Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PALESTINE

La dégénérescence de la direction de l'OLP et les limites des dissidents du Fatah

· Inprecor n° 166, 6 février 1984 · p. 20-22, 22-23 · 3 598 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

Palestine et Israël Liban États-Unis

TOLP et les limites des dissidents du Fatah

PALESTINE lée de cheminion dans le sne a Cote ne des | ET article ne peut se substituer à une analyse détailpuis son apparition dans les années 1960. Cette analyse est d'autant plus nécessaire qu'est grande la confusion qui règne au sein du mouvement révolutionnaire mondial au sujet de la crise actuelle de l'Organisation de libération de la Palestine Salah JABER

A la suite de la défaite des régimes arabes en juin 1967, lors de la « Guerre des six jours » avec Israël, la Résistance palestinienne, autonome armé des masses palestiniennes, a connu un développement impétueux. Dès le départ, elle se scindait en deux courants principaux : un courant nationaliste droitier majoritaire représenté par la direction du Fatah de Yasser Arafat, et un courant nationaliste de gauche repré senté par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) de Georges Habache et ses différentes scissions (1).

LA LONGUE DÉGÉNÉRESCENCE

Ne pouvant s'opposer frontalement à ce phénomène de masse, les régimes arabes optèrent pour sa récupération. Pour cela, ils choisirent de noyer la Résistance palestinienne, devenue OLP en 1969, sous un flot continu de millions de dollars, dont le principal bénéficiaire sûr, le Fatah, que l'Arabie saoudite en particulier décida de financer, à l'exclusion de toutes les autres organisations. Ainsi, dès 1969-1970, la gabegie bureaucratique avait déjà atteint dans le Fatah un niveau inconnu jusqu'alors dans un mouvement de libération nationale.

En contrepartie massif par les monarchies pétrolières arabes, la direction Arafat du Fatah imposait à l'ensemble de la Résistance palestinienne, y compris par la force, son principe de « non-ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes », dont l'expression la plus claire fut sa politique en Jordanie dans les années 1970. Dans ce dernier pays - dont la majorité des habitants est palestinienne, sans compter les habitants de la Cisjordanie occupée par Israël en 1967- , la Résistance palestinienne prit, dès 1968, l'allure d'un contre-Etat, dans le cadre d'une dualité de pouvoirs évoluant rapidement en faveur de l'OLP. Cependant, la direction Arafat du Fatah s'opposa avec virulence aux appels de la gauche palestinienne au renversement de la monarchie hachémite, alliée traditionnelle de l'impérialisme. Elle imposa une qué la dernière période. conflits qui se multiplièrent entre l'armée jordanienne et la Résistance palestinienpour la suppression de la Résistance palestinienne en Jordanie, et le Fatah cherchait à maintenir la coexistence de celleci avec le régime hachémite. Il s'en suivit une série de retraites partielles négociées par la direction du Fatah en 1970, jus qu'à l'acceptation de l'évacuation des villes et de la concentration des combattants palestiniens dans une zone isolée où l'armée jordanienne eut peu de mal à les supprimer en 1971, lors du massacre du

Le sacrifice des combattants les plus dévoués de la Résistance palestinienne en Jordanie et le repli de ses instances dirigeantes sur Beyrouth, capitale du lucre et de la corruption, accélérèrent considérablement ce que nos camarades libanais ont décrit comme une dégénérescence bureaucratique et un embourgeoisement du Fatah-OLP (2).

