ouvrière, de nouvelles difficultés surgissent, qui entravent la lutte de façon importante. Le gouvernement dispose d'un appui réel parmi les travailleurs, de la part de gens qui mainciation d'un « bon » pacte social, au moment même où le ministre du Travail affirme que celui-ci sera « un pacte plus important que les précédents », et alors que le gouvernement du PSOE privilégie ouvertement les rapports avec
9. Les CCOO ont organisé une série de manifestations à la mi-octobre qui ont connu des succès divers (20 000 personnes à Madrid, 10 000 à Valence, dont 3 000 en provenance de Sagunto). Toutefois, dans la plate-forme d'appel à la manifestation de Madrid figurait la revendication d'une « issue négociée à la crise et au chômage ». qui illustre assez bien la démarche de la direction des CCOO. Aux mots officiels de « Felipe, rappelle-toi, le changement est à gauche ». « Solchaga démission pour la restructuration », ou encore « Non aux 6,5 % » et « Les 40 heures maintenant », le cortège de nos camarades de la LCR ajoutait ceux de « Assez de pactes, mobilisation », ou encore « Solchaga démission, il sert seulement aux patrons ». « Marcelino écoute, les CCOO veulent lutter » et « Unité ouvrière, non aux pactes sociaux »-
tiennent en lui une confiance plus ou moins résignée, ou qui, en tout cas, le considèrent comme un « moindre mal ». De plus, au sein du gouvernement et, bien sûr, parmi ses collaborateurs directs de l'appareil de l'UGT, il y a des gens qui connaissent bien le mouvement ouvrier, et toute décision gouvernementale est précédée d'une campagne de propagande adaptée, sans pour autant qu'il renonce à recourir à d'autres méthodes. Par exemple, Miguel Boyer, le ministre de l'Economie, voulant aujourd'hui réduire les salaires des ouvriers des chemins de commencé par se lancer dans une campagne présentant ces travailleurs comme des privilégiés improductifs, transmettant ces privilèges à leurs enfants en leur réservant les nouveaux emplois. Mais, par-dessus tout, la politique du gouvernement sociapose un problème dans tous les secteurs de l'ensemble blème auquel il faut chercher une alternative pratique générale. Et la gauche syndicale a une réalité très multiforme, avec peu d'expériences de travail en commun, même si celles qu'elle possède sont loin d'être négligeables.
Il serait donc absurde de vouloir brûler les étapes, de prétendre sauter par-dessus des réalités, des expériences ou des idées communes. Mais il faut plutôt apprendre à connaître et à mettre en avant ce qui unifie cette gauche syndicale, certains signes d'identité partagés par toutes ses composantes et qui permettent d'avancer vers l'unité d'action, vers des campagnes communes, vers des cortèges unitaires dans les manifestations. Il faut le parce que c'est nécessaire pour dire : « Assez ! » Car il est nécessaire de dire « Assez ! » à la politique anti-ouvrière du gouvernement. Il faut résister dès
- Pour nous tirer du piège des pactes sociaux, pour y mettre fin cette année, que ce pacte soit d'un ou de trois ans. Cette fois, les CCOO ne doivent pas s'asseoir à la table des négociations. Le problème n'est pas de « s'auto-exclure », comme le disait un bureaucrate démagogue. Le problème, c'est que tous les modèles de pactes qui se dessinent excluent totalement d'achat des salariés, de parvenir à des mesures effectives pour créer des emplois, d'améliorer les conditions de travail, en particulier par la réduction de la journée de travail, etc. En conséquence, un syndicat qui veut défendre les intérêts des travailleurs n'a rien à faire dans ce cas à la table des négociations. Là où il y aurait beaucoup à faire, c'est dans la préparation de la libre négociation des conventions, où il faudrait retrouver des habitudes qui ont fait leurs preuves - oubliées par beaucoup —, de négociations collectives dures, combatives, recherchant l'unité de l'entreprise et de tout le secteur concerné dans la lutte même, recherchant chaque jour la solidarité, sortant dans la rue chaque fois qu'il est nécessaire ...
