Lenoi (PSOE), élu par les travaileurs le 28 octobre 1982, ES promesses électorales du Parti socialiste ouvrier espa-
Sont fondu comme neige au soleil en un an de gouvernement « socialiste ». Le changement n'est intervenu, ni pour les minorités nationales, notamment du pays basque, où la politique centraliste de Madrid est poursuivie, ni pour les femmes, puisque la dépénalisation du droit à l'avortement ne correspond pas à sa reconnaissance pleine et entière, ni pour les travailleurs de la campagne, toujours en attente d'une authentique réforme agraire, ni pour les militants pacifistes, qui voyent le PSOE renoncer à l'idée d'un référendum sur le retrait de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) et accepter le maintien des bases américaines sur le territoire de l'Etat espagnol ... Et la liste des capitulations du gouvernement PSOE devant les « pouvoirs de fait » (Eglise, armée, Etat)
C'est cependant sur le terrain économique et social que la politique de gestion des intérêts capitalistes menée par le gouvernement de Felipe Gonzalez s'applique de la façon la plus évidente, la plus brutale pour les travailleurs, et la plus cohérente. Ainsi, le principe de la semaine de 40 heures a été approuvé, mais sa mise en application définitive ne devrait être effective qu'en 1984. Qui plus est, le ministre du Travail, Joachim Almunia, a précisé qu'il s'agirait-là du « plafond » de la réduction du temps de travail au cours de la prochaine législature, ce qui entre en contradiction avec tout réel projet de développement de l'emploi. Ceci a d'ailleurs suscité des mobilisations ouvrières en faveur de la semaine des 40 heures. Il n'y a pourtant pas à être étonné d'une telle orientation du gouvernement du PSOE sur l'emploi lorsque l'on sait que la création des 800 000 emplois, initialement prévue pour la législature, ne devait être assurée que par le bon vouloir des entrepreneurs capitalistes, lesquels ne sont guère pressés d'investir dans ce but dans le présent contexte économique (1).
Mais alors même que le chômage touche déjà 2,3 millions de personnes, soit 18 % de la population active, le gouvernement de Felipe Gonzalez a des projets de restructuration industrielle bien plus ambitieux encore. Ceux-ci ont été exposés dans un Livre blanc qui envisage la perte de 200 000 postes de travail.S'ils étaient appliqués dans leur totalité, cela aurait pour conséquence un accroissement considérable du chômage. Les précédents gouvernements conservateurs de l'Union du centre démocratique (UCD) s'étaient déjà attelés à cette tâche. Mais le PSOE la prend maintenant à bras-le-corps, annonçant ouvertement sa volonté de résoudre la crise de certains secteurs industriels à l'aide des critères capitalistes traditionnels de la rentabilité, de la restructuration des entreprises déficitaires et du chômage. Le test de cette politique fut l'annonce, en juillet dernier, d'un plan de reconversion dans la sidérurgie prévoyant notamment le démantèlement de la majeure partie des installations de l'entreprise d'Etat des Hauts-fourneaux de la Méditerranée, à Sagunto, près de Valence, et la perte de leur emploi pour 3 000 travailleurs de cette entreprise de 4 000 personnes. Sagunto fut aussi un test de la capacité de résistance des travailleurs qui se sont mobilisés pour la défense de leur emploi. Le gouvernement attache beaucoup d'importance à l'issue de ce conflit. Il y a inauguré une tactique qui n'hésite pas à dresser les travailleurs les uns contre les autres, entre différents secteurs ou différentes usines, et à les tromper par la promesse de propositions fantomatiques « d'emplois alternatifs », ou de projets de réindustrialisation qui n'existent que sur le papier. Enfin, le gouvernement y a aussi testé l'efficacité de la ré-
Gouvernement socialiste,
politique capitaliste:
pression patronale et de la répression policière contre les mobilisations. Ainsi, les travailleurs du train de laminoir numéro 28, les premiers touchés par la fermeture, qui avaient remis la production en marche, ont été dénoncés et menacés de licencie. ment par la direction. L'accord qui amena ensuite la suspension de ces mesures fut liée à l'acceptation, par les travailleurs de toute l'entreprise, de la fermeture de ce secteur et du reclassement de ses travailleurs dans le reste de l'entreprise.