A ce processus social devait naturellement correspondre une évolution politique. Celle-ci fut consacrée en juillet 1974, quand le Conseil national palestinien (CNP) - que l'on qualifie souvent de Parlement palestinien, mais qui est en fait un organisme désigné de manière à garantir une majorité confortable à la direction Arafat du Fatah - adopta, lors de sa 12e session, l'objectif d'un mini-Etat sur une partie du territoire palestinien. Cet objectif était pourtant, seulement deux ans auparavant, encore qualifié par l'OLP elle-même de formule liquidationniste, contraire à la cause nationale palestinienne exprimée par la formule « Libération de la Palestine » présente dans le nom de toutes les organisations. En fait, l'appareil d'Etat bureaucratique bourgeois sans territoire propre qu'était devenue l'OLP abandonnait tout naturellement l'objectif révolutionnaire de destruction de l'Etat sioniste pour celui, plus « réaliste », d'une solution négociée avec lui pour la création, à ses côtés, en Cisjordanie et à Gaza, d'un mini-Etat palestinien prétendument indépendant et en coexistence pacifique avec lui. Et ce, sur des parties du territoire palestinien intégrées aux Etats jordanien et égyptien,

(OLP). En effet, les derniers épisodes militaires et politiques de cette crise ont achevé de mettre dans l'embarras tous ceux qui avaient perdu de vue le contexte historique dans lequel elle s'est déroulée. Nous essayerons ici de rappeler les grandes lignes de ce contexte, ainsi que les faits principaux ayant maroccupées par Israël en 1967 seule-

Signalons qu'à cette époque certaines organisations de la Résistance palestinienne, regroupées autour du FPLP de Habache, boycottèrent la direction de l'OLP et se constituèrent en Front du refus.

LE STADE SUPREME

DE LA CAPITULATION Il y aurait beaucoup à dire sur le rôle joué par la direction Arafat du Fatah au cours de la guerre du Liban, en 1975, 1976 et par la suite. Nous ne ferons ici qu'en définir les grands axes.

Les rapports de la Résistance palestinienne avec le régime syrien de Hafez el Assad sont particulièrement importants au cours de cette période. Jusqu'en 1976, ce dernier avait soutenu la direction Arafat, contre le Front du refus soutenu par l'Irak et la Libye. Il croyait alors être en mesure de parvenir, en position de force, à un règlement global arabo-israélien, dans le cadre de la Conférence de Genève. En 1975, il s'était allié à la Résistance palestinienne au Liban pour mettre en échec la politique américaine d'Henry Kissinger visant à une paix séparée égypto-israélienne. Celle-ci fut effectivement mise en difficulté au Liban. Et l'administration américaine de Gérald Ford dut effectivement composer avec le régime syrien, sur la base d'un marchandage comprenant la

US de paix globale contre le rétablissement de l'ordre bourgeois

Cette lune de miel américano-syrienne ne dura pas longtemps. La victoire électorale de Menahem Begin en Israël, puis la visite du président égyptien Anouar el Sadate en Israël, en 1977, déclenchant le processus qui allait mener aux accords israélo-américano-égyptiens de Camp David, rejetèrent le régime syrien dans l'opposition à la politique américaine au Proche-Orient. L'alliance syropalestinienne fut rétablie et la Résistance

1. C'est d'une de ces scissions qu'est issu le Front démocratique de libération de la Palestine de Nayef Hawatmeh. Cf. Inprecor numéro 162 du 5 décembre 1983.

2. Cf. Inprecor numéro du 13 février 1975.

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palestinienne elle-même se ressouda, d'autant plus que les organisations du Front du refus rompirent avec l'Irak (qui flirtait avec l'Arabie saoudite, voire avec Sadate, après 1979) et se rapprochèrent de la

La « solution pacifique » semblait décidément bien loin. C'est d'ailleurs l'argument toujours invoqué par la gauche nationaliste du Fatah qui justifiait, depuis 1972, son maintien dans le cadre du Fatah sous l'hégémonie de la direction Arafat, par le fait que celle-ci poursuivait une utopie droitière n'ayant aucune chance de se réaliser, et qu'elle ne serait jamais intégrée à une « solution » américaine.

