MICRONESE
Les bases américaines de locean Pacifique La Micronésie est un ensemble d'en110 000 personnes, dans le sud-ouest de l'océan Pacifique, entre le Japon, l'Australie, les Philippines et Hawaï. Cet archipel, divisé en quatre grands groupes d'îles (les îles Marshall à l'ouest, les Etats fédérés de Micronésie au sud, la République de Belau à l'est, et les îles Mariannes au nord), est étroitement contrôlé, depuis la Seconde guerre mondiale, par l'impéria-
Une série de votes des populations locales, intervenus récemment en faveur d'un Pacte de « libre association » avec les USA, entérine la mainmise militaire impérialiste sur la Micronésie.
A l'heure où l'impérialisme US tente de justifier l'intervention de ses 5 000 marines contre l'île de Grenade par l'existence d'un chantier de construction d'un aéroport international, l'article publié dans Intercontinental Press du 17 octobre dernier - revue bimensuelle publiée à New York par le Socialist Workers Party (SWP) - que nous reproduisons ci-après, illustre assez bien la politique américaine de mise en place, pour ses propres objectifs contre-révolutionnaires, d'un réseau de bases militaires à travers le monde, au mépris du droit des peuples à l'auto-détermination, de leur sécurité et de
En vertu d'accords conclus cette année avec trois des quatre groupes d'îles micronésiennes, le Pentagone va maintenir une forte présence militaire sur les quelque 2 000 iles qui forment la Micronésie, dans le sud-ouest du Pacifique, et cela pour le demi-siècle à venir au moins. Le 7 septembre, les habitants des iles Marshall ont été appelés à se prononcer pour un Pacte de « libre association » avec les Etats-Unis, qui a été accepté par 58 % des suffrages. Ce pacte, qui accorde aux insulaires le droit d'avoir leur propre gouvernement intérieur, donne par contre à Washington « entière autorité et responsabilité sur les questions de sécurité et de défense ». En vertu de cet accord, Washington bénéficie également d'un droit de veto concernant les relations extérieures des îles Marshall, qu'il peut utiliser s'il les juge « incompatibles avec son autorité et sa responsabilité sur les questions de sécurité et de défense ». Les électeurs des Etats fédérés de Micronésie ont accepté un pacte similaire, en juin 1983, et ceux de Belau (République constitué d'une demie douzaine d'íles principales, dont la plus importante est celle de Belau, Ndlr.) ont accepté un statut de « libre association » au mois de février dernier. Quant aux îles Mariannes, elles sont passées directement sous l'autorité américaine en 1975, en formant un « Commonwealth américain » (le Commonwealth des îles Mariannes du Nord) et bénéficient d'un statut identique à celui de Porto dépensé des sommes considérables pour d'iles d'accepter plutôt que l'indépendance.
Les iles micronésiennes se trouvent sous la tutelle des Etats-Unis depuis que ceux-ci les ont conquises aux Japonais au cours de la Seconde guerre mondiale. Bien que depuis 1947 elles aient été officiellement placées sous mandat des Nations Unies, les iles n'en ont pas moins été gouvernées directement de Washington par le département américain de l'Intérieur. Après la Seconde guerre mondiale, le Pentagone a installé des bases militaires à travers toute la Micronésie et a opéré plus de soixante expériences nucléaires sur les îles. Les habitants de certaines îles Marshall ont été expulsés afin que celles-ci puissent être utilisées pour les expériences nucléaires. Six îles ont totalement disparu de la surface de la terre et d'autres sont devenues inhabitables en raison du taux de radioactivité et de la contamination. bombes atomiques en Micronésie depuis 1963, ces îles restent un élément clé du programme d'expérimentation nucléaire du Pentagone. L'atoll (île coralienne formée d'un anneau de terre émergé entourant une lagune, Ndlr.) de Kwajelein dans les îles Marshall est ainsi devenu la cible d'essais de tir de missiles à partir de la base aérienne US de Vandenberg en Californie, à quelque 6 700 kilomètres de là. Le lagon de Kwajelein a également été la cible pour l'expérimentation des missiles man III (ICBM) et, le 17 juin dernier, le premier missile portant une charge fictive a été lancé sur Kwajelein. Pour les quatre prochaines années, il est prévu de lancer sur cet atoll 19 de ces missiles MX, baptisés les « missionnaires de la paix » par Ronald Reagan. Pour pouvoir transformer Kwajelein en base de réception des tirs des missiles US, le Pentagone en a expulsé les habitants, et 2 000 militaires et techniciens américains sont venus prendre leur place. Tandis que le personnel américain vit dans l'atoll dans des conditions semblables à celles d'une riche banlieue américaine, leurs habitants, qui dépassent les 8 000, ont été entassés sur l'ile voisine d'Ebeye, dont la surface est plus petite
que celle de Central Park à New York. Les conditions de vie sur les 27 hectares de cette ile constituent un véritable scandale international. Pour sa survie, la popu-
Best totalement dépendante des Etats-Unis en ce qui concerne l'approvisionnement alimentaire. Le système de fourniture d'eau est pollué, et le système du tout-à-l'égoût est très rudimentaire.
