Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

VENEZUELA

Stagnation de la gauche aux élections du 4 décembre

Inprecor n° 165, 23 janvier 1984 · p. 27 · 1 072 mots

VENEZUELA Stagnation de la gauche aux élections du 4 décembre Dans une déclaration datée du 10 novembre dernier, l'Organisation socialiste révolutionnaire (OSR), organisation sympathisante de la IVe Internationale, analyse les résultats de la consultation électorale du 4 décembre dernier (cf. Inprecor numéro 159 du 24 octobre 1983, numéro 161 du 21 novembre 1983), qui a vu la victoire à l'élection présidentielle du candidat bourgeois de l'Action démocratique (AD), Jaime Luchinsi, sur son rival démocrate-chrétien du Comité d'organisapolitique électoral indépendant (COPEI), Rafael Caldera, et a sanctionné une marginalisation des formations ouvrières et populaires et de leurs candidats, encore renforcée par la division entre leurs différentes candidatures. Nous publions ci-après quelques extraits de cette déclaration de l'OSR.

« La gauche a été défaite et les partis de la bourgeoisie ont largement triomphé lors des élections présidentielles du 4 décembre 1983. Les candidats de la bourgeoisie ont obtenu 92,38 % des suffrages exprimés, tandis que la gauche — en y ingénéreusement les résultats du Mouvement vers le socialisme (MAS) -obtient 7,6 % des suffrages (4,17 % pour Theodoro Petkoff et 3,34% pour José Vicente Rangel). Ceci démontre une polarisation quasi absolue des électeurs autour des deux grands partis bourgeois. les abstentions 12 %. (...) »

Ainsi. ce sont les institutions de l'Etat et le pouvoir bourgeois qui se trouvent de nouveau légitimés pour une période de cinq ans. Pour parvenir à ces résultats, les partis bourgeois n'ont pas hésité à dépenser des millions de bolivars dans leur propagande, pour stimuler le clientélisme électoral, qui reste un des piliers du bipartisme vénézuélien, et à promettre divers avantages et emplois dans le secteur public, pour arracher les suffrages des

« Le triomphe de Lusinchi sur l'autre principal candidat bourgeois a été très net (56,81 % contre 34,58 %), exprimant ainsi un vote de censure et de rejet, par l'électorat, de la gestion gouvernementale du COPEI (au gouvernement jusqu'alors, Ndlr). C'est ce que l'on a appelé un vote quinquennal. démocratique continue donc à bénéficier de l'appui massif de la classe travailleuse et des couches moyennes salariées. Le prolétariat ne dispose pas encore d'une politique de classe et reste amarré à l'idéologie bourgeoise de l'AD. La gauche, de son côté, incapable, dans ces conditions, d'élever le de conscience politique travailleurs, parce qu'en se présentant divisée, elle n'offrait pas une alternative de pouvoir et, qu'en plus, elle ne présentait pas un profil classiste et révolutionnaire répondant réellement aux aspirations des travailleurs. La candidature de Petkoff se refusa dès le début à aller dans ce sens, tandis que celle de Rangel, qui démarra mieux, s'estompa tout au long de la campagne électorale.

de parler d'un désastre électoral de la gauche, il est bien pire de vouloir occulter cette défaite en phénomène du "vote utile" aux élections présidentielles, pour finir ensuite par y ajouter un autre mensonge, en prétendant que la gauche a accru son nombre de voix aux législatives, comme l'ont affirmé le MAS et d'autres partis réformistes. La vérité est que les candidatures de gauche à l'élection présidentielle qui, en 1978, avaient obtenu 7,76 % des suffrages, en obtiennent aujourd'hui 7,60 %, ce qui dé. montre une tendance à la stagnation, que l'on observe aussi dans les résultats des législatives. Dans ces dernières, l'AD et le respectivement 49,97 % et 28,63 % des suffrages, auxquels il faut encore ajouter les résultats des autres partis bourgeois en lice. La gauche obtient, quant à elle, 14% des suffrages aux législatives, ce qui est une preuve supplémentaire de sa stagnation, puisqu'elle avait obtenu 13,52 % des voix en

Le seul problème d'analyse des résultats de la gauche réside donc dans l'appré ciation de la différence entre les 493 565 voix obtenues aux présidentielles par Petkoff et Rangel, et les 900 000 suffrages des candidatures de gauche aux législati-

« Le projet du MAS de gagner de l'influence dans les couches moyennes a été l'orientation politique qui a subi le plus grand échec dans ces élections, montrant ainsi que l'espace politique convoité par le MAS dans ces secteurs sociaux est toupar l'AD et le COPEI. Il ne reste donc que deux alternatives au

"droitisation" plus poussée pour essayer de gagner les couches moyennes, les professions libérales aisées et la moyenne bourgeoisie, ou une évolution vers la gauche en direction d'une politique de lutte des classes, même à des fins électoralistes. Par rapport aux légisiatives de 1978, ses résultats passent de 6,08 % des voix à 5,75 %. De son côté, le Mougauche révolutionnaire (MIR), qui soutenait aussi Petkoff à l'élection présidentielle, a vu ses résultats aux légisiatives passer de 2,33 % à 1,75 %.

« Quant aux partis qui soutenaient Rangel, ils ont totalisé 6,49 % des voix aux légisiatives, soit 420 745 suffrages, contre 373 374 pour le MAS et 102 762 pour le MIR. Si le MAS continue toujours à être le parti majoritaire de la gauche, ses résultats sont inférieurs à la somme de ceux du reste des partis politiques de la gauche. Cette conclusion est fondamentale pour toute politique unitaire, car le MAS ne peut pas s'arroger à lui tout seul une plus grande représentativité que toute la gauche unie. Et ceci est une question clé pour aborder la politique unitaire en vue des prochaines élections municipales. (...) Sous l'étiquette de Groupe d'Action révolutionnaire (GAR), la Convergence révolutionnaire a obtenu, quant à elle, 15 000 voix aux législatives. »

Par ailleurs, les résultats législatifs des partis de gauche qui soutenaient la candidature présidentielle de Rangel montrent, par rapport à 1978, un tassement du Mouvement électoral du peuple (MEP) (de 2,20 % à 1,97 %), et de légères augmentations pour le Parti communiste vénézuélien (PCV) (de 1,04 % à 1,75 %), la Ligue socialiste (de 0,57 % à 0,91 %) et le GAR (de 0,16 % à 0,23 %), même si tous ces scores restent très modestes et reflètent la faible influence des forces ouvrières et populaires dans la classe travailleuse. Par contre, les résultats obtenus par Velazquez, un dirigeant ouvrier connu - 5 849 voix aux présidentielles et 34 121 voix aux législatives (0,53 % des suffrages), et qui a réussi, dans le centre ouvrier ou il vit et travaille, à battre toutes les autres listes de la gauche, obtenant dans l'Etat de Bolivar 22 561 voix, contre 10 787 pour le MAS et 11 700 pour les partis soutenant Rangel - montrent les possibilités de catalyseur des votes populaires que représentent candidatures d'authentiques geants naturels de la classe ouvrière.

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