L'invasion du Liban par l'armée israélienne, en juin 1982, vint bouleverser ses calculs. Dès les premiers jours du siège de Beyrouth, au lieu de rejeter le principe même de l'évacuation des combattants palestiniens, réclamée conjointement par la direction israélienne, par Gemayel et par Reagan, la direction Arafat entama des négociations sur les conditions de cette évacuation avec l'envoyé spécial des USA, Philip Habib. Et ces négociations ne portaient pas tant sur les conditions concrètes de cette évacuation et sur les garanties d'inviolabilité de Beyrouth et des camps palestiniens, etc., dont on a vu ensuite ce qu'il en a été, avec le plan Habib de sinistre mémoire et les massacres de Sabra et Chatila. Les discussions portèrent bien plus sur les conditions politiques du départ des combattants palestiniens de Beyrouth. Arafat essayait de négocier l'évacuation de Beyrouth contre une reconnaissance américaine de sa place dans le « règlement » de la question palestinienne. C'est dans ce sens qu'il se permettait d'affirmer faussement : « Nous ne quitterons Beyrouth que pour la Palesti-

Ce ne fut pas une simple coincidence si Ronald Reagan annonça son plan le jour même de l'évacuation

Arafat à Tripoli, au Nord-Liban. (DR) de Beyrouth par le dernier contingent de combattants de l'OLP, le ler septembre 1982 (3). Quelques jours plus tard, le roi Hussein de Jordanie appelait à des négociations jordano-palestiniennes, pour discuter du lien institutionnel à établir entre son royaume et une future entité palestinienne en Cisjordanie et à Gaza, préconisée par le plan américain. Arafat n'hésita pas et négocia avec Hussein, principal bourreau arabe du peuple palestinien, un projet de « confédération » jordano-palestinienne et de délégation commune aux négociations avec les Etats-Unis et Israël, c'est-à-dire à Camp David II. Il fit avaliser par le Conseil national palestinien, réuni à Alger en février 1983, les grandes lignes de cette politique. à l'aide de formules à peine ambiguës. En avril, Arafat était sur le point de proclamer un accord avec Hussein, dont les points furent portés à la connaissance des cadres du Fatah. Devant les mises en garde de l'opposition, il dut renoncer à le faire. Ce n'était pour lui

REBELLION PALESTINIENNE ET OPPOSITION SYRIENNE La gauche nationaliste du Fatah, qui déjà ne s'était résignée à évacuer Beyrouht que la mort dans l'âme, et qui avait pu tirer le bilan des promesses d'Arafat à la lumière des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila au Liban, ne pouvait pas avaler des couleuvres plus longtemps. Les prétextes selon lesquels d'Arafat était purement irréaliste, et donc sans conséquences, n'avaient plus lieu d'être. Pour la première fois, la ligne politique d'Arafat trouvait un cadre crédible d'application, le cadre du plan Reagan. Et cela était alors d'autant plus inacceptable pour la gauche nationaliste que son noyau central est composé d'officiers et de soldats palestiniens ayant déserté l'armée jordanienne en 1970 pour combattre aux côtés de la Résistance palestinienne. On peut imaginer la colère de ces militants contre une direction qui, treize ans apres « Septembre noir », ne trouve à leur proposer qu'un retour sous la tutelle du régime hachémite ! La gauche nationaliste, dirigée par Abou Moussa, Abou Khaled et Abou Saleh, mit donc Arafat en garde contre la conclusion d'un accord avec

D'autre part, le régime syrien — ignoré par le plan Reagan, qui ne fait aucune mention du Golan syrien, seul territoire arabe occupé en 1967 à avoir été annexé par Israël, avec Jérusalem-Est - avait lui aussi mis en garde Arafat contre tout accord avec Hussein. Le régime syrien, pour des raisons évidentes, est fortement opposé à un Camp David II, qui aurait pour effet de l'isoler totalement face à Israël. C'est pourquoi l'opposition syrienne à la ligne politique d'Arafat, de rapprochement avec Hussein, ne cessa de croître, directement et par le biais de la Saika (la foudre), l'organisation palestinienne contrôlée par la Syrie, dès lors que les négociations entre les deux parties commencèrent. Signalons également l'opposition de la Libye à Arafat, conséquente avec sa politique envers les Etats-Unis et la ques-