Mais le Pentagone ne se contente pas d'avoir fait de cet atoll un site d'expérimentation pour ses missiles. Il dispose en Micronésie d'autres bases de premier plan. Lorsque Washington a fait adopter à la
Men 1975, l'accord de « Commonwealth » concernant les îles Mariannes — accord rejeté par les trois autres groupes d'îles —, le Pentagone a obtenu une concession de 100 ans sur les deux-tiers de l'ile de Tinian, site d'une énorme base aéronavale américaine. Au cours de la Seguerre mondiale, les bombardiers qui ont lâché la bombe atomique sur Hiroshima sont partis précisément de cette île. En vertu de l'accord de 1975, le gouvernement américain paie aux îles Mariannes du Nord environ 200 francs par hectare et par an pour louer le terrain où se trouve la base de Tinian.
Le Pentagone prévoit également de construire une grande base militaire à Belau, qui se trouve à 800 kilomètres à l'est des Philippines. Celle-ci est considérée comme extrêmement importante par les experts du Pentagone, car la montée de la lutte des classes aux Philippines est susceptible de remettre un jour en question l'utilisation des bases américaines gigantesques qui s'y trouvent. En échange d'une aide économique annuelle d'un montant de 20 millions de dollars (160 millions de Pentagone prévoit d'y construire une base de sous-marins Trident, une base d'entraînement militaire d'une superficie de 120 km2, d'agrandir les deux terrains d'aviation afin qu'ils puissent être utilisés par les avions militaires, et d'aménager une zone de 800 hectares destinée à entreposer des armes nucléaires et conventionnelles. En fin de compte, c'est un tiers du prévoit de s'approprier pour son utilisa-
Une partie de ces plans ont cependant été mis en question par le vote du 10 février à Belau. Bien que les habitants aient approuvé le Pacte de « libre association », dont un paragraphe spécifique accorde le droit aux Etats-Unis d'entreposer des armes nucléaires sur les îles, les électeurs ont également confirmé le paragraphe de la Constitution de Belau qui interdit toute expérimentation et tout stockage de telles armes sur son territoire. Le ler juillet dernier, Belau et les Etats-Unis ont signé un accord de compromis autorisant les bâtiments de guerre nucléaires américains à utiliser les eaux territoriales de Belau, mais interdisant le stockage d'armes nucléaires sur son territoire. Un traité identique signé avec le Japon a cela n'imposait restriction sur les armes nucléaires américaines, dans la mesure où la politique du Pentagone consiste à ne jamais dévoiler si un avion ou un bateau transporte effectivement des armes nucléaires.
Suite au vote du 7 septembre aux îles Marshall, en faveur de la « libre association », Washington a également été déchargé de sa responsabilité légale pour les dommages causés aux habitants des îles par deux décennies d'expérimentation nucléaire. Quatre milliards de dollars (trente-deux milliards de franes français) de dommages et intérêts ont été requis contre les USA par les Marshalliens ayant subi des dommages personnels ou sur leurs propriétés, suite aux 66 explosions nuclaires dont les atolls d'Eniwetok et de Bikini ont été le théâtre. En 1954, un nuage radioactif provenant d'une explosion nucléaire s'était abattu sur ces trois îles, contaminant 236 Marshalliens, 28 Américains et 22 japonais, membres de l'équipage d'un chalutier qui croisait dans la région. Un des pêcheurs japonais est du reste mort des suites de ses brûlures radioactives. Depuis lors, le nombre de fausses-couches, de tumeurs de la thyroïde, de cancers et de leucémies s'est accru de façon significative parmi la population locale touchée par les radiations.
D'autres habitants des îles Marshall ont également été exposés à des taux de radioactivité dangereusement élevés. En 1970, les habitants de l'atoll de Bikini ont été autorisés à retourner sur leur île d'origine, d'où ils avaient été délogés en 1946 pour permettre d'y opérer 23 expériences nucléaires. Mais, huit ans après leur retour, ils ont été à nouveau évacués lorsqu'il fut décidé que le taux de radioactivité était encore beaucoup trop élevé.
Dans le Pacte de « libre association », la responsabilité du gouvernement américain pour les dommages causés se limite au versement de 150 millions de dollars (1,2 milliard de francs français) à un fonds d'aide aux victimes des expérimentations nucléaires US. Cependant, comme le fait remarquer Glenn Alcalay, membre d'une association de lutte contre le nucléaire (National Association of Atomic Veterans), « nous ne savons pas combien de générations souffriront d'altérations génétiques du fait de ces expériences ».