Si le test de Sagunto tourne à l'avantage du gouvernement du PSOE, Carlos Solchaga, le ministre de l'Industrie, a déjà affirmé qu'il tenait prêt dans ses cartons « quinze autres Sagunto ». Rien que dans le secteur de la sidérurgie, c'est un total de 10 000 des 40 000 postes de travail qui devraient être supprimés dans les trois entreprises différentes, dont celle de Sagunto est la plus radicalement touchée. Mais après la sidérurgie, les plans de restructuration du gouvernement lorgnent aussi vers les chantiers navals. Le responsable de ce département au sein de l'Institut national de l'industrie (INI), Pedro Sancho, l'a déclaré sans ambages en affirmant qu'il faudra supprimer dans ce secteur 20 000 emplois et fermer plusieurs chantiers. Les réactions ouvrières à ces déclarations ont certes amené le ministre du Travail à qualifier les propos de son collaborateur de « prématurés », mais il n'en reste pas moins que ces projets sont bien réels. Ils s'inscrivent d'ailleurs dans la droite ligne de la politique des gouvernements précédents et des accords sociaux acceptés dans le passé par les directions syndicales. Ces dernières avaient déjà signé, en effet, en 1978, les pactes de « Castellana 3 », qui avaient provoqué la réduction de l'emploi dans le secteur des chantiers navals, d'un total de près de 50 000 travailleurs en 1978 à 43 000 aujourd'hui. Les nouveaux projets du gouvernement PSOE pour les chantiers navals prévoyent une diminution de 12 000 postes de travail dans le secteur public, et de 7 000 dans le secteur privé en 1984.
Ainsi, non seulement la victoire électorale du 28 octobre 1982 ne s'est pas traduite sur le terrain économique et social, mais les mesures gouvernementales contraignent chaque jour un peu plus les travailleurs les plus touchés à des luttes importantes pour la défense de leur emploi. En attendant, la perte du pouvoir d'achat des travailleurs, tout comme le chômage, continuent de s'aggraver, tandis que les projets de restructuration industrielle du gouvernement annoncent de nouvelles attaques contre les acquis des travailleurs. C'est aussi le cas des plans de généralisation des contrats de travail temporaire et de réorganisation de la sécurité sociale (2). Le 30 novembre dernier, le Conseil des ministres a approuvé une série de mesures visant à généraliser les contrats de travail temporaire d'une durée de six mois à trois ans. Seule restriction à la reconnaissance du droit au licenciement, encouragé par cette décision, les entreprises qui ont procédé à des licenciements dans les douze mois antérieurs ne devraient pas pouvoir bénéficier de ces dispositions sur les contrats de travail temporaire. Cela signifie néanmoins, de manière indubitable, une précarisation de l'emploi, justifié par le ministre du Travail de la façon suivante : « Pour les deux millions de chômeurs actuellement enregistrés, il vaut mieux travailler quelques mois que pas du tout. La plupart des petites et moyennes entreprises ont déjà ajusté leur main-d'œuvre dans le sens de la baisse. Il s'agit maintenant de les inviter à réembaucher aux premiers signes de reprise, en sachant qu'elles pourront licencier si la conjoncture change à nouveau. » (Le Monde, 19 novembre 1983).
Les discours électoraux du candidat Felipe Gonzalez dénonçant « les inégalités aiguës » de la société espagnole ne
peuvent donc, aujourd'hui, à la lumière des plans du gouvernement du PSOE, s'interpréter que comme une espèce d'égalisation « par le bas ». Si l'ensemble des projets gouvernementaux voyait le jour, cela signifierait, à n'en pas douter, une paupérisation des travailleurs et de couches sociales petites-bourgeoises, sans amélioration substantielle du sort des plus démunis, les disparités sociales allant en s'approfondissant. Une plus grande différenciation des situations au sein même des travailleurs apparaîtra, entre ceux qui conserveront un emploi stable et ceux qui seront soumis à un contrat de travail temporaire, vailleurs et d'emploi.
les chômeurs seraient eux-mêmes divisés entre de nombreuses catégories, les retraités et pensionnés de même, ete.
Nous publions ci-après des extraits d'une brochure de la Liga Comunista Revolucionaria (LCR), section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol publiée en octobre, et consacrée au bilan du gouvernement PSOE sur le terrain économique et social et à ses perspectives en matière de niveau de vie des tra-
V.K.