Si la Saika est bien l'instrument du régime syrien, et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP)-Commandement général, d'Ahmed Gibril, un groupe à la solde de la Libye et étroitement lié à Damas, il reste à préciser que l'amalgame qui consiste à mettre la gauche nationaliste du Fatah dans le même sac syrien est abusif et tendancieux. En effet, Abou Moussa et ses camarades étaient les plus résolus des combattants contre le régime syrien en 1976, quand celui-ci avait tenté de juguler la Résistance palestinienne au Liban, en accord avec Washington. Ils n'ont jamais eu, jusqu'en 1983, de rapports avec le régime syrien, laissant ce soin à la direction du Fatah. Cependant, depuis l'été 1982, la Résistance palestinienne au Liban n'a plus de territoire autonome, et toutes ses forces agissent à partir de zones sous contrôle syrien. C'est pourquoi on ne saurait reprocher à la disdu Fatah, dès lors qu'elle s'est constituée en force autonome, d'avoir des rapports d'alliance avec le régime syrien. On peut cependant, et on doit critiquer les modalités de ces rapports. Nous y reviendrons. Toujours est-il que présenter la scission du Fatah comme une manipulation syrienne relève de la pure intoxication propagée par Yasser Arafat.

LA SCISSION DU FATAH Non seulement cette scission au sein du Fatah n'a pas été manipulée par Damas, mais elle a, en fait, été provoquée par Arafat lui-même, désireux de rompre les liens avec la gauche palestinienne et

3. Pour une analyse du plan Reagan, du plan Fahd et de la résolution du sommet arabe de Fes, se reporter à Inprecor numéro 133 du 27 septembre 1983.

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l'axe syro-libyen, pour avoir les mains libres dans son adhésion au camp des régimes réactionnaires arabes alliés à l'impé-

Tout le prouve. Quelques jours apres l'interruption de ses négociations avec Hussein, Arafat procède à la désignation au commandement des forces du Fatah au Liban d'hommes tout dévoués à sa personne et connus pour avoir déserté le combat contre l'invasion israélienne, en juin 1982. Il ordonne, en outre, aux dirigeants les plus en vue de la gauche nationaliste, de s'exiler en Tunisie. Toutes décisions irrecevables. Abou Moussa et ses camarades n'avaient plus d'autre choix que la rebellion. Ils refusèrent donc les mesures d'Arafat et avancèrent un programme de revendications, dont les principales étaient la convocation d'un congrès démocratique du Fatah pour définir la ligne de l'organisation, l'institution d'un finances du Fatah et de l'OLP (présentement à la libre disposition des membres de la direction), la rupture des négociations avec le roi Hussein et le rejet du projet de « confédération jordano-palestinienne », l'intensification de la lutte armée antisioniste.

Il était hors de question qu'Arafat se risque à se confronter avec l'opposition de gauche dans un congrès que, ainsi qu'elle le réclamait. Il aurait été fortement désavantagé sur un tel terrain. C'est pourquoi il choisit de pousser les choses vers l'affrontement armé contre les dissidents, en réagissant au nom de la « discipline militaire ». Il pouvait ainsi étouffer les données politiques et organisationnelles du conflit. Bien plus, Arafat accusa publiquement le régime syrien d'avoir organisé la rébellion contre lui, à un moment où non seulement cela n'était pas vrai, mais alors même que les dirigeants de Damas se montraient conci liants envers lui, suite a l'interruption de ses négociations avec Hussein, et lui avaient proposé leur médiation pour résorber la crise du Fatah.

En provoquant un conflit avec eux, Arafat faisait d'une pierre deux coups : il rompait ses amarres avec un régime opposé à son option jordanienne, et dénaturait

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entièrement son conflit avec la dissidence, de la manière la plus à même de mystifier les masses palestiniennes, notamment celles des territoires occupés par Israël, en Cisjordanie. Arafat et ses puissants moyens d'information présentèrent le conflit avec la dissidence, appuyée par les Syriens, comme une lutte contre les visées hégémoniques syriennes, une lutte pour « l'autonomie de la décision palestinienne ».