- Pour pouvoir défendre le pouvoir d'achat des salariés. Ce qui veut dire, en premier lieu, rompre avec les 6,5 %. Il faut jeter aux orties ce maximum honteux, en aidant les camarades du secteur public à s'en débarrasser et en refusant de l'accepter pour tout autre secteur. Mais, plus encore, il faut répéter qu'on ne défendra le pouvoir d'achat qu'en ayant des augmentations de salaire équivalentes aux indices de l'augmentation des prix de l'année précédente, c'est-à-dire qui ne soient pas inférieures à 12%. Il ne doit pas y avoir de demi-mesures : en dessous de 12 %, on perd du pouvoir d'achat pour la septième année consécutive, sans que cela serve, comme les faits l'ont démontré, à créer un seul emploi. Et si les 12 % doivent valoir pour tous les salariés, c'est encore plus vrai pour le salaire minimum
- Pour défendre la stabilité de l'emploi déjà suffisamment menacée par les lois existantes, sans qu'il soit besoin d'y ajouter la généralisation des emplois temporaires, des facilités plus grandes pour licencier, etc. Les réformes de Joachim Almunia, ministre du Travail, ne doivent pas passer. Il faut se préparer dès maintenant, non pas à négocier pour obtenir un « moindre mal », mais à les mettre en échec. En général, pour tout ce qui se réfère à l'emploi et au chômage, il faut construire une muraille qui ne laisse aucun passage aux projets réactionnaires du gouvernement. Il faut continuer à lutter pour la réduction de la journée de travail, pour les 35 heures, qui est la seule mesure cohérente avec tout plan de lutte contre le chômage qui soit sérieux, et exiger que la promesse de la retraite à 64 ans soit terue, mais ce ne sera qu'un premier pas si 1 on veut également lutter contre le chômage, l'objectif étant la retraite à 60 ans. Et l'on ne peut accepter comme prochômage qui ne toucherait même pas la moitié des chômeurs (le projet du PSOE est de 45 % pour 1986, ndlr.), avec une allocation de misère. L'objectif doit être la généralisation de l'assurance-chômage à tous les sans-travail, à un niveau financier
- Pour suivre l'exemple de Sagunto et leur apporter notre solidarité dans leur opposition radicale aux projets de recon version avancés par le gouvernement, parce que nous ne pouvons pas accepter une reconversion qui se construise sur la base de dizaines de milliers de licenciements. (...) Tout plan de reconversion acceptable pour les travailleurs doit partir du maintien de l'emploi dans les conditions actuelles. (...) On doit exiger la nationalisation des secteurs touchés. cette condition, il n'y aurait, de plus, ausérieuse du maintien de Plus encore que des objectifs alternatifs à ceux du gouvernement, ce qui est important, c'est la mobilisation de solidarité. Malgré l'arrogance particulière gouvernement sur ce sujet, il existe dans les secteurs touchés par les projets gouvernementaux des concentrations ouvrières fortes et expérimentées : si elles parviennent à s'unir et qu'elles font preuve d'une solidarité suffisante, nous pourrons jeter le Livre blanc dans les hauts-fournaux. (...)
Ce ne sont là que des formes de résistance immédiates, mais il y a des tâches plus importantes encore, qui serviront aussi à renforcer cette résistance. En plus du fait de dire « Basta ! » (« Assez ! »), de freiner les plans gouvernementaux, il y a une situation à laquelle il faut s'opposer et que l'on peut résumer dans la formule «gouvernement socialiste, politique capitaliste ». Nous avons un gouvernement élu par les travailleurs, mais qui se met au service des capitalistes. Et ce que nous voulons, c'est un gouvernement qui gouverne contre les capitalistes. (...)
Extraits de la brochure Gouvernement socialiste, politique capitaliste, Madrid, octobre 1983, Liga Comunista Revolucionaria. Mobilisation pour la défense de l'emploi. (DR)