Toutes les médiations et propositions pour la cessation des combats entre les deux fractions du Fatah et un règlement démocratique de leur conflit furent rejetées par Arafat. Ainsi, la commission de médiation formée par le comité exécutif de l'OLP, réuni à Tunis l'été dernier, dut suspendre ses travaux et publier un communiqué, en octobre, affirmant que ses positions avaient été acceptées par les dissidents, mais rejetées par Arafat. Et pour cause : elles prévoyaient l'organisation d'un débat démocratique !

LES COMBATS DU LIBAN-NORD

Arafat était décidé à aller jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la rupture totale les dissidents et l'axe syro-libyen d'une part, et jusqu'à l'adhésion à l'axe des régimes arabes dépendants de l'impérialisme américain d'autre part, c'est-à-dire notamment l'Arabie Saoudite, la Jordanie, et ... même l'Egypte.

En septembre dernier, sur un cargo égyptien via Chypre, il se rendit à Tripo li, au Liban-Nord, où s'étaient regroupées les troupes qui lui étaient restées fidèles. La très grande majorité des combattants présents dans la plaine libanaise de la Bekaa, face à l'armée sioniste, s'était entretemps ralliée à la dissidence. Arafat organisa la suppression de toute opposition à sa politique dans les camps de la région de Tripoli, puis dans la ville elle-même.

Le Mouvement de l'unification islamique - mouvement intégriste sunnite de Tripoli lié aux Frères musulmans, et notamment à leur branche syrienne —, armé, entraîné et financé par le Fatah, entreprit d'imposer son hégémonie absolue sur la ville, avec le concours des hommes d'Arafat. Cette opération culmina, en octobre, dans une offensive en règle contre la branche tripolitaine du Parti communiste libanais (PCL), qui se solda par la mort de plus de cinquante de ses militants. Dans

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son communiqué à ce sujet, le PCL affirma que les troupes d'Arafat avaient joué le rôle principal dans ce qu'il qualifia de massacre perpétré contre ses militants.

En même temps, Yasser Arafat recevait, dans le port de la ville de Tripoli, des cargaisons d'armes et de munitions envoyées par le président égyptien Hosni Moubarak. Il se préparait à une bataille qui devenait inéluctable en raison de ses agissements, une bataille qu'il provoquait délibérément. Ce faisant, il n'avait pas la moindre illusion sur la possibilité de tenir tête victorieusement à des forces palestiniennes majoritaires et soutenues par la Syrie. Ce n'était pas là son but. Il s'agissait plutôt pour lui de dramatiser encore plus ce qu'il s'évertuait à présenter comme un conflit syro-palestinien, niant sa dimension inter-palestinienne, pour finir par évacuer le restant de ses troupes vers la Tunisie, l'Algérie, l'Irak et le Nord-Yémen, où elles seraient mises sous le contrôle des régimes locaux, en attendant de pouvoir les transférer en Jordanie. Le principe de l'évacuation du Liban était depuis longtemps acquis pour Arafat, qui en avait même discuté les modalités avec le régime libanais de Béchir Gemayel. En mai 1983, la rébellion avait dénoncé ces

De ce point de vue, on peut dire qu'Arafat obtint ce qu'il cherchait : une victoire pour sa politique, et non point une victoire militaire. Négociant au passage l'échange de prisonniers avec Israël, annonçant dans Tripoli assiégée que ses rapports avec Hussein de Jordanie evoluaient vers un accord total, Yasser Arafat obtint d'évacuer ses hommes sous pavillon de l'Organisation des Nations-Unies (ONU) et sous escorte navale française. De Tripoli à la rencontre avec Moubarak, la ligne était directe, au sens maritime et politique du terme.

LES LIMITES DE LA DISSIDENCE

Si Arafat a pu mystifier jusqu'à aujourd'hui de larges masses palestiniennes sur son orientation, c'est en partie à cause des carences politiques de ses adversaires, des seuls susceptibles de rallier à leur cause les masses palestiniennes, c'est-à-dire la fraction dissidente Fatah. Celle-ci, se développa, à partir de mai 1983, en un bloc hétérogène qui regroupa des oppositions plus ou moins radicales à la ligne Arafat, depuis une extrême gauche se réclamant du marxisme et représentée par Abou Khaled (cf. encadré ci-joint) jusqu'à des arrivistes et des opportunistes peu soucieux principes, en passant par le nationalisme petit-bourgeois d'un Abou Moussa et les sympathies pro-soviétiques d'un Abou Saleh. La ligne politique qui domina ce regroupement se situait dans la droite contidu Fatah des origines, contre la Les marxistes révolutionnaires se doivent, bien entendu, de soutenir le programme des dissidents contre Arafat. Mais ils doivent, ce faisant, critiquer les limites politiques de la dissidence et ses erreurs. D'abord et avant tout, les modalités de à Arafat ses revendications (5).

ses rapports avec le régime syrien. Au lieu d'établir, à partir d'une analyse erronée et politiquement myope, une « alliance stratégique » avec ce dernier, la fraction nationaliste du Fatah aurait dû maintenir ses distances à son égard, en refusant toute ingérence de sa part dans son conflit avec Yasser Arafat. Elle n'en aurait été que plus forte politiquement aux yeux des masses palestiniennes éloignées de la scène des combats, notamment celles de Cisjordanie. Il ne s'agit point là d'une critique « gauchiste ». Nous n'appelons pas la dissidence à combattre aujourd'hui le régime syrien, mais nous sommes persuadés qu'elle aurait pu, sans grandes difficultés, le maintenir à l'écart de son conflit

Elle aurait au moins pu refuser de participer à tout combat contre les troupes d'Arafat, dans lequel interviendraient des forces manipulées par le régime syrien. Elle aurait dû rester à l'écart des combats du Liban-Nord, comme l'ont fait le FPLP de Georges Habache et le FDLP de Nayef Hawatmeh (4). Ce faisant, elle aurait évité ce camouflet que fut, pour elle, la conclusion d'un accord entre les dirigeants syriens et Arafat, par l'entremise des Saoudiens, sans même la consulter, accord en vertu duquel Arafat évacuait ses troupes du Liban, alors que la dissidence affirmait depuis le début qu'elle rejetait catégoriquement cette évacuation et combattait uniquement pour imposer

Partisans de Yasser Arafat lors des combats du Nord-Liban, en novembre 1983. (DR)

Ces carences de la fraction nationaliste du Fatah sont une illustration supplémentaire de l'urgence de la construction d'une tendance prolétarienne révolutionnaire au sein de la lutte palestinienne. Seule une telle tendance, disposant d'une vision stratégique correcte de l'interaction indispensable entre lutte palestinienne et révolution arabe, pourrait diriger celle-là en cohérence avec celle-ci, et maintenir les alliances tactiques nécessaires de la Résistance palestinienne dans des limites purement tactiques, sans compromissions. Nos camarades du Groupe communiste révolutionnaire du Liban essayent de gagner à ce point de vue les militants les plus avancés de la gauche combattante pa-

Salah JABER, 22 janvier 1984. 4. Il existe des nuances politiques certaines entre le FPLP, longtemps aile nationaliste radicale de la Résistance palestinienne et le FDLP pro-soviétique.

5. La dissidence, contrairement à Arafat, avait approuvé les propositions conjointes du FPLP et du FDLP visant à la cessation des combats de Tripoli. Quand l'accord syro-saoudien fut proclamé, la radio des dissidents le critiqua, de même que les deux organisations mentionnées. Par la suite, la radio des dissidents harangua les troupes d'Arafat, les incitant à rester au Liban, en s'engageant à respecter leurs droits démocratiques.

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